Kub, I
2. Pour les drames, cf. en plus des tables de la correspondance et du journal, pour Herodes und Mariamne : Kuh, II, 243-255, 274-275; Frankl, 72- 75; Bartels, 85-86, 89-91; Werner, 276-283; Bastier, 57; Winterfeld, 371-374, 546-548; Mitscherlich : Hebbel als Dichter der Frau, 49-65; — pour le Rubin, supra, 610-611, les rapports de Hebbel avec le Burgtheater; — pour Agnes Bernauer; Kuh, I, 329-369, 380, 393, 473; Bartels, 107-109; Werner, 302-303; Kulke, 21-22; Winterfeld, 392-403, 548-549; Mitscherlich, 65-85 ; — pour Gyges und sein Ring : Kuh, Il, 391-398; Kulke, 69; Frank], 68-70; Bartels, 101, 109- 110; Werner, 318-325; Winterfeld, 404-418, 550-551; Mitscherlich, 85-103 (cf. Bw., V, 298, 306-310); — pour Michel Angelo : Kub, 94, 117-119, 300-301, 327- 329, 363-370, 465, 473; Bartels, 91; Werner, 297-299; Winterfeld, 392-403; — pour die Nibelungen : Kuh, Il, 407, 437, 493-495, 513; Frankl, 43-50: Kulke, 7 et 87; Bartels, 101-115; Werner, 326-328, 347-353; Winterfeld, 436, 438, 448, 551; Mitscherlich, 103-129 ; — pour Demetrius : Kuh, II, 434-438; Frankl, 70; Bartels, 102, 115; Werner, 3(0-364: Winterfeld, 533-540. l
3. Schnock, ein niederländisches Gemälde (1837, 1850), W., VIL, 143; ein Leiden unserer Zeit, Fragment tus einem liegengebliebenen Roman (1851); W., VIN, 198; die Kuh (1849), W., VIII, 244 et suiv.; Pläne und Stoffe, W.. VIII, 368-382: sur die Kuh, cf. Werner, 289 et Bastier, 25.
h. Ein Gedicht in sicben Gesängen (1859), W., VIII, 275 et suiv.; cf. 352, Weggefallenes; cf. Kuh, IT, 404-406; Bartels, 28, 102, 110 et suiv.; Werner, 332-334; Winterfeld, 419-435; cf. de plus les tables du journal et de la correspondance.
5. Cf. Kulke, 74 : « Der Dramatiker, sagte er, muss über den Boden hineilen, als ob derselbe mit glühenden Kohlen bedeckt wäre; während der Epiker gerade umgekehrt sich bei jedem Schritte nach vorwärts dreimal im Kreise herumdrehen soll, um ja genau in Augenschein zu nehmen, ob ihm im Umkreise nichts entgangen ist »; cf. Bw., VI, 7.
6. Cf. supra, 600 et 605 les allusions déjà faites aux théories sociales de Mutter und Kind et à la genèse de l'idyllisme de Hebbel.
épique !. Quant aux tendances sociologiques que Ludwig blâmait, il est essentiel de remarquer que Hebbel n’envisage pas les questions de son temps du point de vue passager et local, mais au contraire sub specie æterni et avec l'intention de plonger sous les - vagues agitées, de pénétrer jusqu'aux nappes profondes et calmes où dorment les lois qui régissent l'espèce humaine : les sources de son poème sont, nous l'avons vu, son amour de la famille etson bonheur domestique et rural; le point de départ est donc foncièrement subjectif et lyrique, la méthode épique consiste à traiter un milieu fortement caractérisé et localisé et le but dernier demeure l'évocation pantragiste des rapports éternels entre la nature et l’homme, l'individu et le milieu. Inspiration et procédé inductifs que nous avons essayé de définir tout au long de l’analyse des poésies.
. Ainsi les renseignements indirects qu’ajoute à l'étude du lyrisme celle de l’œuvre non lyrique semblent établir qu'il n’y a, ni dans la pensée de Hebbel ni dans sa technique, de brusque solution de continuité. C’est ce que confirment les renseignements directs puisés dans la correspondance, le journal et les traités du poète de 1848 à
sa mort.
