INTRODUCTION. IX
qu'à parcourir la plus fortunée des carrières? Là me parait être un premier titre de gloire et d'originalité du disciple par rapport au devancier. Mais il en est, à mes yeux, un autre, plus éclatant encore. En esthétique, Hebbel pouvait imiter Gœthe, se nourrir de sa substance, le reproduire ; mais l’œuvre d’art est inaliénable et cette « pratique » qu'on a coutume d’opposer à la « théorie » et qu'en fait, à propos de Hebbel, on oppose à ses déclarations pour l’écarter de Gæthe dont il se réclame et le rapprocher de Schiller qu'il abjure formellement, cette « pratique » même me paraît protester victorieusement contre les conclusions qu'on veut lui faire étaver.
Telle est. sommairement exposée, la thèse que je me propose de soutenir. Négligeant, d'une part, l'œuvre dramatique de Hebbel, dont la réputation semble aujourd'hui solidement établie, d'autre part son œuvre épique Mutter und Kind et les nouvelles, je concentrerai l'effort de mon analyse sur l'œuvre lyrique après avoir étudié la personnalité qui en est la source et l'esthétique qui peut lui servir d'introduction et en partie de commentaire. |
Des ouvrages allemands que je cite dans ma bibliographie, la plupart ne s'occupent que des premières productions lyriques, notamment la curieuse étude de Scheunert Der junge Hebbel; d’autres, comme les recherches de B. Patzak sur les épigrammes ou les Miscellaneen de Fries ne sont que de précieuses contributions de détail et ne prétendent qu'apporter leurs matériaux à l'édifice d'ensemble ; d’autres enfin, comme les Beiträge de Th. Bieder, de K. Engelhard, de H. Müller et de J. M. Fischer ne. formulent sur l’ensemble du lyrisme de Hebbel que des aperçus, parfois excellents.
En France, les deux principaux « spécialistes » de Hebbel : MM. Paul Bastier et André Tibal, se sont attachés surtout, jusqu'ici, le premier à caractériser le dramatiste et le critique, le second à définir la personnalité et les œuvres de 1813 à 1845. De-M. Bastier nous avons aussi, de date plus récente, un intéressant essai sur L « ésotérisme de Hebbel ». Mais le travail de M. Tibal surtout à retenu mon attention, comme traitant, bien que d'un point de vue plus général, une partie de mon sujet et s'inspirant de la méthode qui m'a paru à moi aussi le mieux convenir à l'étude de Hebbel.
Aussi certains reproches adressés à l'ouvrage de M. Tibal par la critique française me paraissent-ils en grande partie immérités, notamment ceux que formule le compte rendu de la Revue germanique de juillet-août 1912. Je les relève parce