Cf. supra, 616 et n. 6 et 682 et suiv
2. VI, 390-394; Vienne, 4 décembre 1857; ef. T., 5019 (Vienne, 25 décembre 1851) et encove T., 5620 et note, Bw., VI, 95; W. Wustmann, Grenzboten du 19 août 1909, p. 365, Engelhard, 27 et supra, 735 et n. 3; cf, encore supra, 87, l’autre pièce hebbélienne du même titre.
Und willst du ihn dann noch behalten, So darf ich über Dich schalten.
Ces prémisses acceptées, le pacte. conclu, le poète va mener la victime à sa perte avec une maëstria vraiment comparable à celle du modèle avec lequel il ne craint point de rivaliser en même temps qu'il cherche, semble-t-il, à se surpasser lui-même, à se renouveler en parodiant un de ses chefs-d'œuvre, eten en reprenant non seulement le rythme, mais l'allure, leton, les moindres détails de la technique. À partir du moment où commencent à se dérouler les conséquences du pacte, Hebbel nous force véritablement à oublier Gœæthe; on dirait qu'il tient à nous remettre et à nous retenir face à face avec lui-même. Il y réussit pleinement. On peut douter qu'aucun lecteur abandonne avant la fin la pourtant très longue ballade, où, de quatrain à quatrain, le poète nous entraine, comme son héros, d'une poigne inexorable à travers la série la plus émouvante des péripéties, établissant, anneau par anneau, l’enchaînement le plus rigoureux de faits et de sentiments, de façon à river l'un à l’autre les deux mondes entre lesquels la tragédie telle qu'il la comprend sert de’ médium : l'âme et les choses, le caractère et le destin, l'individu et l'univers. Encore resterait-il à apprécier à leur mérite les qualités plus proprement descriptives de cette ballade, l’art réaliste et pittoresque des petits détails familiers, caractéristiques et ingénieux. La combinaison des deux éléments, dramatique et épique, est assez adroite pour nous amener non seulement à admeitre, mais à prévoir, mais à réclamer le dénouement : la gageure est gagnée, le paradoxe est poussé à son extrême aboutissement; un à un, tous les désirs du héros ne semblent spontanément exaucés que pour l’amener plus rapidement à sa perte et lui faire de plus en plus nettement sentir qu’il n’agit plus, qu'il ne peut plus agir et qu’en tout et pour tout « il est agi »; alors, désireux de se débarrasser à tout prix de l’anneau fatal et ne le pouvant pas de sa propre volonté, il ne lui reste que l'issue tragique :
Das trägt er nicht mehr, und in grimmigem Schmerz
Durchstôüsst er verzweifelnd das eigene Herz,
Man hôrt ein Hôüllen-Gelächter, Dazwischen den singenden Wächter. /
La ballade der Tod kennt den Weg narre en douze strophes de huit vers un épisode de la vie d’un tyran italien au moyen-âge qu'Uechtritz avait conté à Hebbel pendant son séjour à Marienbad et dont un aphorisme du journal d’alors résume ainsi le sujet : « La peste pénètre dans le pays, le tyran se retire dans un château fort, en fait barrer tous les accès et, en outre, place sur les créneaux un guetteur chargé de signaler immédiatement toute approche. IL voit pourtant quelque temps après à son grand étonnement un cavalier arriver au galop; sa fureur se déchaîne et il ordonne qu'on lui amène sur-le-champ le guetteur. Un serviteur monte précipitamment sur le toit et en revient presque aussitôt avec la nouvelle que l’homme gît raide à son poste et qu’il est mort de la peste!. » Trois
1. Bw., VI, 394397; Vienne, 7 décembre 1857; cf. T., 5314 (Marienbad,
ans après, le poète vit là la matière d'un autre petit drame en miniature et l’occasion d'enrichir d'un nouveau portrait la galerie de ses despotes orientaux!. L'originalité de la pièce est donc entière, sauf l'accord initial dont il est aisé de reconnaître la résonance gœthéenne : ; |
Welche Fülle anf den Baumen, Welch ein Segen auf der Flur 2.