Et d’abord la religion ne le conquiert pas, si par « religion » il faut entendre autre chose que ce que Hebbel définissait strictement lui-même « poésie ».. C’est à cette conclusion que l’on aboutit, que l’on parte de l’analyse de son émotion ou que l’on suive ses spéculations abstraites. Sans doute, on découvrirait, en explorant son âme par l’une ou l’autre voie, une région toujours assez vaste de mysticisme?, mais il serait tout aussi exagéré de vouloir enrégimenter Hebbel parmi les mystiques proprement dits que de dénier au contraire à son inspiration le moindre trait suggérant une entreprise de cette sorte’. La meilleure façon de départager à cet égard les controversistes est de s’en tenir aux déclarations du poète. Elles nous le montrent se restant fidèle à lui-même et ne se départant point de l’agnosticisme des grands humanistes : Spinoza, Gœthe, Feuerbach‘. Plus que jamais, son attitude envers des convictions
1. Cf. Bartels, 110-111 et Otto Ludwigs Werke (Hesse), p. 205, 206, 283-284.
2, Hebbel lit la correspondance de Hamann et de Jacobi, cf. supra, 458; T., 5445, 5461-5473 et W., XII, 313; et nous venons de faire une nouvelle allusion (cf. supra, 629, n. 4) au mélange persistant de sensualité et de mysticisme que sa poésie exprime.
4. Cf. l'ouvrage de Frenkel cité dans notre bibliographie et encore Kulke, 75-77, Frankl, 25-29; Kuh, II, 482, Zinkernagel, 55 et suiv., cf. aussi les développements de Winterfeld (465-488) qui, du reste, s'appuient sur ceux de Zinkernagel (cf. Winterfeld, 477, note) sur Hebhel et Nietzsche, cf. cbcd., 465- 488 et supra, 181-182 et notes; cf. surtout, supra, 177-178, 440, 49ket les déclarations de Hebbel de 1848 à 1863 : sur Dieu, la mort, les rapports entre ce monde et l’au-delà : cf, T., 3916, 3988, 4048, 4160, 4214, 4251-4252, 4296, 4970,
différentes de la sienne, mais sincères, est la tolérance, mais plus que jamais, Hebbel reste convaincu que le christianisme ne marque qu'une étape historique, remarquable et grandiose entre toutes, mais dépassée et que la poésie demeure l'intermédiaire éternel et suprême entre l'homme et le mystère !.
Nulchangement donc dans son éthique, sinon qu'elle s’affermit?. Hebbel continue à affirmer que nécessité et moralité sont identiques et n’attache aucune importance au dogme abstrait et vague du progrès ; il croit toujours que le problème des problèmes est l'individu et que la grande affaire pour lui est de connaître à la fois sa puissance et ses limites?. Dans le détail, sa morale s'efforce de demeurer obstinément pratique et de définir toujours son objet; elle s'appuie sur l'observation scientifique et psychologique et ne s’exalte que sous forme d'enthousiasme esthétique‘. Le poète ne désarme pas à l'égard de la philosophie : un de ses leitmotivs favoris consiste à la subordonner à la poésie, à montrer qu’elle n’a d'autre raison d’être
ue de l’alimenter et d'autre résultat que de conférer à l’œuvre d'art plus de profondeur’. Kant l’intéresse, mais ne fait que confirmer sa défiance 5; les mystiques l'indiffèrent plus encore que les rationalistes ‘; il revendique Jalousement son autonomie vis-à-vis des philosophes de l'absolu. La méthode inductive de Solger lui agrée davantage que les déductions d’un Schelling”, et si sa pensée
5160, 5662, 5673, 5734, 5750, 6095, 6156, 6159, 6163, 6334 et letzte Brieftasche, IV D even 0e ele
1. Cf. Bw., V, 257-258 et surtout la correspondance avec le pasteur Luck et Uechtritz (Bamberg, II, 197-291 et Bw., V, 324; VI, 8-9, 37-46, 83-86, 331-342 NII, 7-12, 32-34, 54-55, 141, 156-157, 220, 266, 293; cf. encore Bamberg, Il, 547; Kub, Il, 445 et T., 4416, 4480, 4918, 5320, 5334, 5380, 5427, 5499, 5500; 5512, 5583, 5644, 5646, 5654, 5696, 5700, 5847, 5861, 5883, 5891, 6040, 6189 et en particulier : 6287 (27 janvier 1863); sur les Juifs, cf. T., 4041, 4160, 5039, 5718, 5960: Bw., IV, 339, VI, 300: W., X, 111-113; XII, 306-309, 385; sur Mahomet, 4042 et notes; sur le « protestantisme dans la littérature », ef. W., XII, 340-343, 388 ; sur catholiques et protestants, cf. T., 5967, sur les catholiques en Allemagne et en Autriche, cf. Bw., VII, 158, 164-165; W., X, 117-118. Hebbel attaque seulement les formes surannées des anciennes religions (cf. T., 6059 et 6343) et préconise par aïlleurs la séparation des églises et de l'Etat; Bw., VII, 323. — 2. Cf. T., 3948 ét Bw., IV, 80 et 124. — 3. Cf. supra, 496 et suiv.; W., XI, 43 et, chronologiquement, T., 4088, 5334, Bw., VI, 301, T., 5960, Bw., VII, 141; T., 6001.
