Sie singt von einem Himmel
Und wirft dich in ein Grab.….
O — ruft er — führe, du Holde, Mich in den Himmel dein.
peut très bien chanter Ærinnerung sur l'air de la Lorelei. Il est vrai que c’est alors que l'on sentirait bien la différence essentielle.
Une autre romance, de l’année suivante : die Weihnachtsgabe! reproduit, à l’anapeste près, au quatrième vers de chaque strophe, die Wallfahrt nach Kevlaar en raccourci. C’est le même sujet, le même ton, le même rythme, le même développement : récit, dialogue, prière, action, la même conclusion. N'y aurait-il là encore que pure coïncidence ?
En somme, les poésies de Hebbel jusqu'en 1831 représentent les premiers pas qu'il fait dans le domaine de la poésie, encore inconscient de sa voie véritable et comme à tâtons. Nous n'avons guère pu discerner de traits individuels dans ces essais et il faut bien reconnaître que ce sont surtout des exercices d'imitation et de versification, dénotant, si l’on tient compte que les pièces étudiées jusqu'ici ont été composées avant la dix-huitième année du poète, une assez grande facilité. L'année 1831 est une date importante de l'histoire du lyrisme de Hebbel, non seulement parce qu'elle voit s’élargir le cercle de son éclectisme littéraire, mais surtout parce qu'elle indique nettement une direction.
Déjà la première pièce, an einen Verkannten?, marque une transition. Le sujet est encore l'opposition entre les deux mondes, entre les deux vies, encore la promesse du jugement dernier et l'évocation des félicités célestes ; la forme constitue déjà une tentative intéressante. Non point que l’auteur nous apparaisse autonome. C’est à tort, croyons-nous, que d’aucuns ont pu soutenir que cette pièce est affranchie de l'inspiration schillérienne‘; la première partie reprend fidèlement les théories que nous n’avons cessé de retrouver jusqu'ici, sur la Duldung et la Tugend; la fin, au contraire, nous rappelle an die Freude. D'autre part, nous rencontrons ici pour la première fois l'influence de Gœthe. Hebbel, nous le savons, avait déjà lu à Wesselburen, non seulement Wertherf, mais aussi la première partie du #aust'. N'y a-t-il pas un écho du Prolog im Himmel dans les vers que voici, au centre de la pièce :
Schôün Und mild,
Vom reinsten Getün Der Sphüären erfüllt
1. VII, 78, Modeblätler, 1832, n° 43. La pièce fut vraisemblablement composée pendant l'été de 1832 (Bornstein, I, 365); nous l’étudions à cette place, en anticipant, afin de rapprocher les deux pastiches de Heine.
2. VII, 40-42. 30 janvier 1831, Bote, 3 février 1831; Bornstein (I, 348) rappelle la sentence de Salis-Seewis : « Verkannte, klagt nicht, wenn hier die Bosheit siegt... » et ajoute : « das Gedicht, wohl nach 1830 entstanden, wurde, besonders auf Grund des mittleren Teils, als gleichartig zu : des Greises Traum eingeordnet ».— 3. V. 17-25. — 4, Fischer, 22. — 5. Cf. pour les fragments : Fries, 12 et suiv. — 6. W., VIII, 390, 392.
7. W., VIII, 390; Kuh, F, 103-104; Bw.; V, 41 et suiv. Nous savons avec certitude qu’il n'avait pas lu la seconde partie; ef. W., IX, 21, ligne 70 et suiv.
Von rosigen Engeln umtanzt, Mit duftigen Blumen bepflanzt, Erhebt sich die Wohnung Der jubelnden Seelen, Die strebten auf Erden Sich Gott zu vermiählen ?
