VI, 12; Bote, 2 juillet
- 2, Cf. Hoffnung, de même rythme, et les théories de la Duldung dans les
pièces de l’'Anthologie. ÿ 3. Cf. Scheunert, D. 7. H., 70 et 71: Traum und Dümmerung et les'aphorismes
-de Wesselburen; W., IX, 16.
42 REBBEL (1813-1835).
Heureusement la source intérieure est là pour neutraliser : Ihr Labetrunk wird sie kühlen.
Après ce combat bi-aquatique, la lutte entre l’eau et le feu! Mais l'élément liquide reprend le dessus au vers suivant :
Ob das Leben ihn wild in die Fluten reisst — Sie giebt Himmelsfrieden dem ringenden Geist.
Grammaticalement, ce sie se rapporte toujours à die Quelle, mais le poète l’a totalement oublié et pense maintenant à die Erinnerung. Et ainsi le souvenir se substitue à la source, l'escamotage se transmet à la strophe suivanté et l'équilibre ne se rétablit qu’à la fin, trop tard!
On sait que Salis et Matthisson se rattachent étroitement à Hülty!, un des fondateurs du Güttinger Hainbund, le plus tendre, le moins fougueux. Le jeune Hebbel l’imita aussi. Son ode die Nacht? a pour modèle la Maiennacht de Hülty, composée en strophes asclépiadiques. Les deux motifs du sommeil verseur d’oubli, dispensateur de félicité et de fleurs qui comprennent la nostalgie d'amour, reparaîtront plusieurs fois dans son lyrisme*. La technique est déjà plus perfectionnée et, à deux reprises, l’allitération ajoute à l'harmonie du morceau #. :
L'Elegie am Grabes eines Jünglings Ÿ rappelle, autant que l’Ælegie auf den Tod eines Jünglings de Schiller, l’Ælegie bei dem Grabe meines Vaters et l'Elegie auf den Tod eines Landmädchens de Hôlty : non seulement les titres, mais les motifs, le ton, le dessin rythmique sont analogues. L'ensemble des idées n’est qu’un amalgame étrange et confus de notions chrétiennes et de velléités esthétiques : il est question de « monde de deuil, plein d'imperfections », de « poussière infime » et d’' « âme » bienheureuse, de Duldung (toujours!), de récompense divine, de pardon divin; après la mort, tout de suite f après la mort, aura lieu le jugement : les hommes vertueux deviendront anges et pourront contempler Dieu face à face ou bien dormir, au ciel, le sommeil des bienheureux, Cette fois, Jésus-Christ est cité :
Unsers Heilands Jesu Christi Glaube Ist erhaben über Raum und Zeit,
Giebt dem Staube süsse Ruh im Staube, Reicht der Seele Seligkeit 7.
1. Cf. par exemple la pièce de Hôlty : Aufmunterung zur Freude. — 2. NM, 26; Bote, 10 juin 1830. È
3. Cf. Scheunert, D. 7. H., 81 et 140. Fischer (37) indique, outre Matennacht, une autre pièce de Hülty : Se/nsucht, de même rythme et contenant.des motifs analogues. Paul Bornstein (1, 344) rapproche également den Tod de Hôlty et voit dans la pièce de Hebbel « Pastorenlyrik in Reincultur »:; il cite, à ce propos, un quatrain de la poésie pastorale zum neuen Jakre qui avait paru dans le Bote du 7 janvier 1830.
k. « Lispeln leise wie Laura » (vers 15) et « Wie ein säuselnder Westwind — Uns am Mittag die Wange kühlt » (vers 19 et 20). R. M. Werner a apporté une correction au troisième vers (Anmerkunoen, 406) : Blicks. au lieu dé-Blick.
5. VIT, 22; Bote, 15 avril 1830, — 6. Cf. Scheunert, D. j, H.,47:— 7, Ce qua-
Mais — et c’est ici que cesse l’orthodoxie de la pièce — ce n’est pas le Christ qui sera l'intermédiaire entre l’homme et la divinité, cest un « bienheureux jeune homme », devenu un « bon et bel ange ». Tout cela n’était que fantasmagorie esthétique ! et exercice de versification. On peut donc voir dans cette élégie un document du conflit qui se livrait dans l’âme du jeune Hebbel entre les notions religieuses traditionnelles et ses premières acquisitions critiques. Nous y apercevons aussi telle et telle métaphore qui révèle le tempérament vrai du poète et sera bientôt caractéristique de sa terminologie :
Und der Herr.
Sah herab mit liebeg/ük’nden Blicken, Wie er auf den Menschen niederschaut, Dem der Tugend himmlisch’stes Entzücken Durch die trunk’ne Seele {haut.
Enfin, le poète lui-même nous donnera plus tard de nouveaux détails sur ce « plan » divin auquel il se contente pour le moment de faire allusion ?. La critique a déjà signalé judicieusement dans ce poème le premier effort de synthèse qu'accomplit le jeune Hebbel pour coordonner ses métaphores; mais on sent encore la résistance.
Et de même Ziebe ‘ rappelle, non seulement par le titre, mais par le mètre‘ et aussi certaines tournures la Ziebe de Hôülty et c'est également aux développements analogues de Hülty dans Aufmunterung zur Freude, Maiennacht, Lebenspflichten qu'il faut rattacher optimisme du Zied5, dont la première strophe, assez bien venue, résume l’idée : Wie Schiffer auf den Wogen In der Nacht, Vom Sturmwind fortgezogen Voller Macht, So treiben wir auf des Lebens Meer
Und wissen’s wohl, von wannen her, Aber nimmermehr : wohin !"
