‹ Hector Berlioz; la vie et le combat, les œuvresChapitre 3 sur 35 · PREMIERE FEMME DE BERLIOZ H. -G. SMITHSON · texte numérisé non relu

PREMIERE FEMME DE BERLIOZ H. -G. SMITHSON

née à Ennis, le i8 mars i8o3

cependant, plus clairvoyantes que les jeunes gens, faisaient une juste opposition à ces beaux projets d'avenir; mais les deux amants, Berlioz le premier, usèrent de toute leur énergie afin de surmonter les obstacles et de nouer cet indissoluble lien qui devait les rendre également malheureux.

Pendant toutes ces négociations, le théâtre anglais de Paris dut fermer et miss Smithson resta sans ressources, tout ce qu'elle possédait ne suffisant pas au paiement des dettes de l'entreprise ; par surcroît de malheur, elle se cassa la jambe en descendant de voiture, un jour qu'elle faisait des courses pour organiser une représentation à son bénéfice. Pendant que la malade était étendue sur son lit de douleur, Berlioz eut tout le temps de faire à ses parents les « sommations respectueuses » d'usage et sitôt qu'elle fut guérie, il l'épousa. « Elle était à moi, dit-il, je-défiais tout. »

Le jeune ménage ne roulait pas sur l'or; la femme n'avait que des dettes, et le mari possédait trois cents francs qu'un ami lui avait prêtés. Il n'importe, on menait gaiement triste vie. Pour apporter, sinon l'aisance, au moins le nécessaire dans la maison, Berlioz eut recours à sa plume et se mit à écrire dans les journaux par nécessité.

ce qu'il n'avait fait d'abord que par amour de la lutte et besoin de se défendre. Il avait débuté dès 1828 au Correspondant par des études trèsremarquées sur les symphonies de Beethoven que les artistes et les amateurs de Paris, ceux-là mêmes qui consacrent toutes les réputations, venaient enfin de connaître grâce à la fondation de la Société des Concerts; il avait aussi fourni quelques articles à la Revue Européenne, au Courrier de V Europe; enfin, la Ga:{ette musicale de Paris, fondée en i833 et qui vient seulement de disparaître en 188,1 après quarante-sept ans de glorieuse existence, l'accueillit avec empressement et se dévoua à son succès.

Peu après, il entrait au Journal des Débats où il occupa pendant trente ans la place que l'on sait et dont les propriétaires devinrent ses protecteurs dévoués en toute circonstance. Outre qu'ils lui donnaient de quoi vivre à peu près convenablement, ses- articles servirent d'abord à Berlioz, en lui créant de nombreuses relations dans la presse, autant qu'ils lui nuisirent plus tard, en lui suscitant d'implacables inimitiés. Il les bravait d'ailleurs et s'en faisait gloire, en homme doué d'un véritable

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tempérament de journaliste et pour lequel c'est une véritable jouissance que de dire nettement leur fait à toutes les médiocrités qui enàombrent le pavé de Paris. Il écrivait comme il pensait, comme il pariait, avec la même implacable franchise, et s'aliéna presque tout le monde : il faut n'avoir besoin de personne, en aucune façon, pour jouer ce jeu-là.

C'est au milieu d'embarras d'argent sans cesse renaissants, que Berlioz composa cette symphonie àiHarold en /^^/fe, inspirée à coup sûr par le souvenir de ses excursions aux environs de Rome et dans laquelle il introduisit pour Paganini une partie d'alto principal, trop peu principal encore au gré du grand violoniste qui aurait voulu que ce fût un concerto véritable avec de simples répliques d'orchestre : heureusement que Berlioz n'entendit pas de cette oreille-là. L'exécution àUHarold (23 novembre 1834) classa désormais Berlioz auprès des connaisseurs et bientôt après, M. de Gasparin, ministre de l'Intérieur, lui commandait un Requiem pour les victimes de la Révolution de i83o, qui changea de destination et fut exécuté, en fin de compte, au service célébré aux Invalides, le 5 décembre 1837, pour les soldats

français et le général Damrémont, tues au siège de Constantine.