On voit cependant, au rythme seul, que Hebbel cherche une « mise en forme ». Ce crescendo en ïiambes.el anapestes de mesure et de rime si capricieuses est enchâssé entre deux mouvements trochaïques. Le passage du rythme descendant au rythme ascendant est nettement marqué. Nous nous rappelons que le rythme naissait chez Hebbel naturellement, accompagnait et soutenait l'inspiration. D'autre part, la pièce nous est un témoignage de la prédilection du jeune poète pour le maximum de variété et de liberté possible. De la combinaison de ces deux tendances, résulte ici un ensemble plus pittoresque qu'harmonieux, mais au moins original. Quant aux métaphores, elles fourmillent mais ne s'accordent guère, et n’ont rien de remarquable : au miroir céleste succède la couche funèbre que jonchent les fleurs nées de la vertu (chaque belle action donne une fleur). Puis intervient une personnification. Hebbel en est déjà coutumier. De même que dans Æains Klage le soleil?, dans Rosa les étoiles et le vent, dans die Nacht la lune‘, ici il personnifie la nuit; et de même que dans la pièce Ær und ich*, ici encore il la compare à un oiseau:
Und dich deckt die Nacht mit Thauwindsflügeln 6
Mais voici la suite :
Hinter ihref Kammer Riegeln . Träumst du lieblich von Unsterblichkeit.
Cette double métamorphose de nuit devenant oiseau et d'oiseau se transformant en chambre nous laisse rêveur, et il nous faut assimiler encore : le chant des sphères, les berceuses pour nourrissons, la froide demeure funèbre, la cloche du jugement dernier, le marteau qui mesure les heures, étc. Il n’y a donc pas pénurie, il y a chaos. S
: Mais ce qui caractérise surtout la nouveauté d'inspiration de cette même année 1831, c’est la floraison des épigrammes. Nous n'avons
9: Blutrot, blutrot grinset mir die Sonne (v. 43), a Bleich huschten am Himmel die Sterne, Der Wind pfff eisig und kalt (v. 131 et 132). 4&. Durch die Schleier der Nacht lächelt der sanfte Mond, Wie ein Jüngling die Braut, freundlich die Schôpfung an (v. 1 et 2). 5. Und als im düstern Fittig Die eis’ge Nacht uns verbarg.
6. On pourrait poursuivre la série de la rosée dans les pièces: Ælegte (VIT, 23, v. 11 et 12); Liebe (VII, 36, v. 5 ct 6); an Laura (VII, 50, v. 14), etc,
rencontré en 1830 que deux distiques, incorporés par Hebbelà ses Fragmente. Il en compose en 1831 toute une série, et d’abord 20 qu'il publie sous la rubrique : Flocken?.
On peut les subdiviser en deux groupes : les épigrammes rimées à la manière de Lessing® et d’autres écrites dans le mètre élégiaque et auxquelles les distiques schillériens servirent de modèle. Les premières satisfont de la façon la plus heureuse à la théorie de Lessing, réfutant la conception de Boileau qui interdit à l'épigramme de n'être « qu'un bon mot de deux rimes orné », exigeant qu'elle forme un tout organique avec gradation savante (Erwartung und Aufschluss) en vue de la pointe finale. Voici par exemple le troisième flocon :
Schluss eines Diebes.
. Es war mein’ verstorbene Mutter Meinem Vater beständig getreu, Denn, es haben seinen Charakter Wir Brüder alle drei :
Giebt’s irgendwo was zu huschen — Wir sind, wie Papa, dabeï :
Le premier : Rath ohne That semble annoncer une épigramme de Grillparzer®, mais la pensée est bien hebbélienne :
Es gleicht, wer Jedem zu rathen, Statt Einem zu helfen wählt, Einer tüchtig sausenden Mühle, Der es an Steinen fehlt.
Il faut en rapprocher der denkende Max qui fustige également la vanité doublée d’impuissance. Le flocon suivant : als ich Wielands Abderiten gelesen hatte montre que Hebbel, tout conservateur qu'il fût, ne s’interdisait cependant pas de façon systématique de fronder l’autoritéf. Le seizième : Gewisser Leute Freiheit en est encore un témoignage’ et nous en rencontrons un autre de la même année dans la pièce an die Packknechte$,
Deux flocons visent l’arrivisme littéraire :
Man ward und wird im Dichterstand Durch’s Anerkennen anerkannt)1,
» 1. VII, 40, cf. supra, 62'et 63.
2. VII, 44-48, Bote du 10 et.17 mars 1831 (le numéro du 10 contient les treize premières); cf. Bornstein (1, 353): « Uebrigens fand Hebbel im Zoten Einfälle und Späne, lange bevor er selbst mit seinen Flocken hervortrat ».