Cf. supra, 593-594. — 4. T., 4439. — 5: Bw., V
GAS : ; HEBBEL (1848-1863).
pourtant contre la volonté de la nature et sans les vraies affinités : intérieures! Pourtant je ne, reverrai personne plus volontiers qu'elle dans les régions éthérées, si elles s'ouvrent à moi un jour". » Cette ombre ne nous paraît pas avoir gâté le bonheur conjugal et familial de Hebbel. Il suffit de parcourir au jour le jour les témoignages des inquiétudes et des joies que lui donna dès sa naissance celle qui devait être pour lui le meilleur gage de sa rupture définitive avec le passé et le meilleur présage de la vie nouvelle de tendresse et de sécurité. Son journal et sa correspondance sont pleins de son adoration pour sa fille Titele, celle que plus tard il appelle le petit Pinscher et, s’il vient à s'éloigner d'elle au cours de ses voyages, il ne vit pas tant qu'il est sans nouvelles de l'enfant ?. Quant au grand Pinscher — c'était le surnom familier de Christine, — son Nux (Hebbel) ne paraît nullement éprouver pour elle les sentiments compliqués d'antipathie sourde et de rancune cachée qu'un critique lui a prêtés. La vérité, c’est le peète qui l’a dite, et c'est qu'il adorait sa femme et admirait son beau talent d’actrice. Il est invraisemblable d'imaginer que toute sa vie, il ait porté aussi constamment le masque de l'amour et, au fond du cœur, nourri de l’aversion et que, tout au long de sa correspondance et de ses confessions, il se soit évertué à d’innombrables déclarations de tendresse feinte et ait mis une sorte de point d'honneur, mystique et chevaleresque à la fois, à jouer imperturbablement jusqu’au bout une absurde tragi-comédie ignorée de tous. Nous préférons croire, tout simplement, qu'il était parfaitement sincère sous ce rapport dans sa vie comme dans ses déclarations et qu'il suffit de s’y rapporter : ilse sentait heureux auprès de Christine et loin d'elle, souffrait immanquablement et cruellement de nostalgie. La vérité tient tout entière dans ces lignes, écrites à Klaus Groth, le 1% mai 1859 : « Je dois le reconnaître avec gratitude, le ciel m'a dédommagé de la première moitié de ma vie par la seconde, et surtout par la femme qu'il m'a fait trouver alors que J'étais plus proche du tombeau que du lit nuptial, car je revins d'Italie comme une ombre et sur le bateau s'engageaient des paris sur la question de savoir si j'avais devant moi toute une année ou seulement six mois à vivre“ ». Pour si complexe que soit par ailleurs la personnalité de Hebbel, il nous paraïtrait oiseux d'en compliquer les traits les plus nets et les plus accusés : son sens de la famille, son goût de la vie simple et son affection pour les siens”. ;
1. T., 5363 (Vienne, 31 décembre 1854); cf. encore Werner, 274, 319; Kub, Il, 241-242, 399; Winterfeld, 328-329, 417-418.
2. Cf. Bw., IV, 397, la lettre à Kuh du 10 mars 1852 : « Schreiben Sie mir nie einen Brief, ohne mir über die Meinigen Nachricht zu geben. Ob mein Kind den Schnupfen hat, oder nicht, daran liegt mir mehr, als an aller Literatur und Kunst der Welt; cf. encore N. Hebbeldok., 67, 95; Bartels, 95: Werner, 269, 292-293; Kuh, Il, 443, 471; Winterfeld, 327; W.,' VIII, 398 et les tables du journal et de la correspondance, en particulier : T., 4581, 4623, 4657, 5041, 5079, 5293-5294, 5406, 5460, 5565; Bw., IV, 82, 95, 133, 176-1798, 357 ct suiv., 368 et suiv., 377 et suiv., 386, 389, V, 3; 235-236; VI, 208, 247: NLE 22.
