‹ HebbelChapitre 230 sur 425 · Cf. supra, 187; Bw., 11,.276, 287; III · texte numérisé non relu

Cf. supra, 187; Bw., 11,.276, 287; III

5. Cf. Bw., III, 314; IV, 51. T., 3901, 3902, 4189. Hebhel avait été bien accueilli par Laube à Leipzig; nous l’entendrons déchanter plus tard à Vienne.

6. Bw., II, 141. — 7. Bw., IT, 110, 412,129, 137,149, 154,173 et suiv.. 181 197 ; IV, 105, 110. —:8. Cf. supra, 184 et suiv.; Bw., II, 171, 173, 180, 189. 190,209, 207,292 2949 NS EXT, 5

9. Voir table de l’édition critique de Bw., I], 242 à IV, 27et de T., 3512 à 3993. Cf. Dionysius Longinus, op. cit., p. 75. — 10. Cf. supra, 396; Kuh, II, 46, 85, 90; Tibal, 524, 533, 534, 599, 673; Bamberg, I, 7; Lyrik und Lyriker, 445, ;

bonheur dans la mer pour y dérober quelques perles, mais chez lui au fond des eaux auprès des fées et des ondines et disposant de leurs richesses, cela se revèle dans sa personne comme dans ses paroles. Chacune de ses remarques sur Grabbe, Kleist, Immermann, etc. pénétrait Jusqu'au point vital le plus intime. Je crois qu'il est l'ennemi irréconciliable de toute médiocrité, même du talent vraiment poétique qui ne réalise rien; mais la force, il sait la respecter!. » Ce bel enthousiasme tomba vite de part et d'autre et dès les premiers jours, Hebbel commence à se plaindre des « maux de tête » de Heine*. Il semble bien que la méfiance et le manque de grâce du poète dithmarse aient peu porté Heine aux avances et lassé son sourire. Cependant, son appréciation de Judith eût dû gagner complètement Hebbel et, de fait, il déclare aussitôt après l’avoir entendue qu’une seule conversation avec ce poète est plus importante et plus ‘profonde que tout ce qu'ont dit sur son compte ses critiques réunis. Mais il se méfie encore de son entourage et, à la même époque, Heine s’absente pour un voyage en Allemagne*. À son retour, des malentendus surgissent ‘. Bref, les rapports se relâchent et Hebbel reconnaît lui-même qu'il y a de sa faute. Il ne voit dans les premiers symptômes du fameux martyrologe que maux de tête sans conséquences, prétextes à voiler l’affaiblissement des facultés cérébrales : « Heine prétend constamment être malade afin qu'on ne remarque pas qu'il est mort ». Hebbel s'explique toute démonstration de courtoisie par un désir de ménager un rival dangereux. Il finit par ne rechercher en Heine que l’adversaire de Gutzkow et leurs relations demeurent jusqu'au départ de Paris correctes et polies, sans plus ÿ.

Des poètes contemporains de la « période d'assaut » le journal de Hebbel de 1842 à 1848 ne mentionne guère que Bürger dont il compare, pour l'harmonie, à une de ses propres poésies les pièces Nachtfeier der Venus et das hohe Lied von der Einsigen mais qui, en 1848 encore, reste pour lui surtout l’auteur de Zenorei,

Les romantiques, sans qu'il les néglige, ne paraissent pas captiver Hebbel davantage qu'à l’époque précédente. IL cite à peine les frères Schlegel et la conception du naïf que lui paraît avoir Wilhelm 7. Schelling s’efface devant Hegel qui, nous l'avons vu, ne réussit pas lui-même à le conquérir*. De Schleiermacher il Lt la traduction de Platon et il achète les œuvres de Novalis®. Mais il ignore Wackenroder. Cependant les mystiques l’intéressent : Hamann, Swedenborg et Jacobi, dont il critique le Woldemar;

1. Bw., II, 286-287. On voit combien Hebhbel est maintenant plus indulgent pour Heine que dans la période précédente, cf. supra, 186 et suiv. et de même le critique dont nous citâmes alors l'appréciation identique à celle de Hebbel (V. Hehn, Gedanken über Gæœthe, 1909) semble avoir apporté à sa sévérité première l'indispensable atténuation, cf. V. Hehn, über Gœthes Gedichte, Cotta, 1911, p. #7 à 49. ;

