‹ Hector Berlioz; la vie et le combat, les œuvresChapitre 25 sur 35 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LE REQUIEM Mars 1878

Berlioz vivrait encore que cette réapparition du Requiem Paurait probablement moins surpris que le succès d'engouement obtenu par sa Damnation de Faust y car cette œuvre, d'un caractère beaucoup plus* sévère, partant moins accessible à la foule, avait pourtant été sinon mieux accueillie, au moins plus souvent essayée et supportée en France, à Paris, que sa légende dramatique bâtie sur le poëme de^ Gœthe. Il y a là une anomalie qu'on ne comprend pas bien tout d'abord, et qui s'explique en raison des cérémonies du culte catholique où nos compositeurs officiels, en première ligne les membres de l'Institut, peuvent glisser quelques-unes de leurs productions dites religieuses, sans encourir un jugement nettement exprimé de la part du public, qui ne saurait manifester son impression dans le saint lieu et qui, d'ailleurs, a toujours des trésors

d'indulgence pour la musique qu'on lui fait entendre sous les arceaux d'une église quelconque.

C'est, sans doute, en raison du silence forcé de l'auditoire que le Requiem a pu être exécuté plusieurs fois à Paris, d'abord aux Invalides, puis à l'Opéra, puis encore à deux reprises dans l'église Saint - Eustache , sans que le public ait paru s'en fâcher, tandis que la Damnation de Fatistj cette création beaucoup plus variée, plus vivante, plus théâtrale enfin et par conséquent plus dans le goût général, avait été jugée et condamnée sans appel possible en deux auditions. On aurait exécuté le Requiem à l'Opéra- Gomique et la Damnation aux Invalides, que c'aurait été tout le contraire, à supposer, ce qui n'est pas invraisemblable, qu'on pût confondre alors deux créations de caractère et de style aussi différents.

L'histoire de la composition du Requiem est des plus connues, car on l'a rappelée bien des fois d'après le récit si rageur et si amusant de Berlioz. La généreuse initiative du ministre de l'Intérieur, M. de Gasparin, qui lui commande cette messe des morts en i836; — l'opposition

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sourde du directeur des beaux-arts qui retarde autant que possible la rédaction de l'arrêté ministériel, sachant bien que le ministre va tomber et espérant que cette commande insolite ne survivra pas au ministre; — les difficultés de copie et des répétitions faites en toute hâte afin d'arj-iver avant la fin de juillet, époque fixée pour le service funèbre qu'on célébrait tous les ans pour les victimes djla Révolution de i83o; — la décision prise subi .ement par le ministère que la cérémonie aurait lieu cette année-là sans musique ; — l'irritation de Berlioz à cette nouvelle, ses démarches pour obtenir que ce Requiem sans emploi fût exécuté aux Invalides pour la mémoire des soldats français tués sous les murs de Constantine et, en particulier, du général Danrémont; — l'acquiescement du général Bernard, ministre de la guerre, à cette proposition; — la rage de Gherubini dont on exécutait toujours une des deux messes funèbres dans les cérémonies de ce genre, son attaque de fièvre et les démarches actives de ses élèves, Halévy en tête, pour faire reporter sur Cherubini la faveur accordée à Berlioz ; — l'intervention énergique des Bertin qui sauvegardent les droits de Berlioz, l'exécution solennelle de sa

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messe sous les ordres d^Habeneck, avec lequel il était brouillé depuis trois ans ; — le caprice inexplicable de celui-ci, posant subitement Parchet et prenant une prise de tabac à Tendroit même où il était le plus -nécessaire de bien marquer la mesure aux quatre orchestres d'instruments de cuivre employés dans le Tuba mirum ; — le grand succès remporté par Poeuvre « en dépit de toutes les conspirations, lâches ou atroces, officieuses ou officielles »; — la difficulté que Berlioz rencontra pour se faire payer les dix mille francs promis par le ministère, les belles phrases dont on le leurra et la croix qu'on voulut lui donner pour ne pas payer trois mille francs ; — son refus indigné, les moyens violents qu'il employa pour se faire rembourser; — sa libération entière envers les musiciens, les chanteurs et les copistes, plus Duprez, qui avait chanté les solos du Sanctus^ et Habeneck «l'incomparable priseur, » à chacun desquels il donna trois cents francs ; — enfin les calomnies des journaux d'opposition qui le désignaient comme un des favoris du pouvoir, et l'accusaient d'avoir empoché trente mille francs, alors qu'il ne lui restait pas un sou après avoir liquidé tous les frais : — autant d'épisodes

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