W., XII
3. W., XI, 355-356, 467 : Album neuester Dichtungen aus der Steiermark (Graz, 1850).
continuer à prendre au sérieux ses jeux d’enfant. Maïs le vrai poète, de cette excursion dans l’abîme où toutes couleurs s’éteignent, ne rapportera qu'un amour deux fois plus ardent du monde bariolé des phénomènes et son abandon à eux n'en sera que plus fervent; mais il ne tentera jamais d’encadrer d'or le fond sombre et inquiétant de la vie, la nuit noire, où plus rien ne se discerne. Sa tâche est de peindre l'arbre et sa couronne, non la racine qui se cache au sein de la terre. Et il le sait! »
Dans une nouvelle notice de la même année, Hebbel concède à un autre poète le don de poésie, car «il décrit des moments essenüels de la nature et de la vie de l’âme », mais il lui reproche « la. maladie dont Klopstock souffrit toute sa vie et qu'il eût été souhaïtable d’ensevelir avec lui : il gâte, au moment où nous nous y attendons le moins, l'intérêt que nous. portons au monde vivant, concret et autonome des images par sa manie de leur donner, essentielle ou accessoire, une signification psychologique ou politique !. Combien ce Hebbel, aux yeux duquel c'est un crime de lèse-poésie que de comparer la mer agitée au désespoir et un bateau brisé par le naufrage à l'homme détruit par ses passions, combien ce Hebbel est loin du jeune Hebbel!
Un troisième article, également de 1850, blâme des poésies nées dans le Tyrol”, « le frais Tyrol, où les hommes sont tellement plus près de la nature qu'ailleurs, » de n'être que de vaines offrandes au Moloch du temps : la politique « avec laquelle la poésie lyrique n’a. rien de commun », « car, commente Hebbel, rien de plus abstrait que ces hymnes à la liberté, à la patrie, à l'empire allemand * ».
Une série d'articles analogues distribuent l'éloge : une courte notice est consacrée, en 1850 encore, à un petit recueil qu'un poète viennois dédie aux mânes de Feuchtersleben *, Mais il est d’autres talents auxquels vont des applaudissements moins mesurés. C’est à l'intention de deux de ceux-là, Reinhold et Pichler, qu’est écrite, en 1853, l'importante dissertation, intitulée Moderne Lyrik, où Hebbel esquisse à grands traits l'historique du lyrisme allemand d’Opitz à nos jours ‘. Il le termine en déplorant la médiocrité contemporaine. Freiligrath et Lenau qu'il appelle, l’un « peintre de
1. W., XI, 358, 468 : Parallelen, von K. von Wurzbach, Leipzig, Georg Wigand, 1849.
2, W., XI, 356-357, 467 : Von den Alpen, zwei Liedersträusse. Zeitgedichte aus den Jahren 1848, 1849. Innsbruck, Verlag von A. Witting, 1850.
3. Cf. encore 1859 (W., XII, 225-226, 380). Die deutsche Dichtung im Befreiungskriese mit einem Blick auf verwandte Dichtungen. Mebbel loue cette monographie de Wilhelm Herbst comme : « vortreffliche historiche Monographie unserer politischen Befreiungspoesie, mit deren ästhetischen Ausläufern wir uns freilich nicht überall einverstanden erklären künnen, auf die wir aber um so lieber aufmerksam machen, als sie die beste Darstellung Schenkendorfs bringt, die uns bekannt ist, und als wir diesen mit dem Verfasser für den eigentlichen treuen Eckardt jener Tage balten ».
4. W., XI, 357-358, 468 : Gedichte von Wilhelm von Metzerich, Wien, Jasper, Hügel und Manz, 1850.
5. W., XII, 69-73, 370; cf. Müller, 30-31 et Bw., V, 132. Nous aurons à revenir sur cet article à propos de Gœthe et Schiller, qui en forment le centre,
déserts », l’autre, « oiseau des morts », sont à peine visibles si on les rapproche d'Uhland, tandis que, comparés à leurs successeurs, ce sont à leur tour des géants. Mais, en même temps qu'il prononce un réquisitoire plein d’amertume contre la poésie des Redwitz et des Geibel, Hebbel annonce qu'une réaction heureuse se prépare, tant contre l’enflure hypocrite du lyrisme de piété que contre l'affectation des troubadours-saltimbanques !. Et parmi les poètes de talent dont les œuvres lui paraissent garantir le retour à la saine tradition classique, il cite le Tyrolien Adolf Pichler et le Würtembergeois Carl Reinhold dont certains poèmes tout au moins méritent de prendre définitivement place dans les anthologies ?.