2. Bw., II, 297, 301 et 302. — 3. Bw., IL, 307, 346-347, — 4, Bw., III, 6 et 7.

5. T., 2975, ligne 81 et suiv., Bw., ILI, 6-8, 33, 93, 94, 102, 115, 124-129. — 6. Bw., LI, 219; T., 2646-2647. — 7, Bw., Il, 143; IV, 70; W., XI, 81. — 8. T., 2399; Bw., III, 49, 137 et supra, 437. — 9, Bw., 11, 167, 330,

Steffens et Gürres dont il attaque la philosophie de la nature et le manque de style; l’antichrétien Daumer et Soldan dont il raille « l'histoire des procès de sorcières ! ». Il réfute les mystiques, mais il les lit, s’en occupe. En revanche, plus aucune mention du second: groupe romantique : Arnim, Brentano, La Motte-Fouqué, Chamisso, Varnhagen, Eichendorff. Le romantique danois Oehlenschliger, son ami de Copenhague, continue à inspirer à Hebbel la plus grande vénération, mais elle est pour l’homme, non pour le poète. Sans doute, on retrouve bien dans le fragment die Poesie undihre Werber des traces de la lecture d’Aladdin, mais dès le début, Hebbel avait reconnu en Oehlenschläger « un poète par force » dans le genre de Schiller et aurait voulu lui déconseiller de rechercher en Allemagne la même notoriété dont il jouissait en Danemark; il se refuse à se faire son apologiste et à « manifester sa reconnaissance aux dépens de la vérité? ». Enfin à cette époque Hebbel lit assidûment le grand romantique anglais Byron et admire sa riche nature; mais nous savons qu'il ne pouvait admirer le « mal du siècle ». Il se détourne de lui et finit par condamner son œuvre presque tout entière sauf le Don Juan, lui reprochant ce que nous l’avons vu définir sous le nom de « naïveté triviale?. »

Les deux seuls poètes romantiques qu'il admire sont les mêmes qu'en 1842 : Tieck et Kleist. Encore fait-il pour eux deux plus de réserves que précédemment : il reproche à Tieck d'avoir trop sacrifié à la déesse illusion, d'avoir trop fait de concessions à lPélément fantastique en poésie : malgré ses efforts, dit-il, il lui arrive, en plein paradis, de chausser des bas de laine. Son titre de chef d'école l’a induit en erreur, mainte de ses œuvres est peu avouable. Cependant, Hebbel fait assez de cas de l'autorité de l’homme et il souhaiterait que son Diamant lui gagne définitivement Tieck. Mais Tieck n'est-il pas de ces poètes qui ont « beaucoup de talent, pas de caractère » et ne protège-t-il point, comme le faisait Gœthe, les poétereaux médiocres de préférence aux jeunes qui s'annoncent rivaux dangereux? Hebbel est loin pourtant de condamner sans appel l'illustre ami d’Oehlenschläger et il lui gardera un culte d'autant plus avoué qu'il dépitera les Jeunes-Allemands".

Et de même Kleist reste encore à ses yeux un grand poète, un génie même. Hebbel accueille avec joie l'édition de Tieck. Il compare son Diamant à der zerbrochene Krug, s'entretient avec Heine

1. Bw., IT, 90,143, 181: IIT, 288; T., 2252, 2597, 2606, 2692, 3250, 3271, 3711, 3780, 3781, 4071, 4309, 4303, 4343,

2. Die Poesie und ihre Werber, Märchen, 1839-1843; W., V, 60-69: cf. T., 3789, 3839, 4257; Bw., IT, 177, 198, 298: II, 101, 114, 116, 149, 300: R. M. Werner, Monographie, 191-192; cf. le jugement de Gœthe sur Oehlenschläger, Briefwechsel mit Zelter, 2 juin 1806, 30 octobre 1808, et surtout 30 octobre 1828, transcrit jadis par Hebbel (T., 258).

3. W., XI, 82-86; T., 2347-2348, 3487, 3934; Bw., U, 109, 341: JL, 55: cf. déjà le jugement du 1‘ juillet 1835 reprochant à Byron de n'avoir pas une

conception systématique du monde, mais seulement un tour d'imagination bizarre (T., 35).

