‹ HebbelChapitre 86 sur 425 · NII, 122, Modeblätter, 1835, n°9. — 8, Cf. supra · texte numérisé non relu

NII, 122, Modeblätter, 1835, n°9. — 8, Cf. supra

la toute-puissance divine et de la liberté humaine‘. Tout le reste est pure effusion mystique ?; les métaphores mystico-sensuelles reparaissent et s'enchaînent aussi étroitement que l’étreinte qu’elles veulent symboliser :

Und des Heïlands himmlisches Vermächtniss, Seinen Leib, sein theures, theures Blut,

Ass und {rank zu innisem Gedächtniss Jeder Mund mit heil’gem Muth.

Und auch ich, in brünstigem Verlangen, Ass und trank, vor Wehmuth unbewusst, Und die Glut erlosch auf meinen Wangen, Doch, es glühte in der Brust3.

Et voici qui fait songer à l’aphorisme connu de Pascal : « j'ai versé telle goutte de mon sang pour toi » :

Zuckt es nicht von Dir in jedem Tropfen Meines Bluts, das ungestümer fleusst # ?

Nicht von Dir in meines Herzeus Klopfen, Das vor Wonne fast zerreisst ?

Et jusqu'au bout, mysticisme et sensualité s’accompagnent et se soutiennent :

st nicht: Dein die flammende Empfindung, Die mich selig macht und doch zersprengt, Und in unerforschlicher Verbindung Mich und Dich zusammendrängt?

Nous comprenons, à présent, toute la force des expressions . « empfängt », « geben » et « fassen » de la conclusion (Hebbel a du reste souligné lui-même les deux dernières) et retrouvons, de même que dans la pièce auf eine Violine, cette sorte de terreur voluptueuse à la pensée de la conception mystique.

Nous avons analysé minutieusement toutes ces premières poésies afin de dégager et de suivre toutes les influences qui ont contribué à la formation première de Hebbel poète lyrique et, si nous jetons maintenant un coup d'œil en arrière, nous apercevons un enchevêtrement presque inextricable de ces courbes multiples qui, tantôt parallèles, tantôt de sens contraire, ici montantes, là descendantes, s’entrecroisent et parfois se confondent pour se séparer et se retrouver à nouveau. Nous avons signalé vers 1831 le très net affaissement d’une ligne essentielle : celle de Schiller et la montée très nette d'une autre courbe principale : celle qui conduit Hebbel à Uhland et à Gœæthe et dont nous avons trouvé le centre en étu-

1, Cf. Scheunert, D. 7. H., 14, 15, 18.

2, Cf. Scheunert, D. j. H., 101. Liebe und idealgleicher Zustand im Jenseits, 150 : die Expansionskraft des ethischen Gehalts. Vorstellung des Zerspringens,.

3. Cf., 3° vers : « Bang und heilig glühten alle Herzen »; cf. supra, 43.

4. Cet archaïsme passerait, à la rigueur, dans une pièce satirique, mais ici détonne,

diant les romances. Mais lés poésies que nous avons examinées ensuite nous ont montré que la conversion a été moins totale en. pratique que catégorique en théorie et non seulement Bürger et Heine, mais souvent aussi Klopstock et Schiller ont continué à inspirer le poète dithmarse.

