ORCHESTRE
rc. I*'' novembre
Balducci, qui paye en beaux écus les ouvrages de Cellini, mais le tient à distance de sa maison. Benvenuto en veut donc à la fois au trésorier trop riche d'écus, au père trop bon gardien de sa fille, et ne laisse échapper aucune occasion de le duper. Il s'introduit, de nuit, dans la chambre de la jeune fille et la décide, avec grands serments d'amour, à se laisser enlever le lendemain, mardi gras, sur la place Colonne, à la faveur des déguisements autorisés par le carnaval. Mais un autre soupirant, le sculpteur Fieramosca, plus poltron qu'un lièvre, et qui venait, de l'aveu du père, offrir son hommage à Teresa, surprend cette entrevue ; il se trouve apprendre ainsi le lieu du rendez-vous, la couleur des habits que les ravisseurs masqués doivent prendre, et se promet d'en tirer parti. Tout à coup, Balducci rentre, Cellini s'esquive, et c'est Fieramosca que l'argentier surprend dans la chambre de sa fille ; au lieu de le chasser lui-même, il appelle à grands cris servantes et voisines ; elles accourent, armées de balais, de broches, de pincettes, et se ruent sur le galant qu'elles veulent jeter dans le bassin, mais il leur échappe et court tendre un piège aux amoureux.
Ce premier tableau ne comptait pas pour un acte et n'était, en réalité, qu'un prologue amenant les épisodes si variés, si animés du carnaval à Rome, qui valaient tout un opéra pour Berlioz '. Cellini, tout en soupirant après l'heure où sa belle doit- venir, festoie en gaie compagnie et chante avec ses compagnons de plîiisir un hymne à la gloire des maîtres ciseleurs. Tant de chansons, tant de bouteilles bues n'ont fait qu'altérer ces débauchés, et comme leur bourse est à sec, le cabaretier refuse inhumainement de donner à boire autrement que contre écus sonnants. Mais voilà que survient l'élève préféré de Cellini, le jeune et riche Ascanio, qui jette sa bourse aux mains du tavernier ; seulement, comme il est plus soucieux de la gloire de son maître que Benvenuto lui-même, il met à cette largesse une condition : c'est que, dès le lendemain, le grand artiste entreprendra la fonte de son admirable Persée. Cellini fait par serment cette promesse et tous ses amis jurent avec lui, puis ils se remettent à boire, à chanter de plus belle. La nuit vient, une foule bariolée emplit de ses cris la place Colonne, les bateleurs jouent sur leurs tréteaux une farce du roi Midas, où tout le peuple reconnaît le vieux Balducci ; celui-ci, rouge de colère, veut rosser les histrions ; et, tandis qu'au milieu de la bagarre Cellini et Ascanio, tous deux vêtus de robes monacales, l'un pénitent blanc,
I. Cette remarque est confirmée par ce fait révélé dans les lettres de Berlioz, à savoir que, d'après le plan primitif, le chant des fondeurs était le premier morceau de l'opéra; l'ouvrage, alors, devait commencer par le grand tableau sur la place Colonne, et c'est sur les observations de Duponchel ou d'un autre qu'on aura imaginé cette espèce de prologue dans la maison du trésorier Balducci.