Cf. Fries, 50 et Engelhard, 37. — 2. Cf. supra
3. VI, 434; Gmunden, in schweren Leiden, 22 juillet 1863; die Presse, Vienne, 20 décembre 1863; sur la genèse, cf. Meyer : « Die deutsche Literatur des 19. Jahrhunderts, 285 et Werner, Anmerk,, 384; das Gedicht ist Hebbels freie Erfindung. R. M. Meyers Behauptung über die « Quelle » Hebbels hängt ganz in der Luft », cf. encore Lyrik und Lyriker, H\2-413 et Monographie, 359.
h, Cf. supra, 743. ;
sauts d’affranchissement. Cinq groupes de deux couplets chacun vont se succéder en gradation à la fois simple et savante que dénouera le sobre finale d’une strophe unique. Même simplicité dans la structure de chaque groupe, la première strophe développant un motif de tentation, l’autre opposant l’antithèse de sage renoncement. L'ensemble exposera avec éloquence l’une des plus chères convictions de Hebbel, celle qu'il nous à déjà affirmée en ces termes suggestifs : « À l'égard des animaux, je suis un Indien! ». C'est d’abord le chien que la mort propose au Bramine de tourmenter à sa place, et voici l'hommage suprême que rend Hebbel au fidèle compagnon de toute sa vie :
Eben leckt der treue Wächter
Thm die halbentblüssten Hände,
Und der Kranke flüstert schaudernd :
Lieber duld’ ich bis an’s Ende !
Traurig folgt mir stets sein Auge, Wie ich mich auch dreh’ und wende, Und ich sollt’ ihn so belohnen ?
Ford’re nicht, dass ich mich schände !
On songe, non seulement au héros de schau ich in die tiefste Ferne, mais au petit chien malade que le chemineau Hebbel portait dans ses bras pendant le voyage à pied de Munich à Hambourg en mars 1839, mais à Sintsal, le chien aveugle de Vienne, dont la mort plongea son maître dans le désespoir”, mais à cet aphorisme de novembre 1861, dédié à un éCcureuil, et d'inspiration analowue « Tue ton écureuil et tu connaîtras par ses entrailles le destin du monde! — Je n’en ferai rien et alors qu'on me menacerait de mort moi-même ?. »
A la deuxième reprise, le destin propose de prendre comme êtage, non point l'ami familier, mais seulement l'oiseau insouciant, inconstant et passager; aussitôt, le poète défend éloquemment cet autre favori :
Rühr’ mir nimmer an den Vogel, Flügel wurden ihm gegeben,
Um mit seinem süssen Liede
Erd’ und Himmel zu verweben, Droben lauscht der Engel nieder, Unten horcht mit freud’gem Beben
Thm des Kindes trunk’ne Seele, Heilig ist mir solch ein Leben!°
On voit avec quelle virtuosité Hebbel renouvelle ici l’antithèse d'Uhland dans die Kapelle en même temps qu'il utilise poétiquement un cri naïf de la petite Titi en promenade au Volksgarten *. Redescendant encore d’un degré, la mort tentatrice déclare qu’elle se contenterait du lion comme victime expiatoire et fait
1. Cf. Kulke, 30, supra, 621 et n. 6 et 739-741. — 2, Cf. supra, 159 et n. 1, 620-621 et n. 5. — 3. T., 6214. Fe
4. T., 4943 (Vienne, 15 octobre 1851) : « Titi sagt heut” morgen, als sie die Vôgelim Volksgarten so lustig singen hôrt: « der liebe Gott ist recht brav, dass er so schôn singt und es die kleinen Vôgel lehrt »; cf. supra, 107 et n. 3, 620 et 694-695 et n. 4.
valoir, en une image de la plus vivante plasticité, que ce serait délivrer du même coup l’innocente gazelle, déjà sous les griffes du brigand. On se demande comment l'inébranlable avocat va cette fois rétorquer l'argument; sa réplique pourtant ne se fait pas
attendre :
Frommt der Hindin noch das Leben,
Hat’s ihr Brama auch beschieden,
Und im rechten Augenblicke
. Hilftein Wunder ihr zum Frieden.
4 Mich verlockst Du nicht, zu tôdten,
Um mir selbst die Frist hienieden
Zu verlängern, wie die Strôme
Meines kranken Bluts auch sieden.
Hebbel élève ici la réponse de son Bramine à la hauteur du sublime précepte de l'Evangile, et l’on ne trouverait rien dans Tolstoï, rien chez Maeterlinck, rien chez aucun mystique de tous les temps et de tous les pays, de plus simple et grandiose à la fois, de plus classiquement émouvant que cette strophe.