4. Cf. T., 5180 et note; cf. 3972, 4167, 6269. Hebbel continue à s'intéresser aux problèmes que Scheunert définit dans der junge Hebbel, cf. par exemple : h706, 4900, 4901, 4915, 5017, etc. Au sujet des idées de Hebbel sur les sciences mathématiques, physiques, etc., cf. Kulke, 52-54.
5. Cf. supra, 164-167, 174-177, 378-383, 435-440; Kulke, 57; Theobald Bieder, 28-36 et surtout les déclarations du poète de 1848 à 1863 : T., 4556, 4883, 6273: Bw., V, 39-45, 307; VI, 139; VII, 395-396, 333: W., VI, 348 : Philosophie und Kunst; XII, 7818 et suiv.; N. Hebbeldok., 161.
6. Cf. Kulke, 47; Kuh, IN, 421-422; Scheunert, Pantrag., 90 et surlout T., 3886, 3888, 3927, 4112, 5176; Bw., V, 323-395 et Bamberpg, Il, 336-337; cf. encore : Zwei Aufklärer : W., XII, 321-326, 387. ;
7. Cf. sur Steffens et Gôrres, T., 4343, 4695, 5168. — 8. Cf. sur Herder. Hegel et Schelling, T., 3914, 3943, ligne 115 et suiv., 3978, 4066, 4945, 5318, 5891 ; Bwr., IV, 153, 282, V, 39-45, 327: VI, 115, 349: VII, 92, 168, 175: N. Heb» beldok., 120; Kuh, Il, 512; Bamberg, I, 7; Kulke, 47, 75; W., X, 289, L54; XI, 165 «et XII, 215-217 et suiv., 379 : Lazarus, das Leben der Seele,
GC Bw,, VI 819:
est, comme nous venons de l'indiquer, parente de celle d’un Spinoza ou d’un Feuerbach, il convient de noter qu'au théoricien Ludwig il préfère le criminaliste Anselm dont les observations concrètes le passionnent!. Mais, entre tous les philosophes, c'est certainement avec Schopenhauer que Hebbel a le plus d’affinités. Lorsqu'on attira son attention sur ce point, il ignorait totalement le génial auteur de die Welt als Wille und Vorstellung, mais après s'être procuré ses œuvres complètes, il n'hésita pas à le classer parmi les immortels, et nous avons vu? qu’il lui rendit visite à Francfort en 1857. Les ressemblances de goût et de système entre les deux hommes sont d’autant plus curieuses qu’il ne s’agit point d'influence directe’. On a signalé avec raison comme les plus importantes : la conception véritablement bouddhique chez l’un et chez l’autre de l’amour universel s'étendant à nos frères inférieurs, les animaux, et de profondes analogies dans leur pantragisme: mais les critiques s’empressent ensuite, avec non moins de raison, de marquer la différence essentielle entre les deux penseurs en ajoutant que la résignation hebbélienne est plus proche du clair et tranquille renoncement gœthéen que du pessimisme de Schopenhauer*.
