‹ HebbelChapitre 34 sur 425 · Cf. VII, 38, et Lied von der Glocke, v · texte numérisé non relu

Cf. VII, 38, et Lied von der Glocke, v

ne manquerait pas de nous rappeler deux vers de Schiller :

Drei Worte nenn’ ich euch, inhaltsschwer.

et Drei Worte hôürt man, bedeutungsschwer 1.

et le fragment tout entier fait songer. à deux autres poésies de Schiller : Hoffnung et Sehnsucht?. Nous avons déjà noté, en étudiant la pièce der Quell®, avec laquelle ces vers offrent de frappantes analogies, que l’inspiration optimiste, exceptionnelle chez Schiller, était davantage dans le tempérament agonal de Hebbel. Mais même la forme rappelle de trop près le modèle, et il n’est pas jusqu’à Femploi des anapestes dans ce genre de déclamation mystique qui ne s’y conforme ®.

Nous sommes encore en pleine imitation schillérienne dans le fragment suivant : « Mensch!o hoher Name ». Ce n’est pas seulement un détail d'expression (« was die Weisen sagen 6 ») qui nous rappelle certains échos du maître : tout le morceau doit être ramené aux mêmes sources À et la conclusion elle-même, bien que Hebbel y prenne le contre-pied de Schiller, a été directement inspirée par lui :

Zu Gôttern schaffst du Menschen nie.

est-il dit dans un poème de l’Anthologie*. Et c’est le vers de Hebbel :

Ganz ein Gott kann kéiner werden, Il est vrai qu’un autre lui fait pengant :

Doch kein Teufel wandelt auch auf Erden 10,

et c'est cette autre partie que le fragment développe, bien inutilement, car lorsqu'on rapproche des deux vers que nous venons de citer l’ensemble du fragment, il faut bien avouer qu'il n’en est que le délayage en métaphores redondantes et en jargon mystico-mytho-

1, Cf. VII, 38, aphorismes, IX, 3-7; Worte des Glaubens et Worte des Wahns.

2, Cf. le vers 29 de cette dernière pièce : « du musst glauben, du musst wagen », etc. Quant à la pièce Hoffnung, elle a fourni de même que pour la poésie Erinnerung le modèle de la strophe.

… 3. Cf. supra, p. 53. — 4. Cf. supra, p. 41: même emploi dans la pièce Zrinnerung. — 5. VII, 39 et 40. — 6. Cf. aphorismes IX, 3, ligne 4. — 7. Elegie auf den Tod eines Jünglings (v. 85); die Gütter Griechenlands (v.17). — 8. Die Worte des Glaubens, die Worte des Wahns, die l’reundschaft. — 9. An einen Moralisten (v. 16).

10, Cf. aphorismes, IX, 5: « Hoch kann’s der Sterbliche bringen, ganz aber erfliegt er dies unendliche Ziel nicht »; 3: « nicht fähig ist der grôsste Büsewicht, ein Teufel zu werden..., nie wird der Tugendhafteste ganz ein Golt »; 6 : « auch der grôsste Wollüstling hat Augenblicke... », etc.; 15 : « Unsere Ideale gleichen einem Baume der südlichen Zone verpflanzt in den kalten Norden.… ». On pourrait assez bien résumer toutes ces dissertations de Hebbel par l’aphorisme de Pascal : « L'homme n’est ni ange, ni bête ».

logique. Les premiers vers nous présentent le Dieu créateur, le Dieu des Chrétiens et annoncent la précédente citation :

.… Himmelswonne, Giesst allmählich sich dem Herzen ein Aus dem Lichtmeer jener Geistersonne, Denk’ ich, o Erschafiner, dein..

Herrlich gingst da aus des Schüpfers Händen…..

Tout cela pourrait se chanter à l’église; mais prenons garde, il ne s’agit pour Hebbel que d'aboutir aux théories esthétiques de Schiller et caractéristique est la débaptisation qui s'ensuit : Dieu n’est plus « der Schüpfer » mais « der Meister » :

Gab der Meister dir die hohe Kraft,

Gab dir Muth, das Schwerste zu erleiden,

Wenn sich Pflicht und Neigung friedlich scheiden Auf dem Meer der Leidenschaft 1.

Il n’est plus seulement question, comme dans Rosa, de l'intervention libératrice de la mort, qui nous affranchit de la « poussière® » et de la « puissance infinie du temps », « de la danse éternellement fugitive des heures » (les divinités de la Grèce passent maïntenant au premier plan); il s’agit surtout d'éducation esthétique‘. Nous devinons aisément quels ont été les Evangiles de Hebbel : das Ideal und das Leben et les Briefe zur ästhetischen Erziehung des Menschen.

Les deux derniers fragments sont des distiques :

Eins sei ewig in Allem und Alles sei ewig in Æinem, Aber hüte Dich Freund, £tiwas in Allem zu sein 5.

