‹ HebbelChapitre 42 sur 425 · VIL, 48-50; Bw., I, 1 et suiv.; Bornstein, I, 284 et · texte numérisé non relu

VIL, 48-50; Bw., I, 1 et suiv.; Bornstein, I, 284 et

On dirait une nappe liquide qui glisse rapidement après l’ouverture d’une écluse, et, comme si ces douze vers ne suffisaient pas à arrêter la montée des métaphores derrière le barrage qui a peine à les contenir, libre passage leur est donné dès le quatorzième vers. Quant à ses fambes humoristiques, Hebbel en avait trouvé le modèle dans les épigrammes satiriques de Lessing et il alla lui-même jusqu'à déplacer l'accent tonique afin de mieux souligner par leretour régulier du temps fort la claudication de Piambe*. Les allusions locales ? du poème n’ont rien de particulièrement intéressant.

L'essentiel, à nos yeux, est de poursuivre attentivement l'étude des deux courants de sens inverse que nous nous efforcions de définir? à propos des poésies de 1830 : l’un représentant les influences des élégiaques et surtout de Schiller, l’autre celles de la Bible, du Volkslied et de Heine. Jusqu'ici ces données de source hétérogène ont fait assez bon. ménage dans l'esthétique métaphysique cet sentimentale de l'adolescent. La Zenore de Bürger et le Faust de Gœthe l'ont enthousiasmé, mais sans que cet enthousiasme ait laissé beaucoup de traces dans ses poésies. Ces traces, nous les avons notées toutefois et le tableau serait incomplet si aux élégiaques, Salis, Matthisson, Hülty et Klopstock nous n’opposions les satiriques. Eux aussi agirent sur Hebbel à l'encontre de l’incontestable prédominance schillérienne. Nous avons analysé déià l’action de Lessing et venons de voir, à propos des Æocken et des Einfälle, que ce grand nom inaugure en quelque sorte l’année qui nous occupe, cette étape de 1831 qui va détacher Hebbel de Schiller. D'autres auteurs agiront de plus en plus nettement sur l'inspiration, la langue et la, métrique de ses poésies. La technique retiendra cependant certains éléments schillériens : en particulier le distique, les métaphores et la terminologie; nous continuerons à rencontrer, dans les poésies de jeunesse, des dieux et des anges; le ciel et l'enfer, les sphères et les astres continueront à y jouer un grand rôle et nous verrons que le leitmotiv du parfum des fleurs ne s'explique pas seulement par une prédilection mystique et persistante du poète, mais bien par un résidu d'influence schillérienne.

Le 21 avril 1831, Hebbel envoie à son ami Hedde une Romanze !, dont nous n'avons pas le commencement et qui nous dépeint une jeune fille merveilleuse et l’arrivée de son Lohengrin. Elle était un Jour assise sur la grève et occupée à se parer de fleurs sous les étoiles; ,

Da trug zu ihr herüber ein Schiff das stille Meer, Drin sass ein schôner Jüngling, wie Eichen stolz und hehr #,

Ceci n’est plus du Schiller. Les derniers mots et la strophe des Nibelungen évoquent immédiatement à notre souvenir des Sängers Fluch d'Uhland. Par endroits, le plagiat est manifeste : que l’on

1. Vers 30 : « Herscreitend auf des Jambus lahmen Füssen ».— 2, Le vers 41 est une allusion aux représentations d'amateurs. Cf, supra, p. 29. — 3. Cf. supra, p. 6 et suiv. — 4, VIT, 42 (fragment); Bw., I, 6; cf. Bornstein, |, 351. — 5. Vers 8 et 9, :

compare par exemple à la onzième strophe de l'original! celle-ci de Hebbel :

. Da reisst die bleiche Jungfrau aus ihrem Haar den Kranz Und wixft den schilfswewund’nen in des Gewässers Tanz, Besteckt dann ihren Busen mit düstrem Rosmarin, ï Und schaut empor gen Himmel, als suchte sie dort ihn,

Peu nous importe le sujet, le désir de la Meerfräulein de rejoindre son bien-aimé dans la mort et le fait que, contrairement à ce qui arrive dans Laura ?, ce désir n'est pas exaucé; et peu nous importent également les rapports de la survivante et du défunt qui rêve encore, dans l’au-delà, du baiser de la bien-aimée”*. Ce sujet, le poète ne le met du reste guère en valeur : tandis que le poème d'Uhland est un chef-d'œuvre d’objectivité et, du commencement à la fin, entraîne le lecteur sous le charme d’une émotion de plus en plus poignante, Hebbel émousse dès le début tout l'intérêt dramatique en anticipant le dénouement, puis il nous raconte en trois strophes une histoire qui ne nous émeut plus et voici en quels termes :

Meerfräulein sah den Jüngling, der Jüngling sahe sie, Und beider Herz durchwallte der Liebe Harmonie. O glühendes Verlangen ! wie frassest du das Herz! O seliges Umfangen! wie stilltest du den Schmerz!

