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LE REQUIEM

pas douter, pour enrayer le mauvais vouloir de Fintendant des beaux-arts,de Gavé, pour l'appeler par son nom, qui se croyait un juge infaillible en matière musicale, ne reconnaissait une réelle valeur qu'à Rossini et accordait tout au plus que Beethoven « n'était pas sans talent », en ajoutant par grâce : « Beethoven vous devez connaître ça, monsieur Berlioz ? »

Le Requiem est une œuvre romantique au premier chef. Berlioz Pavait composé, comme il le dit, avec une sorte de fureur dans le temps ou les idées de rénovation littéraire et artistique avaient acquis toute leur force d'expansion, et il avoue qu'il l'a très-peu retouché plus tard. Aussi faut-il se garder de juger cette création de sangfroid non plus que l'auteur ne l'a composée de sens rassis ; il faut se laisser gagner, en quelque sorte, par sa fièvre pour mieux entrer dans l'esprit de l'œuvre et l'apprécier comme il a voulu sans doute qu'elle fût jugée. Il ne faut pas non plus rapprocher cette messe des morts d'aucune autre, qu'elle soit signée de Mozart, de Cherubini, de Schumann ou de Brahms, car chacun de ces compositeurs s'est efforcé de rendre le texte liturgique ou sa paraphrase en langue moderne (en allemand

pour le Requiem de Brahms), avec cette simplicité de moyens et cette grandeur sévère qui conviennent bien à la musique religieuse.

Berlioz, au contraire, s'est bien moins occupé de donner à son œuvre le caractère religieux que d'en dramatiser les diverses parties, et s'il avait fait pour son Requiem comme pour ses autres créations, s'il avait décrit, analysé le travail qui se faisait dans sa pensée à propos de chaque morceau, si nous pouvions assister rétrospectivement à la genèse de chaque verset de sa messe, nous verrions qu'il a dû la concevoir et la composer exactement comme il a conçu et composé sa symphonie dramatique de Roméo et Juliette. Ce sont les mêmes brusques arrêts de la phrase mélodique, les mêmes retours inattendus à une pensée dominante, les mêmes recherches de sonorités étranges, les mêmes silences prolongés qui ont une grande éloquence dans l'idée de l'auteur, les mêmes oppositions entre de foudroyants éclate et des demi - sonorités d'une douceur infinie, les mêmes contrastes, les mêmes minuties, les mêmes heurts.

Avec cette préoccupation constante qu'il a de tracer un tableau saisissant sur chaque verset du

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