‹ HebbelChapitre 90 sur 425 · T., 2184-2186, — 9. T., 2379: cf · texte numérisé non relu

T., 2184-2186, — 9. T., 2379: cf

du désespoir : sa pensée constante est le suicide, sa vie lui paraît être « une lente exécution de son moi ». Il se révolte contre cette destruction tragique et si suprêmement inique qu'il voudrait attendre le salut de l'excès même du mal. Mais il reste à la charge d’Elise qu'il dépouille malgré lui du peu qu’elle possède et tous ses efforts pour faire cesser cette existence de parasite échouent, Il sent le vide de son cœur et croit assister à l’anéantissement de tous ses rêves !.

On peut dire qu'Elise le sauva et il le reconnaît lui-même à plusieurs reprises en des effusions de reconnaissance passionnée ?. Ce n’est point l'amour qui le lie à elle, mais c’est au moins un senti-ment de loyal et indestructible attachement, car il sent tout le prix de sa fidélité et de sa bonté inlassables ?. « Je lui dois tout, ma vie matérielle et ma vie intérieure, mon existence comme homme et comme artiste; que Dieu me mette en état de lui procurer un peu de bien-être. » Il voit en elle une incarnation de la belle âme‘. Sous son influence il se ressaisit et se rend compte du chemin parcouru par le scribe de Wesselburen depuis « l'association des collégiens » jusqu’à ses relations actuelles avec les premières célébrités littéraires de l'Allemagne : « un monde d'activité s'étend devant moi », s’écrie-t-il. Et il proclame alors son point de vue définitif : « Les situations fausses me sont plus qu'odieuses, il m'est impossible de les subir6 ». C’est alors qu'il rompt les relations avec Amalie Schoppe. L'autoritaire et prétentieuse directrice des Modeblätter continuait à morigéner l’auteur de Judith comme elle l'avait patronné pour les repas gratuits, sa feuille de chou lui paraissait le meilleur forum possible pour la célébrité du lyrique naissant, et elle s’offusqua fort de voir le critique Hebbel refuser une collaboration à l'Abendzeitung de Dresde parce qu’il ne voulait point s’inféoder au rédacteur qu'Amalie Schoppe considérait comme un génie littéraire de même que Mundt et Laube. Impulsive dans ses louanges comme dans ses blâmes, autant que bornée et médiocre dans ses vues, un jour elle comparait la Judith à une œuvre shakespearienne, pour en persifler l’auteur le lendemain et le renvoyer aux études juridiques. Bavarde, médisante et forte des droits qu’elle s'arrogeait en tant que bienfaitrice, elle mettait quotidiennement à la plus cruelle épreuve la susceptibilité de Hebbel non moins vive que la sienne et attaquait avec acharnement l’honorabilité d'Elise. On peut appeler cette période le chemin de croix d'un obligé, et Hebbel nous en donne la philosophie”. A la fin, la rupture inévitable se produit et le poète croit devoir liquider ses comptes moraux avec Amalie Schoppe dans le long mémorial qu'il lui adresse le 25 mai 1840 et qui constitue un document de premier ordre pour l'étude du caractère de Hebbel$. Toutes ses qualités et toutes ses

5. T., 1550; cf. Bw., Il, 307, 309; c£. Bw., I, 367. (Bamberg, L, 158). L'activité st toujours, aux yeux de Hebbel, la réserve et la garantie suprêmes; cf. T., 287 et supra, 152, n. 4 et 157.

Page 1