Cette 'bonne veine fut interrompue un moment par réchec à POpéra de Benvenuto Cetliniy bien soutenu par Mesdames Stoltz et Dorus-Gras et mal défendu par Duprez qui devait s'en vanter plus tard (i) (3 septembre i838); mais Berlioz se remit vivement de cette chute afin d'organiser deux concerts au Conservatoire, où il donnerait la Symphonie fantastique. Au second de ces concerts, qui eut lieu le i6 décembre i838, un homme se précipita sur Pestrade en embrassant Berlioz,et le lendemain ce même homme,qui n'était autre que Paganini, lui faisait remettre 20,000 francs, afin qu'il pût se livrer au travail en toute liberté d'esprit. Berlioz, profitant des premiers loisirs qu'il eût depuis son arrivée à Paris, compose alors coup sur coup son Roméo et Juliette^ qu'il dédie par reconnaissance à son bienfaiteur et qu'on entendit pour la première fois le 24 novembre 1839, la grande Symphonie funèbre et triomphale^ exécutée à l'inauguration de la colonne de Juillet, en 1840, puis nombre de

(i) Voir ce que le vieux ténor impénitent dit de Benvenuto Cellini dans ses Souvenirs âfun Chanteur, (Un vol. in- 18, Calmann Lévy)

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mélodies séparées et la brillante ouverture du Carnaval romain.

1840:. une date importante dans la carrière de Berlioz. Sa vie se dédouble à partir de ce moment. Méconnu dans son pays, dégoûté de toujours lutter sans s'imposer au grand public, abattu par l'insuccès récent de Benvenuto qui devait lui fermer pour toujours les portes de l'Académie de Musique, il résolut d'entreprendre une tournée artistique à travers l'Europe et commença dès la fin de 1840, par la Belgique. Il y obtint plus de succès qu'en France, mais fut encore vivement discuté ; il avait emmené avec lui une cantatrice assez médiocre, M"« Récio, qu'il épousa dès que sa première femme eut le bon goût de mourir et qui ne le rendit pas plus heureux: l'une buvait, l'autre voudra chanter et ses sottes prétentions mettront Berlioz hors de lui. Cette première excursion hors frontière ayant suffisamment réussi, il en entreprit d'autres, et son existence, à dater de ce jour, ne fut plus qu'un long voyage. Il visita à diverses reprises la Hongrie, la Bohême, la Prusse, la Russie, l'Autriche, éprouvant de temps à autre le besoin de revoir la terre natale, puis regagnant presque

aussitôt sa véritable patrie artistique, PAUemagne. Partout fêté, partout acclamé, il retrouve à Leipzig Mendelssohn, avec lequel il renoue aussitôt sans plus penser aux démêlés de leur jeunesse; à Dresde, il rencontre un dévouement au moins égal de la part de Richard Wagner qui Taccueille en frère et le traite en maître ; à Berlin, Meyerbeer conduit en sa présence une représentation des Huguenots.

Son premier voyage, effectué de 1841 à 1843, avait été consacré à l'Allemagne du Nord. Après un temps d'arrêt à Paris où il organisa d'abord un festival-monstre à l'Exposition des Produits de l'Industrie,en août 1 844,puis quatre grands concerts au Cirque des Champs-Elysées, dans les premiers mois de 1845, il repartit pour cette terre bénie d'Allemagne, où tous attendaient son retour avec impatience et, cette fois, il revint par l'Autriche, la Bohême et la Hongrie. En 1846 il était de retour à Paris et se décidait à faire entendre l'œuvre la plus considérable qu'il eût encore écrite. Dans l'après-midi du 6 décembre avait lieu à l'Opéra-Comique, devant un auditoire assez peu nombreux, la première exécution de la Damnation de Faustj et cette seule audition suffit à montrer

