Doch nur in deiner Hand Sind sie im Grab
Gieb sie den Winden preis, Dass sie mit ihnen leis Düngen den Strauch.
Fühlts nicht sogleich der Zweig, Fübhlt’s doch die Wurzel gleich, Und ist nur diese reich Wird der es auch7.
Ainsi rentrée dans l'immense cycle de la vie de la nature, la fleur revivra sous les rayons fécondants de l'éternel soleil. À la mort de Max, Hebbel fait formellement allusion à ces vers pour démontrer à Elise qu'elle a tort de pleurer son fils et que, si son ancienne apparence n’est plus, il a dû renaître sous une forme nouvelle.
Comparons maintenant, Sommerbild ® dont la gravité symbolique
1."Supra, 1802 —°2, Cf. supra, 247 et 469, n: 2: — 3. 23; VI, 229, Paris, 27 janvier 1844. , ;
4. Le n° des Grenzboten du 19 août 1909, p. 365 rappelle d'Uhland le Sinnoedicht du même titre; Müller (7) rapproche le vers 4 des vers gœthéens : « Wie im Morgenglanze du rings mich anglühst ». (Weimar If, 79, v. 1 et suiv.)
5. Cf. les pièces : Widmungsgedicht, Rosenleben, ein Bild, Vollendune, supra! 129, 264, 348, 353 et Scheunert, D. 7. I., 78 et suiv. Leben des Einzelwesens im Naturzusammenhang und Aufgehen in ihm durch den Tod. Das Gedicht : die Rosen… et encore, cbid., 145 et n. 1, 152, n. 1 et 190.
6. Cf. T., 3069. — 7. Cf. strophes, 1 et 3 et T., 3152. — 8. Cf. Anmerkungen, 283 et Bw., III, 54, 60-61. | |
9. Dès le recueil de 1848, p. 21, le titre de : Sommerlied devint Sommerbild;
ne fait tort à la beauté formelle que si l’on réfléchit. A ne considérer que l'harmonie musicale, l’ensemble est un pur chef-d'œuvre, digne de rivaliser avec la célèbre chanson de Thomas Moore, qu'elle rappelle :
Ich sah des Sommers létzte Rose steh’n, Sie war, als ob sie bluten kônne, roth?
Da sprach ich schauernd im Vorübergeh’n :
So weit im Leben, ist zu nah am Todà.
Mais, si nous analysons de près le quatrain suivant :
Es regte sich kein Hauch am heissen Tag, Nur leise strich ein weisser Schmetterling ; Doch, ob auch kaum die Luft sein Flügelschlag # Bewegte, sie empfand es und verging. +
Le symbolisme des couleurs paraît moins net°; l’idée pure, au contraire, se dégage avec trop de netteté et ce squelette métaphysique attire notre attention sur tout ce qu'ont de factice les images, d’artificiel et de construit, un revêtement qui voudrait passer pour organique 6. ,
. Toute différente est la pièce composée le 30 janvier de la même année : auf ein errôthendes junges Müdchen, das ich im Louvre sah7. Rien ne saurait caractériser mieux le tempérament original de Hebbel que ces quatre strophes où nous voyons la sensualité provoquer la réflexion et celle-ci amener à son tour une recrudescence du désir. Le poète rencontre au Louvre une jeune fille qu'il regarde sans doute avec insistance, en tout cas, complaisamment :
Ich liess mein Auge auf dem deinen ruh'n, Da ward zur Purpurflamme dein Gesicht;
En somme, une de ces belles images quotidiennement rencontrées au hasard de la vie, et dont il s’agit de prendre congé. Mais l’imagination de Hebbel n'est rien moins que légère et frivole : très réceptive, mais lente à élaborer, elle accueille volontiers, instantanément ce qui lui plaît, à la façon du constrictor détendant promptement son lasso formidable pour saisir sa proie, puis commençant sa déglutition voluptueuse et sa digestion interminable. Un autre poète eût accordé à la jolie passante un salut chargé de ravissement ou de regret, un souhait de bonheur pour elle, ou quelque réflexion mélancolique. La pensée de Hebbel s'empare avec avidité
VI, 230; Paris, 31 août 1844; das Vaterland, n° 180, 26 novembre 1844, Vienne, 11 janvier 1858, Liepmannscher Kalalog, XXX, n° 160; cf. encore, Bw., ILI, 212 et VI, 2 et Scheunert, D. 7. H., 175 : dem Sommerbild inhaltlich verwandt sind die Rosen.
1. «’tis the last rose of summer, left blooming alone. » — 2. Cf. T., 3118 et supra : Büser Ort, 487 et n.5 et der junge Hebbel, 146, n. 8.