Et c’est à propos d’anthologies que Hebbel compose l’année suivante un long article” qui, comme le précédent, nous intéresse au double point de vue de ses jugements sur certains poètes et de ses théories d'esthétique lyrique. Nous n'’insisterons par sur ce qu'il dit de la technique générale des anthologistes ‘ et encore moins sur les passages se rapportant directement aux recueils dont l'apparition fait le point de départ de l’article *. Maïs nous signalerons le curieux parallèle entre l’évolution scientifique et l’évolution poétique, la première absorbant successivement toutes les formes acquises, élargissant ainsi vers le but général qu’elle poursuit l'ouverture de plus en plus vaste de ses tenailles, l’autre, au contraire, ne détruisant aucune réalisation individuelle et ne parvenant que par l’élimination de l'abstrait à parfaire ses cristallisations : aussi tous les systèmes philosophiques ou scientifiques disparaissent-ils pour faire place à d’autres plus étendus, Homère subsiste à côté des Nibelungen et Shakespeare ne tue pas Sophoclef. Notons, en
1. P. 72, Geibel est le Modelyriker auquel Hebbel fait allusion p. 69, ligne 28 et suiv., en le comparant à Gottsched et en affirmant que ses nombreuses éditions ne l’empêcheront point de subir finalement comme son devancier la sentence de la postérité; cf. W., VI, 353 : auf einen vielgedruckten Lyriker et Bw., IV, 147 : « Es liegt in der Natur des Polizeistaates, dass er wohl für die Phrasendrechsler, die Geibel und wie die Kônigl. Preussischen Staatsnachtigallen sonst heissen mügen, einen Platz hat, aber nicht für den Dichter, den wahren Ergründer und Darsteller der zeitlichen und ewigen Verhältnisse der Welt und des Lebens » (cf. W., XIL, 60-61 et Bw., V, 288), cf. encore T., 5491: Bw.. V, 213, 351: Bamberg, IL, 380, Kulke, 56, W., XII, 164-167, 377 et N. Hebbeldok., 117. — Sur Redwitz, le fade chanteur de l'Amaranth, cf. Bw., V, 1let N. Hebbeldok., 70-71.
2, P. 72-73 : « Dahin rechnen wir bei Pichler z. B. die alte Zither (cf. Bw., V, 87) die zugleich das Tiroler Volksleben vortrefflich abspiegelt und ein Fest; bei Reinhold das wunderschône dritte Seelied und den Haideritt. Sur cet essai, ef. encore Bw., V, 132-133, 139-140, 234. Hebhel était lié d'amitié avec Pichler qu'il estimait autant comme homme que comme poète (cf. T., 4903-4906; Bw., IV, 248; V, 74-75, 290 et Bamberg, Il, 397-398). Il appréciait particulièrement ses chansons, cf. Bw., V, 11 et W., XII, 15-16, 366 : Lieder der Liebe, Innsbruck, Wagner, 1852, et c’est à propos de ses hymnes qu'il fit les développements que nous connaissons sur l'emploi des mètres antiques dans la poésie allemande (cf. T., 5361 et Bw., 208-209, 233).
3. W., XII, 76-83, 370-371 : Zur Anthologie-Literatur. Museum aus den deutschen Dichtungen üsterreichischer Lyriker und Epiker von der frühesten bis zur neuesten Zeil von $S. H. Mosenthal. A/bum hundert ungrischer Dichter in cigenen und fremden Uebersetzungen von G. M. Kertbeny, 1854.
L. P. 76-78. — 5. Cf. p. 79 et 81-83 et N. Hebbeldok., 80. — 6. P. 78-79. Nous
second lieu, que, dans ses rectifications, Hebbel se réclame à la fois de la philologie et de l'archéologie, de la critique et de l'histoire et invoque l'autorité de Lachmann et de Wilhelm Grimm, de Holtzmann et de Gervinus !. Enfin et surtout, rappelons que c’est dans cet essai que se trouve l'apologie de Heïne et l'exécution de Lenau que nous avons exposées déjà en grande partie ?. On remarquera, si l'on tient compte des dates, que la sentence précédemment portée sur Lenau est de 1859, tandis que le présent article est de 1854. Mais ne venons-nous pas de rencontrer déjà également la métaphore « oiseau des morts » appliquée au grand lyrique viennois ? Hebbel la reprend ici et la développe * : il montre la mélancolie sans fin de Lenau s’exhalant d’abord au cimetière familial, puis se donnant libre cours dans l'immense ossuaire de l’histoire. Enfin, changeant de métaphore, il oppose la passivité de Lenau à la liberté vigoureuse de l'esprit de Heine et à la souveraine maîtrise du génie de Gœthe *.