et le début de la deuxième strophe qui rappelle les premiers vers de das Opfer des Frühlings*. Pour l’ensemble de la ballade, du reste, on ne peut guèrc que souscrire à cette critique détaillée d'Emil Kuh, déclarant pour une fois en défaut son admiration de disciple, au risque de voir son maître le rabrouer « à la façon de l'évêque dans Gil Blas » : & Avant tout, j'en trouve confus le prag-
matisme : Beaucoup de lecteurs ne sauront pas exactement, même
à la fin de la pièce, qu'il a été question d’une épidémie, étant donné que le vers de la quatrième strophe : « Alles, auch der schwarze Tod » pourrait désigner purement et simplement la mort, .et non expressément le choléra ou la peste. L’énergique description du début manque, abstraction faite de son caractère abrupt, de couleur locale orientale et la plupart des lecteurs croient, comme moi, être introduits par le poète dans un paysage allemand. Aussi l'intervention ultérieure du palmier est-elle « frappante » au sens péjoratif. Le fait que le « baron », qui, lui non plus, ne me plait pas, se sépare égoïstement du monde, lui et la jeune fille ou la femme (vous n'avez pas précisé!) — ce fait reçoit à la fin, au moment où vous parlez de « grossesse », une motivation noble, ou qui du moins paraît telle. Il faut péniblement chercher les lignes, de même que le coloris terriblement pâle, et passer par la pensée de la qua-
trième strophe à la première, de la septième à la dernière
pour prendre pied dans le sujet. Puis, la ballade manque d'émotion et d'atmosphère et au lieu des voiles, dans l'emploi desquels vous êtes passé maître, ne flotte ici que la moins transparente des toiles". »
Un autre motif, conté à Debrois, l'ami de Hebbel, fournit le sujet de la ballade ein Wald qui ne fait que développer en quinze strophes de huit vers cet aphorisme du journal : « Une forêt créée dans une contrée sans arbres, du fait que depuis cent ans chaque couple de fiancés est tenu de planter deux arbres. À présent, les amants s’y promènent”. »
A ces cinq ballades de 1857 vinrent s'ajouter en 1862 deux autres pièces analogues. La première : Verloren und Gefunden n'est que la mise en quatrains d’une anecdote que raconta au poète le commandant de la Wartburg et que, dans une lettre de Wilhelmstal,
27 juillet 1854) et encore T., 5620 et note et Bw., VI, 95 et note. — 1. Cf. supra, 687 et 688. — 2. Cf. par exemple : Mailied, Wi'lkommen und Absehied et Fries, 44, — 3. CE. supra, 505. — 4. Bamberg, Il, 129-130 (Berlin, 9 janvier 1858).
5. VI, 397-401 (Vienne, 14 décembre 1857); cf. T., 5164 (Vienne, 20 août 1853); T. 5620 et Morgenblatt für gebildete Leser du 21 février 1858 (Anmerkungen, 375: Bw., VI, 109 et W.; XII, 393).
748 x HEBBEL (1848-1863).
Hebbel raconte à Christine en ces termes : « On perd au château
une fois, pendant l'automne, un anneau précieux qu'en dépit de
toutes les recherches on ne peut retrouver ; au printemps, une fleur le porte au cou, après l'avoir traversé au sortir du sol et l'avoir
soulevé au fur et à mesure de sa croissance! ». L'autre, intitulée
Vater und Sohn, parodie une histoire que le poète communique à
Christine dans une lettre de Magdebourg du 13 octobre 1861 et,
comme une précédente ballade du même titre écrite à Munich, développe cette idée mystique que «le crime lui-même peut porter
le plus noble fruit? ». Un fils, sur le point de jeter son père dans
un précipice entend de ce dernier l’aveu qu'il s'est rendu lui-même
coupable de parricide, de la même manière, et au même endroit :
Es war wie heut’, kalt pfff der Wind, Die Wolken hingen schwer,
Du standest dabei, ein stummes Kind, Dein Zucken kommt daher. e
Et, comme pour présager une troisième répétition de la même scène et l’expiation à venir, voilà qu’un rayon de lune éclaire le visage blême du petit garçon, fils du meurtrier, et qui va être témoin à son tour. Le criminel se ressaisit alors et donne à son propre enfant un exemple de piété filiale. La forme et le détail révèlent certaines réminiscences, mais rappellent surtout le réalisme romantique du Æaideknabe.
L'année 1863, enfin, voit naître trois autres ballades, également anecdotiques, Lustig tritt ein schüner Knabe* nous montre un beau garçon entrant le soir à la brasserie et qui, pour avoir voulu dérober un baiser à la jolie servante, reçoit au visage le vin qu’elle lui apportait. Alors les deux adversaires se regardent de plus près et c'est le coup de foudre : Ù
Gänzlich sind sie nun geschieden Und dock innerlich verwandt.