L, Byr., 11,131, 143; 159,209, 2219 84 III 25 ART. 22619 2700. 3876, 3880.

du grand poète, le recommande comme lecture, le défend en toute occasion, et reprend la comparaison qu'il a établie entre Kleist et Kôrner. Cependant il ne va point jusqu'à l’égaler à Shakespeare, etiln’a plus pour Xäthchen von Heilbronn le même enthousiasme qu’au temps où, jeune homme, il regardait pour la première fois dans ses doux yeux bleus. Il fait la critique négative (fond et forme) de cette pièce et en esquisse une reconstitution positive! Ses adversaires eux-mêmes ne le mettent-ils pas au-dessus de Kleist? À sa place il ne se serait pas suicidé, sachant une fois pour toutes que le succès importe moins que la récompense que l'artiste trouve en son œuvre même et les progrès qu'il réalise par elles. Kleist n’en demeure pas moins très intéressant et on peut en dire infiniment de choses pour et contre lui; considéré non point comme auteur de telle ou telle œuvre, mais dans sa totalité, aucune louange ne saurait être digne de lui”.

Hebbel lut à la même époque les légendes indiennes traduites en 1847 par Holzmann, et exprima son enthousiasme dans un articleÿ intéressant pour nous à deux points de vue; il contient d’abord un bref exposé historique de l’orientalisme en Allemagne : évolution de Friedrich Schlegel de Shakespeare à Calderon et aux Bramines chez qui il prétendait retrouver cette : « incarnation immédiate de l’idée, au-dessus du domaine de la raison » que les aphorismes gnomiques de sa dernière manière prétendaient révéler — intervention libératrice de Gœthe, admirateur du gracieux Sakontala mais gardien vigilant-des droits du présent — retour à la raison de Wilhelm Schlegel avec son édition du Rémdjana — les « nuages romantiques » des commentateurs allemands sont dissipés — restent encore ceux des commentateurs indiens dont Bopp et Rückert ne dégagèrent point encore suffisamment le « trésor de vraie poésie » qu'ils tirèrent au jour; — énfin traduction d'Adolf Holzmann, solide reconstitution philologique et littéraire.

Hebbel donne ensuite lui-même dans cet article une rapide appréciation de l'intérêt que lui paraissent présenter pour la poésie allemande les légendes indiennes comme source d'inspiration, il en vante le charme et la plénitude de vie — la fraîcheur naïve et cependant l’exquise délicatesse et, au-dessus du tableau local et passager qu'elles expriment, et qui les rend si vivantes, le large et profond symbolisme humain sans lequel il n’est point d’art parfait.

Du reste ses jugements sur Rückert’ et Platenf ne se modifient

1. Bw., IL, 209, 287, 341; LV, 32; T., 2799, 2934, 3925, 3313, 3316, 3323, 3395, 3888, 4269; W,, XI, 86, 90.

2. Cf. T., 3323, ligne 150 et suiv.; 4222; Bw., III, 68; IV, 33 et supra, 347, le sonnet de 1841.

3. Indische Sagen von Adolf Holzmann (1847-1848), W., XI, 197-204; Jahrbücher der Literatur, Wien, 1848, Juli, August, September, cxxz1r1, 187-192; cf. T., 4278, 49279, 4984.

4. Ibid., 201, 203, 204; cf. T., 4271, 4278, 4279, 4984: — 5. Cf. supra, 193 et bibliographie.

6. Cf. Bw., II, 178; IL, 219, 251, 258; IV, 85; T., 2635, 4344, et plus tard, VI, 347, Welipoesie : « emprunter aux Persans leurs métaphores, leurs formes métriques ne signifie pas acclimater en Allemagne la poésie persane ».

point : le premier a du talent, mais l’a gaspillé; l’autre est parfait de forme, mais prétentieux et creux.

L'école souabe lui est encore plus indifférente que jadis. De Gustav Schwab il ne cite que la biographie de Schiller, qu'il déclare mauvaise, il se souvient vaguement des « fantômes kernériens », il reste en relations avec Hermann Hauff, mais voici ce qu'au premier malentendu, Hebbel écrit, le 14 avril 1843: « Du reste, cela marche drôlement à Stuttgart et au « pays souabe ». Ge petit peuple ne s'occupe que de lui-même, les rossignols qui ne sont point d'Ulm ou de Reutlingen n'ont pas le droit de chanter. Même Uhland ne paraît à cet égard faire qu’à demi exception. Par contre, le moindre ver luisant souabe est mis chez Cotta sous une grande cloche de cristal!. » On voit qu'Uhland lui-même n'est pas épargné. De fait, les relations littéraires avec lui et ses impressions personnelles paraissent avoir refroidi Hebbel. Son esthétique reste toujours d'accord avec celle d'Uhland?, mais il s'oppose désormais à lui en tant que poète lyrique : Uhland n’est qu'une Ziederseele (âme purement lyrique), tandis que son propre lyrisme est toujours animé d'un souffle et d’un rythme dramatique. Si nous comparons ce jugement à celui de l’article du Telegraph de 1840, nous pourrons noter, en même temps que la différence de degré d’enthousiasme par rapport au maitre, une tendance dramatique de plus en plus marquée chez Hebbel*. :