Le même parallèle entre Lenau et Heine est repris une troisième fois en 1858 dans un long article consacré au recueil des poésies de Dingelstedt 5. Le parallèle est repris, mais, entre temps, Heine a sensiblement perdu et si Lenau est caractérisé presque dans les mêmes termes que précédemment, l’auteur du Buch der Lieder n’est, cette fois, guère mieux traité que son rival. Tous deux sont maintenant représentés comme des produits pathologiques du mal du siècle et, comme Werther, de la lignée des Hamlet et des Byron. « Lord Byron est le Hamlet du siècle », ainsi débute un long développement sur cette individualité romantique à laquelle Hebbel s’est toujours intéressé et qüi, jusqu’à la fin, l’attire et le repousse à la fois. En 1845 déjà, il ne semblait plus voir en lui que les faiblesses ; en 1848, il paraît en découvrir de nouveau la grandeur et la richesse, mais pour conclure en dernière analyse à un splendide
retrouverons plus loin cette théorie de la cristallisation; cf. en attendant, p. 80, 81 et 136. — 1. P. 81, supra, 633, 644 et le jugement de Gervinus sur Hebbel : T., 4893. — 2. P. 81-83. cf. supra, 644 et n. 2, 645-646 et n.1. — 3. Cf, p. 82, ligne 24 et supra, 651 (p. 72, ligne 11; 1853). ;
4. « Lenau stellt sich der Welt mit seiner Eupe so gegenüber, wie etwa der aufs Detail ausgehende Physiolog dem Menschen-Angesicht, vor seinem krampfhaft festgehaltenen Glase verschwinden die schônen Linien, die jeder Unbefangene erblickt, die Poren aber, die sonst unsichtbar sind, klaffen weit auf, als ob es Klüfte und Abgründe wären, und er setzt die starre Betrachtung so lange fort, bis er die Lupe, die im Einzelnen richtig, im Ganzen aber betrügerisch reflektiert, für sein Auge hält. Das führt denn freilich nicht zu jener gôttlichen Befreiung von der Gœthe meinte, dass sie die erste und letzte Aufgabe aller Poesie sei. Heine lässt die Weltkugel zwar auch nicht im hellen Sonnenschein auf der Fingerspitze tanzen, wie Gœthe, sondern er zerschlägt sie, aber er thut es nur, wie er mir selbst einmal hôchst bezeichnend sage, als er mit mir bei Gelegenheit der Judith über den Unterschied unseres gegenseitigen Producierens sprach, um den einzelnen Stücken dann den reinsten Schliff zu geben. Dabei kommt noch immer Lust und Leben heraus. » W., XII, 82-83, cf. supra, 643. ‘
5. W., XII, 176-181, 377, Lyrische Poesie. Gedichte von Franz Dingelstedt; zweite Auflage, Stutigart und Augsburg, J. G. Cottascher Verlag; cf. Müller, 30-31.
