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PORC PE VE

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Hebbel ne s’est pas contenté de soumettre les épigrammes à la classification nouvelle, il leur a fait subir d'importantes retouches.

Nous citerons toujours la forme de 1857, afin de respecter, tant dans

le détail que dans l’ensemble, les intentions définitives de l’auteur et pour être en droit de procéder ainsi, nous délimiterons, en étudiant la forme des épigrammes, l'étendue exacte de cette anticipation.

Voici d'abord le « motto » par lequel le poète présente, en 1857,

l’ensemble de ses poésies épigrammatiques *

Bilder, wie sie im Fluge sich haschen lassen, Gedanken,

Welche sich runden in sich, mancher geschichtliche Strich,

Auch zuweilen ein Hauch, der leise schwellend, den Busen

Hebt und wieder verlässt, eh’ er ein Lied noch beseelt,

Und dazwischen, doch selten, die Kôpfe von Schelmen und Wichten,

Wie man, genagelt an’s Thor, Eulen und Dohlen erblickt,

Alles aber im Vers, wie Schiller und Gœthe ihn bauten, Schmäh’n ihn auch Platen und Voss, weil er der deutscheste ist1.

L'annonce paraît suivre, rubrique par rubrique, la classification du recueil d'ensemble : Images, Maximes, Art, Histoire, Epigrammes éthiques, personnelles, diverses, rimées. Quant au dernier distique, il eût paru ambitieux, placé en tête du livre d’épigrammes de 1848, car, dans ce recueil, le poète avait fréquemment violé une règle élémentaire de versification et commis ainsi

de nombreuses et très graves fautes que plus tard il fit disparaitre ?.

Nous aurons à revenir sur cette question, en examinant les remaniements de la versification. Contentons-nous, pour l'instant, de noter à propos du Motto que, puisque nous citerons les épigrammes sous leur forme dernière, des taches de cette nature auront disparu et ne seront du moins pas l'obstacle qui séparera les hexamètres et les pentamètres de Hebbel des modèles qu'il

nous déclare s'être proposés.

Hebbel nomme PBilder les épigrammes où un fait vécu, une impression de voyage se revêtent de pensée comme une sobre figure s’adorne d’arabesques légères.

À Copenhague d’abord, il en écrit une : Bei der Bestattung des Herzogs von Augustenburg*, où est repris en dix distiques un aphorisme du journal : « Un mort fait sur le spectateur l'effet de la mort; il semble qu'il n'ait qu'à lever les cils pour que la flèche parte; on voit derrière ses yeux fermés la mort bandant l'arc ».

1. VI, 326, cf. Patzak, 70-71, 103. ; 2. L’épigramme Selbsterkenntnis, par exemple, correcte dans le recueil de 1857 (VI, 343) se présentait, dans celui de 1848 (p. 161) : Ob du dich selber erkennst? Du thust es sicher, sobald Du Mehr Gebrechen an Dir, als an Andern entdeckst. 3. 352, VI, 329 dédiée à Oehlenschläger; cf. das Vaterland, 3 juillet 1843, n° 155, p. 621 et Patzak, 23, 85-86. — 4. T., 2649 (Copenhague, 14 février 1843),

Mais, reprend l’épigramme, le poète seul voit à travers le couvercle du cercueil ces yeux fermés; la foule n’aperçoit que l’apparat de la cérémonie; convoi funèbre ou nuptial? qu'importe à ses sens amusés? Et pour distraire le poète lui-même, il suffit du sourire d'une jeune fille. Cette toute-puissance de la vie sur le cœur de l’homme est, deux ans plus tard, exprimée encore par l’épigramme der Greis! :le vieillard se réjouit, avant de mourir, de pouvoir jeter en arrière un dernier regard et saluer l’étincelle de vie léguée à son petit-fils”

A Paris, une visite au cimetière Montmartre lui inspire Todtenopfer?. À chaque tombe, il cueille une fleur, jusqu’à en avoir un bouquet. Est-ce donc, s’écrit-il en frissonnant, que la vie emprunte à la mort sa parure? Alors il rencontre « une tombe délaissée et solitaire, sans une seule couronne, pas même une fanée », et il y dépose ses fleurs, en gage d'affection réparatrice des « voisins endormis ». L'épigramme nach dem ersten Abend bei Franconi in Paris? est d'inspiration moins mélancolique. Certes le poète comprend le malaise de Protée emprisonné par l’étreinte d'Ulysse, mais il ne s’en émeut plus; ce qui le touche profondément, c'est le spectacle de la « divine liberté reconquise, ne fût-ce que pour un instant ». Aussi, lorsqu'il donne le fenin au mendiant, son œil reste-t-il sec, tandis que le roi Lear‘ lui arrache des larmes, non point à cause des infortunes du héros, mais à la pensée que cest un homme qui a fait la pièce. C’est pourquoi aussi une simple troupe d’écuyers et d’acrobates a pu l’enchanter. Leur aérienne légèreté ne témoigne-t-elle pas