3. Cf. Bastier, op. cit. — "4, B., NI, 254 — 5. Cf. encore pour la même
. HEBBEL A VIENNE DE 1848 A 1863. RTE GES
Nul doute, du reste, que le poète ne se soit parfaitement embourgeoisé. N'’écrit-il pas à Christine, de son champ de bataille et de triomphe de Munich, dès 1852 : « Je passe ici, en vérité, par les états d'âme les plus étranges, car le passé et le présent s’y mêlent de façon merveilleuse. Poète! Poète célèbre ! Quel rêve c'était pour moi jadis, comme ma poitrine se dilatait à le concevoir seulement réalisable, comme cela me consolait des privations de toutes sortes! À présent je possède ce fameux trésor tant convoité et il n'a pas plus de valeur pour moi qu’une gousse vide!. » Par contre, à présent que le voilà à l’abri de la misère, il ne se met nullement audessus des petites préoccupations terre à terre, mais s'y enfonce au contraire en bon petit rentier parvenu, chez qui le souvenir du passé sauvegarde le souci de l'avenir. Il constate que, si sa réputation littéraire grandit, les recettes n’augmentent pas dans la même proportion. Le 31 août 1850 seulement, il « fête, à vrai dire, son émancipation » et achève de payer ses dettes ?. Il est acharné à se libérer, âpre à se défendre et à amasser, plus généreux de conseils que de subsides et moins longanime pour ses débiteurs que pressé de rembourser ses créanciers, au demeurant exact et méticuleux en affaires (toutes les vertus bourgeoises) et peu favorisé par la chance jusqu’à ce qu'un simple libretto lui rapporte plus que tous ses chefs-d'œuvre*. Sa santé ausbi ne cesse de le préoccuper, de même que la santé des siens et il en note dans son journal et sa correspondance les moindres variations t. Chaque année, à Noël et à la Saint-Sylvestre, il arrête son bilan, résumant les acquisitions et les pertes de l’année et comparant le passé et le présent. Aussi, rien de plus facile que de dessiner en quelque sorte sa courbe vitale. De 1848 à 1854, nous en suivons le mouvement d’ascension continue : le poète se déclare satisfait et se souhaite au nouvel an de conserver seulement ce qu’il a possédé pendant l’année écoulée; nous voyons ainsi grandir, selon son expression, le sentiment d’optimisme et de confiance en l'avenir”. Le 4 janvier 1854, il ouvre ainsi son journal : « La période de malheur est passée, je recommence à me sentir bien dans ma peau comme entre mes quatre murs et ne puis cependant réprimer une pensée qui
époque : Bw., VI, 58, 116-117, 217, 284, 288 et pour les années antérieures £ T., 4339, 4546, 4769, 4676, 4769, 4879, 5304, 5277, 5298, 5419, 5639, 5636, 5655, 5764 et Bw., IV, 112, 236, 269-271, 282-284, 305, 321, 362-363, 368-369, 371 et note, 374-379, 389, 399, 395-399, 401-413, 417, 422-425; V, 116=117, 227, 293, 505; V:26, 802 153: 158-159,165,1197, 2892/2359. IT, , 97.
1Bw: LV 4105!
2: Cf. Bw., IN, 240-243. — 3: Cf. supra, 419 et n. 2; T., 4370; Bw., IV, 25-27, 93, 146, 164-169, 175-176, 180 et note, 188-189, 194, 237, 239-240, 252, 968, 320-322; V, 95, 101, 159, 213; VIII, 67; Bamberg, II, 258; N. Hebbeldok., 91, 94.
h. Pour la période de 1847 à 1860; cf. T., 4394, 4584, 4737, 477k, 5086, 5169, 5459, 5460, 5483, 5537; 5628, 5661, 5777: Bw., IV, 101, 210; 216, 218, 224-295, 934, 238: 243, 260, 367, 386; V, 7, 16, 132, 139-140, 164, 191, 209, 272, 292, 298, “350: VI, 236, 261, 264, 271-277, 989, 359; VIII, 72; N. Hebbeldok., 51, 91; Werner, 283-297, 342: Kuh, II, 441.
5. Cf. T., 4480, 4481, 4659, 4759, 4774, 5006, 5036, 5047, 5217, 5218; Bartels, 86; Werner, 300,
ÉROEUT HEBBEL (1848-1863).
m’obsède. Sans doute, me voici à l'apogée de mon existence; J'ai une femme chérie, je vois grandir un enfant charmant et je possède au moins un ami vrai et éprouvé; ma santé me donne toute satisfaction, les forces de l'esprit et du corps sont entières et mon activité ne demeure point stérile; j'ai, de plus, les moyens de vivre confortablement et suis même en état de mettre un fenin de côté pour l'avenir. Je suis — j'ai le droit de m'en vanter, — reconnaissant de tout cœur pour tout ce bonheur et me réjouis de chaque journée; le repas de midi et surtout la dernière heure du soir où l'on cause en buvant un verre de bière et en mangeant une tartine m'est toujours une fête et mon seul désir (désir bien naturel et qui subsiste dans toutes les conditions) est que cela dure! Mais l’inévitable loi de la vie est maintenant de redescendre, ma santé va fléchir, le talent disparaître, etc.!.... » Ce pressentiment sombre, au faite même de la prospérité, ne tarde point à se réaliser et l’année ne s’est pas écoulée que déjà le déclin s'annonce et que commence à s'exhaler la plainte d'un homme pour qui l'assaut de la vieillesse sera singulièrement rapide ?. Désormais les bilans de fin d’année ñe feront que marquer les progrès de l'inquiétude et de la maladie *.