3. Cf. Müller, 33 et suiv. — 4. T., 3200. — 5, Cf. Môller, 34 et Scheunert, DH É73 nue
6. Cf. Scheunert, D. j. H., 173-175; outreles deux passages du journal indiqués par R. M. Werner (Anmerkungen, 284), Scheunert rapproche dans son excellent commentaire, T., 1902, 2851, 4324 et 5499.
7. 20, VI, 2138 : das Vaterland, Zeitschrift für Unterhaltung, Lit. und ôüffentl. Leben, hrg. von Ed. Duller. Darmstadt, 26 novembre 1844.
de tout ce que laisse à sa portée l’objet de son désir et, sous quelque forme que ce soit, retient le plus longtemps possible, en une sorte de nostalgie d'éternité, la chose la plus essentiellement inconstante, l'apparence fugitive!. Le regard de la jeune fille du Louvre, on sent, dès le premier vers, qu'il le happe, s’y abandonne et le retient; ce visage rougissant, à peine entrevu, on sent qu'il en enferme aussitôt l’image en son cerveau, et à ces deux souvenirs rapides sa réflexion va conférer le maximum de permanence et de stabilité : ,
Da warst ein Kind, ein Mädchen bist du nun.
Instantanément le désir s’est transformé en réalité — et sur cette réalité imaginative, le désir s’amorce, renouvelé, intensifié :
So weig're auch die Mädchenfrucht mir nicht.
L'imagination décrit alors à loisir ce beau fruit si convoité et plus encore idéalisé et cette bouche de jeune fille soumise au baiser poétique subit toute l’ardeur des symboles et tout leur effet mysticopanthéistique?. Satisfaite, la flamme sensuelle baisse alors et, comme une fumée s’élevant plus dense, la réflexion spécule et s’échauffe et c’est bien là l'impression dernière du poème : une flamme dans de la fumée !
Ich hab’ ein Recht auf ihn, ich hab’ in dir Die Glui, die ihn gezeitigt hat, geweckt,
Drum raub’ ich ihn mit kecker Lippe mir,
Wie Vôgel Beeren, die kein Laub mehr deckt.
Vielleicht vollendet dieser Kuss mein Glück,
Du wirst durch ïihn dir deiner ganz bewusst, Und wie du Mädchen wardst vor meinem Blick,
So wirst du auch noch Weïb an meiner Brust.
Il faut rattacher encore à ce premier groupe de pièces die Kirmess”, qui rappelle Heine, non-seulement par le premier vers, mais par les motifs, le mouvement, le ton, le rythme et le finale. Au son des
< ? RE 2 violons et des flûtes #, les jeunes gens dansent et la blonde plait au poète, mais il n'avait encore pas vu la brune ; le premier imbécile peut la faire danser et la regarde amoureusement, il s’en souviendra encore dans sa vieillesse :
Im Alter, ach im Alter!
Ja, ja, wir werden alt, Er, ich, du selbst, wir alle, Wir werden alt und kalt.
Qui ne se rappellerait immédiatement, à ces vers, le mélancolique quatrain de Heine :
1. Cf. Bw., I, 90 : « Liebe knüpft sich an Schôünheit und Jugend. Schlimm genug, das Ewige an’s Vergänglichste, das Wabrste, Tiefste, Innerlichste, an das, was so ofttäuscht. Aber Niemand verändert die Welt und die Menschennatur, und Nichts muss man schmerzlicher bezahlen, als wenn man im Zustand der Dürre und Leere sich in’s Gefühl hinein lügt. » Cf. supra, 324-325; cf. plus tard l’anecdote de Rome: Bw., III, 196. nt : 2: Cf. v: 5-8 et Scheunert, D. 7. H., 152 et note. — 3. 25, VI, 278; Paris,
7 mars 1844. “à AA - 4. Cf. Hebbel : « Das ist ein Geigen und Flôten » et les pièces du lyrisches Intermezzo : Das ist ein Flôten und Geigen, — das istiein Brausen und Heulen.
Vorbei sind die Kinderspiele, Und Alles rollt vorbei, —
Das Geld und die Welt und die Zeïten, Und Glauben und Lieb’ und Treu.
Or, comme si Hebbel s'était proposé une paraphrase poétique de la pièce Mein Kind, wir waren Kinder, les strophes suivantes en reprennent l'inspiration sur le même ton et presque dans les mêmes termes, Dans der Haideknabe nous avons cité une reproduction presque textuelle d’un vers de Erlkünig !; ici nous trouvons le :
So jung, so schôn, so leicht.
qui fait.songer tout de suite à la célèbre bluette Du bist wie eine Blume et enfin la chute est encore tout à fait dans la manière, à la fois ironique et mélancolique, de Heine :
Sie aber kann’s nicht glauben, Und das verdenk’ ich ihr nicht,
Sie müsste sich sagen : ich selber Bekomm’ einst ein solches Gesicht?.
