LE REQUIEM
affligeants ou réjouissants, tristes ou burlesques qu'on a racontés cent fois et qu'on redira bien davantage avant qu'on n'ait rien changé dans le meilleur des mondes officiels possible.
Berlioz, assez prolixe d'habitude en ce qui concerne la composition de ses différents ouvrages, ne dit que fort peu de chose sur celui* ci : « Le texte du Requiem était pour moi une proie dès longtemps convoitée, qu'on me livrait enfin et sur laquelle Je me jetai avec une sorte de fureur. Ma tête semblait prête à crever sous l'effort de ma pensée bouillonnante. Le plan d'un morceau n'était pas esquissé que celui d'un autre se présentait; dans l'impossibilité d'écrire assez vite, j'avais adopté des signes sténographiques qui, pour le Lacrymosa surtout, me furent d'un grand secours. Les compositeurs connaissent le supplice et le désespoir causé par la perte du souvenir de certaines idées qu'on n'a pas eu le temps d'écrire et qui vous échappent ainsi à tout jamais. J'ai, en conséquence, écrit cet ouvrage avec une grande rapidité et je n'y ai apporté que longtemps après un petit nombre de modifications ... »
Ces. renseignements -là ne sont pas très-
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instructifs , mais ceux qu'il donne sur ses démarches avant Texécution sont également sommaires. On croirait, par exemple, d'après le récit officiel des Mémoires^ que Tidée de faire exécuter le Requiem au service du général Danrémont germa spontanément dans l'esprit du directeur des beaux-arts, à seule fin de se débarrasser de Berlioz, et que l'affaire ainsi engagée fut conclue en moins de deux heures; — mais Berlioz embellit singulièrement les choses et certaine lettre de lui, passée dernièrement en vente publique, prouve qu'elles allèrent beaucoup moins vite en réalité.
a Mon cher Dumas, écrivait-il le 3o octobre i837aucélèbre romancier, très en crédit au Palais- Royal, Ruolz doit vous voir demain mardi au sujet d'une affaire musicale, que vous pourriez faire réussir et qui m'intéresse vivement. Seriezvous assez bon pour me donner encore un coup d'épaule ? Il s'agit de faire exécuter mon malencontreux Requiem dans une cérémonie que motiverait la prise de Constantine. Si le duc d'Orléans le voulait, ce serait très-aisé. J'irai vous voir pour en causer plus au long.... ».
Il fallut donc de puissantes protections,, à n'en