. L'étape de 1860 est particulièrement importante et précipite la chute. C’est l’année où les amis les plus intimes, les disciples favoris, Kuh, Debrois, Glaser rompent avec Hebbel et où, nous. l'avons vu“, le maître se renferme, sans rancune mais non sans amertume, dans sa tour d'ivoire. Il est résolu à réduire à tout jamais le petit cercle et à s’y réfugier strictement, à ne chercher d'amitié et à ne placer de confiance qu'auprès des êtres qui lui appartiennent tout à fait : sa femme et sa fille, et si d’autres créatures doivent être admises encore dans sa familiarité, ce seront uniquement les compagnons, humbles, mais sûrs et fidèles, qui ne varient jamais et qui ne trahissent pas, les animaux. Toute sa vie et particulièrement dans sa vieillesse, Hebbel chérit avant tout les qualités de naïveté, de sincérité et de spontanéité: il les trouve chez les enfants et chez les jeunes gens; il aime observer la vie à son éclosion, dans sa fraîcheur et dans son ardeur premières; il note dans son journal les faits et gestes, les paroles et les rêves de sa petite Titele ï. Il écrit le 12 avril 1863 : le plus grand bien qui puisse advenir à l’homme est de demeurer le plus longtemps possible un enfantt. Il méprise les jugements de ses contemporains, mais attend avec calme le verdict des jeunes : il a foi en eux et ils auront foi en lui ?.
Quant aux animaux, nous savons que, depuis sa plus tendre
1. T., 5219. — 2. CE T., 5284, 5322, 5363; cf. pour cette année 1854 : Bartels, 95; Werner, 318-325; Kuh, II, 369, 391-399.
3. Cf. de 1854 à 1860 : T., 5411, 5450, 5537, 5620, 5642 (W., X, 302), 5777. — 4. Cf. supra, 613 et suiv. à
5. Cf. pour Titi enfant : P., 4673, 4674,.4676, 4699, 4693, 4697, 4736, 4791, 4747, 4748, 4822 et notes, 4849; pour la période de 1848 à 1860 : supra, 618 et n. 2; de 1860 à 1863; cf. T., 5818, 5958, 5961, 6048, 6053, 6081, 6165; Bw.. V, 328-329, 335: VI, 316, 362; VII, 283 et suiv.
6. T., 6314; "cf. Zefzte Brieftasche, TAN, p-xv, nM4 SNCF Kulke-19% Werner, 293; T., 4950, 1951, 5495, 5720, 6150; leizte Bricftasche, T., IV, p. xv1* et p. xx1v; Bw., V, 126; VI, 64; Agnes Bernauer, W., III, 182, ligne 21 et suiv.
L HEBBEL A VIENNE DE 1848 A 1863. 621
enfance, Hebbel eut une vive prédilection pour eux ! ; on trouve dans son Journal et sa correspondance de 1848 à 1863 de nombreuses traces de sa sympathie; volontiers le poète visite les ménageries; pendant ses promenades, il observe les fourmis, les chèvres, les oiseaux; même les corbeaux l'intéressent; en revanche, il n’aime pas les cygnes et abhorre les serpents ?. Les rapports de l'animal et de l’homme sollicitent sa curiosité au double point de vue scientüfique et métaphysique et il définit, dans son système pantragiste, la place de nos frères inférieurs *. Mais ce n’est pas uniquement son esprit que les bêtes sollicitent, il s’en rapproche surtout par le cœur et, pour les bien comprendre, il les aime *. Comme au temps lointain de son enfance, la compagnie d'un chien lui suffit, sa fidélité le console, sa mort le désespère. À Vienne, près de sa table de travail, à Orth, pendant sa villégiature, un écureuil fait ses délices ; etlorsque son favori Herzi-Lampi-Schatzi meurt, le 5 novembre1861, il lui consacre la plus poignante oraison funèbre : « Celui que l'espèce dédommage de l'individu est assuré contre toute perte; pour moi, Je ne connais pas de succédanés, j'aime l'individu, et cet animal était si comique, qu'à chacun il semblait une merveille et à moi une révélation de la nature. Je crois à présent au lion d'Andronicus, à la nourrice louve des Romains, à la biche de Geneviève, je n’écraserai plus jamais une souris ou même un ver, | honore la parenté avec le mort, fut-elle la plus éloignée, et ne la cherche pas seulement chez l’homme mais dans tout être vivant; insondable et divin mystère, auquel l'amour seul peut initier! Ainsi cet animal m'a ennobli et a élargi mon horizon. » Et la plainte continue ainsi, longtemps encore, énumérant, comme à la perte d’un défunt chéri, les mille petites joies qu’il a procurées, les riens les plus caractéristiques et les plus touchants. La mort de cette bête fait perdre à Hebbel le boire et le manger et l’accable