6. La métaphore de la loupe reparaît; p.178, ligne 24 et suiv.
déroulement de pensées et d'images masquant l’indigence intérieure, seul résultat. en définitive, de cette étrange et morbide combinaison de spleen et de trivialité!. Et voici qu'en 1858 il le définit : « le Hamlet du siècle ». Hebbel vient de démontrer deux théorèmes esthétiques : 1° chaque peuple a sa mélodie et en poursuit l'accord primordial jusqu'au bout, 2° chaque époque introduit dans l'unité fondamentale de cet accord la nuance de sa variation particulière, appropriée à ses besoins ?. Le critique définit alors le romantisme pessimiste de Byron, en établit sommairement la genèse en le rat-. tachant aux Marlowe, Green et Webster et en lui opposant son contemporain Walter Scott, plein de vie débordante et Joyeuse, dernier rejeton de Shakespeare; il voit en Byron le représentant typique de cette forme spécifiquement anglaise d'hypocondrie que ses compatriotes baptisèrent « spleen » et s'efforce, après avoir montré ainsi la signification nationale de sa poésie, de reconnaître également sa profonde vérité subjective, organique, pathologique. Mais Hebbel n'a que dégoût et mépris pour les imitateurs médiocres singeant le génie *.. L’engoûment subit de la mode pour ce grand malade indolent ou incurable lui paraît le pire signe des temps et c’est pourquoi, s’il loue Shakespeare d’avoir ôté finalement la parole. à son Hamlet pour avoir lui-même le dernier mot, Hebbel montre l'épidémie envahissant l'Allemagne avec Werther, perdant de sa virulence à son retour offensif contre la génération suivante, y foudroyant le seul Lenau, qui n’était que trop profondément atteint, mais ne provoquant chez Heine que grimaces prétentieuses ‘. Nous serions maintenant à même de tracer le graphique des jugements de Hebbel sur Heine. Après l'avoir, à maintes reprises dans les premiers essais de Wesselburen, pris pour modèle, il le désavoue en 1838 de la façon la plus absolue, puis tempère cette sévérité, en 1841, dans l’article du Zelegraph sur le Buch der Lieder; la courbe remonte : la première rencontre à Paris marque une flambée d'enthousiasme, mais bien vite la flamme retombe, pour reprendre etatteindre son apogée entre l'essai sur Feuchtersleben, cn 1853, et la lettre de Hebbel à Heine du 18 décembre 1853; il est certain que Hebbel tente à ce moment auprès de Heïine un effort de rapprochement, en même temps qu'auprès de Gutzkow et du même genre. Mais comment le mourant eût-il pu s'occuper de Gyges und sein Ring aussi activement que Hebbel le lui demandait? Un nouveau refroidissement se produit : l’article sur Dingelstedt, en 1858, revient au reproche initial d'absence totale, chez Heine, de sérieux ei de sincérité, et le rude Dithmarse refuse de s'incliner devant le héros de la « Matratzengruft 5 ».
1. XII, 177; cf. supra, 188, 447: et, à part les tables de la correspondance et du journal, W., XI, 82-86, 451-452; neue Epigramme, NI, 448-450 et Kulke, 59.
3. P. 177-178 : « das Widerwärtige und Verächtliche stellt sich erst mit den Nachäffern ein, mit den Leutchen, die innerlich seelenvergnügt, dass der Frübling sein grünes Kleid nicht abwirft, ihm bloss darum ein rothes wünschen, weil der geniale Britte es ihm gewünscht hat ». — 4. P. 178-179.
>. CF. supra, 68, 103, 122 et suiv., 141-143, 185-186 (T., 1099 et W., X, 417 en
Après avoir caractérisé le romantisme de Byron et de Heine, Hebbel montre l'époque moderne se dégageant peu à peu des brumes malsaines de la période de « Weltschmerz » et salue en Dingelstedt le chef d'école des « poètes politiques », le retour de l’abstrait au concret, de l’empire des idées-ombres à la réalité pittoresque et vivante, de la phrase vide à l'image s’achevant en pointe épigrammatique, et Hebbel loue, en 1858, le Nachtwächter pour les mêmes raisons qu'il avait déjà indiquées dans une lettre du 20 août 1841, mais l'amitié rend maintenaut les termes plus chaleureux : il trouve associés dans les poésies de Dingelstedt « les deux éléments fondamentaux du lyrisme allemand » : la naïveté et la réflexion !; enfin si le Nachtwächter fait songer souvent, trop souvent, « au somnambule qui s'appelle lui-même et court par conséquent le risque, en dépit du plus beau clair de lune, de tomber du toit », il faut en chercher la raison dans les tendances modernes de Dingelstedt : comment un poète écrivant pour cette époque de doute à outrance garderait-il en toute occasion intacte sa foi en lui-même 2?
En 1858 encore, Hebbel écrit pour l’Jllustrierte Zeitung toute une série d’épitres littéraires * où nous ne pouvons guère que glaner quelques renseignements. La deuxième lettre, concernant uniquement des épopées, engage Hebbel dans une polémique avec un habitant « des provinces de la Baltique » pour les produits littéraires desquelles le poète n’avait, ainsique pour les envois d'Alsace, qu'une médiocre estime‘. Par contre, il nourrissait une prédilection toute particulière pour ce qui lui venait des rives de l’Eider. Nous avons vu combien ses relations avec Klaus Groth restent cordiales et combien fidèle son admiration pour le Quickborn. I] la redit à propos des récits villageois dithmarses de Piening et, si les légendes septentrionales d’un certain Schulmann lui paraissent le comble de la trivialité, une idylle du Mecklembourgeoiïs Fritz Reuter l’intéresse vivement et la traduction que Johann Meyer donne en dialecte basallemand des allemannische Gedichte lui fait goûter Hebel dans sa vraie saveur 5. [l consacre enfin aux dithmarser Gedichte du même Meyer un important article où il compare la poésie dite populaire à un champ de fleurs dont seule l'abeille individuelle saura tirer le miel ; puis il résume l’histoire de la littérature dithmarse et expose ses idées sur les rapports du « plattdeutsch » et du « hochdeutsch »
particulier, ligne 4 et suiv.), puis supra, 396, 445-447 et 643-644 et n. 4 (cf. en particulier, Bw., V, 283-289). Pour la période qui suivit la mort de Heine, cf. NV XI TS Ectreuiv MG 2895Br. VMS EVT 58: VIT,-83--90, 93,112, 149, 151, 171-172, 177, 209, 268, 272, 284, 309, T., 5831, 5857, 5956, 6003, 6093, 6131, 6224. — 1. Cf. W., XIT, 19-180 et supra, 189 et n. 14. (Bw., II, 114-116); cf. encore, supra, 649, n. 4. . ,
9, XII, 180-181. — 3. Literaturbriefe, W., XI, 127 et suiv., 373 et suiv.