Quant à l’histoire, Hebbel a beau nous dire qu’elle est, avec la nature, la grande source de poésie et qu'elle est plus proche de son talent que la philosophie’, il semble bien que ses études histotoriques n'aient été, à part ses consciencieuses recherches pour certains de ses drames, ni très vastes ni très méthodiques. Il lit tout ce qui lui tombe sous la main, cite, au hasard de ses lectures, à côté de Häusser, Mommsen, Niebuhr et Carlyle, les relations de Soldan sur les procès de sorcières et consacre un très long compte rendu à l'ouvrage de Meinhold sur Sidonia von Borkf. Sa prédilection paraît être toujours, d’une part, pour l'étude psychologique d’individus singuliers, de l’autre, pour des vues d'ensemble des grands mouvements de la civilisation humaine; en d’autres termes, on retrouve au point de départ de ses explorations historiques les deux préoccupations essentielles du dramaturge : la caractéristique de l'individu et la synthèse pantragiste”.
La philosophie n’est donc, aux yeux de Hebbel, qu'une forme inférieure de la spéculation et, de même, il pense que la science devrait être modeste, lorsqu'il compare son champ limité aux perspectives indéfinies qu'’ouvre l'intuition artistique. Mais des profes-
1. Cf. supra, 632; Kuh, If, 482; Kulke, 55-56 et T., 3951, 3960, 4453. — 2. Cf. supra, 606.
3. Nous avons déjà établi plusieurs rapprochements de détail, cf. supra, 334, 438 et n. 7, 496 et n. 4; cf. encore T., 4333, 4700 et note, 5659, 6140, 6347.
4. Cf. Kulke, 45-52, 54; Kuh, II, 422-426; Lyrik und Lyriker, 325-326; et encore Bw., VI, 12-13, 32 et note; VII, 232 et W., XII, 317 et suiv., 386 et note et supra, 620, 621 et n. 6.
5. Bw , V, 46, 239. — 6. Cf. T., 4303, 5447, 5450, 6079, 6090, 6290, 6291-6298 ; Bw., V, 304, 307, 333; N. Hebbeldok., 102; W., XI, 209-246; et Werner, 275.
7. Cf. T., 4005, 5303, 5312, 5558-5562, 5992; Bw., VI, 260; N. Hebbeldok., 156, W., XII, 87-98, 168, 218-219; Frankl, 34-35.
8. T., 6126; cf. encore T., 4127, 4891, 5547, 5549, 5675, 5816, 2952, 6055, 6278.
sions de foi de ce genre et dont il ne se lasse pas n’empêchent aucunement la charpente de son esthétique générale, à sa dernière période comme aux précédentes, de se présenter comme une construction essentiellement abstraite et générale, réalisée, il est vrai, par voie d’induction et inspirée, le plus souvent, d'états d'âme ou de fantaisie individuels et momentanés, mais qu'élabore ensuite en toute souveraineté l'imagination métaphysique. Nous retrouvons l'échafaudage pantragiste tel que nous l'avons vu progressivement s'élever et il semble que l'architecte ne s’évertue maintenant qu'à en raccorder les lignes.
Les deux termes du problème demeurent l'individu et l'univers; la mise en équation de ces deux termes, voilà la raison d'être du système. Sur cet échafaudage algébrique, passent les jeux de lumière et d'ombre du sentiment qui, tantôt pareil aux dégradations du jour, l’éclaire d’un optimisme plus ou moins vif, tantôt l'enveloppe d'un pessimisme plus ou moins sombre : ainsi la vie est conçue parfois comme un mécanisme rigide, comme un impitoyable engrenage, parfois, au contraire, représentée comme l'émanation d’une âme universelle essentiellement bienfaisante; mais toujours il faut se rendre compte que le projecteur est en dernière analyse le « Gemüt! ». Ainsi se résolvent les antinomies en apparence irréductibles : il s'agit, ici encore, pour qui veut rester fidèle à la pensée de Hebbel, de refermer un cercle parfait en partant de ce point de vue sentimental et intuitif pour atteindre, par l'analyse de l’évolution chronologique et organique, la synthèse de la totalité vivante du poète. Toutes les citations que nous avons faites de ses idées sur la vie et la mort et sur les rapports entre notre monde et l'au-delà” ne s'accordent que ramenées à l'unité de la personnalité de l'auteur. Quelles sont, en 1847, les grandes lignes de son sysième? D'une part, l’homme est prisonnier de son individualité, d'autre part, il est partie intégrante du grand Tout; l’art est le miroir qui reflète le moins imparfaitement la loi des lois, c’est-àdire la Nécessité suprême, conciliant les deux nécessités, antagoaistes au premier plan seulement. Voilà le cadre métaphysique immuable; mais la projection sentimentale conservera assez de puissance pour éclairer ou éteindre tour à tour la notion individualiste ou cosmique, de telle sorte qu'à plusieurs années d'intervalle l'individu sera défini : aboutissement suprême du monde, puis :
1. Cf. T., 4530, 4646, 5469 et Bw., IV, 69, « Ich sitze so fest in meiner Haut wie irgend einer, aber ich würde mich schämen, der objektiven Welt, die ich darstelle, meine Privat-Versô’hnung als eine .allgemeine aufzudringen, ich würde mich desshalb schämen, weil sie auf Resignation beruht, und ich als Individuum wobhl für mich resignieren darf, nicht aber für die Menschheit mit ihren ewigen Rechten und Interessen ».