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à Berlioz qu'il était encore loin d'avoir vaincu son pays : alors, il partit pour la Russie. Assurément, ce pitoyable échec de la Damnation de Fausty donnée au cœur de l'hiver dans une ville absolument indifférente au chef-d'œuvre qui vient de naître, est chose très-afHigeante en soi ; mais il ne faut pas en rendre responsables certaines catégories de gens plutôt que d'autres, et il est parfaitement superflu d'accuser les boursiers — comme je l'ai lu quelque part — d'être allés ce jour-là à la Bourse plutôt qu'à l'Opéra-Comique. Le 6 décembre étant un dimanche, les boursiers qui aimaient la musique pouvaient très-bien assister au concert et les autres n'étaient pas tellement coupables de l'ignorer.

Lorsque Berlioz revint de Russie couronné de lauriers et les poches suffisamment garnies pour solder toutes les dettes qu'il avait contractées en vue de l'audition de la Damnation de Faust à l'Opéra-Comique, il s'employa trèsTactivement à faire attribuer le privilège de l'Opéra à Duponchel et à Roqueplan qui parlaient de reprendre aussitôt Benvenuto Cellini, de monter la Nonne Sanglante^ etc. Berlioz réussit à les faire nommer directeurs

par Pappui des Bertin, mais ils n'eurent pas plutôt le décret ministériel en poche qu'ils battirent froid à Berlioz. Celui-ci comprit qu'il les gênait et comme il avait l'habitude de ces sortes de procédés, il s'en fut à Londres pourjles débarrasser de sa présence importune. Cette affaire de Drury-Lane , mal engagée avec l'imprésario JuUien, se termina par une banqueroute, et la Révolution de 1848 éclatant par là-dessus, Berlioz se serait trouvé absolument sans un sou pour vivre si Victor Hugo n'avait fait conserver au musicien juré de l'école romantique la petite place de blibliothécaire au Conservatoire, dont il vivait.

Au mois d'août 1 848, Berlioz éprouva une des plus vives douleurs de sa vie en apprenant la mort de son père, — sa mère était morte depuis dix ans et sa première femme ne devait mourir qu'en 1854; — il retourna alors à Grenoble et le récit de ce voyage est fait en termes on ne peut plus touchants dans ses Mémoires, Auparavant, il avait publié son excellent Traité d'instrumentation et d'orchestration modernes, qui, pour ne pas s'adresser aux simples amateurs, n'en est pas moins un de ses ouvrages qui lui font le plus

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d'honneur. C'est vers ce temps-là qu'il essaya son petit Chœur de bergers sous le nom de Pierre Ducré, dans les concerts de la salle Sainte-Cécile, à la Chaussée d'Antin ; c'est aussi vers cette époque — un peu plus tard, pour être exact, — que son Benvenuto Celliniy reçu triomphalement à Weimar, en mars i852, échouait complètement à Londres, où les Italiens, dit-il, se liguèrent pour le sifHer(i) ; c'est encore et toujours dans la même période qu'il adressait un charmant billet de réponse à son ami Philarète Chasles, qui s'était plaint du silence obstinément gardé par le compositeur : la politique, alors, forçait la musique à chômer.

a Je vous remercie, mon cher Chasles, de vos quatre lignes d'encouragement. Je ne crois pas être de force à servir la cause vraie d'une façon appréciable, mais j'ai besoin de me dégonfler^ parfois. Robert Macaire a raison: Il faut bien se ^passer quelques douceurs. Le silence et Vabsence

(i)0n croit généralement,d'après la plupart des écrits biographiques sur Berlioz, pour ne pas dire d'après tous, que le succès de Benvenuto à Weimar suivit l'échec à Londres et mit du baume sur la blessure ducompositeur.Or,JBtfnventtfo fut donné à Weimar le 20 mars i852 et à Londres le 25 juin i853, où les trois principaux rôles étaient chantés par M-«« Julienne Dejcan, Nantier-Didiée et M. Tamberlick.