Hebbel s’est donné un schème difficile sur un air connu et il le remplit avec obstination, il s’évertue à mener jusqu'au bout sa
train reparaît textuellement dans la pièce die Verblichene an die Zurückgeblicbenen! (W., IX, 9, article : wie die Krähivinkler ein Gedicht verstehen und auslegen, 1831.) 1. Scheunert (D.7.H., 38) a bien établi ce départ entre l’éthique et l’esthétique : « Trübung der sittlichen Einsicht durch die Formen ». 2. Vers 13 et 14:
Gab im ungetrübten Geistesspiegel Zu bewundern seinen hohen Plan.
3. Fischer, 76. — 4. Meinem Freund Heinrich August Theodor Schacht, NI, 36; Bote, 4 novembre 1830. ;
5. Cf. supra p. 42, n. 3; l’éditeur critique (Anmerkungen, 106) a cru devoir ici encore faire de légères retouches au vers 19,.en vue de corriger le mètre. Fischer a protesté contre ces retouches (103). s:
6. VII, 34-36 : « Mein Schiff streicht durch die Wellen »; Bote, 30 septembre 1830.
comparaison : la vie est comme une promenade sur la mer, — à rassembler le troupeau épars des métaphores; la fin de la quatrième strophe est une digression; la cinquième tout entière en est une autre et voici dans quel style : ;
Der Biene gleicht das Leben 1! —
(Si la vie ressemble à l'abeille, elle ne ressemble plus à une promenade en barque.)
Der Biene gleicht das Leben — Mit dem Mund Thut’s süssen Honig geben, Sticht uns wund Mit dem Stachel, doch, wer Honig will, Der halte auch dem Stachel still — — Jede Wolk muss ja verzieh n ?.
La vie, l'abeille, la promenade sur l’eau, le miel, l’aiguillon, le nuage, voilà beaucoup d'ingrédients pour une mauvaise strophe. La septième est également tout entière hors du sujet : il ne s’agit plus de la barque sur les flots mouvants, mais de la fleur printanière, qu'il faut cueillir avant qu’elle ne soit fanée, et le rappel du « Sturm » est insuffisant pour raccorder la tête et la queue du poème. ee
Mais, pour le jeune Hebbel, c'était le sentiment qui importait, et non la forme.
Ah! n'oublierons-nous donc jamais, sous l'influence du divin, la cruelle morsure de la douleur, du péché?? La vie est une abeille dont il nous faut subir l’aiguillon, si nous désirons le miel de l'idéal. La mort nous délivrera, à la fin : :
So wirift der Tod unsern Anker aus, Und führt uns heim in’s Vaterhaus — ” Dann wohl wissen wir : wohin.
Ce ne sont, dans les pièces de ce genre, que miel, roses et violettes, zéphyrs et rossignols, larmes et palmes, séraphins et chérubins. Hebbel n’en est pas encore au stade où il désavouera explicitement tout ce bric à brac*? céleste et lui préférera la simplicité et le : naturel. Il est encore sous la toute-puissance de ce charme mélancolique qui « refoule toute critique ». Et, dans le même passage de son journal" où, quelques années plus tard, il s'efforce de définir ses rapports avec Hôlty, nous ne sommes pas étonné de trouver, dès les premières lignes, un autre nom : la grande ombre de Klop-
1. Bornstein (1, 350-351) : « das bei Hebbel beliebte Bild der Biene von Hôlty und Matthisson übernommen,.hier aber zu erstem Versuch einer Symbolisierung natürlicher Vorgänge genutzt ».
2. On‘en vient à regretter par comparaison le refrain de la mélodie connue « Fidelin », au deuxième et au quatrième vers et « Fidelin, Fidelin », au dernier,
3. ne D. 7. H., 7; Hinweis auf die Eigenart der Terminologie Hebbels. 45 T,,52552.
stock plane sur l'enfance mélancolique du poète !. Les héroïnes de ses essais juvéniles s'appellent Laura, Minna et Rosa. L'enthousiasme enflammé, mais aussi l’idéalisme éthéré et vaporeux de la Messiade, les thèmes généraux d'inspiration du « Hainbund » : l'amitié, l'amour, la vertu, la poésie, tel est l'arrière-plan qu'il faut leur donner. |
Kains Klage®? rappelle, autant que le Brudermord de Schiller, le monologue d'Adramelech dans le Messias et a pu être également rapprochée de certaines pièces de Hülty et de Matthisson®?.
Wo verberg’ ich mich und meine Sünde Meine grässlich-grosse Schuld#?.
Ces deux premiers vers nous livrent tout le secret de l'éthique et de la métaphysique du jeune Hebbel en 1829; les deux conceptions sont encore très simples et, dans son vocabulaire d'alors, « péché » est un synonyme de « faute ». Son Dieu est transcendant. De sa « grâcef » dépend la rémission du crime, de sa « malédiction? » la
__ damnation éternelle. Sa Nature moralise :
Brudermôrder, ruft die Blume, Brudermôürder, rauscht das Laub.
Le ciel, la terre, la mer et le soleil s’émeuvent du forfait de l’homme et témoignent du courroux divin. Mais, à lire attentivement la pièce, on voit bien vite quel est le dogme dont Hebbel s'inspire surtout; ce sont les théories de Schiller telles qu’elles s’expriment dans des pièces commé 7Thekla ou die zwei Tugendwegeÿ.
Dans la pièce Sehnsucht an L.®, c'est la même inspiration et la même facture; nous étions, avec Caïn, dans les sombres régions hantées par les réprouvés, la nostalgie du poète va maintenant nous emporter au paradis. L'amour est conçu comme intermédiaire entre la terre et le ciel, la bien-aimée est appelée « divine » et «céleste » !, son image est celle d'un ange :
Es strahlt so heiter, so engelmild, Doch Orcane umbrausen mich furchthar wild 11,