Cf. Gœthe-Jahrbuch,, IV
2. Cf. Müller, 43 : « Andererseits sucht Hebbel das Auseinanderstiebende durch gleiche Form zu binden. Verschiedene Form bei ähnlichem Inhalt, gleiche Form bei verschiedenem [Inhalt », et cbid., 47,
3. Cf. E. Lichtenberger, conclusions de l'Alude sur les Poésies lyriques de Gœthe, p. 446.
révèle des harmonies que même la poésie de Gœthe ne réalise pas toujours aussi pleinement, « Gœthe », écrit un des meilleurs connaisseurs de Heine, s'était écarté peu à peu du sentiment, Heine s'y est livré tout entier. Au lieu dele craindre, il l’a recherché, et comme il a possédé, pour l’exprimer, le don divin des larmes, il ya imprimé lé sceau de son génie!. » L’harmonie après la dissonance, que recherchait Hebbel, est, nous le savons, de nature toute différente. Et puis, Hebbel manque totalement (et c’est pourquoi il l’a totalement méconnue) de cette forme d’ironie qui est l’autre moitié du talent si original de Heïine?. On serait tenté de songer plutôt à des poètes comme Novalis et Hôlderlin, mais Hebbel est loin encore d'en posséder au même degré les dons musicaux, la faculté d'exprimer, d’extérioriser leur profonde vie intérieure. Et quant à Lenau, Hebbel, poète lyrique en est à peu près la contre-partie. Ce n’est pas seulement l’évolution des deux versifications qui s’oppose diamétralement, Hebbel partant des formes libres pour cultiver des mètres de plus en plus réguliers, Lenau commencant par imposer à sa fantaisie extravagante les limites et les cadres de schèmes rigides, pour finalement s’'émanciper de plus en plus et concevoir le programme des « impressionistes » modernes et les « proses » des «décadents ». Cette divergence extérieure n'est que l'expression de l'irréductible différence de nature entre les deux poètes. Lenau, malgré sa riche imagination et sa débordante sensibilité, ne parvient pas à maîtriser la forme, parce qu'il lui manque les qualités d'intelligence lucide et de volonté organisatrice sans lesquelles l’unité et la vie même de l’œuvre d'art sont irrémédiablement compromises®. L'intelligence lucide et la volonté organisatrice ne font certes pas défaut à Hebbel. Nous avons vu qu'elles sont, au contraire, chez lui souveraines jusqu’à la tyrannie. Il en résulte parfois que son imagination, au lieu d'entraîner et de précéder, est à la remorque de la pensée et que le sentiment est troublé et corrompu dans ses sources vives par les plongées trop fréquentes de la réflexion.
Mais la versification, si elle nous révèle ainsi les caractères essentiels de ce lyrisme, ne saurait toutefois rendre compte de toutes ses valeurs supérieures. Nous avons vu Hebbel proclamer inlassablement que, chez tout grand artiste, l'homme doit dépasser l’œuvre, le caractère éclipser le talent, et la personnalité dominer
tout}
1. J. Legras, Henri Heine, poète, 393. — 2, Cf, ibid., 394 et nos tables au
nom de Heine. — 3. Cf. les passages de l'ouvrage de Diltheÿy auquel se réfère notre bibliographie. — 4. Of. L. Reynaud, op. cit., 433-434, — 5. Cf. ibid, 431-435.
6. Cf. supra, 628, 636-637 et Dilthey, das Erlebnis und die Dichtung, 200 : « Zumal wenn wir Gœthe lesen, tritt das Interesse an jedem einzelnen Werk zurück hinter dem an der Persônlichkeit, welche in allen Werken gegen-
wärtig ist... ».