‹ HebbelChapitre 341 sur 425 · VI, 263; Vienne, 22 février · texte numérisé non relu

VI, 263; Vienne, 22 février

ke, Dem Adon, der sterben wollte, Zeigt sein erstes Bild das Grab, Das im Fluss ihn decken sollte, Und er springt nicht mehr hinab,

cf. la variante, Anmerkungen, 294.

5. VI, 264, Vienne, 3 janvier 1856; Aurora-Album, Wien, Tendler und Comp. p. 4; cf. Bw., VI, 2; T., 5214, 5724, 5938 et supra, 620-621.

6. VI, 282, Vienne, 24 septembre 1850; deutsches Museum von Robert Prutz, 1851; 1, 329; cf. VI, 359 : Kunst und Aflerkunst; Bw., IV, 293; NV, 50; VII, 257; cu II, 270-274, 285, 377. Grillparser-Jahrbuch, WI, 265 et suiv. et supra, 610-

7. Bamberg, II, 380; cf. Anmerk., 298, l’horrible variante des vers 12 à 16 mais nous abandonnons volontiers la pièce elle-même.

dans une poésie des développements et un vocabulaire de ce - genre, nos suffrages se reporteraient de préférence sur la pièce qui suit immédiatement et qui est intitulée : auf die sixtinische Madonna *. La beauté de cette œuvre paraît surhumaine à Hebbel, et il en écrit la légende, analogue à la précédente genèse du génie tragique de Christine, s’élevant comme une flamme de la rencontre d'une étincelle divine et d'une âme humaine prête à la recevoir. De même, l'effigie de la reine du ciel, descendue sur terre et retenue par la nostalgie de tous, s'imprima au miroir cristallin de l’éther irradié de soleil et maintenant l'œil ne peut distinguer la rosée de la lumière, aucun mortel ne saurait reproduire cette merveille : Viel lieber soll’s die Zukunft ganz betrauern, Als nur zur Hälfte sich erhalten seh’n :

In einer Sage môg’ es ewig dauern, In einem Abbild nicht zu Grunde geh’n.

11 est remarquable que les préférences de Hebbel vont aux œuvres d'art plus émouvantes par la beauté sensuelle que par la puissance d'expression : nous nous rappelons que de Thorwaldsen, c’est Ganymède et l'aigle qu’il célébra et que le groupe des chefs-d’œuvre favoris, que vint à Dresde compléter la madone de Raphaël, étaient, en Italie, lApollon du Belvédère, la Junon Ludovisi et Galathée*?,

Nous préférons, même à celles de ses critiques d’art où Hebbel déploie le plus de virtuosité, le tableautin brossé d’après nature : Meisenglück. Le premier quatrain seul ne nous paraît pas heureux; dans les trois autres, rappelant au lecteur français le vers de Hugo : « même quand l'oiseau marche... », nous assistons aux ébats gracieux d'une mésange, à son envol enivré dans le ciel*. La prédilection du poète pour les oiseaux lui avait, nous nous le rappelons, inspiré plusieurs pièces de jeunesse ‘. Une autre petite poésie de ce genre, der beste Liebesbrief *, composée à la même époque que la précédente, nous semble moins réussie. On ne peut se défendre de trouver bizarre ce message écrit sur l'aile d’un papillon avec une trompe d'abeille emporté par le zéphyr à destination. Le rythme est preste à souhait et les détails ne manquent pas de grâce :

Lass das Blatt nun ohne Scheu Durch die Lüfte schnellen ;

Ist dir Amor hold und treu, Wird’s der Wind bestellen.

1. VI, 283; Dresdner Gallerie, juin 1851; Ostdeutsche Post du 16 juillet 1853 : Beim Anblick der sixtinischen Madonna in der Dresdner Gallerie, cf. (N. Hebbeldok., 82), lettre de Hebbel à Kuh du 12 juillet 1853 : « Einstweilen sende ich ihm (Kuranda) das beste Gedicht für seine Post, dass mir seit Jahren kam »; cf. l'éloge de Môrike (Bamberg, II, 380) : « Gewiss vom hüchsten Range. Ein ‘ebenbürtiges Pendant ist Juno Ludovisi, unter den Sonetten » cf. encore Bw., VI, 148: VII, 257; Kub, II, 317-318; Patzak, 54.

DAC supra, 474, 517-518, 553 et Müller, 22. — 3. VI, 284, Vienne, 18 décembre 1856; cf. T., 5279 (Marienbad, 8 juillet 1854).