Son pantragisme l'écarte à la même époque d’un autre de ces anciens maîtres : Jean Paul. Il distingue maintenant entre « l’humour vrai et profond, qui joue avec l'imperfection des plus sublimes choses humaines, et l'humour faux qui s'occupe de celle d'individus isolés extraits de l'ambiance ». C'est le second qui dépare certains ouvrages de Tieck et l’œuvre entière de Jean Paul*. Hebbel fait maintenant un véritable réquisitoire contre son favori d'autrefois : il lui reproche de n’avoir aucunement le sens de la masse, de ne point éprouver le besoin d'être soulevé par un flot puissant”; il lui reproche aussi d’être extraordinairement subjectif et aucunement lyrique, de se satisfaire de médiocres « relativités » et de plats calembours, bref de représenter le type de ces écrivains chez qui il faut bien se garder de confondre la productivité quantitative avec la richesse qualitative et chez qui le manque de force plastique se caractérise précisément par le débordement de la masse des matériaux®. Que nous voilà loin des jugements antérieurs! Hebbel brûle ce qu'il avait adoré : autrefois ce déborde-

1° Cf: T:, 5154; Bw., 11,5264,-266/278; MIT; L90EN., LXT, 51.02 CAT, 3796 et Lyrik und Lyriker, 333, 334.

3. Cf. supra, 195 et Bw., III, 297, 336 (18 déc, 1845; 26 juin 1846, Lyrik und Lyriker, 350 et supra, 323.

4. Cf. supra, 196, 197 et T., 3151, 3679, 3876, 4322 et le jugement analogue de Gœthe : Briefwechsel mit Zelter, lettre du 30 octobre 1808; pour les exemples d'humour vrai que donne Hebbel, voir le journal, table de l'édition critique, rubrique : « humoristische Züge » et les échantillons tirés de Matteo, Julia et Trauerspiel in Sizilien (Bw., II, 348; IV, 61; T., 2441).

5. Cf. Bw., III, 108 et supra, 400. — 6. T., 2686, 3679, 3683, 3871, 4072,

ment lui paraissait expliquer le manque de forme chez Jean Paul, et il l’admirait; aujourd’hui c’est par le manque de forme qu'il s’explique le débordement, et il le condamne. L’esthétique de Hebbel s'affirme de plus en plus symbolisme cosmique et culte de la forme.

Il écrit en novembre 1846 : « j'ai, ces derniers temps, lu beaucoup de Jean Paul et un peu de Lichtenberg : quel penseur magnifique est ce dernier! Je préfère être oubliéavec Lichtenberg qu'immortel avec Jean Paul. » Cependant il fait sur le « professeur conseiller aulique de Gôüttingen » bien des réserves : « intelligent, spirituel, très spirituel même, mais borné en tout ce qui touche à la poésie et, d’une façon générale, aux choses les plus hautes... Son esprit est caléidoscopique, il n’unit point des affinités, mais jongle avec des bizarreries!'. » Moins plat que Jean Paul, il verse donc dans

- son travers principal; un an cependant s'était écoulé entre ce blâme

et l'éloge précédent, et dans l'intervalle Lichtenberg avait pu sensiblement remonter dans l'estime de Hebbel.

Il a relu en 1842 Contessa, lu quinze ans auparavant à Wesselburen, et qui l’'émeut au souvenir de sa jeunesse, mais lui paraît bien faible aujourd’hui? : Une seule fois il cite Hippel®. Les préférés parmi les humoristes restent l’auteur de Don Quichotte* et T. A. Hoffmann dont il relit sans se lasser die Elixiere des Teufels, die Serapionsbrüder et auquel il prodigue en 1842 les éloges que nous avons cités à propos de l'influence qu'il exerça déjà sur les poésies de Wesselburen.

