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l'apogée du printemps, de temps à autre, une pluie de fleurs dont aucun mouvement perceptible de vent n’était la cause et qui fit naître dans mon imagination la pensée d’un frisson soudain de la beauté devant elle-même. Vous savez que j'exige même de la poésie une certaine réalité et ne puis lui accorder le droit de créer de toutes pièces à la fois l’image et l’idée, de commencer par inventer l’élément concret ou d'en déformer arbitrairement un réel et de lui donner ensuite tant bien que mal une signification symbolique et je n'ignore pourtant pas que lui refuser ce droit équivaut à éliminer la plupart de nos poètes. C'est pourquoi je vous rappelle le motif, emprunté à la nature, sur lequel repose mon poème!. » Il n’en reste pas moins que le symbolisme est ici l'essentiel et à l'instar de Môrike, les critiques s'accordent à le trouver quelque peu factice et forcé. L'un d'eux cite cette déclaration du poète : « C’est chez moi depuis mon enfance une habitude devenue naturelle que de considérer dans les choses, non pas les choses elles-mêmes, mais ce qu'elles symbolisent », et il la commente ainsi : « Cette phrase ne se vérifie jamais plus que lorsque Hebbel contemple la nature. Que le parfum des fleurs, le chant des oiseaux, le murmure des ruisseaux, la splendeur des arbres épanouis signifient au printemps le réveil d’une fée qui dormait sous les neiges ou la marche triom-
phante d’un jeune dieu, fils du soleil, les peuples les plus primitifs
l'avaient déjà compris. Mais le sens méditatif de Hebbel perçoit dans cette allégresse un frisson subit, qui fait tomber des branches une pluie de fleurs; ce n’est pas un vent capricieux, c’est la pensée de la mort qui vient de passer sur la nature; la beauté la plus éclatante a la destinée la plus brève et cette pluie de fleurs, sans cause apparente, est un sacrifice spontané à la Némésis par lequel le printemps l'apaise?. » Ce jugement caractérise excellemment l’idée et le symbolisme du poème. Il convient toutefois de le compléter en accordant à l'élément formel le tribut qui lui revient. Nous aurons l’occasion de le faire en étudiant synthétiquement la phonétique et la rythmique des Neue Gedichte. Contentons-nous, pour l'instant, de souscrire à l'appréciation de Mürike qui faisait précéder l’énumération des réserves de détail que lui avait suggérées das Opfer des Frühlings d'un grand éloge de l’ensemble et surtout de sa limpidité musicale. % Hebbel, comme pour remercier et couronner la Muse optimiste et libératrice de ce premier séjour à Rome, compose, avant de partir pour Naples, la pièce an einen Freund‘ qui est la plus expresse protestation contre la Grübelei qui ait été écrite et que, pour cette
raison, nous tenons à verser intégralement aux actes.
1. Bw., IN, 346; cf. T., 3377. — 2. Tibal, 693 et Bw., Il, 124-125; cf. supra, 508, n. 4; Scheunert, D. 7. H., 165 et n. 2 et Bamberg, II, 282-284.
3. Bamberg, II, 379 : « Bei diesem reizenden, besonders durch seinen melodischen Fluss anziehenden Gedichte...; cf. Lyrik und Lyriker, 428 et supra, 36, n.2et 505, n. 5; Bamberg, comme Môrike, fait quelques critiques de détail et un grand éloge de l’ensemble (I, 283 et 284). ;
4, 82, VI, 234, Rome, 10 avril 1845; Môrike loue cette pièce (Bamberg, I, 379).
Was dir Schlimmes oder Gutes Auch das Leben bringen kann, Nimmst du stets gelassnen Muthes
Und zufried'nen Sinnes'an.
Nur das Ganze macht dir Sorgen, Nur, was nie ein Mensch ermisst,
Ob ein Rätsel d’rin verborgen, Und ob diess zu lôsen ist.
Kann der Buchstab’ denn ergründen, Was das Wort bedeuten soll ?
Wenn sich alle treu verbünden, Wird es ja von selber voll.
Nimm die Traube wie die Beere, Nimm das Leben wie den Tag!
Was es auch zuletzt bescheere, Immer bleibt’s ein Lustgelag.
Voilà de nouveau le « carpe diem? » et renforcé cette fois du « ut conviva satur », toute la lyre épicurienne! Un critique s’étonne de voir Hebbel marcher sur les traces d'Horace et déclare « qu’on ne l'aurait jamais imaginé * »; mais, quelques pages plus haut, il paraît cependant trouver cette évolution toute naturelle et la rapproche très judicieusement de celle de Gœthe : « Pendant son séjour en Italie un changement s’opéra, non seulement dans le talent poétique de Hebbel, comme il lé constate, mais encore dans son caractère. Il commença à se soucier moins de l’idée et plus des apparences qu'elle revêt, précisément parce que ces apparences étaient plus belles. Dans les poésies qu’il écrit en Italie, Hebbel montre, comme nous le verrons, une préoccupation de la beauté de la forme qui lui était jusqu'alors étrangère, et dans sa vie, la beauté prend de plus en plus d'importance, non la beauté morale, mais la beauté sensible. Il vit moins par l'intelligence et plus par les sens; il lui suffisait, du reste, d'ouvrirle Voyage en Italie de Gœthe pour apprendre qu'il n’était pas le seul à avoir subi cette transformation et que c’est là pour un homme du Nord le résultat ordinaire d’un séjour dans les pays du Midi“. » Mais le critique atténue aussitôt un jugement
1. Cf. Fries, 44, n. 1 : « Gœthisch klingt auch z. B. der (durch stren a GET : : F e Cäsur herbeigefübrte) auf und abwogende Tonfall ». S