Dann wird dir die Rose
Goldner Himmelsruh erblühn (v. 31 et 32).
3. Fischer, 19, rapproche les vers, 9, 10, 53, 54 du passage connu du cantique : Harre meine Sele :
Sei unverzagt, Bald der Morgen tagt.
Nous connaissons déjà certains de ses essais dans la romance, Laura en est jusqu'ici le meilleur échantillon. L'année 1830 en vit naître d’autres, par exemple la première pièce intitulée simplement Romanze . Ici la parenté avec le Volkslied est évidente :
Am Bache schwanket Ein Rôselein,
Die Bläütter hangen In’s Wasser ein;
Voilà en quatre coups de pinceau un gracieux tableautin. L'art de Hebbel se serait-il donc subitement transformé ? La nature est-elle déjà devenue pour lui l'essentiel? S'interdira-t-il de mesurer l’abime insondable à l’humble petite sonde de son âme inquiète et tourmentée? Ne nous hâtons pas trop de conclure à cette métamorphose : ce n’est que plus tard que nous trouverons dans son esthétique l’explicite et ferme propos de ne plus prêter ses émotions aux fleurs qui meurent?. La petite rose de la Romanze n’est pas encore autonome :
Tief trauert die Blume im bleichen Glanz,
Dasz tückische Bienen im frechen Tanz Ihres Kelches Rund = Mit frevelndem Mund
Den Saft des Lebens entzogen.
Et de mème le petit oiseau de la deuxième strophe n'est là que pour reprendre le même motif d’affliction et de détresse. Et après que la Rüselein a exhalé sa plainte et que le Vügelein a jeté aux échos des bois sa chanson de deuil, nous nous attendons bien à voir apparaître enfin la Mägdelein : |
Wallt an dem Ufer So ganz allein,
Das Herz voll Kummer Ein Mäügdelein.
Nous sentons aussitôt que sa lamentation est le centre même du paysage. Et les motifs connus reparaissent : douceur de l'amitié, destinée des jeunes filles, des fleurs et des oiseaux, évocation du jugement dernier; seul le suicide de l’abandonnée introduit dans l'inspiration un élément nouveau.
Malgré ces réserves, il faut voir en cette romance un nouveau témoignagne (le premier serait : der Quell) que le sentiment de la
1. VII, 26, Küniol. privilegirtes Husumer Wochenblatt, 27 juin 1830.
2, « Das geschieht freilich nicht (c’est-à-dire les conditions de l’art supérieur ne sont pas réalisées) wenn wir die Natur in eine ihr nicht gemässe, sog. hôhere Region hinüberführen und z. B. sterbenden Blumen uns’re Émpfindungen
und unseren Trost unterlegen. » (T., 538, aus einem Brief an Rousseau vom 30. Dezember 1836).
nature n’est pas complètement étranger au jeune Hebbel!. Cela est si vrai que le suicide de la jeune fille, bien que constituant, à vrai dire, le sujet de la pièce, en est aussi la partie la plus faible. Pour la première fois nous voyons l’auteur se tenir à l'écart et se contenter de suivre avec intérêt les personnages et le décor qu'a créés sa fantaisie. On a reproché? à Hebbel de n'avoir pu se défendre d’interpeller directement l'oiselet®. Mais on peut très bien mettre la petite allocution dans la bouche de la jeune fille et alors, loin d'ôter quoi que ce soit à l’objectivité de la pièce, elle y introduit du mouvement et de la variété, sans compter que, lorsqu'une jeune fille désespérée, à l'instant d'une décision tragique, prête ses sentiments à ce qui l’entoure, cela est plus naturel et plus vraisemblable que si l'auteur lui-même, froidement, décrète le parallélisme. On ne saurait négliger la mise en action dramatique, l’unité de lieu assurée, puisque tout se déroule aux bords du ruisseau, l'unité formelle renforcée par le retour de la même rime à la fin de chaque strophe. Sans doute, l'exécution de ce dernier procédé est loin d’être impeccable “; mais, jusque dans les détails de la pièce. il y à aussi de Jolies choses : la fraicheur de la langué, l'allure vive et pathétique de la strophe, l'harmonie de certaines assonances ÿ. L'influence de la chanson populaire dont nous avions déjà dans le Lied des indices, s’est donc exercée ici, somme toute, et bienfaisante.
La même année nous apporte un curieux document, comparable à la lettre du voyage en Grèce”. C’est la pièce Æerakles Tod$ et son vers déjà célèbre :
Siehe, da tritt ihm Jovis, der donnernde, freundlich entgegen.
