T., 4332, 4344; Bw., IV
talent : « dans le génie il y a quelque chose d’absolument original, strictement lié à un individu déterminé. Le plus médiocre des poètes qui chante le crépuscule ou fait un sonnet sur un hanneton réussirait à écrire un poème comme le Spaziergang de Schiller où comme sa Glocke, si sa force était des millions de fois multipliée; mais Schiller lui-même ne produirait jamais un Fischer où un Erlkünig *. Ce jugement date de janvier 1848. La même année, Hebbel publie dans les Jahrbücher der Literatur un très long compte rendu de-la correspondance de Schiller avec Kôürner, parue l’année précédente *. Nous n'insisterons pas sur la profession de foi générale qui s’y retrouve, l'ayant déjà suffisamment définie par ailleurs : au départ, le principe d’individuation, l’idiosyncrasie mystérieuse du poète — nécessité pour le comprendre de connaître son évolution — la confession, besoin pour l'artiste, précieux témoignage pour le critique ° — aristocratisme esthétique; la beauté, apanage d'une élite chargée d’une mission aussi belle que celle des conquérants brandisseurs de glaive — le but essentiel de la littérature : « symboliser fidèlement tout processus de vie et d'évolution de façon à aider l’humanité à prendre une conscience de plus en plus claire d'elle-même ». Aucune médiocrité n’est admissible en art et les critiques, à leur tour, doivent s’élever à la hauteur de ceux qu'ils prétendent juger. De cette hauteur, ils n’admettront pas plus l’optimisme commode et fade des humanistes modernes que le mal du siècle infécond et bruyant et ils n'apercevront plus les Herder et les Byron au petit pied. Sans doute tout artiste passe par une crise douloureuse, mais tandis qu'un médiocre comme Grabbe y demeure et finit par se complaire dans l’état d'âme nostalgique, élégiaque, un Gæthe et un Shakespeare s’en libèrent par l'acte et le monde est enrichi d’un Faust et d'un Hamlet. Hebbel n'admet pas l’antithèse : anciens et modernes, si elle doit servir à excuser l’infériorité de ces derniers et à l'expliquer par la différence des époques, il pense que c’est la différence entre les individus qui prime tout. Il n’admet pas non plus l’excuse de la misère, le prétexte de la pauvreté, si l’on veut en faire le parangon de tous les échecs. L’obstacle du gagne-pain ne saurait être fatal au vrai artiste et les plaintes des ratés ne doivent pas faire illusion, car il ne suffit pas d’être un bohème pour avoir du génie et ce serait profaner le temple de l’art que de le transformer en asile pour déshérités T. C’est la même thèse que soutenait déjà le journal de Rome de février 1845 en distinguant : les manœuvres qui rejettent et spéculent sordidement, les talents qui prospèrent 1017242898.
2. Schillers Briefwechsel mit Kôürner. Berlin, Verlag von Veit und Co. 1847; pute numéros des Jahrbücher, cf. W., XI, 454; pour le texte W., XI, 3. P. 91, 93, 109, 128, 165-166, 170, 172, 176, 180, comme exemple d'idiosyn-
crasie, cf. p. 115, le pantragisme individualiste de Hebbel opposé à la philosophie de Herder.
4. 132, 172-173. Aux yeux de Hebbel, la Beauté, si elle était réalisée, dispen-
serait de Religion et de Polilique, mais elle n’est encore qu’une espérance et un programme; £bid.