HAROLD EN ITALIE I4I
d'abord au festival donné à POpéra eh Phonneur de Berlioz, puis au Conservatoire et même aux Concerts populaires. Le public était donc familiarisé déjà avec une des quatre parties de l'ouvrage, la plus applaudie et la meilleure, — ce qui ne va pas toujours ensemble, — la belle Marche des Pèlerins.
La musique symphonique, au sens classique du mot, n'était pas le fait de Berlioz, et dans cette composition même, celle de ses œuvres qui se rapproche le plus de la symphonie ordinaire, il n'a pu s'empêcher d'avoir devant les yeux un personnage agissant, puis de le placer au milieu de scènes diverses et assez bizarres, qui, il faut bien le dire, n'ont entre elles aucun lien réel. Luimême a raconté dans ses Mémoires par quel enchaînement de circonstances il fut amené à composer cette symphonie, presque classique par la coupe, mais si romantique de plan et d'exécution. Paganinî, qui possédait un alto merveilleux, désirait en jouer en public ; n'ayant pas de musique spéciale pour cet instrument, il pria Berlioz de lui écrire un solo d'alto : il n'avait, disait-il, de confiance qu'en lui pour ce travail.
Le compositeur se mit à l'œuvre pour plaire à
nUustre virtuose, mais il lui répugnait d'écrire un vulgaire morceau , orné de difficultés diaboliques ; il combina son solo avec Porchestre de ' façon à ne rien enlever de son action à la masse instrumentale : le plan lui paraissant neuf, il s^éprit bientôt d'une œuvre commencée à contrecœur. Le premier morceau était à peine écrit quand Paganini voulut le voir. A Taspect des pauses que Palto compte dans Vallegro : « Ce n'est pas cela, s'écria-t-il, je me tais trop longtemps là-dedans; il faut que je joue toujours. — Je Pavais bien dit, répondit Berlioz, c'est un concerto d'alto que vous voulez, et vous seul, en ce cas, pouvez bien écrire pour vous. » Paganini ne répliqua rien et s'en fut tout désappointé.
Berlioz s'occupa alors de mettre son plan à exécution, sans plus s'inquiéter de faire briller Palto principal. Il imagina d'écrire pour Porchestre une suite de scènes auxquelles Palto se trouvait mêlé comme un personnage actif; il voulut faire de cet instrument, en le plaçant au milieu des poétiques souvenirs que lui avaient laissés ses pérégrinations dans les Abruzzes, une sorte de rêveur mélancolique dans le genre du Childe Haroldj de Byron. De là le titre de la symphonie.