2, Cf. en particulier supra, 632, n. 1 et 4; cf. encore Bw., V, 283: VII, 20, et T., 5414, 5424, 5501, 5551-5553, 5640-5641, 5694, 5701-5702, 5708, 5729, 5878, 5899, 5924, 6239.
3. Bw., IV, 102-103, 125, 128-199; W., XI, 72: M, 3889, 3914, 3994, 3931, 3979, 3991, 3999, 4024, 4039, 4079, 4139, 4142, 4147, 4150, 4166, 4184, 4269, 4967, 4271, 4285, 4324, 4791 et letzle Brieftasche. T., IV, p. xxiv : die Poesie der
maladie de l'univers, puis, de nouveau : Dieu‘. Le pantragisme de Hebbel de 1848 à 1863 continue à s'alimenter de compromis, à réaliser une sorte d'équilibre instable entre les doctrines opposées, entre les disciplines qui exaltent l'individu et celles qui l'anéanüssent, entre l’exagération et la mesure, l'idéalisme et le réalisme, le pessimisme et l’optimisme, la négation hautaine ou l'affirmation impérieuse du vouloir-vivre, à mi-chemin entre Schopenhauer et Nietzsche, tout près de Gœthe?.
Nous n'avons en rien, on le voit, dissimulé le ballast philosophique qui alourdit encore la pensée de Hebbel à sa dernière période, mais, préoccupé comme il l'était de sauvegarder dans ses théories les droits de la. poésie par rapport à la spéculation purement abstraite, on peut dire que son esthétique proprement dite continue à être une réaction contre ses tendances méditatives. Nous ne pouvons évidemment pas ici songer à classer tous les aphorismes de son journal qui illustreraient tour à tour sa manière introspective et son don d’observation*, mais nous ne saurions nous dispenser de prendre acte des déclarations par lesquelles Hebbel se défend d’être un « Grübler » et proteste que tout l'art du poète consiste précisément à faire la part à la fois des données des sens et de celles de l'intelligence en ne parvenant à l'abstrait que par le concret et à l'idée que par la forme.