Cela a une belle allure panthéiste, mais nous venons de voir que Hebbel, à cette époque, admet encore un Dieu transcendant et plus tard seulement apparaîtra chez lui la pure conception panthéistef. Nous trouverons le meilleur commentaire toujours dans les mêmes aphorismes de Wesselburen'’ et la source, toujours chez Schiller®.

L'autre distique, enfin, ne fait que nous redire l’antagonisme du dogme chrétien entre le corps-poussière et l’âme infinie * :

A Was dem Staube gehürt, dass muss sich dem Staube vermählen, Doch den unendlichen Geist fesselt kein erdliches Band 1#,

C'est la même définition de la « poussière » que nous avons ren-

1. Cf. aphorismes, IX, #: « Bestimmung des Menschen? Was ists? Harse zwischen Neigung und Pflicht, Vereinigung des Gesetzes mit dem

illen ». -

2. Cf. supra, p. 58 et le présent fragment vers 35-38. — 3. V. 16 et 17. — &. V.6 : « Dich unsterblich selber zu vollenden ». — 5. VII, 40. — 6. CET. 2911 (4 décembre 1843). — 7. W.,IX,3 et4. — 8. Cf. Votivtafeln : Pflicht für Jeden et schüne Individualität. — 9. Cf. aphorismes de Wesselburen. W., X., 5, ligne

66 et suiv. — 10. VII, 40, nous noterons que dans ces deux distiques les pentamètres sont. corrects.

Mr

contrée déjà dans Rosa! et la même définition de la liberté que Hebbel trouvait dans Schiller et méditait lui-même à cette époque?.

Le 9 juillet 1829, parut dans le Bote, sous le titre de Sängers Sterne*, une pièce anonyme signée seulement H...n. Elle parut en 1898, dans la Wesselburener Zeitung, sous le nom de Hebbel, mais l'éditeur critique estime qu'il est très douteux qu’elle soit de lui. Nous ne nous rangerons pas à son avis et pensons avec d’autres auteurs qu’on a eu raison de l’attribuer à Hebbel, La ressemblance des motifs avec ceux des pièces de la même année est surprenante et la forme elle-même n’est pas le moindre argument qu'on puisse objecter à l'éditeur critique. Voici les deux premiers vers :

Wenn des Lebens Klippen ihm grässlich droh’n, Wenn Stürme ihn tosend umbrausen.

N'est-ce pas du Hebbel tout pur? Que l’on compare Sehnsucht$, an die Tugend”, Laura, Mensch, o hoher Name*. Et toute la pre- Mière strophe est à l'avenant. Et voici le début de la seconde :

Denn DREI STERNE schimmern ïihm lieblich herab

(les mots « drei Sterne » détachés en gros caractères selon l’habitude du jeune Hebbel dans ses poésies d'alors) mais ce vers ne nous rappelle-t-il pas, de nouveau, les Worte des Glaubens et les Worte des Wahns et le troisième fragment étudié plus haut?!t, Et l'opposition du « knechtischen Sinn », du « Sclavensinn ©? » au « gôttliches Feuer », à la liberté de celui qui porte « die Liebe » au fond du cœur”, ne nous rappelle-t-elle pas les pièces : an die Tugend, der Quell, Erinnerung et les fragments? Et si nous rapprochons les mêmes vers :

Im cigenen Busen trägt er sein Glück, Eine Welt voll Atmmlischer Wonne :

Da waltet die Liebe — etc...

des aphorismes en prose, nous trouverons jusqu’à des répétitions textuelles l#. La strophe suivante est non moins typique :

Und die Freundschaft flicht ihm ihr Rosenband, Mit der Freundschaft beglückt ihn die Liebe

Denn Liebe und Freundschaft geh’n Hand in Hand, Sie sind verschwisterte Triebe 15...

1. Cf. supra, p. 58 et 62. — 2. Cf. aphorismes, IX, 6. — 3. VII, 238. — . Anmerkunzen, 449; Bornstein n’a pas admis la pièce dans son édition. — 5, Cf. Scheunert, D. 7. H., 126. — 6. VII, 9, v. 2, 14, 18. — 7. VII, 15, v. 31. — 8. VII, 20, v. 30. — 9. VII, 39, v. 13. — 10. La comparer à l'état d'âme qu’expriment certains vers déjà cités au chapitre : « Wesselburen », p. 25.

11. Cf, supra, p. 61. — 12. V. 11 et 33. — 13. V. 16 et surtout 19-21.

14. Cf. IX, 3, ligne 22: « und da er die Vollkommenheïit im eigenen Busen trüge »… et même page, ligne 8 : « und jeden Funken des HJimmels aus seinem Busen zu verdrängen ».….. Cf. encore IX, 6 : « Jeder Mensch trägt in seënem Busen einen Schatz », elc. ne

15. Cf. Scheunert, D. 7. H., 118 et suiv. Die Freundschaft, Verwandtschaît mit der Liebe.

N'avons-nous pas dans cette pièce comme un raccourci de toutes celles que nous venons d'étudier ? De deux choses, l’une : ou bien elle est de Hebbel lui-même, ou bien il faudrait supposer que c’est une parodie composée par un de ses adversaires de Wesselburen pour railler sa manière le plus objectivement possible. Les métaphores elles-mêmes (les Stürme, les Sterne, les Rosen, les Juwelent) les moindres détails du symbolisme, nous les avons rencontrés dans les pièces précédentes.

