LES ARABES A PARIS
Venus en France pour tout voir et même pour tout entendre, les chefs arabes e'taient trop courageux pour reculer devant l'annonce d'un grand concert. Us se rendirent donc à un festival Bédouinomusical. Presque tous les morceaux parurent vivement les impressionner, et ils promirent d'en conserver éternellement le souvenir.
(Cliarivari, iS janvier 1S45, veille du premier concert de Berlioz au Cirque des Champs-Elysées.)
nisation préalable et du résultat final, si chaude que fût déjà la saison; mais les choses ne marchèrent pas aussi facilement à Lyon, où Berlioz aurait peut-être échoué si son ami George Hainl, le chef d'orchestre du Grand-Théâtre, ne s'était multiplié, faisant tous les métiers, jouant de tous les instruments durant les répétitions et même au concert, qui finit par avoir lieu le 21 juillet. Comme la Société Trotebas, à Mar-
seille, à Lyon, la Société Maniquet ne laissa pas partir le triomphateur sans lui faire la conduite, et c'est au bruit des hurrahs prolongés que Berlioz reprit le chemin de Paris. Sitôt revenu, sitôt reparti. Dans les premiers jours d'août, il allait assister, à Bonn, aux fêtes solennelles or"-anisées par l.iszt pour l'inauguration de la statue de Beethoven. Ce qui le ravit le plus dans cette longue série de chefs-d'œuvre, avec la messe en ut et la symphonie en ni mineur, jouée sans coupures ni corrections, ce fut une exécution magistrale de la Symphonie avec chœurs ; ce qui l'enchanta, ce fut de voir que, seule de tous les pays d"Europe, l'Italie n'avait envoyé aucun représentant à ces fêtes, tant elle sentait que Beethoven était son ennemi naturel, et que a partout oii son génie domine, oij son inspiration a prise sur les cœurs, la muse ausonienne doit se croire humiliée et s'enfuir ». Il pensait être libre enfin de respirer, lorsqu'il fut invité, de la part du roi de Prusse, au concert donné dans le château de Brûhl en l'honneur de la reine Victoria et du prince Albert ; tout gorgé qu'il fût de musique, il accepta l'invitation, non sans plaisir, et applaudit de grand cœur au jeu merveilleux de Liszt, au grand style de M"'° Viardot, aux tours de force de Jenny Lind. Puis, quand tout fut bien fini, las d'admirer, ivremort d'harmonie, il traversa le Rhin et s'en fut goûter un peu de tranquillité au village de Kœnigswinter, en face de Bonn ; succombant à un irrésistible besoin de silence et de calme, il y rêva quelques jours encore, avant de se replonger dans la fournaise et de rentrer à Paris.
Les bœufs désormais foudroyés dans les abattoirs
par les notes de la partition des Troyens.
(Cliam, Charivari. 22 novembre iS63.)