Dass der Leib, wie der Geist, frei ist, sobald er nur will ?

et la chute de Psyché ne serait-elle point belle, alors qu’elle oublie dans son enthousiasme téméraire que son aile est fragile? Deux aphorismes du journal de 1843, l’un du 6, l’autre du 12 novembre, deviennent le distique die Herme * :

Herme, ich liebe auch dich ! Mir ist, als säh’ ich das Chaos Nach unendlichem Kampf hier von selbst sich befreïn.

Hebbel écrit, le 31 janvier 1844 : « La Morgue, c’est comme un spectacle; on voit le 5° acte d’une tragédie et sans prix d'entrée S ». C'est l'idée quil développe dans l’épigramme Za Morgue1, rejetée en 1857. Il en rejeta alors également une autre née à la même époque : Notre-Dame de Paris$. Le contenu en est indiqué dans

1. 150, VI, 329; cf. T., 1658 (Hambourg, 18 septembre 1839), T., 3310 (Rome 1e* février 1845) et Herodes und Mariamne, W., Il, 345, acte V, v. 2969 et suiv., Scheunert (D. 7. H., 72) rapproche encore avec raison T., 3403 et la pièce : Dämmerempfindung; ef. supra, 474, n, 1 et 475, cf. encore, Patzak, 33, 86.

2. 132; VE, 327; cf. T., 3136 (Paris, 23 mai 1844) et Patzak, 82.

3. 132: VI, 330: cf. T., 3136 (Paris, 23 mai 1844), Patzak, 29, 57, cf. encore T., 6100 (6 mars 1863). — 4, Cf. v. 13; T., 3099 et ein Spatziergans in Paris, v. 49-54.

5. 197; VI, 334; cf. T., 2821, 2852; cf. Patzak, 8 et 77 et T.; 372 (Munich, 29 septembre 1836), cf. encore T., 5906 (Vienne, 3 mai 1861) et supra, 545 et n. 6. —/6.1T., 3059, ="7. 453 :NVIII; 228: 3

8. 148, VII, 228. Wiener Zeitschrift, 1848, p. 352; Patzak, 24, 72.

une lettre du 13 octobre 1843 : « un monument vraiment moyenâgeux, noir, sombre, tout en volutes, ayant à peu près l’air d'une corneille attardée qui fixerait ses yeux aveugles sur la splendeur environnante du mois de mai ». Que nous voilà loin des effusions mystico-esthétiques d’un Wackenroder en présence des vénérables témoins d’un passé gothique!

Et pas plus que les prédilections romantiques ne l’entraïnèrent, Hebbel ne marcha, nous l'avons vu?, sur les traces de Gœæthe, dévot de l'antiquité. Devant un édifice romain comme en face de la cathédrale parisienne, il n'aperçoit bien que deux choses : un tombeau du passé et, tout autour, l’azur vivant du ciel*. Un peu d'histoire et surtout la nature et la vie, voilà ce qu'il sent en Italie plus que les chefs-d'œuvre de l'art. C'est ce qu’exprime l’épigramme Ron‘ :

Rom, schon bist du Natur und wirst noch weniger werden, Aber dein Himmel verbürgt dennoch die ewige Stadt.

Wo die Myrthe gedeiht, und wo der Lorbeer nicht mangelt, Siedeln zu Liebe und Krieg immer auch Menschen sich an.

On. voit cependant, à l'écho direct.du second hexamètre, que la pensée du poète de Mignon est présente à l'esprit de Hebbel et l’on peut songer au premier salut que, dans son ctalienische Reise, Gœthe adressait au luxuriant Midi, à lire l’épigramme Jtaliens erster Gruss?, que Hebbel compose à la gloire de l'Italie après avoir contemplé de la villa Ludovisi cette nature, accablant l'étranger de sa magnificence comme Héliogabale ensevelissait ses convives sous les fleurs. Nous nous rappelons combien Hebbcel, toujours à l'instar de Gœthe, se sentait dépendant en Italie du climat, et que la chaleur parfois lui pesait autant que la lumière l'avait ravif. Le torride été napolitain lui fait écrire : « Ce devient déjà un travail que de vivre, dis-je dans une de mes épigrammes, et il ne peut rien y avoir de plus vrai? ». Cette épigramme est intitulée : Ein Sciroccotag in Rom; elle rend admirablement l'impression de lourde torpeur qu'éprouve tout être vivant dans cette atmosphère de fournaise, qui semble avoir bu les mers et vouloir réduire en cendres les villes, ce souffle ardent qui mürit l'orange et le raisin et — ironie suprême des forces élémentaires! — menace d’étouffer lhomme*?., Mais, nous l'avons vu également, Hebbel finit par s’acclimater si bien en Italie qu'il ne souhaite rien tant qu'y