de cadence dont vous avez la bienveillance de vous plaindre si poétiquement dureront jusqu'à la fin de ce mois seulement. Nous organisons avec acharnement pour le mardi 28 Texécution des quatre premières parties de ma symphonie avec choeurs, Roméo et Juliette, J'espère que nous parviendrons à nous en tirer pour les grands ensembles, but the queen Mab is so extravagantly n/icked (mais la reine Mab est si étrangement méchante), qu'elle me fait rêver chaque nuit d'orchestre en désarroi, de fausses notes et de trompettes discordantes... (i) »

En décembre 1854, sa trilogie sacrée de /'£'«/ànce du Christ^ complétée et remaniée, obtenait le plus franc succès à la salle Herz, et si elle n'était jouée qu'une fois, c'est que Berlioz partait presque aussitôt pour l'Allemagne où l'on brûlait d'entendre ce nouvel ouvrage. Il revenait à Paris au commencement de l'année suivante, et le 3o avril i855, veille de l'ouverture de l'Exposition universelle, il faisait exécuter à Saint-Eustache son grand Te Deum pour trois orchestres, chœur et orgue. Il s'agit de le graver ensuite et Berlioz

(i) Lettre inédite du 9 janvier i85i, en ma possession.

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put voir alors en quelle admiration le tenaient les pays étrangers, car les premiers souscripteurs furent les rois de Hanovre, de Saxe, de Prusse, l'empereur de Russie, le roi des Belges, la reine d'Angleterre... L'année suivante, enfin, le 21 juin i856, après quatre tours de scrutin, Berlioz était nommé membre de l'Institut de France en remplacement d'Adolphe Adam, qui avait refusé de voter pour lui deux ans plus tôt et qui lui avait préféré Clapisson (i).

« Mon cher Stephen, je savais bien que vous aviez un digne cœur ; vous venez de m'en donner une nouvelle preuve. Laissez-moi vous serrer la main. Je regrette seulement que vous ne soyez pas venu à la soirée d'Escudier; j'aurais été si heureux de vous faire entendre, avant la scène des Trqyens^ des fragments de Béatrice et Béné" dicty qui ont été* supérieurement exécutés. Vous devriez venir à Bade où cet opéra sera représenté le 6 août ; vous devriez avoir 40,000 francs de rente... ou me les faire avoir. Alors, je vous enverrais chercher dans une belle voiture à quatre

(i) Voirie spirituel article et la protestation d'Offenbach journaliste à propos de cette élection au moins singulière, à la fin de mon livre : Airs variés, (Un vol. in-i8, Charpentier, 1877, p. 347 à 358.)

chevaux pour vous conduire au chemin de fer, et un splenâide hôtel vous attendrait à Bade, et je m'arrangerais pour vous e'vîter les honneurs d'une sérénade à votre arrivée ; — ou encore, et plus simplement, Bénazet devrait vous engager à venir assister à l'inauguration de son nouveau théâtre... (i) »

Gomme on sent bien dans cette lettre, adressée à son vieil ami Stephen Heller, la j'oie qu'éprouvait Berlioz à l'idée de faire enfin représenter un deuxième ouvrage dramatique aux portes de la France, sinon à Paris même, et devant un auditoire en grande partie composé de ses compatriotes. La représentation de ce gracieux opéracomique eut effectivement lieu, trois jours plus tard qu'il ne l'espérait, le 9 août 1862, et le succès fut tel auprès de ce public cosmopolite qu'il eut un retentissement immédiat à Paris et que l'année suivante M*°«* Viardot et Vandenheuvel-Duprez chantaient au Conservatoire le délicieux nocturne qui termine le premier acte. Un instant, Berlioz put espérer qu'on allait jouer ce charmant badinage à l'Opéra-Comique, mais

(i) Lettre inédite, en ma possession.