Ce qu'il faut retenir, au point de vue de l'inspiration générale de ces poésies d’adolescent, c'est qu'elles sont, avant tout, un centre d'élaboration, de fermentation, le creuset où se rejoignent, se combinent et se heurtent tous les contrastes : idéalisme et réalisme, pessimisme et optimisme, mysticisme et rationalisme. Rien de plus probant à ce sujet que les déclarations! qui se font pendant dans les aphorismes en prose de 1833. Nous avons constaté le même antagonisme entre les tendances libérales de Hebbel et ses tendances conservatrices, et, dans son esthétique, entre son individualisme foncier et ce qu'on pourrait appeler son pancosmisme : la recherche incessante du Tout dans la Partie. Au point de vue formel, s'est affirmée l'importance, aux yeux de Hebbel, du symbolisme et son aversion pour l'allégorie ?. Toutefois, dans ces essais de jeunesse, l'élément didactique tient trop de place : l'enseignement qui se dégage du symbole, le poète ne nous le laisse pas deviner; il explique, tantôt il résout l'énigme posée, tantôt tire la leçon morale. Plus tard seulement, il comprendra toute la valeur de l'ombre et de la pénombre et ce charme subtil qui émane des poésies gœthéennes, parce que le poète nous y laisse prendre une part personnelle et prolonger son rêve de notre propre rêverie. Cet art de symbolisme discret et voilé dont la plus grande difficulté réside dans le départ entre l’image et l’idée, Hebbel en a déjà plus que le pressentiment, mais il n’en est pas encore assez conscient pour ne pas l'oublier mainte fois. Et pour ce qui est de l'élément phonétique de ces premières poésies, nous avons vu leur auteur tâtonner parfois, mais non sans succès, inexpert en science métrique, mais doué d’un véritable instinet naturel du rythme, s’essayant aux modèles les plus divers et passant avec aisance du vers libre aux mètres antiques, si difficiles, se laissant guider par l'accent tonique et cueillant sa phrase poétique en quelque sorte en musique, parfois s'imposant des schèmes rigoureux, indulgent d’abord aux dactyles et anapestes, soucieux, dans la suite, d'employer purs les ïiambes et les trochées et presque toujours infaillible dans l'adaptation du mouvement rythmique à l'inspiration générale et jusqu’au moindre de ses méandres. Nous avons noté, çà et là, des rocailles de langue et de syntaxe, mais aussi de véritables trouvailles dans le menu détail et particulièrement en tout ce qui concerne les effets de vocalisme et de consonantisme : l’annomination, l’allitération, l’assonance l'ont préoccupé dès le début, et ses intentions musicales se précisent dans le sonnet, de même que sa virtuosité plastique se développe à cultiver la romance. Quant à la rime, incontestablement là n’est pas

1. CF. W., IX, 15. — 2. Cf. Scheunert, D, 7. H., 254, 255, n.

268, T., 197, 594. He

sa partie forte : on trouve peu de rimes originales, beaucoup de répétitions et de négligences, nombre de rimes impures!; mais, dans la suite, Hebbel se rendra de plus en plus nettement compte de l'importance ? de cet élément.

… Comme nous l'avons annoncé dès les premières pages de ce chapitre ?, il n’y a guère, dans ces poésies, de confessions personnelles. On dirait que le poète s'efforce au contraire d'oublier l’homme ou plutôt de dissimuler dans son art le côté lamentable, les misères de sa vie et de n’en révéler que les sommets lumineux. C’est, nous nous le rappelons, la même préoccupation qu’il apportait à son autobiographie ‘. Aussi ne devrons-nous pas être surpris de rencontrer dans les meilleures de ses pièces de Wesselburen les reflets poétiques des rayons de soleil qui ont passé dans sa jeunesse sombre : nous ajouterons alors aux rares feuilles d'album que nous venons de lire le délicieux cycle ein frühes Liebesleben.

Il serait, du reste, difficile de se montrer pour ces essais plus sévère que ne l’a été l’auteur. Là il les appelle Sprachschaum, ailleurs 7 il déclare qu’ils sont « mauvais au delà de toute expression », mais, ajoute-t-il en manière de consolation, « ils ne renfermaient aucune absurdité, ce qui jadis me tourmentait fort, car j'en concluais que je manquais d'imagination ». Nous nous en tiendrons à une appréciation plus modérée que nous fournit encore Hebbel lui-même, en citant, pour clore ce chapitre, une dernière poésie de cette époque, où il sollicite notre indulgence pour ses premières poésies et les considère, non comme de brillantes réalités, mais comme d’humbles promesses pour l'avenir :

Und wenn hervor die Blätter kommen — Ein kluger Gärtner schilt sie nicht :

Sie werden freundlich wahrgenommen, Weil Früchte dann der Baum verspricht.

Ob ich denn Früchte bringen werde?

Die Hoffnung täuscht, die Zukunft schweigt, Und manche Knospe sinkt zur Erde,

Weil sie kein Sonnenstral erreicht$ !

1. Cf. Fischer, 110, 115, 116. — 2. T., 1146 et 4096. — 3. Cf. supra, 39. — 4. Cf. supra, 16. — 5. Cf. supra, 24. — 6. W., VIIL, 391, ligne 83; cf. Kub, I, 94 et W., XII, 139, ligne 10. 7. T., I, 196 (1° juillet 1836).

8. Entschuldisunge, NII, 87; Bote, 7 février 1833; cf. Bornstein, 1, 366 : « wohl noch 1832 entstanden »; cf. la métaphore de l’arbre dans les aphorismes en prose de 1833 (W., IX, 15).

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