La politique, comme source de poésie, lui paraissait suspecte depuis toujours. Ses sentiments sur les poètes politiques ne varient pas ; il les compare à des gens « qui voudraient apprécier un homme non point d’après sa beauté ou d’après sa force, mais à la longueur de ses ongles, de ses griffesf ». Il considère d’ailleurs leurs tirades comme de ridicules et oiseuses criailleries, demeurant lui-même conservateur et se défendant longuement d’être antiaristocrate”. Il ne modifie pas ses idées sur Kürner, et s’il admire Freiligrath pour son attitude virile lors de la nouvelle loi sur la presse, cette admiration ne s'adresse point au poètef. Georg Herwegh n'ébranlera pas davantage sa quiétude, Hoffmann von Fallersieben est mis au niveau de la Birch-Pfeiffer, Franz Dingelstedt considéré maintetenant comme un fade favori de la chance, sans esprit ni caractère ; Robert Prutz n’est qu'un manieur de marionnettes”,

Hebbel sait conserver son indépendance aussi bien par rapport au milieu immédiat que quant à l'époque où il vivait. Il s'efforce

même en Autriche de réagir contre l'influence de son plus chaud

1. T.,/2948 et 3805. — 2. Cf.-T., 2476 et W., VIII, 390. — 3. T., 3620. — 4. Cf. Bw., II, 341; IV, 61 et W., VIII, 390-394. 5. C£. T., 2425-2498, 2890, ligne 66; Bw., Il, 312, 330, 341; III, 40 et supra,

=. 90, 100. — 6. Bw., II, 325 (T., 2857), cf. supra, 188-189 et Bw., IT, 269.

7. T., 3323, 3829; Bw., I, 269, 325; cf. V. Hehn, Gedankeén über Gœthe; Gaœthe und das Publikum, 187 et suiv.

8. W., IX, 31; T., 2317, 2934 ; Bw., III, 17, 119, 256. — 9. Bw., II, 289, 322; HI, 50, 190; IV, 76; T., 2394, 2415, 2835, 2839, 2888.

partisan, Félix Bamberg, que nous ne l'avons vu, à l'époque parisienne, que trop docilement subir. Il affirme maintenant son intention de faire, dans sa poésie, une part plus large au concret, une chasse plus impitoyable à l’abstraction. Il se sent avant tout poète, à Bamberg et Palleske de se faire ensuite ses théoriciens'. Passée la première effervescence après son arrivée, nous l'avons vu isolé à Vienne. Les lyriques ne lui disent rien. Dépité à la suite de ses premières déceptions, il ne rend même pas visite au baron de Zedlitz qui se venge d'être ainsi ignoré et dont on lui communique une critique en même temps qu'un article encore plus violent de Schücking, «le valet d'écurie de Gutzkow? ». Il ne mentionne même plus Anastasius Grün, comte d'Auersperg, déjà pourtant très en vogue. il connait les nouvelles publications de Lenau ainsi que la catastrophe tragique qui le frappe, mais il n’estime pas ce poète, « drapé dans sa douleur comme dans un manteau», il lui trouve

trop de « rhétorique », pas assez de naïveté » et de « naturel » et. - :

reproche aux Viennois d’avoir « plus de goût pour un bonhomme de neige aux yeux de charbon que pour la chaste flamme qui anime le- marbre blanc d’une statue grecque“ ». En un mot, il préfère la limpidité, la simplicité, la sérénité au pathos tourmenté et parfois déclamatoire de Lenau. Le rude Dithmarse pouvait-il sentir, aussi bien que les défauts, tout le charme musical du plus tendre et du plus douloureux enfant de la Hongrie? De ses disciples, il ne mentionne encore ni Hartmann, dont les premiers recueils étaient très goûtés des Viennois, ni Betty Paoli qui avait commencé à publier ses poésies en 1841, ni Feuchtersleben dont il devait publier plus tard les œuvres complètes. Aucune trace non plus, dans sa correspondance et son journal, de Vogl, Seidl, Rollett, Draexler et plus rien de Karl Beck qui, nous l’avons vu, paraît avoir eu une influence sur ses premières poésies, bien que Hebbel avoue faire un cas médiocre de ses vers. Il ne paraît connaître que les trois poètes bohémiens : Egon Ebert, disciple d’'Uhland, loué par Gœthe et que nous l'avons vu rencontrer à la Concordia‘; Alfred Meissner, dont il méprise les attaques malgré le succès dont jouissait à Vienne son poème sur Ziska ét la guerre des Hussites’,

Ludwig Frankl, enfin, qui l’a présenté à Hammer-Purgstall et dont il a lu les légendes arabes, mais dont il apprécie plus l'amitié que

les œuvres.