Enfin il emploie la plus grande partie de la pièce, les six dernières strophes, à nous décrire les lamentations auxquelles il a déjà consacré tout un quatrain initial. On dirait que le néophyte, ivre de romantisme, n'a cure de l'agencement de son poème et bouleverse, il semblerait à dessein, l’ordonnance logique du développement. L'influence d'Uhland se fait sentir jusque dans les moindres détails de la forme; c’est ainsi qu’à l’instar des romances du maître, l’fambe, à l’exception d'un seul vers‘ apparaît strictement pur. Que reste-t-il d’original, somme toute? la nouveauté du modèle choisi et aussi quelques beautés de détail, par exemple les vers suivants :

Da sieht der Mond zur Erde so wehmutsvoll herab Wie eines Bruders Auge auf seines Bruders Grab.

et surtout ceux-Ci :

Nun wirft sie sich noch einmal an des Entschlafnen Mund Und küsset ihre Lippen an seinen Lippen wund.

On ne peut à leur sujet, que s'associer à cette Judicieuse remarque :

11 Doch vor dem hohen Thore, da hält der Sängergreis, Da fasst er seine Harfe, sie, aller Harfen Preis, An einer Marmorsäule, da hat er sie zerschellt, - Dann ruft er, dass es schaurig durch Schloss und Gärten gellt :

2, Cf. supra, 47. — 3. Vers 36-41.

4. Le troisième, où il semble que l'intervention des anapestes soit destinée à traduire l’emportement irrésistible du désespoir,

« Ce passage qui exprime en deux vers le désespoir d'amour vaut tout un poème. Il en est du reste souvent ainsi dans les poésies de Hebbel. Alors même qu'on ne serait pas satisfait de l’ensemble, on y trouve du moins quelques endroits qui réconcilient avec tout le rested,

Le moment est venu d'examiner le passage célèbre où le poète souligne lui-même l'importance du nouveau modèle qu'il s’est proposé : « Ce qu’il me faut noter tout d’abord, c'est le jour où je fis la connaissance d'Uhland. Je lus de lui dans un Odeum un poème : des Sängers Fluch, et si un poème produisit jamais sur moi l’impression écrasante d’une haute montagne, ce fut bien celui-là. [Il me conduisit à un sommet dont je ne connus au premier abord l’élévation que parce que l'air me manquait pour respirer librement. Je m'étais contenté jusqu'alors de répéter les refrains de Schiller (à propos de ce poète lyrique, la circonstance prouve que nous nous sentons proches de lui dans la jeunesse et qu'il ne nous dit rien une fois plus avancés en âge: ce qui est juste le contraire de ce qui arrive pour les autres poètes). Je me réjouissais, en l'étudiant, d’emprunter au philosophe maint doute, à l’esthéticien mainte règle de beauté pour fournir des pendants à das Ideal und das Leben et autres plantes de serre chaude, qui peuvent bien arriver à avoir une coloration artificielle, mais jamais de parfum ou de saveur. De Gœthe je ne connaissais pas grand’chose et l'avais traité d'autant plus négligemment que sa flamme est en quelque sorte souterraine et que je croyais, du reste, qu'entre lui et Schiller il y avait à peu près le même rapport qu'entre Mahomet et le Christ; qu'il n’y eût entre eux presque aucune parenté, je ne m'en doutais pas. C’est alors qu'Uhland me fit descendre dans les profondeurs du cœur humain et, par là, de la nature. Je vis qu'il ne dédaignait rien — sauf ce que J'avais mis au-dessus de tout, la réflexion; je vis comme il excellait à découvrir un lien moral entre lui et toutes choses, à éviter tout arbitraire et toute pétition de principes (je ne puis mieux rendre ma pensée) et à réduire tout, même le merveilleux et le mysticisme à leurs éléments simples et humains; je m'aperçus que chacune de ses poésies avait un centre vital bien à elle et ne pouvait cependant être comprise et assimilée que si l’on tenait compte de la personnalité tout entière du poète?. Je pris plaisir à ce carillon si pur et harmonieux jusqu’au moment où je cherchai à remonter à son origine et à m'expliquer l'impression qu'il produisait sur moi; et ce ne fut point sans voir de près le désespoir et même la folie que j'acquis le premier résultat, à savoir que le poète ne doit point chercher à imposer à la nature un système transcendantal et qu'au contraire il lui faut extraire d'elle son œuvre. Etaisje, dès lors, encore bien loin de concevoir la première et unique loi

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