Cf. supra, 682 et n. 2, 68ket n
6. On le retrouve en 1854 dans Liebesprobe (supra, 689) et en 1856 dans der Tod, traité déjà au cycle ein frühes Liebesleben (supra, 234), cf. encore Müller, 26-27,
Si à ces 27 poésies diverses nous opposons les 132 épigrammes qui, de 1848 à 1857, sont venues s'ajouter à celles du précédent recueil, nous ne serons pas surpris d'entendre, pendant cette période encore, Hebbel lui-même insister sur ses prédispositions à l’aphorisme. Il tient alors à s'affirmer, avant tout, poète dramatique; il parle d'un « certain laconisme » inhérent à sa nature et qui, inséparable de la vraie tragédie, l'y fait trouver sa voie. C'est ce même « laconisme » qui s'exprime dans ses nombreuses épigrammes !.
Nous en avons déjà esquissé la genèse dans ses grandes lignes, en étudiant la formation progressive du recueil d'ensemble? et nous nous efforcerons de préciser le plus possible pour chaque pièce les sources et la date de la leçon définitive. Il serait donc fastidieux de tenter ici une analyse de détail qui ne reviendrait à rien moins qu'à reproduire et, par endroits, à. doubler le journal du poète : « Que de matière brute vous passe par la tête, écrit4l, le 25 décembre 1851, lorsqu'on ne travaille pas à un ouvrage! c’est l’époque où l’on tient un journal ». On pourrait citer d'innombrables aphorismes nés à de semblables heures et laissés en prose sous leur forme rudimentaire: d’autres, au contraire, se présentèrent rimés ou en distiques; une troisième catégorie fut élaborée en une ou plusieurs reprises et versifiée. Le 24 juillet 1849, Hebbel envoie à Kühne un « acompte » de quelques épigrammes, récemment composées, les unes politiques, les autres pas“. Le bilan de 1851 mentionne « beaucoup d’épigrammes »; l’année suivante, au contraire, le journal est réduit à sa plus simple expression : Hebbel se défie des incessantes perquisitions qui sévissent alors à Vienne et ne veut à aucun prix « laisser surprendre les entretiens aphoristiques qu’il a avec lui-même ». Puis, la crise passée, le flux revient peu à peu”.
1. W., XII, 64-66 (1852; cf. supra, 649-650); Bvw., V, 221, 261 (19 mars et 9 août 1855), cf. encore supra, 541-543. — 2. Cf. supra, 668-675. — 3, T., 5016.
k. Bw., IV, 162; cf. Fries, 59 et Lyrik und Lyriker, 325-895. 5. Cf. T., 5036 et 5047, Tandis que deux douzaines d’épigrammes non publiées au précédent recueil ont leur germe entre 1837 et 1847, tandis que l’année 1847 en voit naitre une douzaine, 1848 près de: deux, qu’en 1849 nous comptons cinq pièces, en 1850 quatre et en 1851 quinze, il n’est possible de relever en 1852 presque aucune trace; cf. Venedis, VI, 337, Welt und Mensch, VI, 344; Patzak, 13-49 et la lettre de Dingelstedt à Hebbel du 18 septembre 1852 (Bambery, II, 37) : « Während Du mit Deinem Weibe an der Adria lustwandelnd gingest, hoffentlich in Byrons und Platens Fusstapfen, dem Nächsten sichtbar werdend in einer Reihe von Epigrammen und Sonetten ». — Or jamais Hebbel n'avait été plus loin qu’alors de Byron et de Platen, et ne composa moins de sonnets et d’épigrammes, Huit épigrammes s’ajoutent l’année suivante, une demi-douzaine en 1854; autant en 1855, en y comprenant celle du motto de Gyges und sein Ring; cf. T., 5218 (31 décembre 1853); Bw., V, 144, es (10 février et 22 décembre 1854); Patzak, 50-51 et W., UT, 238 (cf. supra, 691 et n. 2). :
De 1848 à 1857, le groupe des Bilder est, toutes proportions gardées, moindre qu’à l’époque précédente. Cinq épigrammes seulement le représentent, et d’abord celle qui ouvre la collection du recueil d'ensemble : auf den Dom zu St. Stephan in Wien !, Conformément à la règle que Lessing définit dans son Zaocoon, Hebbel nous y décrit par l'action, en nous en montrant le devenir, « ce vénérable symbole de vraie unité et de vraie concorde », et, en termes presque schillériens, il exprime son admiration pour cette leçon d'harmonie et de solidarité de génération à génération ?. En même temps qu'il procède aux remaniements de Judith, le poète compose le Wästenbild, où nous sont décrits un voyageur assoïffé et un vautour affamé brûlant de se rencontrer, l’un pour la chair, l’autre pour le sang. Le sujet du tableautin Schwalbe und Fliege est une anecdote de l’époque de Paris : le poète y avait délivré du bec d’une hirondelle morte une mouche encore vivante *. Au séjour à Naples remonte l'épigramme auf einen Schmetterling, der mich in der Gräberstrasse zu Pompeji umflog, qui, comme la précédente, témoigne de l'amour de Hebbel pour les animaux :
Ahnt er, dass hier ein Mensch garnicht zu tôdten vermag?
