HAROLD EN ITALIE I
rinsuffisance évidente des trombones, ne représente rien moins qu'une Orgie de brigands, entremêlée de souvenirs des scènes précédentes. C'est une composition énergique,passionnée, remplie de tumulte et de sonorités étranges; mais on ne saurait, avec la meilleure volonté du monde, distinguer tout ce que voyait Fauteur « dans cette furibonde orgie où concertent ensemble les ivresses du vin, du sang, de la joie et de la rage, où le rhythme paraît tantôt trébucher, tantôt courir avec furie, où des bouches de cuivre semblent vomir des imprécations et répondre par le blasphème à des voix suppliantes, où Ton rit, boit, frappe, brise, tue et viole, pendant que Taltosolo, le rêveur Harojd, fuyant épouvanté, fait encore entendre au loin quelques notes tremblantes de son hymne du soir. »
L'interprétation de cette œuvre si compliquée et si difficile a fait honneur aux artistes dirigés par M. Pasdeloup, comme à M. Sivori, et l'impression produite sur le public a été trèssatisfaisante, excepté pour le dernier morceau dont les éclats fulgurants ont effrayé quelques timides auditeurs. Décidément Berlioz a bien fait de mourir pour qu'on joue ses ouvrages et qu'on
les applaudisse. Quarante ans se sont écoulés depuis cette première audition, au lendemain de laquelle certain journal accabla l'auteur d'invectives dans un article qui commençait de cette spirituelle façon : « Ha! ha! ha! — haro! haro! Harold! » Berlioz reçut en outre une lettre anonyme par laquelle, après un déluge dUnjures grossières, on lui reprochait d'être asse:{ dépourvu de courage pour ne pas se brûler la cervelle. Il n'y a que les musiciens de premier ordre pour soulever d'aussi ardentes colères de leur vivant; mais la postérité, qui devance parfois la mort, leur réserve en retour l'admiration et la gloire.