Mais la séductrice n’est pas encore à bout de ressources : elle fait appel maintenant au sentiment d'instinctive répulsion qu'inspirent invinciblement certaines créatures et suggère qu'elle pourrait choisir sa victime dans le monde hideux et grouillant des multiples incarnations de l'esprit du mal et des ténèbres :
Unken, Spinnen, Krüten, Würmer, Alle tragen Teufelsspuren t.
Le poète touche ici à la crête éthique où se rejoignent les versants d’antinomies en apparence seulement absolues, au sommet où pratiquement convergent les théories et les doctrines dont seuls les points de départ sont diamétralement opposés : l’égoiïsme et l’altruisme, le déterminisme et le libre arbitre, l'amoralisme et la perfection, l'individualisme absolu et le pantragisme triomphant, la conception dualiste, schillérienne, kantienne et chrétienne que se faisait le jeune Hebbel du « Devoir » et du « Péché » et la conviction moniste, hellénique, spinoziste, et l’on peut ajouter hebbélienne, de la « faute tragique » et de sa xa)xpors :
Büssen sie für ihre Sünden,
Nun, so büss’ ich für die meinen, Auch noch aus der Hôülle Tiefen Führt ein Weg zurück zum Reinen, Wollte ich den Letzten hindern, Sich Vergebung zu erweinen, Würd’ ich cines härt’ren Fluches, Als sie alle, werth erscheinen 2.
Une suprême épreuve est réservée à la sagesse et au renoncement
1. Cf. Scheunert, D. j. H,, 176 et T., 170 (Munich, 13 avril 1837): « In welchem Verhältniss wohl gewisse nichtswürdige Thiere z. B. Schlangen, Insecten pp. zur Erfindung und Ausbildung der Teufels-Idee stehen ? »; cf. supra, 585 et n. 9.
2. Cf. supra, 62 (VII, 40, fragment, n° 4), 305 et 333 les théories de la Selbstcorrectur der Welt; 748 et n. 2 et Bw., V, 6 (Vienne, 3 avril 1852) : « Hôchstens wünschte ich, wenn man überhaupt etwas wünschen kann, indem man darstellt, an das Evangeliumwort zu mahnen, dass es zur Umkebr nie zu
LES POÉSIES LYRIQUES DE 1848 A 1863. Foi
du Bramine. Nous connaissons l’horreur que Hebbel, comme Gœthe, professait pour les serpents!. L'amnistie sera-t-elle plénière, s'étendra-t-elle au reptile exécré? |
Schliessen will ich meine Augen,
Denn ich kann den Wurm nicht sehen,
Aber ist ihm Macht gegeben,
Werd ich nimmer widerstchen.
Darf er mir das Leben rauben,
Muss er auch von seinen Wehen
Mich befrei’n, wie sollt’ ich zittern ?
Mag, was kann und soll, geschehen.
Ce n’est pas seulement l'écho d’une épigramme de Venise qui nous frappe, c'est, plus encore, le même ton solennel et religieux de certaine promesse de Faust? : ici, comme dans le drame gœthéen, l’homme traite de pair avec les redoutables puissances de l'au-delà, mais tandis que, chez Gœthe, c’est l'avenir tout entier qui s'engage avec son contenu indéfini, chez Hebbel il s’agit d’une parole qui équivaudra à un acte aux conséquences immédiates. La même renaissance magique qu'opèrent derrière la coulisse les sortilèges de Méphistophélès, ici la morsure du serpent la provoque à vue et sur la scène, mais cette métamorphose coïncide avec le second miracle : la descente de Brama dont le cri rédempteur : « Schweb’ empor, sonst steig’ ich nieder » dénoue instantanément le drame, tandis que la tragédie gœthéenne ménage une double étape avant l’annonciation, le ist gerettet qui solutionnera la destinée de Gretchen et l'assomption-apothéose de Faust, à la fin et en couronnement de sa carrière. C’est encore dans les ballades indiennes de Gœthe, dans des pièces comme der Gott und die Bajadere et Dank des Paria qu'il faut chercher le modèle de ce cantique des cantiqués du renoncement où la géniale et conjugale intuition de Christine discerna sans hésitation le véritable testament de Hebbel*.
Cette dernière période encore voit naître de nombreuses épigrammes sur la genèse d'ensemble desquelles il serait d'autant plus fastidieux d'insister que nous continuerons à donner dans notre analyse tous les renseignements se rapportant à chaque pièce con-
spät ist, und dass es selbst in der Hôlle noch einen Weg zu Gott gibt, und das war doch gewiss eine Verherrlichung des sittlichen Gesetzes ».