Les principes de l'esthétique n’ont donc pas varié. Hebbel définit toujours comme Gœæthe l'acte créateur; pour lui, la vraie poésie émane de l'inconscient : les écrivains originaux produisent leurs œuvres comme les femmes mettent les enfants au monde; ils ne s’acquittent point d'un exercice sur commande, mais obéissent à une nécessité organique et ne connaissent que trop la fièvre de la parturition, L'art de bon aloi plonge ses racines dans la vie et les produits artificiels de la spéculation ne sauraient suppléer au manque de cette sève organique, S'il y a, pour Hebbel, un dogme
1. Cf. T., 3739, 3892, 3988, 4019%, 4111 et lefzte Brieftasche, T., IV, p. xxu, nor,
2. Cf. supra, 181-182, 438 et suiv., 632-634; T., 4036, 4333, 4839, 4900, 5065, 5114, 5944, 5273, 5889, 5600, 5611, 5669, 5690, 5770, 5919,.5952, 5957; Bw., IV, SO 48: Ne 2,161, 2183180117 060 ll Veizte Brieftasche, L:, IV, p:xv, n° 13; N. HMebbeldok., 99; cf. en seconde ligne pour le détail de l’individualisme de Hebbel et de son cosmisme : T., 3955-3956, 3989-3991, 4046, 4083, 4196, 4182, 4367, 4397-4398, 4491 (cf. Bamberg, 1, 304), 4454, 4537, 4591, 4600, 4622, 4624, 4681, 4756, 4789, 4805, 4827-4898, 4850, 4969 (cf. supra, 590 (dass ihr euch selbst nicht erkennt), 5037, 5043, 5097, 5106, 5113, 5115, 5132, 5166, 5178, 5203-5204, 5287, 5302, 5307, 5325-5326, 5423, 5506, 5606, 5645, 5788, 5842- 5843, 5851, 5853-5854, 5867, 5873, 5876-5877, 5880, 5893, 5909, 5914, 5925, 5941, 5944, 5959, 5975, 6206, 6230-6231, 6246, 6263, 6269, 6271; letzte Brieftasche, T., IV, p. xv, 16; XVIII, 44; XIX, 46, 49, XXI, XXW. RE
3. Cf. en particulier T., 3060, 4710, 6162, 6163, (326; letzte Brieftasche, T., IN AD ne
4, Cf. T., 5609; Bw., VI, 63, 307-308, 341-343; W., XII, 16.
intangible, c'est que l'artiste est inséparable de l’homme et il revendique comme un titre de gloire l'harmonie supérieure, dans ses propres productions, du talent et du caractère’. Les deux sources auxquelles le génie puise directement restent, pour lui, la nature et le cœur humain. Nous nous sommes efforcé plus haut de montrer quelles influences ravivèrent chez Hebbel le sens du monde extérieur?. Quant à ses aphorismes sur la poésie naïve, c'est-à-dire issue du sentiment et non de l'intelligence, ils sont innombrables. Nous n'analyserons point par le menu des théories que nous avons examinées déjà en définissant l'esthétique des périodes précédentes. Contentons-nous de noter que nous retrouvons de 1848 à 1863 les mêmes développements sur l'importance primordiale du « Gemüt », le rôle secondaire et mécanique de la réflexion, les rapports de l'idée et de la forme, de la spéculation et de l'intuition, du talent et du génie. La personnalité de l'artiste conçue dans son originalité irréductible et dans la totalité de son développement organique et de son évolution, tel est, aux yeux de Hebbel, le seul foyer où puisse flamber le feu sacré du grand art”. S'il continue à mépriser les dilettantes : poétereaux, écrivailleurs et demi-talents*, il reste fidèle à ce qu’il appelle les « symboles éternels » et conserve la plus haute idée de l’art sincère et noble, dégagé de toute préoccupation mesquine de succès immédiat et de profit commercial. La poésie, telle qu'il la concevait, devait être l'expression, non point de telle ou telle faculté de l’âme, mais de l'âme tout entière, animer des symboles manifestant les correspondances mystérieuses entre l’homme et le monde, en montrant l’intervention d’un destin, non point transcendant et merveilleux, mais au contraire immanent et organique. Ce dernier principe, qui régit toute la dramaturgie de Hebbel, est, on le voit, l'enseignement essentiel que lui a révélé tout d’abord le lyrisme d’'Uhland et de Gœthe‘.
Hebbel était convaincu de n'avoir pas uniquement esquissé la
1. Cf. supra, 208 et n. 4; Kulke, 14-15, 68-69, 74; Frankl, 59; Kub, II, 475-477 et surtout Bw., IV, 118-119, 139-140: V, 98, 270, 280-289; VI, 134, 233, 265, 344: VII, 71, 79-80, 341-343, 400-401; N. Hebbeldok., 87, 97, W., XII, 86, 357, 372 et T., 3909, 3928, 3945, 4026, 4040, 4146, 4213, 4532, 4607, 4698, 5161, 5387, 5395, 5598, 5732, 5762, 5996, 6006, 6090, 6200, 6211, 6274, 6344 et notes, 6346.
