T., 2045, 2047; Kuh, I, 306, 362 et
tages respectifs de l'amour et de l'amitié’, s’avoue à lui-même qu'il n'éprouve plus pour elle que du dégoût, et revient à cette métaphysique de la volupté à laquelle son tempérament profondément sensuel le condamnait ?. Le retour des scrupules, mais surtout des intrigues de femmes * firent obstacle à cette passion, assez pour permettre à Hebbel d'adresser à celle qu'il avait martyrisée une lettre débordante d'estime et de reconnaissance, de véritables effusions mystiques ‘. Après la naissance du petit Max, la rupture avec Emma est consommée ; il ira jusqu'à la traiter d’ « âme commune » et à se faire le champion intransigeant du Devoir, après l'avoir nié”. Les meilleurs résultats de cette épreuve furent esthétiques : il faut y chercher les éléments psychologiques de la genèse de Genoveva.
Une autre expérience importante marqua son second séjour à Hambourg : il y fut le témoin en mai 1842 du grand incendie de la ville; les horreurs de cet événement le servirent à point pour l’inspiration réaliste de son Moloch où il se proposait de représenter la ruine de Carthage et il les retraça plus tard dans un passage de son épopée ‘.
La misère accule l’homme, quelle que soit sa fierté, au dilemme : dépendance ou solitude 7. Même Gravenhorst et Rendtorff le délaissaient. Les deux compagnons vraiment fidèles, nous dit Hebbel, furent, pendant cette époque, son chien et Elises. Ces réserves faites, il déclare « n’avoir pas eu un seul jour une seule joie » ; « ou bien je suis assis, seul, à l'écart dans ma chambre, ou bien je rôde tout seul dans les champs ou dans les rues; de temps en temps, très rarement, se joint à moi quelque indifférenteet il est toujours le bienvenu? ». C’est l’époque où Cotta refuse Judith 1 et où Campe garde le silence au sujet des Gedichte 1,
L'été de 1842 est si accablant que, comme peu auparavant le grand incendie, il fait songer Hebbel à la fin du monde. Une fois de plus, sa nature de Dithmarse reprend le dessus et lui fait voir une raison d’être dans le désespoir même : « si la terre venait à trembler, les étoiles à chanceler, l'homme resterait ferme debout? ». Juste à point pour le confirmer dans ces bonnes dispositions, arrivent alors la pensée, comme toujours libératrice, d’un voyage et quelque argent pour
1. Bw., Il, 90-91. — 2. T., 2053; cf. 1488 et 3054. — 3. T., IL, 2769; Bw., I, 166. — 4. Bw., IL, 95; cf. T., 1865. — 5. Bw., II, 166. — 6. T., 2548, 2551, 2571; Mutter und Kind, W., VIT, 293, v. 44l et suiv.
7. Cf. Memorial an Amalie Schoppe : Bw., II, 69 : « am unglücklichsten
ist der Mensch, wenn er durch seine geistigen Kräfte und Anlagen mit dem Hôchsten zusammenhängt und durch seine Lebensstellung mit dem Nied-
rigsten verknüpft wird ». Cf. Gœthe Wilhelm Meisters Lehrjahre, livre HI, chap. 11, le passage : « dreimal glücklich sind, etc... »