tandis que, peu de temps auparavant, à Hambourg, il apprenait, les yeux secs et sans émotion, la nouvelle du décès d’un de ses anciens compagnons d'études ; c'est qu'entre son écureuil et lui la mort avait déchiré un lien intime tandis qu'entre lui et l'étudiant de jadis ce lien n'avait jamais existé. Enfin, pensant à la défection récente de ses familiers, Hebbel conclut : « Tu m'étais une compensation pour les traîtres qui m'ont abandonné de façon si vile: la nature t'a rappelé et certainement tu n'es pas parti de gaîté de cœur’. » — L'oraison s'achève sur un long point de suspension, qui est un sanglot, pour reprendre, quelques jours plus tard, aussi longue, aussi éplorée*. La mort du
1. Cf. supra, 17, 148, 158, 476, etc. — 2. Of. T., 4212, 4608, 5497, 5794, 5795, 5824, 6100, 6108, 6136, 6173, 6208, 6210 ; Bw., V, 164; VII, 87, 242; Kulke, 28-29.
3. Cf. T., 4350, 4493, 4451, 5701, 5702, 5892, 5976, 6041, 6047; 6185; Bw., VIL, 103, 226-227.
4. Cf. Kulke, 28-29; Werner, 342, 345-346. — 5. Cf. aus der Kindheit, NI, 194: T+, 5402, 5639, 5775, 5776, 5833; Bw., VI, 146; VII, 97; Kulke, 28, 30; et VI, 457 : Wundern muss ich mich sehr.…….
6. Cf. Bw., VII, 133-136 : « In Bezug auf Thiere bin ich ganz Indier »; et encore ébid., lignes 11 et suiv. et note. — 7. T., 5937. :
8. T., 5938, 5939 : Hebbel y renvoie à la pièce das Geheimniss der Schünheit (VI, 404) inspirée par son quadrupède favori et termine par le quatrain :
petit remplaçant Semmi provoque, au début de l’année suivante, une longue effusion du même genre et ce cri de désespoir : « Déçu par les hommes, je me suis réfugié chez les animaux. Quelle amertume de n’en conserver aucun !! » Hebbel ne peut, on le voit, ni se remettre de la déception que lui ont causé ses intimes en 1860, ni les oublier ?. |
On peut dire que, de 1860 à 1863, à la fin de sa vie comme au début de son mariage, Christine seule le dédommage et le console de tout. Plus que jamais, à l'heure de la détresse, il apprécie ce « cercle fermé » qu'il avait pressenti et chanté à l'heure de l'espoir et la conclusion suprême qu'il tire de toutés ses expériences est l'adhésion profonde à la traditionnelle sagesse, proclamant que rien au monde ne vaut le foyer; il regrette de n'avoir pas suivi plus tôt l'instinct des nations pratiques qui défendent strictement à tout élément étranger l'accès de la famille, le splendide et bienheureux isolement que l'on goûte ensemble : père, mère et enfants; il déplore les dix dernières années de dispersion, les concessions faites aux nombreux amis, le temps gaspillé, enlevé aux siens et à ses travaux, et pour quel résultat? Il ne peut maintenant conjurer les souvenirs qui remplissent son cœur d’amertume et les grimaçantes images qui lui voilent jusqu’à la vision bienfaisante des lumineuses soirées de Noël5. Le 23 juin 1863, Titi’lui envoie les bonjours de la « Jelinger-Jelieber-Liste, c'est-à-dire de la maman, de Schatzi, Schelmi, Pintschi, Drossi et Zeïisi. Mais aussi voilà que cette liste énumère à peu près tout ce qu'embrassent mon amour et ma confiance à la fois. Tous les autres rapports sont plus,ou moins conventionnels et ne sont maintenus que par le lien de sable des contes d'enfant, lien, comme on sait, fragile au toucher et même au souffle de l'air‘. » :
Mais le pays des contes d'enfant, ne sera-ce point toujours pour lui Wesselburen, au tréfond de son cœur et de sa mémoire? Le leitmotiv de ses regrets d'enfance manquée ne se dément pas. Il le formule encore, le 18 novembre 1853, en reprenant à son compte cette sentence de Forster : « D’heureux enfants font des hommes heureux et c'est à ces premières impressions qu'il faut le plus vraisemblablement faire remonter toute disharmonie de caractère ” ». Les souvenirs du passé s'imposent à lui avec une force d'autant plus grande que sa solitude à Vienne se fait plus complète et son renoncement plus amer pendant les dernières années. Son excellente mémoire © lui rappelle avec précision les faits et les images, mais, à distance, l'ombre et la lumière se font plus égales,
halt nichl zu fest, was du gewannst (VI, 418). Nous étudierons plus loin ces deux morceaux ainsi que la pièce das Hermelin (NI, 261).