4. Cf. supra, 552, n. 7 et 751, n. 2. — 2. Cf. : Epigramme, Venedig, 1790, n° 67 et dans l'aust la scène du pacte et en particulier les passages : « Das Drüben kann mich wenig kümmern.…. », « Werd’ ich beruhigt je mich auf ein Faulbett legen... », « Werd’ ich zum Augenblicke sagen ».
3. Pour la genèse cf. T., 1500 (Munich, 16 février 1839), 1910 (Hambourg, 12 février 1840). Scheunert (D. j. H., 107, n. 2) rapproche encore : T., 515 (Munich, 23 décembre 1836). 3
4. Cf. Kuh, II, 518 et supra, 695 et suiv.; cf. d'autre part Engelhard, 37-42; Bamberg, dès le 31 janvier 1848, avait, à propos de Julia, attiré l'attention de Hebbel sur ces ballades : « Gœthe hat es bei einzelnen Brahminen-Lauten bewenden lassen (Bamberg, I, 304).
sidérée isolément !. Nous ne pourrions du reste que répéter ce que nous avons déjà dit de la nature essentiellement problématique et aphoristique de l'inspiration hebbélienne?. Le poète lui-même feconfirme à plusieurs reprises : « Je ne puis précisément, écrit-il le 16 juin 1859, m'exprimer que par aphorismes, et c'est pourquoi je dépose de préférence dans des épigrammes ma conception de l'art et du monde lorsque je ne puis communiquer mes idées oralement et les faire ainsi adopter par d’autres, solution que je préfère à toutes ©. » Il avoue, le 30 juillet 1862, posséder au degré le plus éminent le don d'analyse, mais, par contre, être mal doué pour les impressions d'ensemble‘. Enfin, en automne 1863 encore, il déclare n’entretenir aucun rapport avec les journalistes allemands, étant incapable de produire au jour le jour et avec continuité « mon esprit, ou bien démeure complètement inactif, ou bien agit dans sa plénitude et sa totalité; dans le premier cas, il m'est impossible d'écrire même le plus misérable article de journal, dans le cas contraire je puis immédiatement créer. Critique, je ne le suis que lorsque quelque livre m'offre l'occasion de développer en un sens quelconque les lois de l’art, car cela aussi revient à créer. » On a rapproché avec raison les deux fragments épistolaires que voici : « C’est la malédiction de ma nature d'être toujours artiste, même alors que c'est plutôt à mon détriment qu’à mon avantage et ne s’agirait-il que d’une note de blanchisseuse. Des cages d'oiseaux accrochées de travers, des bureaux en désordre me rendent malade; comment resterais-je insensible à une incision à vif dans mes manuscrits? Mais je concède que cela est et demeure une faiblesse. » — « Je suis l’homme de l’épigramme et des aperçus; tout en moi est laconique et s'exprime par éclairs”. »
Les nouvelles épigrammes déjà classées par Hebbel sont produites au volume VI de l'édition critique et nous allons les examiner dans la succession même que le poète leur a assignée. Les autres figurent au recueil complémentaire dans l’ordre chronologique 6. ;
La première série, comprenant 70 pièces, forme un nouveau livre auquel ne conviendrait guère que la rubrique Puntes sous
laquelle le poète réunit déjà, nous l'avons vu, deux groupes d'épi-
grammes de ses recueils de 1848 et de 1857. Mais ici, ce sont
1. Cf. pour les périodes précédentes supra, 541-543 et 702-703: pour les épigrammes des dernières années chronologiquement : Bw., VI, 154-155, T., 5637, 5777 fin; Bw., VII, 249, 278, 334, 378. à
2. Cf. supra, 637 et suiv., 647-650 et notes, 661, n. 2 et la lettre de Kuno
Fischer à Hebbel du 29 décembre 1858 : « Ihre Poesieen sind immer zugleich Probleme » (Bamberg, Il, 377).
3. Bw., VI, 257. — 4. Bw., VII, 213 : « Wen die Natur dazu bestimmt hat,
SAS FA US Ê : à sich in’s Einzelste zu vertiefen und selbst die Blutkügelchen noch wieder zu zersetzen, der soll sich nicht vor ein Kaleidoscop stellen. Die sogenannten
Totaleindrücke sind Nichts für mich; was ich nicht vüllig bewältigen kann, das ist für mich garnicht da. »
5. Cf. Strodtmann, Deutsche Revue, 1877, II, p. 197; Patzak, 59-60 et Bw. VII, 405 et note.