k. W.. XII, 130-133, 226, 374-376; cf. sur Adolf Stern, W., XII, 132, Kulke, 63 et Bamberg, Ii, 494-527, Nous reviendrons sur cette correspondance à propos des jugements de la critique sur Hebbel. ;
5. Cf. Bw., VI, 292 et supra, 609-610, 617 et n. 1, 628 ; cf. Kulke, 56; W., XII, 113-115, 170-171, 377 et les tables du journal et de la correspondance, en
articulier : Bw.., VII, 276, la lettre où Hebbel tend à Klaus Groth, à la mort d'Uhland, la couronne du lied.
comme organes d'expression poétique. Sa conclusion, ici encore, s'inspire strictement de son esthétique organiciste !. ;
La troisième, la quatrième et la seizième « épîtres littéraires », tout entières consacrées à l'examen de divers recueils lyriques de second ordre peuvent être entièrement passées sous silence ?. Mentionnons seulement l'appréciation des poésies d’Emil Kuh, à qui Hebbel reconnaît le don d’objectivité que son ami a déjà exercé en cultivant la nouvelle « et qui est essentiel dans le lyrisme * ». Nous ne saurions négliger, par contre, deux articles de 1859 : l'essai anonyme, mais fort vraisemblablement de Hebbel, paru en Juillet dans les Stimmen der Zeit sous le titre de Schüne Verse et le Literaturbericht de V'Illustrierte Zeitung du 9 juillet. Le premier article trahit son authenticité en développant longuement les théories que nous connaissons bien de l’organicisme appliqué à la versification, à la langue et aux moindres détails du style poétique. Le critique en attend la perfection, non point de la frivolité et du libertinage d'esprit qu'il caractérise, mais uniquement de la saine harmonie et du solide équilibre rattachant à l’ensemble dont elles font partie les plus infimes cellules vivantes. Hebbel dédaigne donc les soidisant « beaux vers » qui sont l'orgueil des dilettantes et qui font fureur chez les adorateurs de la mode. Et de cette mode-là il attribue la paternité à Platen, de même que nous venons de le voir faire remonter à Byron le mal du siècle”. L’épidémie nouvelle, qui consiste à imiter servilement Virgile, Catulle et les épigrammatistes latins sans se soucier de la vérité et de la poésie véritables n'apparaît, replacée à son époque et dans son milieu, que comme réaction légitime contre les excès de romantiques tels que Tieck, Arnim et Brentano. Cependant, quelque salutaire qu’ait pu être à son heure le formalisme de Platen, quelques qualités intrinsèques d'énergie et de netteté qu'aient ses odes et ses parabases, on ne saurait confondre avec un poète un pur dilettante comme lui. Mais c’est surtout dans ses effets et dans ses déformations modernes que la mode des beaux vers à la Platen se manifeste malfaisante et ridicule. A
1. W., XII, 238-241, 380; cf. Bw., VI, 250. Voici le passage essentiel, au point de vue de l’esthétique hebbélienne : « Den Kreis aber steckt das Herz ab, denn das Gemüthsleben, trete es nun rein lyrisch als persônlicher Empfindungslaut des Individuums oder humoristisch als Gefühlsausdruck des allgemeinen Weltzwiespalts hervor, ist so untrennbar an die Muttersprache gebunden, wie das Blut an die Ader, wesshalb sich Klaus Groth und Fritz Reuter, oder Reinke, de Voss trotz Gœthe, nicht in's Hochdeutsche iübertragen lassen, aber ebenso wenig auch Ludwig Uhland und Eduard Môrike ins Plattdeutsche ».