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il dut bientôt se rendre à l'évidence et n'y pensa plus. D'ailleurs, il était tout entier à ses Troyens et l'apparition de cette œuvre aimée, caressée en silence pendant longtemps, absorbait toutes ses pensées. Sa vie entière s'était rattachée à ce dernier espoir de succès, et lui-même, avec la conviction du génie, disait en pleurant au sortir de la répétition générale : « C'est beau, c'est sublime! »

Les Troyens furent joués au Théâtre-Lyrique de la place du Châtelet le 4 novembre i863 et tombèrent sans que la première soirée ait eu rien de particulièrement hostile ou de blessant. Ce sont les articles dédaigneux de tous les grands journaux, à deux ou trois exceptions près, ce sont les railleries sans trêve de la petite presse et des parodies théâtrales, c'est surtout l'indifférence absolue du public laissant cette œuvre chérie se traîner misérablement sur l'affiche une vingtaine de fois, qui désolèrent Berlioz et le tuèrent. Cet ouvrage avait été sa suprême espérance ; avec sa chute commença sa longue agonie de six ans. Il se retira chez lui, taciturne, désolé, et se laissa vivre, entouré seulement de quelques amis qui s'efforçaient à le consoler et soigné comme un

enfant par M^^ Récio, sa belle-mère. Sa seconde femme était déjà morte (juin 1862) et reposait au cimetière Montmartre, auprès de miss Smithson. A deux reprises seulement, il consentit à quitter Paris, d^abord pour aller diriger la Damnation de Faust à Vienne, où l'appelait M. Herbeck, maître de chapelle de la cour ; ensuite pour se rendre à Saint-Pétersbourg, où le réclamait la grande duchesse Hélène, admiratrice enthousiaste de ses œuvres. Mais au moment même de. partir, il apprend que son fils Louis, qui s'était fait marin, vient* de mourir de la fièvre aux colonies. Ce coup terrible acheva Berlioz qui gardait des trésors de tendresse pour ce fils, un assez mauvais sujet qui ne lui avait guère causé que des désagréments ; il partit la mort dans Pâme. A son retour, il essaya d'aller reprendre un peu de vie au bord de la Méditerranée, mais il tomba frappé d'une congestion cérébrale en regardant la mer. Sa maladie nerveuse empirait toujours; il eut encore la force et la volonté de se traîner à Grenoble où ses compatriotes, enfin fiers de lui, l'acclament et le couronnent au milieu des éléments déchaînés. Ce fut la fin : le lundi 8 mars

1869, au matin, Hector Berlioz, de retour à Paris, rendait le dernier soupir.

Alors, Théophile Gautier, fidèle au devoir qu'il s'était tracé de ne jamais laisser disparaître un soldat de Parmée romantique sans lui donner le suprême adieu, Gautier fit sur Berlioz un article où se trouve résumée de la façon la plus saisissante la carrière toute de lutte et de combats qui venait de s'achever. « Personne, disait-il, n'eut à l'art un dévouement plus absolu et ne lui sacrifia plus entièrement sa vie. En ce temps d'incertitude, de scepticisme, de concessions aux autres, d'abandon de soi-même, de recherche du succès par des moyens opposés, Hector Berlioz n'écouta pas un seul instant ce lâche tentateur qui se penche, aux heures mauvaises, sur le fauteuil de l'artiste, et lui soufHe à l'oreille des conseils prudents. Sa foi ne reçut aucune atteinte et, même aux plus tristes jours, malgré l'indifférence, malgré la raillerie, malgré la pauvreté, jamais l'idée ne lui vint d'acheter la vogue par une mélodie vulgaire, par un pont-neuf rhythmé comme une contredanse.

En dépit de tout, il resta fidèle à sa conception du beau : s'il fut un grand génie, on peut le discuter encore, — le monde est livré aux controverses,

— mais nul ne penserait à nier qu'il fut un grand caractère. »

Lorsque Gautier parlait ainsi, les temps étaient proches. Ils sont arrivés depuis et personne, aujourd'hui, n'oserait disputer à Berlioz aucune de ces deux qualités, pas plus la première que la seconde.

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