HECTOR BERLIOZ VERS
D'après une lithographie d'Amédée Charpentier.
respire une raillerie élégante, et les avis charitables du diable à la vierge qui va faillir sont d'un persiflage amer. « Silence ! crie le diable aux follets, allons voir roucouler nos tourtereaux ! » Marguerite s'avance tranquillement vers sa couche virginale, tandis que le hautbois et les altos reprennent la chanson du Roi de Thidé ; elle ouvre les
rideaux et pousse un cri de joie... Faust est à ses pieds. Tous deux unissent leurs voix dans un grand duo d'amour, où la musique exprime à souhait le trouble pudique et les aveux détournés de la jeune fille ; éperdus, ils succombent aux doux enivrements de la passion, leurs voix s'éteignent, l'orchestre seul murmure de suaves cantilènes... Tout à coup, le démon surgit : « Vite, il faut partir! les voisins accourent ! la fille est perdue ! » et tous ces sentiments si divers, l'amour vainqueur, la honte craintive, le sarcasme diabolique, se confondent avec les cris des voisins dans un trio final très mouvementé.
Au début de la quatrième partie, Marguerite est dans sa chambre solitaire , pleurant son bien-aimé , évoquant le souvenir du bonheur évanoui, dans un air très ému et soutenu par la plainte du cor anglais. La nuit vient : la retraite retentit encore dans la rue, des étudiants et des soldats passent au loin en chantant leurs joyeux refrains comme au soir du premier serment d'amour, et Marguerite, accablée par ces souvenirs , reste plongée dans l'abattement. L'invocation que Faust adresse à la Nature, en traînant sa misérable vie à travers les roches et les cavernes, est une très belle composition, d'une grandeur de pensée et d'inspiration qui n'a d'égale que la richesse de l'instrumentation. Le diable gravit les rochers pour rejoindre Faust et lui apprend la condamnation de Marguerite accusée d'avoir empoisonné sa mère, tandis qu'elle voulait seulement l'endormir pour ouvrir la porte au bien-aimé ; toute cette scène de raillerie et de désespoir est accompagnée aii loin par une fanfare de chasse infernale, pour laquelle Berlioz a tiré des sons bouchés du cor les effets les plus sinistres et les plus mystérieux.
Le docteur et le diable enfourchent les chevaux d'enfer pour courir sauver l'infortunée Marguerite, et alors commence cet épouvantable morceau de la Course à l'abîme, qu'il faut avoir entendu pour en mesurer la grandeur terrifiante. Le galop ininterrompu des violons, la phrase désolée du hautbois qui semble être la plainte lointaine de Marguerite, les prières des femmes mises en fuite par cette cavalcade infernale, les terreurs suprêmes de Faust, les cris du diable excitant leurs montures, le glas des trépassés, la ronde des squelettes dansant autour de Faust: tous ces bruits et ces épouvantements se confondent dans un ensemble d'une magnifique horreur, jusqu'au moment oia les cavaliers s'abîment dans un gouffre sans fond. Tout l'enfer célèbre alors le triomphe de Satan par un concert diabolique pour lequel Berlioz, à court de sonorités nouvelles, emprunte des mots sans suite au vocabulaire infernal de Sv\^edenborg, et, lorsque les suppôts d'enfer ont suffisamment chanté victoire, le ciel s'ouvre et les voix des anges, unies aux harpes