&. Cf. supra, 106, 138, 249, 297: der arme Vogel, Vogelleben, der Glaube, das Vüslein; cf. aussi les rapprochements de Scheunert, D. 7. H., 169, 174 et n. 2,

5. VI, 285; Vienne, 1856 ou 1857; cf. Anmerk., 299 et T., 4446 (27 août 1848)

Mais l’anacréontisme de l’ensemble ne saurait séduire qui songe au délicieux Amor als Landschaftsmäler de Gœthe ou seulement au simple lied du Wunderhorn : morgen muss ich fort von hier.

Nous avons étudié six pièces datant de 1856 avec les cycles dont elles font partie et qui encadrent les poésies diverses dans l'édition de 1857, mais que l'unité d'inspiration rattache, comme nous l'avons montré, au recueil des Gedichte!. Par contre, le cycle des Dichters Testament, qui comprend quatre pièces, en contient une de 1843, mais les trois autres sont ultérieures à 1848 et le titre seul indique assez la place que devait occuper l’ensemble dans notre exposé.

La première poésie de ce cycle est celle que nous avons anticipée et que Hebbel envoya à Elise à la mort de Max : das abgeschiedene Kind an seine Mutter. Ayant déjà dit de cette longue et bizarre élucubration tout le mal que nous en pensons, nous nous contenterons, à présent, de rappeler que l’auteur se vantait d'y avoir déposé un trésor de rares expériences, de méditations profondes et de sublimes vérités. Il faut y voir sa profession de foi religieuse. Les numéros suivants vont nous exposer, tour à tour, son credo artistique, social et politique et le tout constitue ainsi le testament du poète. Pour la forme, tandis que le poème de deuil est tout entier écrit en tercets, sonnant comme un glas régulier et monotone, le prologue littéraire est imité d’une parabase de Platen ? et les deux autres pièces sont en stances.

Nous avons fait allusion plus haut au Prolog zu Gæœthes hundert- Jähriger Geburtsfeier, composé par Hebbel en août 1849. Mais la fête fut différée à cause de la révolution et le poème, dit solennellement par l'acteur Lüwe au théâtre du Kärnthner Thor seulement le 11 septembre, à la première accalmie*. L'introduction la plus naturelle est donc, Hebbel le sent bien, d'opposer aux retentissantés prouesses guerrières la modeste manifestation en l’honneur du héros pacifique qui est à la fois « le dernier des Grecs et le premier des Germains » et qui a remporté pour sa patrie la victoire la plus belle et la plus durable, celle devant laquelle s’inclinent toutes les rivalités nationales :

Der Brite nimmt von Shakespeares Haupt die ewiggrünen Reiser Und bringt sie Deutschlands Gœthe dar als nachgebornem Kaiser #. Der Franke, der von Alters her zu unserm Splitterrichter

Bestellt sich dünkt, verspottet uns, doch preis’t er unsern Dichter,

.1. Ce sont les pièces : Kampf, Sies, Glück, der Tod et Nachklang du cycle ein frühes Liebesleben (supra, 229-239) et la finale du cycle dem Schmerz sein Recht (supra, 282-293).

2. Cf. supra, 493-495 et notes; Müller, 48-49 et Fries, 32; il s’agit de la parabase finale du second acte de die verhängnisvolle Gabel.

3. NI, 298-302, Penzing bei Wien, août 1849 « dem Freiherrn Friedrich von Uechtritz freundschaftlichst zugeeignet »; Radetzky-Album im Besitz des Innsbrucker Ferdinandeums, V, 47-52 : Vienne, 14 février 1853. Os'deutsche Post, 13 septembre 1849, cf. supra, 600.

L. Cf. ein Spatziergang in Parts, v. 133 et 145, supra, 498, 594; Fries, 32,n. 1, et Bastier, 52. Cf. encore v. 97-98 où reviennent les termes Kônrig et Purpurmantel et supra, 686, la dernière strophe .de la ballade die heilige Drei.

Und in Italien sogar wird’s staunend zugegeben, Dass auch in einem Eichenhain noch Nachtigallen leben.

Denn das, was Gœthes Geist errang, das ist wie Thau und Regen,

Ein Eigentum der ganzen Welt, nicht bloss für uns ein Segen,

Er kennt, wie alles Hôchste, nicht die Volks- und Länderschranken, Drum braucht man bloss ein Mensch zu sein, um ihm dafür zu danken.,