2. Cf. supra, 604-606; ajouter Bw., V, 239 et T., 4596-4597, 4867, 4898, 4955, 5210, 5513, 5556, 5933, 5997, 6005, 6010, 6244, 6174,
3. Cf. supra, 196 et n. 6, 216 et n. 4, 381 et n. 8; W., X, 416; cf. encore Kulke, 14-15; Kuh, IT, 328, 454-455; Th. Bieder, 11, et surtout Bw., IV, 97, 123, 145, 156; W., XI, 368; XII, 80, et T., 4127, 4853, 4860, 4413, 4417, 4577. 4773, 4781, 4857, 4859, 4868, 4883, 4894, 4908, 4978 et note, 4981, 5008, 6222 (cf. l'épigramme de Gœthe Totalität, 1815).
k, Cf. Koh, IT, 481; Bw:,-IV, 107; V, 239: VI, 53, 161, 237, 239, 281; VIIT, 13-74 et T., 4786, 4795, 5237, 5592-5593, 5560, 5757, 5953, 5973, 5977, 6184, 6267.
5. Cf. supra, 544 et n. 1; T., 2716 et Bw., V, 59; cf. de plus chronologiquement : T., 4117, 5132, 5408, 5438, 5483, 5693, 5761, 5772, 5816, 5838-5839, 5928, 5834, 6248; Bw., IV, 38-39, 101, 147-148, 155; NV, 7, 59, 65, 73, 151, 215-218, 254, 273-278, 336-337; VI, 115, 184; VII, 115, 167, 288; N. Hebbeldok., 104-105, 115 et W., V, 111-121 : Der Dichter (1843-1863).
GRACE supra, 80, 81 et notes et Bw., IV, 308, ligne 6 et suiv.; cf. encore supra, 305, 333 et T., 4784-4785, 5042, 5238, 5336, 5338, 5494, 5505 (cf. 136),
théorie de l’art supérieur, mais d’en avoir réalisé d’éclatants exemples dans son œuvre, et, le plus souvent dédaigneux de la critique professionnelle, qui vit et sévit au jour le jour, il affectait d’escompter par contre avec la plus entière confiance le verdict équitable de la postéritét, Les nombreux détails qu’il nous donne sur toutes les circonstances de son activité poétique concordent, du reste, avec les renseignements que nous fournissent ses biographes. Ces derniers sont unanimes à rappeler l'extrême facilité de parole de Hebbel et l’intense consommation de substance cérébrale que ses entretiens impliquaient?. Mais lui-même s'attache surtout à caractériser la nature de son inspiration et les procédés de sa technique.
La visite de l'inspiration, il la compare, tantôt à des accès de somnambulisme, tantôt au flux et au reflux d’une forte marée qui, après avoir envahi tout, se retire brusquement et laisse à découvert une immense plage aride*. La dépression succède à l’exaltation. C'est, selon les saisons, les jours, les heures, une frénésie de production ou la plus complète impuissance. L'automne est particulièrement fécond, l'été, par contre, voué à l’inactivité forcée‘. La Muse n’aime point à se présenter au domicile du poète pour un tête-à-tête sédentaire et étouffant entre quatre murs; mais Hebbel va au-devant d'elle au cours de ses fréquentes promenades; le grand air et le mouvement sont favorables à l'inspiration et le Prater offre généralement une ample et double cueillette de violettes et de vers“. Tout un concours de circonstances propices est indispensable à la bonne venue de l'œuvre; avant tout, le poète a besoin de recueillement et de concentration; il produit d’un seul jet ét sous une impulsion irrésistible; fébrilement, sur la couverture de son lit comme pupitre, le moribond griffonne des pages de son Demetrius. Hebbel n'aime pas à s'interrompre brusquement, pas plus qu'il ne consent volontiers à remanier, à retoucher ou à recopier; il est inapte à mener de front plusieurs occupations à la fois et se plaint amèrement des exigences de sa correspondance lorsque, selon son 5574, 5645, 5788, 6085, 6087, 6275; Bw., IV, 359; V, 19, 25, 66, 302, 336; VI, 6, 301, 316: VII, 303-304; N. Hebbeldok., 71-77, 87, 92-93 et Bamberg, I, 327- 328. cz
1. Cf. Kuh, I, 419 et N. Mebbeldok., 78-79, 86 et suiv., 89-93, 201. Nous reviendrons du reste sur ce point en examinant les jugements des critiques sur l’œuvre lyrique de Hebbel.
