Bw., III, 99, 100, 107; T., 3585, 3776, 3893, 3327. S
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désintéressé, d'animer l'artiste 5 quelque sorte à son corps défendant, d'être sa loi et en même temps son but unique et sa suprême récompense !. Le Beau a donc son impératif catégorique tout aussi absolu que celui du monde moral?. Cette déclaration à part, nous trouvons sur la beauté encore toute une série d’aphorismes que nous négligerons, à moins qu'il ne paraisse utile d'approfondir des définitions du genre de celle-ci : « Beauté : génie de la matière ? ».” Mais il nous semble intéressant de noter qu'à propos des rapports de l’art et de l’histoire, Hebbel affirme que c'est la beauté pure, celle des formes, qui sollicite le génie créateur et non point le contenu idéologique et l'intérêt historique qui peuvent y apparaître ensuite #. Quant aux rapports de l’art et de la morale, il estime que commettre une faute esthétique est plus grave que pécher communément, car on se fait d'ordinaire une idée de la loi qu'on offense, tandis que l'artiste, lorsqu'il erre, ignore la norme qu'il transgresse. Mais peut-on offenser la loi morale en une œuvre d'art? Hebbel, en janvier 1847, projette d'écrire un traité établissant que le-sujet d’un chef-d'œuvre n’est jamais immoral, que si une œuvre paraît immo- - rale, c’est uniquement la faute de la forme, et non point de la forme considérée en elle-même, mais des défauts et lacunes résultant de l’individualité de l'auteur : la Vénus de Médicis reste chaste dans sa nudité tandis que les Pagenstreiche qui font courir tout Vienne sont aux yeux de Hebbel d’une indécence révoltante f,
La technique de son lyrisme, comme sa dramaturgie, relève tout entière de ces principes. Les voyages, le séjour à Rome en particulier, ne guérissent point totalement Hebbel de l’introspection ?. Son esthétique théorique demeure d’une conséquence rigide, et il se préoccupe davantage d'étudier les rapports de la Poésie (Dichten) avec la pensée pure (Denken) qu'avec les arts plastiques et la musique $. Il commente le mot d'une « oie allemande » : Q il faut que l'homme pense toujours à quelque chose », et ailleurs confesse : « mon esprit retient toujours ce qu'il vient de créer et s'y mire Jusqu'à ce qu'il enfante quelque chose de nouveau ». Voilà bien le «€ Grübler® »!
Au moins réagit-il. Il sait quels dangers il y a pour l'artiste à lâcher les rênes au conscient, à ne le point contrôler ou même à le forcer !°. Il ne saurait être de ceux qui, comme Oehlenschläger et
1. Cf. T., 2631, 2633, 2993, 3088, 3166, 3174-3176, 3209, 3529, 3584, 3670-3673, 3770, 3773, 3777, 3843, 3854, 3862, 3875, 3909, 4121, 4220 ; Bw., II, 231; III, 329; IV, 38-41; Lyrik und Lyriker, 189 et 405; W., XI, LT,
DNCEATN 2970 3 T.: 408515 cf, T., 8399, 35927, 3528, 3950; etc." 4. Cf. T., 3257; Bw., Il, 275; IV, 83-84 et Tibal, 575-576.
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5. T., 2680. Il est curieux de noter, parallèlement à ces développements théoriques, le peu de place accordée à la beauté plastique dans les drames de la période italienne; cf. Kuh, IT, 216-224. É
6. T., 3928, 4011, 4037. — 7. Cf. supra, 434, n. 2 et Bw., IL, 261. — 8, Bw., I, 253; III, 58: T., 2809, — 9. T., 3051 et 3616. — 10. T., 3655; 3718, 3997.
k4k HEBBEL (1842-1848).
Schiller, « commandent » à l'inspiration; à l'exemple du sculpteur
Thorwaldsen, il préfère l’attendre et la suivre . Il connaît, certes, la difficulté de l’art et admet cependant qu'il ne faudrait point que la pause se prolongeât pendant toute une existence *, Mais le travail ne peut pas suffire; la volonté ne saurait légiférer en esthétique, et quand Phébus fait la sourde oreille, le mieux est encore de ‘patienter. Hebbel constate que sa propre productivité s’intensifie en automme; mais c'est qu'alors s'éveille plus fréquemment en lui cette chose, mystérieuse comme l'amour, qui s'appelle l’enthousiasme poétique et il constate ailleurs que sans cet enthousiasme il ne peut rien faire“. Il n’admettra donc pas la « poésie par force » et ne se ravalera point au rang d’un manœuvre ÿ. Ce n est qu'après la naissance de l’œuvre que doit intervenir la spéculation systématique, car alors commence cette nécessité de réclame à laquelle Schiller et Gœthe eux-mêmes n’ont pu se soustraire‘.
Hebbel a donc en vue l’art naïf, naïf en quelque sorte au deuxième degré, c’est-à-dire émanant des profondeurs de linconscient, mais arrivant à sa forme poétique par le médium du conscient?. De là l'importance capitale de la forme : « On a toujours des prédécesseurs, s'écrie Hebbel, et les matériaux gisent de toute part (la philosophie par exemple). Mais la forme est tout, c’est elle qui établit les différences entre la poésie descriptive, depuis longtemps condamnée, la poésie de réflexion, qui ne vaut guère mieux, et le symbolisme plastique, à travers lequel les natures d'élite voient le monde avec tous ses détails * ». Et Hebbel donne, dès mai 1843, cette définition, que nous comprendrons maintenant : « le lyrisme est l’élémentaire en poésie, l'intermédiaire le plus direct entre le sujet et l’objet ! ».
