‹ HebbelChapitre 240 sur 425 · Ist sie — Oder stach mich die Tarantel · texte numérisé non relu

Ist sie — Oder stach mich die Tarantel

Wird sie — Die Besinnung will mir stocken.

3. Cf. v. 45 et suiv. et supra, 365. — 4. Nous savons que Hebbel avait les yeux bleus (cf. Klaus Groth, Kuh, I, 124; Frankl, 4) et c'est évidemment moins pour rimer schauen et blauen que pour sauvegarder l’incognito poétique qu'il se désolidarise par ce détail de son héros.

NEBBEL. 31

héros entend des sons de cor du côté de la maison du forestier et conclut que, par ce mauvais temps, ce ne peut être qu’un signal du « jeune homme sans pareil », il ajoute qu'il aura de ses nouvelles — Puis monologue de tragédie discutant et pesant le pour et la contre de la situation : quels droits s’arroge-t-il sur une destinée? Ceux que lui confère le « contrat tacite » entre elle et lur. Mais la bien-aimée a dépassé le pavillon suspect. La première hypothèse était erronée. Où va-t-elle donc?

…… Hier zieht der Wald sich düster,

Und dort wohnt die Alte an der Rüster, Die in mancher dunklen Kunst geübte.

Les cœurs battent au paroxysme de l'émotion, de l'incertitude et de l'angoisse; le tonnerre gronde sans relâche, l'éclair jaillit maintenant en gerbes de feu et pas une goutte de pluie bienfaisante ne tombe encore. Craignant que la foudre ne s’abatte sur celle qu'il aime, il la suit pas à pas, sous ces arbres perfides, prêt à la rattraper, à devancer d’un bond l'éclair et à lui faire de son corps un rempart sauveur. Le danger, qui n'était qu'un pressentiment au sixième quatrain, est devenu sentiment, réalité présente. Mais la jeune fille touche à la chaumière. Rien ne nous prouve que le Schatzgräber et les sorcières de la Æexenküche n'ont pas inspiré lascène d'envoûtement qui se déroule ensuite, mais s'il n'est pas invraisemblable que Hebbel ait voulu rivaliser avec Gæthe, il faut convenir qu'il s’en est tiré avec maestria'. Nous touchons à la dernière péripétie. Quel nom la jeune fille va-t-elle proclamer, en transperçant de son épingle à cheveux l'effigie de cire? L’amoureux retient son souffle et sollicite une accalmie des éléments, l'héroïne hésite, l'épingle levée. Après un long temps d'arrêt, le dénouement se précipite, les malentendus se dissipent d’un seul coup, l’heureux élu franchit en trombe le cercle magique et le drame se termine par l'élégie du tableau final que prolongent complaisamment cinq strophes purement narratives, sans dialogue, .sans fièvre, l’action se résolvant en état d’âme et la lutte en beauté ?. On ne saurait nier que sentiment, sensualité et imagination ne se soient fait ici le plas harmonieux contre-poids pour réaliser le passage suivant qui a la pureté absolue des chefs-d’œuvre : Sie entweicht mit holden Schaam-Geberden:; Da umschliesst er sie, und Glut und Sehnen

Lôs’t bei Beiden sich in linden Thränen, Die der Mensch nur einmal weint auf Erden.

Und so steh’n sie, wechseln keine Küsse, Still gesättigt und in sich versunken, Schon berauscht, bevor sie noch getrunken, In der Ahnung dämmernder Genüsse 3.

Et dehors aussi, dans l’atmosphère, c’est la détente : Und auch draussen lôst sich jetzt die Schwüle.

1. V. 69-80. — 2. Cf. Müller, 22 : « Hier tritt die Schôünheit am Schluss hervor, nachdem äusseres und inneres Gewitter ausgetobt haben ». Cf. encore supra, 460 et n. 7. — 3. Cf. supra, 408, n. 2.

la pluie bienfaisante tombe abondamment sur les bois et les champs

et dans la hutte la fraîcheur pénêtre, et ce long poème se termine,

comme nous l'avait fait prévoir un élan du début!, par une effusion

mystique où alternent l’apaisement séraphique et l'ivresse capi-

teuse, les élans passionnés de l’oraison jaculatoire”: Als nun auch der Regen ausgewüthet, Wallen sie, die Alte gern verlassend,

Kinderfromm sich an den Händen fassend, Wieder heim, von Engeln still behütet.

Als sie aber scheiden will, da ziehen Glühendheiss die Nachtviolendüfte

An ihm hin im sanften Spiel der Lüfte, Und nun küsst er sie noch im Entfliehen.

