Cf. supra, 593 et n
3. On notera l’effet tragique de ce rythme assourdi, de ces rimes toutes féminines tout au long des huit strophes de cette ballade.
4. VI, 44l, Baden près Vienne, 19 septembre 1863; cf. Anmerk., 386-387, W. Wustmann, Grenzboten du 19 août 1909, p.368 et supra, 299 et 484; Bastier (25-35) rapproche en outre die Kirmess (supra, 492) et d’autres passages du
Les corbeaux, sinistres témoins des forfaits, sont à leur poste’ et aux éléments tragiques et macabres s’ajoute dans la motivation le mobile de la pudeur qui joue un si grand rôle dans la psychologie dramatique des héroïnes de Hebbel. Il fournit ici, de plus, un dénouement à surprise : la fillette, sommée par le brigand, avant d'être jetée par lui dans la mare, de dépouiller tous ses vêtements et jusqu’à sa chemise, prie son bourreau de tourner le dos un clin d'œil, le temps de se dévêtir complètement et de se précipiter ellemême dans là mort; puis, se retournant instinctivement pour voir si le gredin tient sa promesse, il lui vient à le voir ainsi, le dos tourné, une inspiration suprême :
Sie rafft sich auf mit aller Kraft Und stôsstihn in den Rücken,
Er taumelt hinunter, und nieht einmal Sein letzter Fluch will gkteken.
Mais, mieux encore que ces ballades, trois pièces caractérisent l'inspiration lyrique de Hebbel aux derniers mois de sa vie : l’Epilog zum Timon von Athen et deux chefs-d'œuvre : Diocletian et der Bramine, Le premier de ces poèmes se rattache, comme son ütre l'indique, au drame shakespearien, mais l’occasion directe fut la douloureuse défection des intimes, Emil Kuh et Debrois van Bruyck?. Document de stoïque résignation, mais surtout d’amertume voluptueuse! Quels progrès en profondeur dans la résonance et en intensité dans le sentiment, il faudrait dire ici dans le ressentiment, si l’on compare, par exemple, l’assez banale épigramme de 1851 : auf einen Menschenfeind*. Quelle satisfaction d'ironie sublime devait goûter le sérieux poète à présenter en quelque sorte à l'éternité la traite que ses ingrats amis avaient refusée! Quelle revanche hautaine l’isolé devait savourer, à inscrire ainsi en tête-àtête avec lui-même, mais en lettres d’or, ce règlement de compte à longue échéance et si dédaigneux :
Was schiltst und fluchst Du, Timon von Athen,
Auf 'Gott und Welt, als wär Dir viel gescheh’n ?
Was hat sie Dir gethan, die edle Schaar,
Die Tag und Nacht um Dich vereinigt war ?
Le fier et sage solitaire n'accuse personne qu'en s’accusant luimême et rien de plus émouvant que le réquisitoire où le souvenir invinciblement attendri ôte aux reproches et aux plaintes toute âpreté et surtout toute mesquinerie. Ce n’est point l’avidité égoiste de ses familiers que Hebbel évoque, mais sa propre prodigalité: point leur ingratitude, maïs la témérité, la vanité de ses illusions.
Da spieltest die Fortuna ohne Horn
Und bist am Ziel : was soll Dein blüder Zorn ?
journal, de la correspondance et des œuvres de Hebbel, mais ici encore l'interprétation ésotérique nous paraît forcée.