1. T., 5949-5950: sur les écureuils voir encore : T., 5724-5796, 5736, 5743, 5922, 5928, 5960, 5968, 6201, 6214; Bw., VI, 219, 277-279, 321, 338: VII, 69-70: N. Hebbeldok., 150, 164: Nibelungen, W., NII, v. 2959-2964; Kulke, 26, 27, 29: Werner, 355-356, |
2. Cf. encore T., 6289, 6317; leizte Brieftasche, T. IV, p. xv, n° 15.
3. CF, T., 6146 (26 mai 1863) et supra, 417, 520 et notes: — 4, T., 6170. — 5. T., 5195; cf. supra, 15 et 155. — 6. Cf. Bw., V, 345 et Kulke, 55.
HEBBEL A VIENNE DE 1848 A 1863. ‘623
les flammes de l'enthousiasme se sont éteintes, la noirceur des rancunes est atténuée. C'est dans cette pénombre de douceur et de mélancolie que Hebbel revoit maintenant les figures lointaines : sa
. mère, Emilie Voss, Rousseau: il relit avec émotion une ancienne
lettre adressée jadis par lui à Janinsky, médite son /rommer Spruch à la nouvelle de la mort d’Amalia Schoppe, avec laquelle il s’est, nous l'avons vu, réconcilié, envoie quelques subsides à son vieux maître Dethlefsen et adresse à Mohr, pour solde de tous comptes, un long mémorial solennel et hautain !. La distance qui le sépare intérieurement de Wesselburen semble se raccourcir d'année en année; tout d’abord, il n'exprime à l'endroit de ses compatriotes dithmarses que détachement et mépris ?; mais, après les déceptions de Vienne, lassé par l'hostilité de Laube et le cœur brisé par l'abandon de ses amis, il sent combien il est étranger en Autriche, se reprend à analyser ses attaches véritables et se réclame à mainte reprise de son origine holste 5.
Aussi dirait-on de son crépuscule qu'il est d’abord comme une aurore. Hebbel est de la lignée de ceux qui ne savent pas conclure par une négation, ne se laissent pas détourner par des misères des grands projets et ne permettent pas au grouillement des contingences d’ébranler les fermes piliers de leur temple de sagesse “. Certes, il éprouve souvent le goût amer de la solitude et, lorsqu'il n'ayoue pas qu'il lui faut des livres et des gens pour l’émoustiller, on sent, à certaines de ses lettres, qu'il s’essaie parfois à se montrer souple, cordial, plus sociable, mais souvent aussi il affirme sereinement la grandeur et la dignité du silence, demeure inabordable aux fâcheux, et s'efforce de se cuirasser de prudence et d'indifférence devant le succès *. « La maturité est tout », lui a appris Shakespeare, et sa compagne complète l’enseignement du roi Lear en lui rappelant que ce qui est mûr tombe vitef. L’orgueil se tempère de modestie et le rayonnement intérieur des trésors de l’expérience se voile d'apaisement résigné.
Jamais l'harmonie entre les deux époux ne fut plus parfaite qu'à la dernière étape faite en commun, la main dans la main. Déjà les déclarations des années précédentes montrent Hebbel de plus en plus convaincu de l'importance et de la sublimité du mariage et de moins en moins indulgent aux unions irrégulières et à ces prétendues liaisons de conscience qu'il pratiquait jadis et vantait alors 7. Dès 1853, il préconise le banal et schillérien : « Drum prüfe, wer sich ewig bindet, ob sich das Herz zum Hlerzen findet »; mais en
1.‘Cf. supra, 22, 23, 422, 576; T., 5100, 5274, 5300, 5572, 5991, 6071, 6340; Bw., IV, 196; V, 172-177, 316-317; VI, 212-213; VIII, 86; N. Hebbeldok., 123-124,