‹ Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres;Chapitre 3 sur 85 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

un grand nombre de lettres précieuses du maître. Et c'est ainsi que j'ai pu, dans maint passage, ou changer une phrase, ou modifier une date, ou rétablir im mot — sans toutefois en avertir le lecteur ; — car si j'avais voulu justifier, ne fût-ce que sommairement , chacune de ces menues rectifications, il n'est page de ce volume qui n'eût été encombrée de notes parfaitement insipides. C'est que le système de travail et de vérification, que j'ai cru devoir in'imposer, ne s'applique pas seulement aux récits ou docwnents émanant de Berlio^, mais aux souvenirs publiés par ses amis, aux notices rédigées par divers écrivains, et chaque fois qu'un renseignement oral précis ou qu'une recherche dans les journaux modifiait en partie les faits eux-mêmes ou les circonstances dans lesquelles ils s'étaient produits, je corrigeais la partie fautive et ne conservais que les détails vérifiés exacts, — sans autrement insister.

Combien de fois nai-je pas dû procéder de la sorte, en particulier pour certains souvenirs, d'ailleurs très intéressants, de Stephen Heller, ou pour ceux de M. Legouvé, qui place, par exemple, — et cet exemple est pris entre vingt, — l'élection de Charles Blanc comme académicien libre à peu près quinze jours avant la mort de Berlioz, tandis quelle eut lieu, en réalité, le sS novembre iS68, plus de trois mois avant la disparition du maître ! On peut donc être assuré de ceci : c'est que la fantaisie n'entre pour rien dans cet ouvrage et que la moindre particularité, glissée au courant du récit, provient d'un renseignement oral très sérieux ou d'un texte précis, alors même qu'elle n'est pas appuyée d'une note corroborante. Que s'il existe — et cela devra souvent se produire — une différence, si mince soit-elle, de temps, de lieu, de circonstances entre ma version et celle qu'on est accoutumé de lire ou qu'on trouverait dans d'autres ouvrages, il y a de fortes présomptions pour que la vérité soit de mon côté, et je prie le lecteur de vouloir bien s'en fier à mon texte, encore que je lui aie épargné le plus souvent le récit des recherches qui m'ont amené à l'établir. Observations qui sont d'une application générale, mais qui visent spécialement les voyages de Berlio{, pour lesquels on s'en tenait toujours à ses récits très développés mais passablement confus, et dont je suis arrivé à déterminer nombre de dates et de menus incidents, grâce aux recherches faites tout exprès par d'obligeants confrères

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d'Autriche et d'Allemagne. Que MM. Oscar Berggruen et Adolphe Schul{e reçoivent ici tous mes remerciements pour la peine qu'ils ont prise de dépouiller, à mon intention, les journaux de leurs pays et d'évoquer leurs souvenirs ou ceux de leurs aînés sur les différents séjours de Berlio{ à Vienne et à Berlin.

Il n'existe, ai-je dit, aucune biographie proprement dite de Berlio{, mais je ne puis pas oublier l'excellent travail d'investigations entrepris par M. Edmond Hippeau et publié sous ce titre : Berlioz intime. Mon confrère a poussé ses recherches de droite et de gauche, au hasard de ses premières trouvailles ou des soupçons que celles-ci faisaient naître, et c'est lui qui, le premier, a eu l'idée de contrôler minutieusement le récit des Mémoires par les lettres intimes de Berlioi ; c'est lui qui, par une enquête habilement conduite, a jeté des lumières inattendues sur certains épisodes entourés jusqu'à présent d'une ombre discrète et chère à Berlio:{. Mais le devoir d'im historien clairvoyant, d'un critique avisé, est précisément de ne pas s'en tenir aux opinions reçues, aux faits généralement admis; de tendre au contraire à éclairer du mieux qu'il pourra les poittts demeurés obscurs, à fouiller les replis les plus secrets du cœur de son héros; et je dois dire ici de quel précieux secours m'a été le volumineux travail de AI. Hippeau, encore qu'il ait négligé, par lassitude apparemment, de lui donner la forme et le ton d'une biographie suivie et bien • ordonnée. Au surplus, sur ces points délicats, et tout en m'efforçant de ne pas glisser dans des indiscrétions puériles ou déplacées, j'ai pu consulter un ami de la vingtième année, M. Albert du Boys, dont la mémoire est toujours présente et la main ferme, à quatre-vingt-quatre ans ; j'ai pu recueillir le témoignage d'anciens amis de Berlioi : Stephen Heller, Edouard Alexandre et surtout M. louis Brandus, qui le connaissait d'ancienne date et qui, dès longtemps répandu dans le monde musical, n'avait rien oublié des hommes ou des événements qu'il avait vus passer, des révélations qu'il avait reçues de son prédécesseur, Schlesinger.

Pour des temps plus rapprochés de nous, je me suis renseigné auprès des amis que Berlioi ai>ait le plus fréquentés, le inieux aimés dans les derniers temps de sa vie, auprès d'admirateurs qui l'avaient respectueusement approché et soutenu de leurs bravos, auprès de J/""- Damckc et de M. Massart, auprès de M. Reyer. Et ceux-là ne m'aidaient pas

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