‹ Hector Berlioz; la vie et le combat, les œuvresChapitre 10 sur 35 · FESTIVAL-BERLIOZ A L^HIPPODROME IO · texte numérisé non relu

FESTIVAL-BERLIOZ A L^HIPPODROME IO

pardonne pas de vivre aux gens d'un véritable génie. II faut dire aussi que dans ces foules innombrables, la majeure partie des auditeurs vient là par curiosité, pour voir et se montrer plutôt que pour entendre, et qu'auprès de tels dilettantes, ces morceaux-là seuls ont chance d'être applaudis à tout rompre qui sont sus presque par cœur. On l'a bien vu aux bravos qui ont accueilli la scène du bal de Roméo et le double chœur d'étudiants et de soldats de la Damnation de Fausty tandis que le serment de réconciliation de Roméo et Juliette, étant beaucoup moins connu parce qu'il arrive à la fin de l'œuvre et qu'il accompagne d'ordinaire la sortie de la foule, a été beaucoup moins applaudi. L'admirable septuor des Troyens à Carthage a obtenu les honneurs du bis avant le double chœur de Faust, et le public saluait encore ici, comme une vieille connaissance, un des morceaux de Berlioz très-souvent entendus dans les concerts; mais il me semble que cette délicieuse composition, d'un sentiment poétique si profond, perd de son charme à être exécuté par de telles masses et dans un tel local : on chante toujours plus doux quMl ne faudrait pour

être entendu distinctement par toute la salle et plus fort que n'aurait voulu l'auteur.

Deux morceaux, absolument inconnus des personnes qui ne lisent pas de musique en dehors des concerts, — c'est dire combien peu les connaissaient, — donnaient un grand intérêt à ce festival. Le premier était tiré de la Prise de Troie, le second de la Symphonie Junèbre et triomphale; l'un était le bel hymne religieux que les habitants de Troie, sourds aux prophéties de Cassandre, adressent aux dieux protecteurs qui les ont délivrés de la présence des Grecs ; l'autre était la magnifique péroraison,» l'Apothéose aussi grandiose d'idée que splendide d'orchestration qui clôt la symphdnie composée en 1840 pour l'inauguration de la colonne de Juillet. Ce morceau, qui terminait le concert, — il n'avait pas d'autre place possible, à mon sens, — a malheureusement été troublé par le départ de nombreux auditeurs, toujours plus pressés de partir que d'arriver; mais ceux qui ont tenu ferme jusqu'au bout ont pu apprécier cette composition du caractère le plus noble et d'une éblouissante sonorité.

En l'exécutant dans cette circonstance solennelle, on semblait vouloir réparer le déni de

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