Quelque impression que puissent produire, au total, les vingtquatre premiers quatrains formant le corps sinon l’âme du poème, on ne saurait leur contester le mouvement dramatique, le caractère tragique sur lequel Hebbel lui-même insiste ?. Et le contraste est évidemment frappant si l'on compare à l'hymne final, enthousiaste, en l’honneur de la jeunesse et de l’amour la pièce intitulée eine moderne Ballade*. C’est la mise en quatrains de ce thème du journal du 13 mars 1840 : « un homme est assis à la table de Pharaon, gagne, laisse le gain, regagne, laisse encore le gain. Et ainsi Jusqu'à ce qu'il ait fait sauter la banque. Mais il ne prend encore pas son argent; lorsqu'on l'invite à le faire, on trouve qu'il est mort. Question : à qui revient l'argent“? Les rimes plates produisent un effet comique qui s'adapte d’abord assez bien à la description de cette société de viveurs si ridicule et factice, mais l’homogénéité d'impression est détruite dès que la critique se fait explicite et surtout quand à l'élément anecdotique et satirique succèdent le développement tragique et la conclusion macabre de la deuxième partie *. L'auteur fut bien inspiré, à notre avis, dans sa revision de 1857.

Mais Hebbel composa à Paris une quatrième ballade que nous n'hésiterons pas à ranger parmi ses chefs-d’œuvre et que d’aucuns pourront préférer même à Liebeszauher. C'est le Haideknabe‘, qui figure aujourd’hui dans toutes les anthologies et que l’on pourrait être tenté de rapprocher d’une célèbre ballade d'Annette von Droste-Hülshoff. Le Ænabe im Moor avait paru, en effet, en 1844, mais le journal de juin 1837, mai 1839 et décembre 1841 nous indique d’autres sources 7, Le sujet en est, comme celui de ?s ist

1. Cf. supra, 480, n. 5. — 2. Bw., II, 60.. — 3. Cf. supra, 478 et n. 3. — 4. T.. 1948. — 5. Bw., INT, 60; IV, 371.

6. 66, sous le simple titre de Ballade; VI], 166; Paris, 8 mars 184%; ef. Kulke, 31 : Hebbel sass eines Tages in Paris in einem Kaffeehause; er hatte eben seinen Haideknaben gedichtet, und diese Ballade, weil ihm kein Blättchen Papier zu Gebote stand, auf die Umschlagseite eines Exemplares des Buches der Lieder von Heine niedergeschrieben; cf. Sonntagsblätter de L. A. Frank] à Vienne, n° du 18 janvier 1846; et Frankl, 3 et 7; Bw., LIL, 60, ligne 14; IV, 371; VI, 2; VIT; 257, note et Kub, II, 421.

‘7. T., 770, 1582, 2401 (Anmerkungen, 264) et encore W., VIII, 391 : « Claus Dau, der Spielmann, der auch durch Wesselburen kam und auch den Knaben

‘Mitternacht, la réalisation d'un cauchemar affreux et, plus encore que toutes les précédentes, cette ballade est remarquable surtout par son développement dramatique. L’atmosphère, c’est la lande déserte sur laquelle s'étend le brouillard, le silence que perce seulement le cri d’un oiseau en quête d’une proie, l'arbre solitaire sur lequel perche un corbeau. C'est dans ce paysage sinistre ? que va se dérouler l'événement lamentable et, conception non moins mystique, que le rêve sanglant va se réaliser peu à peu :

Der Knabe träumt, man schicke ihh fort

Mit dreissig Thalern zum Haïde-Ort,

Er ward drum erschlagen am Wege

Und war doch nicht langsam und träge.

La réalité suit aussitôt, dès le réveil, et jusqu’à la fin du récit nous ne respirerons pas un instant”, tant les pressentiments de l'enfant sont les nôtres. Nous frissonnons comme lui à la voix rude du maître qui lui ordonne de s'habiller et lui remet l'argent fatal. Et comme sa plainte, trois fois répétée, nous émeut! Mais ce : « Ach, Meister, mein Meister‘! », où l’avons-nous entendu déjà? ne serait-ce pas chez Uhland ou chez Gœthe *? Le dialogue :

Die Sonne, sie ist ja wie Blut so roth!