Enfin un vers de cette pièce :

Nur die Liebe herrschet in Ewigkeit.

en annonce une autre de la même époque, également parue sous l'anonymat et dont R. M. Werner ne conteste pas aussi formellement la propriété à Hebbel. C’est la pièce die Liebe hôret nimmer auf ?. Elle développe de façon banale, mais non sans facilité, en 3 strophes de 8 vers fambiques mêlés d'anapestes, le passage fameux de l'épitre aux Corinthiens *. Hebbel nous a déjà indiqué lui-même la Bible comme une des sources principales de son inspiration; nous l’avons vu y lire dès sa plus tendre enfance, en apprendre par cœur de nombreux passages et avec tant de passion que les larmes en venaient aux yeux de sa mère *. Nous avons rencontré dans ses premières poésies de nombreux motifs bibliques ; rappelons seulement : Kains Klage, an die Unterdrückten, Freundschaft et nous en rencontrerons d’autres dans les pièces de jeunesse qui nous restent à analyser. Mais, ne l’oublions pas, de bonne heure l'influence schillérienne accompagne et peu à peu transforme celle de la Bible. Le merveilleux chrétien, Hebbel ne l'utilise en somme qu'au même titre que la mythologie païenne et comme ingrédient poétique : chez lui Tithon alterne avec Jéhovah *, tout comme Schiller nommait d’un seul trait le Paradis et le Walhalla 5. Nous l'avons vu accueillir dans la même strophe Jésus, Socrate et Jean Huss'. L’immortalité de der Quelt est-elle celle du ciel chrétien ou celle des Champs-Elysées? C’est en tout cas l’Ælysium de Schiller que nous rappelle l'Ælegie am Grabe eines Jünglings. Bref, c’est bien moins au chrétien que nous avons affaire déjà qu'à l’humaniste, disciple de Schiller. Dans toutes ces premières pièces, il accommode le dogme chrétien aux formules esthétiques qu'il admirait dans les Xünstler, das Ideal und das Leben, der Genius, die Macht des Gesanges. Il nous semble que, précisément dans cette double influence qu'il subit de très bonne heure, et parallèlement, plongent les racines de sa conception de l’antagonisme entre la subjectivité, la volonté individuelle, et la Loi, la puissance cosmique, antagonisme qui sera plus tard le ressort essentiel et-puissant de sa tragédie. Pour le moment, et en ce qui concerne son

1. V. 2, 6, 7,25 et 36. — 2. VII, 257. Bote, 17 décembre 1829. Anmerkungen, L49, — 3.1, 13, 8. — 4. Cf. supra, p. 7, 14 et 20. — 5. Die Liebe, cf. supra, p. 92, note 1, — 6. Amalia, v. 1. 7. An die Tugend, cf. supra, p. 46.

lyrisme, l’influence de Schiller domine toutes celles que nous avons énumérées. Nous comprenons à présent l'importance de la laconique notice biographique : « Friedrich Schiller! Wenn ich Torf trug ! »? Il est bien évident? que cette prédilection répondait à certaines affinités profondes. L’intéressant est de préciser lesquelles. L’analyse précédente des poésies de 1829 et de 1830 ne peut que confirmer, croyons-nous, l'opinion, aujourd’hui couramment admise, que ce qui attirait en Schiller le jeune Hebbel, c'est qu'à sa pre- .mière étape poétique il était plus loin de la nature que dans la suite comme Schiller curieux de vastes synthèses générales et avide d’introspection *. Quelque temps il se satisfit de ces concepts abstraits, illustrés de métaphores grandiloquentes f, et l’on a très judicieusement remarqué ? que ce qui en grandissait à ses yeux l'attrait, c'est, derrière eux et en eux, des tendances et des sympathies, en ce moment très fortes -hez lui-même, les concepts schillériens s’accordant dans une très large mesure avec la mythologie chrétienne, et permettant à l'imagination spéculative le jeu le plus libre.

Nous venons de voir que presque toutes les premières poésies de notre auteur sont, fond et forme, sous l'influence de Schiller : c’est la même inspiration et la même fougue, la même exaltation juvénile, la même métaphysique, le même pathos, bref, les mêmes exagérations de pensée, de sentiment et de style. Hebbel remercie en ces termes un ami de iui avoir envoyé une édition de Schiller : « Tu n'aurais vraiment pas pu me faire de cadeau qui t’eût rappelé plus fréquemment à mon souvenir, » et'plus tard il confessera que dans sa jeunesse il le mettait au-dessus de tous les autres écrivains ?.

Il convient cependant de préciser pour chaque pièce cette importance si essentielle, d’abord en tenant un compte rigoureux des dates f, puis en se défiant de toute formule générale et abso-

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