Les auteurs de théâtre ne l’intéressent guère davantage. Des comédiens, il ne mentionne pas encore Bäuerle et Raimund, dont les triomphes étaient déjà un peu lointains. Il connaît Castelli, rencontré à la Concordia, et Bauernfeld, dont les pièces paraissent

1. Cf. supra, 397 et 420; Bw., IV, 31-33, 38, 53, 55, 75-78, et Kuh, II, 190-195. — 2. Bw., II, 286; IV, 11-12. — 3. Cf. Lyrik und Lyriker, 437.

k. Cf. T., 2804, l’allusion à la poésie de Lenau mein Stern : « um meïine wunde Brust geschlagen der Mantel der Melancholie »; et encore T., 3267: Bw., III, 183 et Kuh, II, 190-191. — 5, Cf. supra, 377. ,

6. Cf. Gespräche mit Eckermann, 10 avril 1829; Bw., III, 300-301, et supra 413. — 7. Bw.. IV, 67.

8. Bw., IIT, 302; T., 4042, 4046, cf. zur Biographie Friedrich Hebbels, 3-7.

remonter un peu dans son estime, depuis que Christine y tient un rôle !. Nous avons vu comment se nouèrent ses relations avec Friedrich Halm (Baron Münch-Bellinghausen) et combien elles demeurèrent tièdes. Nous ne trouvons dans le journal et la correspondance que des critiques de deux de ses drames et la mention que Christine avait un rôle dans Griseldis?, Nous avons vu aussi que la visite à Grillparzer n'avait pas eu de résultats bien appréciables. Méconnu et mécontent, le grand dramatique avait fait pourtant sur Hebbel une impression sympathique — et l'avait adressé à Halm. Il ne se rendit compte que dans la suite qu’en l’adressant précisément à celui dont il prenait en tout le contrepied, Grillparzer lui avait dit en somme : voyez ailleurs!?; der Traum ein Leben n'en imposa guère à Hebbel et encore moins die Ahnfrau, avec son appareil de « Schicksalsdrama » et son romantisme fougueux. Mais il dut s'incliner devant Sappho et surtout devant les deux premiers actes de Xünig Ottokar, qui l’enthousiasmèrent. [1 éprouva une vraie déception à lire les trois autres, qui lui parurent manqués. «Je ne comprends pas, écrit-il avec un sentiment de sincère regret, des esprits de ce genre; chez moi c’est justement à la fin que vient le bouquet. »

En réalité, Hebbel arrivait à Vienne en pleine décadence du goût public : la censure, impitoyable, et plus encore l'atmosphère elle-même, un milieu social où manquait en tout la saine harmonie; un public tenu politiquement en laisse, mais lâché, pourrait-on dire, par compensation, à sa frivolité et à son impatience de vivre et de jouir ; l’art tombé au niveau d’un amusement, soumis lui aussi aux! rigueurs d’un despotisme qui ne respectait rien mais plus encore aux caprices de la mode, non moins tyrannique, tout cet état de choses ne favorisait guère l’éclosion et surtout l'épanouissement de talents originaux.

On peut avec Kuh regretter que cette sensualité naïve qu'il vantait tant alors, Hebbel ne l’ait pas, à Vienne, cherché ailleurs que chez les poètes et ne l’ait pas trouvée chez Franz Schubert*. Du moins n'est-ce point là une déception, car rien ne nous permet jusqu'ici de nous attendre à cette « découverte ». Nous avons vu combien l'éducation musicale de Hebbel avait été négligée avant son départ d'Allemagne. Il le reconnaît lui-même. Jusque-là nous n'avions trouvé sous sa plume que des sentences dans le genre des suivantes : « un bon musicien doit faire de ses intestins les cordes de son instrument », « beaucoup d'esprit vaut mieux qu’un peu de poésie : à quoi bon le son, s’il n’en sort pas toute une pleine harmonie6? » À Paris, il se réjouit du succès de la musique allemande au Conservatoire et y entend une fois une symphonie de Beethoven

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