La forme lyrique devra donc avoir un caractère de nécessité, elle sera l'expression suprême de l’art organiciste. Nous avons vu, en étudiant l’opuscule über den Stil des Dramas, comment Hebbel conçoit l'organicisme de la forme, qu’elle soit lyrique ou non !!. Mais tandis qu'il excuse les imperfections qu'on lui reproche dans le dialogue dramatique, pour la forme lyrique il se montre très sévère et insiste sur sa difficulté ©, Avant d'arriver à cette objectivité, à cette unité, à cette harmonie dans la totalité qui caractérise la perfection plastique, le poète doit passer par une série indéfinie d'épreuves et de tâtonnements; depuis le simple vocable qui incarne la pensée, et la ponctuation qui extériorise le rythme de Ja phrase, jusqu'à la qualité de l'humour et à la vie du
1. Bw:, IE 161,0162,214-217. —}2; T,12628, 3684,13865. = 3.T., 2641, 4197 k149, — 4, T., 3318, 3526, 4970. \ ;
5. Cf. Bw., 11, 198-199; LIT. 16; T., 2641, 3005 et surtout 2786 : « so wenig das abgezapfte Blut der Mensch ist, so wenig ist der auf Sentenzen gezogene Gedanken Gehalt des Gedichts ». Te
6. Bw., III, 61, 79. — 7. T., 4272; W., XI, 79; cf. encore au point de vue du rôle de l’idée dans l’art; T., 3924, 3977, 4262,
8. T., 3135, 3960. — 9. T., 3666, 3668, 4030, 4147. — 10. Cf. T., 2687, 3133. — 11. Cf. supra, 430 et la définition identique chez Hegel; Tibal, 643 et notes. — 12. Cf. Bw., III, 266, T.. 2756, 2758, 3503, 3824, 3820a, 3830, 3875, etc.
symbole, tout a son importance !. Hebbel n’accorde rien aux mauvais poètes ou plutôt il leur accorde tout ce qu'ils veulent; pour sa - part, il prend souci de la moindre particularité de la langue comme de la versification?. Il est persuadé que le poète ne saurait être trop minutieux, et il pousse la minutie jusqu'à retoucher et à mettre au net plusieurs fois toutes ses pièces ?. Mais il ne faut pas, ensuite, que le lecteur aperçoive les traces de la lime et l’œuvre d'art la plus travaillée doit paraître simple et facile, car le moindre rappel de l'effort douloureux qu'elle nécessite en gâterait et diminuerait le charme. Aussi se vante-t-il d’avoir infiniment médité sur la langue, et le journal et la correspondance en contiennent beaucoup plus de témoignages que nous n'avons pu en citer plus haut“. Pour la versification, 1l se montre si consciencieux qu'il ne craint pas, sous ce rapport, de se comparer à Platen et fait seulement remarquer à ce propos une fois de plus qu’il ne faut point vouloir demander à l'allemand plus qu'il ne peut donner au point de vue musical et sacrifier à l’euphonie pure les harmonies intérieures dont il est capable. À ne considérer que ses théories, Hebbel aurait done bien le droit de conclure : « lorsque toutes les questions sont réglées, la dernière est posée au poète en suprême instance : a-t-il vraiment mis en forme? S'il lui faut répondre non, c'est sa condamnation à mort qu'il prononcef. » |
Complétons et précisons cet exposé de l'esthétique lyrique de Hebbel en 1842 à 1848 par l’analyse des jugements littéraires qu'il porte à la même époque.
Nous l'avons vu s’isoler en Autriche, tandis qu’en Allemagne
grandissait sa réputation. Il serait oiseux d'entrer dans le détail de ses rapports avec des partisans comme Arnold Ruge et Gustav Kühne et de ses polémiques avec Adolf Stahr et Julian Schmidt?. Avec ce dernier, du reste, le combat ne faisait que commencer et nous retrouverons plus tard celui que Hebbel appelle déjà « l’inspecteur de fous des Grenzboten#».Mentionnons seulement le passage du journal où notre poète se défend d'avoir des dispositions à la folie, d’être, comme le prétendait Schmidt, une sorte de Nabuchodonosor de la littérature, plus génial encore que Kleïst, mais plus que lui aussi proie indiquée de la mégalomanie et, à ce propos, il
1. C£ W., XI, 73 et suiv., et T., 2847, 2947, 3025, 3114, 3124, 3131, 3132, 3151, 3314, 4268, ete. — 2. T., 3351, 3409, 3419, 4095, 4278, 4344: Bw., LV, 85.
&. CE. supra, 429 et Bw., III, 166, 231-232; T., 3007, 3244, 3216, 3266, 3275, 3298, 3319, 3320, 3330, 3336, 33492, 3348, 3352, 3360, 3371, 3415, 3546, 3567, 3593, 3748, 3829, 3915, 3960, 3962, 4093, 4235.
5. Bw., LIL, 257-258. — 6. T., 3145; cf. encore la fin de la lettre à Engländer du 15 avril 1847 (N. Hebbeldok., 34).
7. Cf. Bw., III, 49, 50, 73 et note: 108, 325; LV, 4, 5, 9, 18, 59, 64; T., 3941, 3943, 4109; cf. encore, Kuh, Il, 82-85; Tibal, 674-675, 696 et supra, 431 et suiv.