‹ HebbelChapitre 94 sur 425 · VAE · texte numérisé non relu

VAE

Nous pouvons considérer ces années comme celles du « Sturm und Drang » chez Hebbel. Pendant cette période, sa pensée présente tous les caractères du phénomène volcanique 6. « Le libre arbitre, le monde extérieur, la vie, [a nature, les rapports avec la nature, tout cela se cache au sein du même abîme. C'est là le seul fruit de longues méditations sur des mystères 7. » (Heidelberg, 4 juin 1836.)

Quelques semaines plus tard (6 août 1835), le journal note : « Tout au milieu des forces les plus moônstrueuses, déchaînées autour de soi, se trouver seul, les yeux bandés, et avoir au bout de la langue la formule magique et libératrice, telle est la lourde destinée de l’homme. Un batelier, dans la nuit de tempête, sur des eaux

1. T., 2575. — 2, T.,2583; cf. la lettre d’Auguste Crelinger à Amalie Schoppe (Bamberg, [, 158) et les lettres que Hebbel lui avait adressées dès 1840, Jfebbelkalender für 1905, pà208; cf. Bw., IE, 31, 33, 35; cf. T., 1931, 1958, 1989.

3. Au sujet des nouvelles connaissances qu’il fit chez Amalie Schoppe : Lina Reinhardt, Ludwig Wihl, Gutzkow, la famille Assing, cf, T., 1529 et note. C’est également pendant le second séjour à Hambourg que s'annonce la correspondance avec Dingelstedt (cf. Bamberg, 11, 3, lettre de Dingelstedt à Hebbel du 30 août 1841 et la réponse de Hebbel du 7 octobre 1841: Bw., II, 116), de même la correspondance avec Theodor Mundt (cf. Bamberg, Il, 356, lettre de Mundt à Hebbel le 22 février 1842).

4. D., 2585, 2586, 2607. Bw., II, 93, 98. Kuh, I, 401, 402 et lettre à Charlotte Rousseau du 3 octobre 1840 (N. Hebbeldok., 26 et suiv.). — 5. T., 2617.

6. La comparaison, est de Hebbel lui-même : « mit grossen Männern umzugehen, ist gefährlich; der Umgang mit einem grossen Manve ist wie das Wohnen in der Nähe eines feuerspeienden Berges. Da strômt plôtzlich die Lava hervor und verschüttet die unschuldigen Bewohner, aber der Vulkan kann nichts dafür, dass er Feuer speit ». (Kulke, 18.)

De AMOR EHIESePAlRE

inconnues !. » Si la métaphore a varié, on voit combien la pensée et le sentiment demeurent les mêmes.

La spéculation philosophique « dégoûte » le poète et il en compare les états et les effets à ceux du « mal aux cheveux? ». Mais peu après cette belle constatation, il constate encore en lui le chaos : « Force m'est de croire qu'il manque à ma nature la proportion, qu’elle n’est qu’un assemblage au petit bonheur, un mécanisme grossièrement agencé et grinçant, sans fonction ni but. Du moins ne puis-je pas me rendre compte autrement de cette saveur aigredouce que je découvre à l'analyse de mon individualité *. »

Deux années plus tard, cette analysé est moins superficielle, une première éruption a eu lieu et nous pouvons déjà nous pencher avec curiosité au bord du cratère : « Je conçois de plus en plus clairement que penser n'est pas, ainsi que je le croyais jadis, un don universel, mais bien un talent tout particulier. Moi-même je ne possède pas ce talent, mais j'en ai l’idée et de là vient que je ne parviens pas à me satisfaire lorsque j'écris un article. Je veux marcher et ne puis que bondir; je veux tout ramener à une explication précise, cohérente, enchaînée et ne puis que déchirer par endroits le voile qui recouvre la vérité. La pensée de bon aloi est, comme toute force créatrice, originale, productive. Il est absolument erroné de croire que penser consiste à évincer par une opération de la raison ou de l'intelligence une erreur isolée, il suffit pour cela de mesurer, peser et comparer. Je n'aurais pas dû mettre si longtemps à découvrir que penser est un talent. »

Mais, cette concession raisonnable faite à la froide raison, le poète se hâte de rendre hommage à l'intuition poétique‘.

Nous pouvons donc nous attendre à des éruptions encore, belles

et intéressantes à souhait, autant que dangereuses pour le poète. Et elles ne manquent pas. Le 3 juillet 1840, Hebbel écrit : « Ainsi passent les jours. Presque aucun n'apporte quelque chose, mais chacun emporte quelque chose. Le. plus riche doit se sentir trop pauvre pour cette insatiabilité du temps. Souvent il me semble que le processus vital n’est pas : consumer maïs étre consumé. Quelque puissance mystérieuse nous a placés à intérêts et se sert de nous à son gré età son profit”. »

Et quand la colonne ardente et fumeuse est retombée, le calme et la sérénité de l'air ne lui font pas illusion. « Les éléments dont je me compose, avoue-t-il dans son journal, se déchaînent et

1. T., 283. — 2. T., 340 (Heidelberg, 3 septembre 1836) : « was man in oder :

kurz vor dem Katzenjammer genossen hat, das widert an, desshalb später so sehr:die Philosophie ». — 3. T., 444 (Munich, 30 octobre 1836),

L, Ce même passage du journal, T., 1318 (Munich, 26 novembre 1838) : « In jedem Menschen ist übrigens ein Surrogat, welches in einer schnellen Wahrnehmung der Analogie und des Widerspruchs besteht; ich glaube, dies Surrogat gründet sich grüsstentheils auf das Gefühl und, ist also eine grüssere Art Instinct. Jeder grosse Denker hat gewiss eine neue Denkmethode, obgleich er sich ihrer nicht bewusst sein mag »; cf. Kuh, I, 217.

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