— Sie ist es für dich nicht alleine.

n'est-il point transposé d’Ærlkünig? Qu'importe! Ce qui est bien hebbélien, c'est la note plus sombre, le souffle plus court, l’antithèse plus nettement tragique entre la détresse du Haideknabe et la dureté de son maitre qu'entre la fièvre du petit malade, chez Gœæthe, et la vision lucide, la voix rassurante du père? Ei nuance bien hébhélienne encore : ce n’est plus un cheval qui galope ici, mais le rêve lui-même, en voie de réalisation :

Sie schlagen mich todt,

Drum schnell, sonst mach’ ich dir Beine!

So sprachst du schon,

Das war das Gesicht, der Blick, der Ton, Gleich greifst du — zum Stock will er sagen, Er sagt’s nicht, er wird schon geschlagen.

mordete. Rattenfänger von Hameln. » Paul Bastier (l’ésotérisme de Hebbel, 28 et 33) rapproche les pièces der Priester (ef. supra, 299) et büser Ort (que nous allons bientôt étudier) et indique comme source « ésotérique » les circonstances mystérieuses qui amenèrent la mort du petit Max, les remords poignants mais inavouables de Hebbel (cf. T., 2805-2809; Bw., II, 323 et Kub, IT, 49-54). La source la plus importante paraît bien être Uhland : cf. sa pièce des Knaben Tod, supra, 295, Knabentod de Hebbel et l’article des Grenzboten. 19 août 1909, p. 367-368. Nous indiquerons d’autres rapprochements de détail.

1. Cf. Th. Bieder, 20 : « Hebbel .… hatte doch selbst » alle Poesie als « dramatisch » bezeichnet (cf. supra, 218 ot n.12) d. h. « leébendig zeugend und fort- « zeugend ». Unter seinen Balladen zeichnet sich der Haideknabe durch eine von Vers zu Vers sich steigernde Spannung aus, die den Athem des Lesers oder Hôrers fast ins Stocken bringt. »

2, Tibal, 492. — 3. C£. supra, 484, n. 1. — 4. « Ach, Meister, mein Meister »: cf. v. 9, 13, 17. Plus loin encore v. 45 : « ach Meister Hirte ».

5. Cf. Siegfrieds Schwert, y. 13 : « O Meïster, lichster Meister mein! » et le « mein Vater, mein Vater » d’'Erlkünig.

Et ce départ :

Ach Meïster, mein Meiïster, ich geh’, ich geh',

Bring meiner Frau Mutter das letzte Ade!

Und sucht sie nach allen vier Winden,

> Am Weidenbaum biu ich zu finden.

Ne voilà-til pas le « terrible fatalisme » dont parle un critique !? Et plus loin, dans la lande tragique, quelle angoisse haletante! Nous pensons comme le garçonnet :

Ach wär’ hier ein Schritt wie tausend!

Et quel silence oppressant! l'anxiété est décuplée! la vitesse du pressentiment augmente. Ce n'est plus un galop, c’est un vol vertigineux. La maison solitaire du vieux berger, nous l’avions devinée avant de l’apercevoir; l'approche de l'assassin, nous en étions certain avant qu'on ne l'appelle et que n’apparaisse le gourdin qui devrait protéger l'enfant et sera l’arme du crime? :

Der Hirt, der winkte dem langen Knecht,

Er schnitt sich eben den Stecken zurecht,

Jetzt trat er hervor — wie graute

Dem Knaben, als er ihn schaute.

À présent, nous savons tout.- Plus l'instinct de l'enfant se, fera humble, plus la volonté du destin demeurera impérieuse. N'’est-elle pas touchante, déjà, cette offre de pourboire au protecteur qui va être le meurtrier? mais combien plus nous bouleversera cette gradation : le grand valet se montre, l'enfant prend aussitôt le parti de rester seul — Ie fripon ricane : « er will die vier Groschen behalten » :

Da sind die vier Groschen! Er wirft sie hin

Und eïlt hinweg mit verstôrtem Sinn

Schon kann er die Weide erblicken

Da klopft ihn der Knecht in den Rücken 3!

Le reste n’est qu'une variation brillante du thème de la ballade ‘s ist Mitternacht, sauf que le rêve s’accomplit après et non plus pendant sa conception. Et, comme dans ZLiebeszauber la pluie tombait en même temps que cessait l'attente anxieuse, une sorte de détente se produit dans l'atmosphère au moment précis où cesse la résistance de l'enfant‘. Pour mieux symboliser encore la participation intense de la nature à notre vie affective, deux êtres organiques, deux animaux, servent de témoins : le corbeau, incarnation de l'esprit du mal, le pigeon, que paralysent l’effroi et la pitié impuissanteÿ,

Nous avons fait allusion au Xnabe im Moor, dont il n’est pas

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