Jamais plus bel et plus légitime hommage fut-il rendu à la souveraineté mondiale de celui que son émule allemand appelle « empereur des poètes » et qu'un Sainte-Beuve proclamera un peu plus tard « roi de la critique »? Hebbel couronne ici la théorie qui lui était chère des grands représentants nationaux et l'apologie que, sa vie durant, il n’a pas cessé de faire du plus grand d’entre eux !. Il propose comme idéal à ses contemporains et à la postérité les qualités gœæthéennes d'harmonie et de mesure, ce sens merveilleux de l’unité, de la totalité et de la santé d’un organisme individuel, contrôlé et complété par le constant souci des limites, une intuition presque infaillible du relatif dans tous les détails de l’univers et de l’art et un religieux respect de la loi qui toujours régit l’ensemble, de l’antique, de l’éternelle Nécessité : E

Denn eben dieses macht ibn gross, dass er, so reich, wie Keiner

Sich der Nothwendigkeit gebeugt, und sich beschränkt, wie Einer ?, Puis le poète fait des prédécesseurs de Gœthe cet éloge qu'il reprendra plus tard dans les mêmes termes dans son essai intitulé Moderne Lyrik et que nous avons cité déjà en étudiant son esthétique :

Schuf Luther denn das Instrument, gab Klopstock ihm die Saiten,

Liess Lessing sanft zur Prüfung dann den Finger drüber gleiten,

Schlug Bürger schon die Tüne an, wir wollen’s nicht vergessen,

Doch dem, der die Musik gemacht, darum nicht karger messen 5. Hebbel, lui aussi, souhaite de toute son âme l’avènement de cette ère de concorde universelle où s’épanouirait enfin l'humanité réconciliée. Alors seulement se réaliserait le rêve de ses plus nobles représentants et se parachèverait l’œuvre que Gœthe fit avancer plus que tout autre en y consacrant son prodigieux génie. Et le prologue se termine par un hommage au duc Karl August qui sut du premier coup discerner et distinguer ce génie *. L’empereur d'Autriche et l’archiduc Albrecht assistaient à la fête. Sur l'accueil que fit le public au poème, les témoignages ne concordent pas : le biographe parle de la déception d’un auditoire qui n'était pas mûr pour comprendre l'élévation, la profondeur et la discrétion du poète; l'éditeur critique et Hebbel lui-même relatent, par contre, un triomphe éclatant et des ovations enthousiastes : l’auteur, réclamé, s’obstina à ne point paraître en scène afin de marquer

1. Cf. supra, 566 : l’épigramme Shakespeare; DATE Fries, 38 let n: 3,39, 49,53; Sainte-Beuve ; Causeries du Lundi (21 octobre 1860); cf. encore supra, 80 et suiv., 83 et suiv., 107, 173, 182, 198-215, 261, 346, 459 et suiv., 498, 636 et suiv., 639 et n. 8, 648, 653 et surtout 659-665. |

2, Cf. supra, 664 et Fries, 53, le bas de la note. — 5. Cf. W., XII, 70 (1853) et supra, 641, 661. — %. Cf. W., XII, 123 (1858) et supra, 660 et n. 4.

encore une fois toute sa déférence pour le véritable héros de la journée !. À Sa

Mais aux aspirations de l’art s'opposent les exigences de ia vie de tous les jours. Après avoir défini, au premier article de ce Zestament, son idéal poétique, Hebbel consacre le second à nous exposer son programme social. Le titre déjà, die Erde und der Mensch?, indique avec quelle ampleur il va développer son aphorisme du 25 mars 1848 : « Le problème de l'alimentation passe de plus en plus nettement au premier plan. La nature n'aurait-elle pas fait fond aussi bien sur la mer que sur la terre et l'air? Prendre la pieuvre qui subviendrait aux besoins d’un siècle’. » Le poète s'étonne du contraste entre la fécondité de la terre et la persistance de la détresse et des soucis humains, mais, loin de maudire ou de glorifier l'impassibilité de la nature, comme le feront Vigny et Leconte de Lisle, le poète allemand ne se place ici ni au point de vue métaphysique, ni au point de vue plastique et, ne louant la beauté de la floraison qu’en prévision de l'utilité des fruits, il ne soulève cette fois que la question :

Sprich, Erde, drum : hat die Ernährung Schranken, Und die Erzeugung hätte dennoch keine ?

De ce point de départ, Hebbel n’en aboutit pas moins à exalter, comme un Vigny et comme un Pascal, la « majesté des souffrances humaines ». Il fait crédit à la terre qu'il appelle « la mère muette » et comprendrait plutôt sa prodigalité que d’excuser chez elle une avarice de marâtre :

Weit cher sollte eine Welt von Aechren

Ja doch verfaulen, als ein Mensch entbehren.

Mais les hommes, à ses yeux, ne doivent s’en prendre qu'à leur propre inertie si, alors que des greniers d'abondance leur sont ouverts aux quatre coins du monde, ils se laissent mourir de faim aux endroits les moins favorisés ; à leurs récriminations la planète est en droit de répondre :

Ich band die Bäume nur an ihre Schollen, Die Menschen nicht, weil diese wandern sollen,

Bin ich nur erst bebaut in allen Ländern, So wird euch Allen auch der Tisch sich decken.