E In der begrabenen Stadt und unter begrabenen Gräbern Halt ich den Odem sogar an, wenn der Gaukler sich naht 5!
Mais la plus belle de ce groupe est certainement l’épigramme Venedig composée au cours du voyage que le poète fit avec Christine, l'été de 1853 :
Wie ein verwirklichter Traum begrüsst dich das bunte Venedig, Wenn du es flüchtig durchschiffst : nicht die versunkene Stadt Glaubst du vor dir zu sehen, von welcher die Dichter erzählen, Diesé dünkt dir im Meer gleich von Tritonen erbaut,
Und du taumelst dahin, wie unter Korallen und Muscheln, Und verwunderst dich nur, dass dich die Flut nicht ereilt. Alles Uebrige passt hinein in den Rahmen : der Doge,
Der sich den Wellen vermählt, und das vermummte Gericht, Ja, die Brücke der Seufzer erscheint dir hier so natürlichb, Wie in des Ozeans Nacht Fische mit Sägen im Haupt.
Lass dir aber vom Führer berichten, wie alles entstanden, Und das phantastische Bild l6s’t in Vernunft sich dir auf.
On voit, par ces cinq échantillons encore, combien l’art épigram-
1. VI, 326; Wanderer, 16 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 47, cf. Bw., IV, 338, note. — 2, Patzak, 75-76 et Fries, 49 et n. 1.
3. VI, 328: Wanderer, 16 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 54; cf. Judith, W, 1, 412; Patzak (82 et note) oppose la poésie de désert de Frei- - Egrath.
k, NI, 328; Aurora-Album, Vienne, 1856, p. 4, sans titre; cf. Bw., LUI, 137 (7 août 1844); Patzak, 30 et 83.
5. VI, 336; Wanderer, 7 mars 1851; Schads Musenalmanach, 1853, p. 59, cf. T., 3502 (Naples, 30 septembre 1845), Lyrik und Lyriker, 177 et suiv.; Patzak, 39; Tibal, 685, 698 et supra, 620 et suiv.
6. VI, 3387, cf. supra, 603 et n. 6, et T., 5047, 5141 et suiv. Bw., V, 38 (29 août 1852). *
matique de Hebbel sait être objectif et cependant, en notant ses impressions d'art et ses paysages, et alors même que c’est Ptalie enchanteresse qui le captive, il ne renonce jamais à définir ou à indiquer le rapport, essentiel à ses yeux, qui rattache l'image évoquée à un moment caractéristique de la pensée humaine ?.
Le groupe des poésies gnomiques de 1848 à 1857 ne comprend pas moins de deux douzaines d’épigrammes. Nous les analyserons dans l’ordre même que le poète leur a fixé.
La première que nous rencontrions : das Hüchste und das Tiefste rappelle Correctheit des Votivtafeln de Schiller :
Kein Gewissen zu haben, bezeichnet das Hôchste und Tiefste, Denn es erlischt nur im Gott, doch es verstummt auch im Thier ?.
Il est très intéressant de rapprocher de la pièce de Munich an den Tod le distique suivant, auf den Tod : é
Tod, man kann dich nicht bannen, doch dafür kann man dich rufen;
Weil du das Opfer verschmähst, bist du zum Sclaven gemacht. /
Jadis, le poète exaltait la mort comme susceptible, par sa seule évocation, d'intensifier le désir de vivre; à présent, 1l la traite dédaigneusement et l’on voit que, dans l'un et l'autre cas, il la considère comme un moyen et non comme une fin *.
L’'épigramme qui vient ensuite, die doppelten Thräünen des Menschen, est l’aboutissement de toute une série de méditations sur la douleur : la pensée définitive de Hebbel est que les larmes, même celles que nous arrache le ravissement, ont vite fait de nous voiler la vision du ciel, tandis que même les pleurs de joie sont impuissants à nous faire oublier la terre *. Le poète estime cependant que, sans se dire heureux ni Jubiler de ce que les démons ont épargné sa modestie, il lui convient de payer son tribut de reconnaissance au génie bienveillant qui a favorisé sa destinée’. A cette raison personnelle s'ajoute un syllogisme métaphysique : on ne peut se