LA PRISE DE TROIE
en relief par les jolies phrases incidentes des sopranos et des ténors : cette opposition produit un effet charmant. Berlioz se préoccupait beaucoup de ce morceau capital et écrivait un jpur à M. Bennet, le père du pianiste Théodore Ritter :
« Tout malade que je suis, je vais toujours;
ma partition se fait, comme les stalactites se forment dans les grottes humides, et presque sans que j'en aie conscience. J'achève en ce moment d'instrumenter le final monstre du premier acte (i) qui m'avait jusqu'à hier donné de grandes inquiétudes à cause de ses dimensions. Mais j'ai envoyé Rocquemont me chercher au Conservatoire la partition d'Olympie de Spontine, où se trouve une marche triomphale dans le même mouvement que la mienne et dont les mesures ont la même durée que celle de mon finale. J'ai compté les mesures ; il y en a 347, et je n'en ai, moi, que 244. D'ailleurs, il n'y a point d'action durant cet immense développement processionnel de sa marche d'Olympie, tandis que j'ai une Cassandre, qui occupe la scène pendant ce déroulement du cortège du cheval
(i) Ce finale est maintenant celui du deuxième acte de la Prise de Troie,
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de bois dans le lointain. Enfin cela peut aller» (i).
Pour se rapprocher autant que possible du tableau rêvé par Berlioz et profitant à souhait des ressources que lui offrait la scène du Châtelet, M. Colonne a fait chanter ce chœur derrière un décor qui s'écarte au moment où, le cortège entrant en scène, on doit Pentendre beaucoup mieux. Disposition ingénieuse, à coup sûr, sous cette réserve que les chœurs chanteront plus fort dans la coulisse, car on les entend à peine tant qu'ils sont masqués par le décor, et la transition est beaucoup trop brusque au moment où celui-ci les laisse à découvert. Avant ce chœur se place un air de Cassandre qui me paraît mieux réussi théoriquement qu'effectivement : je vois bien ce que Berlioz a voulu faire et comment il a voulu peindre l'effroi de Cassandre affolée au moment qui va décider de la ruine ou du salut de Troie, mais il me semble bien que l'effet cherché n'est
(I) Berlioz tenait tellement — et avec raison — à ce morceau, que lorsqu'il dut sacrifier les deux premiers actes de ses Troyens pour qu'on jouât l'ouvrage au Théâtre-Lyrique, il en détacha ce chœur triomphal qu'il fit chanter dans la coulisse en guise de prologue, tandis qu'un rhapsode déclamait à lavant-scène quelques vers racontant la prise de Troie.
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