L'émigration est donc, pour longtemps encore, le remède nécessaire et suffisant; quant à l'avenir lointain, le Malthusianisme y pourvoira. De telles considérations sont plutôt du ressort d’un

1. Cf. Kub, II, 275-276; R. M. Werner, 288 et Anmerkungen, 305; cf. encore, T., 4659, Bw., IV, 172; V, 207; VI, 46, 129 et note; VII, 60, 63-64, 67, 257; N. Hebbeldok,, 39-44, Môrike loue la pièce (Bamberg, II, 380).

2. VI, 303 : Ernst Brücke freundschaftllichst zugeeignet (1848 gedichtet); Familienbuch des Oesterreichischen Lloyd, 1852, 11, 14. Pour les variantes des v. 36-37, 41-42, 47-48, 95-96: cf. Anmerk., 306.

3. T., 4374; cf. T., 4481; Bw., IV, 138, N. Hebbeldok.. 37; W., X, 443: Kuh, IT, 238; Patzak, 45 et suiv.; R. M. Werner, 372; O.' Kisch : die Erde und der Mensch (Euphorion, 1912, t. XIX, fascicules 1 et 2 réunis).

Vs

économiste que d’un poète et nous ne pouvons nous défendre de quelque surprise de retrouver ici en vers les théories que nous avons rencontrées dans le journal, la correspondance et les articles de revues !. Mais, si l’on tient compte des dates et quelque sim- -plistes que puissent nous paraître ces doctrines stancifiées, il n’en est pas moins curieux de reconnaître en Hebbel un précurseur de l'Allemagne d'aujourd'hui :

Ihr braucht nicht länger, als ihr wollt, zu leiden,

The habt nur neu den Welttheil euch zu wählen,

Dann wird, was ich in meinen Eingeweiden

Bisher mit Qual verschloss, euch nicht mehr fehlen,

Und statt des Fluchs werd'’ich in vollen Chôren Zum ersten Mal der Menschheit Jubel hôren 2.

Sans doute, ces prophéties n'eussent guère été du goût du Bismarck d'alors, le hobereau déjà jaloux de l’hégémonie prussienne, ni de celui de 1866, avant tout soucieux de bouter l'Autriche hors de la confédération, ni même du chancelier de fer; mais qui jurerait que la génération suivante n’y reconnaîtrait pas, à un mot près, sa devise? Hebbel met d’ailleurs lui-même suffisamment d’eau nationale dans son vin humanitaire :

Darum zu Schiff, jedoch zum Heer verdichtet, Nicht bloss zu pflügen gilt’s, wohl auch zu fechten.

De même que, de temps à autre, la dialectique entraîne le poète au pire prosaïsme ?, il semble bien qu’à cet endroit l'enthousiasme patriotique tourne à la phraséologie :

So wird der grosse Doppel-Zwist geschlichtet, Denn erst, wenn wir uns ganz mit ihr verflechtet, Kann sie der Sonne auch für ihre Stralen

In Glanz und Duft die ganze Schuld bezahlen,

Ne voilà-t-il pas encore le jargon métaphysico-mystique du jeune Hebbel *? Mais, au dernier moment, l'inspiration reprend son essor et voici le finale, que ne désavoueraient certainement pas les impérialistes allemands les plus modernes :

Lass aber du, o Vaterland, dich mahnen :

Vergiss sie nicht, die Kinder in der Ferne;

Sie werden segeln unter deinen Fahnen!

Drum sorge du, dass man sie achten lerne, Und zieh'n sie auch von Pol zu Pol die Bahnen, Sei du mit ihnen, wie die treuen Sterne

Und halte jedes, voll erhab’nen Trutzes,

Je ferner dir, je würd’ger deines Schutzes !

Nous voilà loin du Prolog! Hebbel aurait-il dépassé Gœthe? ou bien serait-ce un recul? En tout cas, ceci n’est plus du Gœthe.

1. Cf. la 8° strophe et W., X, 185, ligne 8 et suiv.; T., 4021, 4047, 4197, 4199 et supra, 596-598 et suiv. 3 | $

2. Cf. Scheunert, D. j. H., 159, n. 4, W., X, 146, ligne 8 et suiv. (1848) et Mutter und Kind, W., VII, 342 (1859), cf. coid. au point de vue de l’évolution des idées sociales de Hebbel, en particulier les pages 291, 294, 317, 325-398, 335, 343-344 et supra, 600, 606, 631.

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