Le seul obstacle qui les sépare, c’est maintenant les rieurs applaudissant la scène tragi-comique. Le poète décrit alors magistrale-
1. VI, 424-426, Dresde, septembre 1862; Orion, 1863; I, 2, p. 82-84; cf. Bw., VII, 237 (25 août 1862), cf. encore Bw., VII, 249, 294 et note et Anmerk., 382 : « vgl. die Anekdote die E. T. A. Hoffmanns Märchen die Küniesbraut anregte, bei Ellinger, p. 143 et suiv.; cf. le vers 47 et supra, 328 le 3° vers de Sturmabend.
2. VI, 427-428; Vienne, octobre 1862; Orion, 1863, I, 2, p. 81 et suiv.; cf. Bw., VIT, 80, et encore T., 1006 et note, 6280; Bw., I, 240; VII, 294 et supra, 301 et suiv., la ballade de Munich (VII, 152) de même titre et d'inspiration analogue; cf. Anmerkungen, 382 et suiv.; cf. encore, pour le motif du parricide, la ballade : Water unser, supra, 332.
3. Cf. en particulier les vers 21 et 33; cf. de plus les vers 23-24. « Dort fault schon menschliches Gebein | Dort droht ein Schatten herauf » aux mêmes motifs du Xnabe im Moor et les vers 37 à 38 : Der Mond ergiesst sein blaues Licht | durch eine Wolke schwach » aux célèbres vers gœthéens de Willkommen und Abschied.
L. NI, 437; Baden près Vienne, le 6 septembre 1863; pour les variantes, cf. Anmerk., 385.
5. Cf. le cinquième quatrain, T., 5259 (Vienne, du 20 mars au 3 juillet 1854) et Lyrik und Lyriker, 432-433,
ment la montée d’une passion contenue par des regards indiscrets, la fébrilité avec laquelle l’amoureux refuse le second verre que lui apporte la jeune fille toute rougissante, et ne lui réclame qu'une chambre où elle le conduit elle-même et où, quand le dernier client s’est enfin éloigné, elle vient lui offrir Le troisième verre :
Jetzt erfüll ich Dein Verlangen,
Nimm den Kuss von meinem Mund, Aber hast Du ihn empfangen, Leer das Glas auch bis zum Grund.
Encore une,fois nous voyons Hebbel exceller à peindre la flambée de la sensualité, capable de transformer soudaifement en sombre ardeur la plus insouciante gaîté juvénile. Il aime à analyser les émotions des sexes. Mais rien de plus caractéristique, aux yeux de l’auteur de Gyges und sein Ring que cette chaste réserve et ce rêécueillement presque religieux qui, discrètement, voilent le véritable amour. Aussi, dans la ballade qui nous occupe, dès que l’amourette se transforme, la présence des témoins paralyse l’action autant qu'elle intensifie le sentiment et plus de la moitié de la pièce est consacrée à préparer ou à développer la scène : « enfin seuls! » La seconde ballade, intitulée ein griechischer Kaiser développe
un épisode emprunté à la biographie d’Isaac Angelus par Nicetas Choniates et destiné à illustrer ce fait merveilleux, que souvent des déments, à des heures de lucidité, indiquent par des symboles ou des images ce que cache encore l’avenir!. Le sujet dut plaire tout de suite à Hebbel par la qualité des deux protagonistes : un empereur et un fou”, et il le traite avec son habituelle virtuosité, résolvant vigoureusement l’antithèse au dénouement :
Aber, eh” der Tag noch endet,
Steigt, der schmeichelnd so gesprochen,
Selber auf den Thron der Griechen,
Und der Kaiser liegt geblendet,
Wo die Todtenwiürmer pochen
Und die gift’gen Molche kriechen 3.
Dans : wohin so flink, Du junges Kind? que l’on a rapproché de la ballade d’'Uhland der Rüäuber reparaît le thème déjà traité dans der Priester et der Haideknabe : un enfant tombe entre les mains d'un brigand qui se présente d’abord à sa victime sous les apparences d'un protecteur‘. Rien ne manque, cette fois encore, au réalisme romantique du décor :
Hinauf, hinab und wieder hinauf, Durch Stein- und Holz-Gerümpel.
Da kommt ein Abhang jäh und steil, Und drunten steht ein Tümpel.
1. VI, 439-441; Baden près Vienne, 18 septembre 1863; cf. Bw., VII, 392 et suiv. et surtout, Anmerk., 385-386.