Ce nominatif nous empêche de savourer comme il conviendrait le nouveau plat mythologique qui nous est servi et où ne figure rien moins que l’assortiment : Jupiter-Zeus (en une seule personne”°) Hérakles, Héra et Hébé. Nous nous rappelons l’aveu : «ille, illaillud und der Selbstmordgedanke ! », et la série des faux-pas juvé-
1. Cf. Bornstein, 1, 349 :°« Vclkstümliche Motive neben schillerischen verstirvken den Eindruck, dass schon vor der Bekanntschaft mit Uhland, Hebbel dunkel von Schiller wegdrängte. Für dritte und sechste Strophe Einfluss von Schiller : des Mädchens Klage; wahrscheïinlich auch von des verschollenen Kaspar Lossius damals allgesungenem Liede : « An einem Fluss, der rauschend
floss | Ein armes Mädchen sass | Aus ihren blauen Aeuglein floss | Manch Thränchen in das Gras « u. s. w. ». :
9, Fischer, 87. — 3. Vers 37-42. — 4. La rime « Wogen » ne revient pas
moins de quatre fois. uk
5. Assonances en « a » de la première strophe, en « u » de la troisième et de la quatrième strophe et surtout le joli vers d'harmonie imitative : « Und dumpfer erdrôbhnen die Wogen ». Cf. Bürger das Licd vom braven Mann, strophe 5.
6. Cf. supra, 43. — 7. Cf. supra, 31. — 8. VII, 34. Bote, 19 août 1830.
9. Hebbel devait peut-être cette confusion à Schiller chez qui se trouve l’alternance Zeus-Jovis, la faute de déclinaison à part ; cf. die Teilung der Erde. Le modèle de la pièce est, du reste, le distique schillérien Zeus zu Herkules (Bornstein, I, 350). — 10. W., VIII, 397.
d8 : HEBBEL (1813-1835).
niles dans les fondrières de l'antiquité : Jéhovah olympien, Marathon, héros de l’Hellade, Eos à côté du Dieu des Hébreux !. Nous n’en admirons que davantage les distiques de l’autodidacté et constatons qu'il évite les pentamètres fautifs que nous le verrons commettre beaucoup plus tard. Quant au contenu, nous sommes toujours au paradis de Klopstock et le Zeus de notre pièce ne diffère en rien du Dieu miséricordieux de l’Ælegie am Grabe eines Jünglings*.
La pièce Rosa® nous ramène à l’époque du « Sturm und Drang » et.en Germanie. Hebbel y traite avec complaisance le sujet cher à H. L. Wagner‘ et aux poètes de la période d'assaut. Mais il lui donne comme motto ce vers de la Xindesmürderin de Schiller :
Weh, vom Arm des falschen Manns umwunden, Schlief Luisens Tugend ein!
C'est que le jeune Hebbel cultivait, entre tous les « Stürmer und Dränger », le plus grand, le jeune Schiller. On peut dire que c'est sous son égide qu'il fit ses premières armes poétiques. [Il importe cependant de noter que la technique de Rosa n'est rien moins qu'identique à celle de la Kindesmürderin; nous avons précisément affaire ici à une transition nous laissant entrevoir que Hebbel se détachera de son modèle. La nouveauté n’est guère dans les motifs : à ce point de vue, la pièce n’est qu'une reprise plus développée de la Romanze. Nous trouvons l’antithèse entre les bons et les méchants : l’innocente-Rosa, après un court repos dans sa tombe’, ira au ciel : | ;
So schiafe denn dein Staub hier süss, Sei selig du im Paradies 6.
Son méchant séducteur au contraire, qui a pris, pour la tromper, les apparences de la vertu’, se voit menacé du jugement dernier*. L'enfance nous apparaît comme un état intermédiaire entre la réalité et l'idéal, entre l’ici-bas et l’au-delà ; les enfants sont des anges”, ils incarnent l'innocence {, Mais le contraste entre Hebbel et Schiller éclate surtout dans la forme : la Æindesmürderin n’est qu'un long
1. CF. supra, 81, 32, 52, — 2, Cf. VII, 13, vers 33 et suiv. — 3. VIT, 28; composée le 21 décembre 1829, parue dans le Bote le 15 juillet 1830.
k. Heinrich Leopold Wagner die Kindesmôrderin, 1776, Leipzig. Réimpression à Heïlbronn, 1883.