La partie la plus originale et peut-être la plus jolie de la pièce est celle où les pressentiments du poète lui font deviner l’aïeule que sera plus tard l'enfant, et rappelle par endroits tout à fait Grossmutter Ÿ.
Le critique se montre un peu trop sévère, qui caractérise die Kirmess au total comme simplement « plus supportable * » que la pire poésie philosophique que Hebbel ait commise : das abgeschiedene Kind an seine Mutter5. Nous arrivons, avec elle, aux pièces de la seconde catégorie, d'inspiration abstraite et métaphysique et plus que bizarres de forme. Il faudrait y comprendre d’abord deux poésies que nous avons étudiées avec le cycle dem Schmerz sein Recht$, dont nous ne pouvions les distraire : im tiefsten Schmerz et letstes Gebet, composées à Paris les 16 et 24 janvier 1844 et inspirées, comme la pièce die Rosen‘, par le deuil du petit Max. Mais celle où s’exprima ce deuil de la façon la plus directe et la plus explicite est l’intéerminable pièce en tercets que R. M. Werner a pris comme « exemple classique » à l'appui des théories esthétiques développées par lui dans son ouvrage sur le lyrisme et les poètes lyriques *. Il ÿ refait minutieusement la genèse du poème, en remontant pas à pas le Journal et la correspondance et en citant tous les passages quis’y rapportent. Nous pouvons donc nous contenter d'y renvoyer et d'insister particulièrement sur l'intention essentielle de l’auteur. Hebbel se propose, en ces 40 tercets”?, de consoler Elise de la mort de son fils Max et d'abord ne doute pas un seul instant
1. Cf. supra, 485, n. 1. — 2, Cf. la même idée de ressemblance familiale à la fin du poème : As ich auf der Reise zufällig, die Heimkehr.
3. Cf. v. 45 « du schünstes Kind, ich ane » et supra, 250 et n. 4; cf. les 12°, 13°, 14° et 15° quatrains et Grossmutter, supra, 277.
4, Tibal, 693, n. 8.
5. 80, et suiv.; VI, 294; Paris, 17 décembre 1843. — 6. Cf. supra, 283, n. 5 et 6, 286 et 287. -— 7, Cf. supra, 489-490, — 8. Lyrik und Lyriker, 50-93, cf. biid., 394. — 9. Le poème comprend 121 vers (40 tercets et 1 vers complémentaire).
de l'efficacité absolue de son étrange remède ; grande est sa décepüon lorsque, comme bien l’on pense, il échoue complètement !. Dans l'édition de 1857, il fit de ce poème le premier numéro d'un nouveau cycle qu'il intitule : des Dichters Testament?, renfermant trois autres pièces de date ultérieure que nous étudierons plus loin. Et certes, c'est bien véritablement un testament sentimental et philosophique qu'il nous livre, en ces vers absirus et lourds, si étranges dans la bouche d'un enfant, si étranges surtout d’être adressés par lui à une mère éplorée*.
Le poème se subdivise-en trois parties dont les deux premières sont à peu près égales, la troisième sensiblement plus longue‘. En voici la sommaire analyse. L'enfant évoque sa mère dont les larmes lui font apparaître encore la terre plus brillante que les mille soleils qu'il voit, « silencieux et imposants », se mouvoir dans l'éblouissant éther. Il ne veut plus qu'elle s'abîme seule dans les larmes, alors que tous les autres visages s’épanouissent et que les enfants tournent joyeux autour des arbres de Noël. Aussi s’unira-t-il mystérieusement à l'esprit de son père et le poète fera descendre dans l’âme douloureuse les harmonies éternellesÿ, Elles débutent par ce tercet aux résonances antiques :
O had’re 6 nimmer mit den Urgewalten, Die, rubig thronend über allen Zeiten, In festen Händen jeglich Schicksal halten.
C'est alors l'opposition des délices terrestres aux félicités cosmiques, que le seuil effrayant cache seul aux mortels. Il faut l'avoir
1. Cf., T., 2805, 2989; Bw., IT, 356, 360-36%; III, 2, 23. L'expérience ne le convaincra du reste pas; voir Bw., IV, 20, comment il console Elise de la perte de son second fils et Christine de la mort du petit Emil : il tient encore sa recette pour infaillible; cf. Bw., VI, 131.