2, Kulke raconte (31) que Hebbel fit à Môrike l’impression d’une puissante cascade; cf. encore Kulke, 63-65; Frankl, 30-32; Kuh, II, 478-479; cf. T., 3889 et Kleist : Ueber die allmähliche Verfertigung der Gedanken beim Reden; Winterfeld, 277 et suiv. : In der Werkstatt Hebbels.
3. Cf. T., 4l4l, 4435, 5086, 6133: Bw., IV, 235: V, 36-37, 164, 201-203, 219, 298-300, 325-326; VI, 287-288, 336-337; VII, 232, 259, 277, 340, 542; N. Hebbeldok., 62, 104, 165 et Bamberg, Il, 542; cf. encore : mein Traum in der Neujahrsnacht 1850; W., XI, 317-322, 465 et supra, 467-468. A
PACE MM TOMH30L 05323 15885, 5408 1Bw. IV, 130,186, 172; N;v21, 187, 260-261, 281, 315; VI, 181, 184; VII, 32, 258-259, 325.
5. Frank], 14; Kuh, IL, 472-475, 480; Lyrik und Lyriker, 258-259, 428; Werner, 316: T., 4109, 5091-5096; Bw., IV, 141, 221; V, 301; VI, 365; cf. encore supra, 605 et n. 5. Winterfeld (279) rapproche ce passage du T'agebuch de Gœthe de 1780 : « Was ich Gutes finde in Ueberlegungen, Gedanken, ja sogar Ausdruck kommt mir meist im Gehen. Sitzend bin ich zu nichts aufgelegt. »
expression, il « donne la chasse » à quelque composition poétique’. C'est qu'un seul trait manqué eût compromis la totalité de l’organisme, cette belle harmonie d'ensemble qui témoignera que l’auteur est poète au sens-grec du mot, c'est-à-dire, avant tout, créateur de vie et fera de son œuvre comme une cristallisation de l’univers?. Cette communion de son individualité et de l'unité cosmique sous les espèces de l’art, ielle est la véritable visée d'originalité de Hebbel et la suprême ambition qui lui rend supportable son isolement et désirable, avant tout, son indépendance”.
Le problème de la forme est donc bien demeuré la préoccupation essentielle de sa technique. Hebbel répudie toujours la poésie de réflexion. À son avis, le conscient n'est point source d'inspiration, mais doit se contenter de l'exécution et de la facture. On découvre, partiellement en germe dans cette esthétique, la distinction nietzschéenne de l’apollinien et du dionysiaque, elle donre la chose sans le mot"; et s'il est permis, alors, de se servir avant la lettre de ces deux notions très claires pour définir une règle d'art fondamentale aux yeux de Hebbel, nous dirons qu'il considère que la réflexion est bannie du domaine du dionysiaque et n'intervient qu'au second temps pour parachever l'élément apollinien élaguer, façonner, polir et arranger les lignes. En d'autres termes, l’œuvre d'art est comme une plante dont les racines sont souterraines et qui se développe organiquement et du dedans au dehors ; la sensibilité l’alimente, l'intelligence, au contraire, s'occupe des soins extérieurs et joue le rôle du jardinier qui arrose, émonde, échenille et parfois redresse une branche. Encore rien ne serait-il plus faux que d'imaginer qu'il y eût aux yeux de Hebbel une discontinuité quelconque entre le fond et la forme, la pensée et son expression. Il vise au contraire, non seulement au monisme, mais à l'organicisme et pense que, de même que l’idée abstraite üre toute sa valeur d’art de la forme vivante et belle, de même l'éclat suprême de beauté ne saurait être appliqué comme un vernis, comme un fard, et n’est que le resplendissement de l'âme. Toute la technique extérieure consiste à présenter l'œuvre parée de tous ses avantages
1. CE. T., 5566, 6176; Bw., IV, 91: V, 35-36, 62, 129, 299, 300, 325, 342: VI, 123, 128, 215-216, 241; VII, 325; N. Hebbeldok., 103, 105-106, 109, 111, 118-119, 124; Kulke, 13 et note. :
2. Cf. T., 6222 (Vienne, novembre 1861) : « Jedes echte Kunstwerk wirkt, wie die Natur, in ïhrer Totalität; et T., 3935, 5784, 5971, 6333; Bw., VIL, 265, 405-406 et notes.