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VIII INTRODUCTION

sa pensée est la lutte de plus en plus consciente des médiums désormais préférés contre la réflexion reconnue stérile et qui pourtant demeurera chez lui comme une seconde forme d'instinct. Ainsi se présente chez Hebbel cette Grübelei pour laquelle on se hâte trop de l’assimiler à Schiller et qui chez lui est avant tout foncièrement et irréductiblement complexe. En dépit des destinées analogues et des affinités indéniables, il subsistait entre Schiller et le jeune Hebbel trop de divergences profondes pour que l'influence du premier sur le second conservât le caractère d’une hégémonie.

Dès sa première émancipation, Hebbel s'entraine à l'autonomie en prenant un peu partout ses modèles. Peu à peu, le besoin de concentration se fait en lui impérieux. Il le satisfait, non point en échafaudant un système, mais par voie d'induction expérimentale et d'intuition analytique. Il l'exprime en élaborant des aphorismes. Il définit ainsi à sa manière la traditionnelle antithèse du Moi et du Non-Moi en concevant l'Individu et l'Univers comme les deux pôles d’un

‘axe unique selon lequel évolue toute pensée, tout art, toute

vie. Nouveau Faust, il rêve de mesurer à lui seul l’axe tout entier. Pouvait-1l ne point rencontrer Gæœthe comme guide ? Pouvait-il en découvrir un meilleur?

La comparaison des deux esthétiques atteste l'adhésion progressive de l’individualiste Hebbel à l'organicisme gœthéen. Et nous ne pensons nullement que la doctrine subtile

et pourtant puissante, aphoristique et pourtant synthétique

du maître de Weimar, fruit de l'épanouissement le plus riche, ne fut, reprise par le besogneux Dithmarse, que l’expression platonique d’un inaccessible idéal. Nous croyons au contraire que sa synthèse harmonieuse, où pensée et sentimeut, raison et intuition, doute et foi, tous les contrastes s'associent et se font équilibre, répondait de merveilleuse manière à la nature de Hebbel, telle que nous venons de la définir.

Mais, dira-t-on, il ne s’agit là que des « théories ». Et qu'importent chez un poète les déclarations de principes ? À l'œuvre on connaît l'artisan, à plus forte raison, l'artiste. Chassez le naturel, il revient au galop! Il m'a semblé, en étudiant la vie, les théories et les œuvres de Hebbel que de la comparaison même de ces trois éléments pouvait résulter la meilleure réfutation de ces adages passe-partout. N’est-1l pas déjà surprenant qu'un poète qui, comme Hebbel, dut conquérir pied à pied le droit de vivre laborieusement, médiocrement, s’abstienne des mêmes négations et se rallie aux mêmes affirmations que le favori des dieux qui n'eut

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