1. Cf. Bw., II, 299, T., 279422 et Patzak, 72; Hebbel avait lu une traduction de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, cf. T., 225 et Bornstein Il, 363.

2. Cf. supra, 404-405 et à Munich, déjà T., 876 (24 août 1837) et Bw., 1, 220. — 8. T., 3318 (Rome, 20 février 1845), et Patzak, 71-72. — 4. 166; VI, 331; Patzak, 34-35.

5. 133 : Italien, NI, 331; cf. Bw., III, 217 (Rome, 30 mars 1845 et supra, 506 et n. 3 le passage de l’ifalienische Reise, cité déjà à propos de das Opfer des Frühlings, cf. encore, W., XII, 15-16.

6. Cf. supra, 404 et n. 4 et 409; Tibal, 685, 686, 689 et 698; Patzak, 36, 79. — 7. Bw., LUI, 239, Naples, 7 juillet 1845; cf. encore, Bw., III, 238-243. — 5. 131 : Scirocco in Rom; NI, 334; cf. Patzak, 31-32, 79-80.

9. Scheunert (D. j. H., 153) rapproche à propos de l'expression kocht (v. 6). la dernière strophe de Wiegentied (NII, 165; supra, 295).

rester!, D'autres épigrammes ne célèbrent encore de la nature italienne que sa beauté et sa fécondité. Ce n’est pas seulement la

fantaisie auf eine Biene in der Villa Medicis, née d’une merveil-

leuse journée de Noël fleuri ? et où l’allusion à la métempsychose se

présente sous une forme gracieuse. C’est la description réaliste de la Chiesa sotterranea dei Capucini a Roma? qui se termine ainsi :

Und dein Führer, ein Mônch, wie diese Todten es waren, Sagt dir lächelnd : dereinst werde ich ruhen, wie sie!

Aber Italiens Sonne bestralt durch niedrige Fenster

All den Moder, und sanft plätschert ein Springbrunn’ im Hof,

C’est ensuite l’antithèse du beau et de l’utile, du coquelicot et de l'épi dans ein Weisenfeld, en 1848 : ein Weizenfeld in der Campagna feliceÿ. Et c’est, dans l’épigramme in den pontinischen Sämpfen®, la surprise et le ravissement du touriste, s’attendant à des flaques d’eau croupissante et trouvant à peine quelques rares vestiges de marécage, mais de luxuriantes prairies, des arbres vigoureux, du blé aux endroits cultivés déjà. De ce même voyage de Rome à Naples en juin 1845 provient l’amusante petite anecdote : in AlbanoT: un âne mourant de soif à vingt pas d’une fontaine, il fallut le fouet pour le conduire à la félicité. Enfin les soirs délicieux de la Villa reale a Napoli* nous valent un pur chef-d'œuvre :

Unter duftigen Bäumen, vom Hauche des Abends durchsäuselt, Sammelt von reizenden Fraw’n still sich ein glänzender Flor; Leise ergiesst sich der Strom melodischer Klänge und schaukelt Zwischen Wonne und Weh jedes empfängliche Herz;

Aber die Wogen des Meers, am nahen Gestade sich brechend Und vom Winde geschwellt, donnern verhalten darein,

An die gewalt’gen Accorde der rollenden Sphären uns mahnend, Welche für’s menschliche Obr sanft zur Musik sich gedämpft.

Comment ne pas louer le charme de ces vers où le mystère des rapports de l'homme avec la nature est rendu par ce qu'on pourrait appeler le mystère plastique? Chaque mot est pesé, soumis à un choix définitif et ne saurait être remplacé par un meilleur;

1. Cf. supra, 410. — 2. 129; VI, 333; Bw.. IT, 183, 199 (Rome, 31 janvier 1845), Patzak, 33, 79 et suiv., et supra, 405.

3. 125, VI, 332; cf. la citation du voyage en Italie de K. Ch. Moritz, T., 273 (Heidelberg, 6 août 1836). Hebbel avait visité cette église avec le peintre Häuser le 20 avril 1845 (T., 3461); Patzak, 37, 73-74.

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