AUTOGRAPHE MUSICAL DE BERLIOZ
: du finale de la première partie de l'Enfance du Christ, tirée de la partition manuscrite dont il se servait pour conduire,
appartenant ù la Bibliotlicquc Nationale, entière, y compris la note au crayon dans la marge, est de son écriture, à l'exception des deux lignes Je paroles allemandes.
et 4, sont les moins saillants de l'ouvrage et ceux sur lesquels les amis les plus dévoués de Berlioz se permirent de faire quelques restrictions. Mais combien ils sont rachetés par la belle prière de ténor-solo sur le verset : Te ergo quœsumiis, inspiration touchante et délicate entre toutes, que les violons chantent d'abord à l'aigu, avant le ténor, et qui aboutit, après une cadence laborieuse et trop contournée du soliste, à un double chœur sans accompagnement : Fiat super nos misericordia tua, du sentiment le plus intime et le plus mystérieux ! Quant au morceau final : Judex crederis esse venturiis, c'est une composition grandiose établie sur deux motifs bien distincts : le chant du Sahum fac populum, d'une douceur angélique, et le motif initial exposé par les basses avec une ampleur superbe ; c'est sur ce thème que repose le vaste édifice de ce finale, où le chant principal, attaqué sur le si bémol, vient, en montant par demi- tons, faire explosion sur le ré bémol. En conservant ce dessin obstiné, Berlioz, a su, par la richesse de ses développements, produire une émouvante gradation de rythme, de chaleur et d'éclat qui atteint à son apogée dans un formidable unisson des trois chœurs, de l'orgue et de tout l'orchestre. Ici, le Te Deiim devrait régulièrement finir, mais l'auteur, ayant toujours devant les yeux l'entrée triomphale de Bonaparte à Milan, y a adapté une marche instrumentale pour la présentation des drapeaux ; il l'a construite avec un des motifs qui servent d'assises à son premier morceau, si bien qu'elle semble faire partie intégrante de cette belle composition, la résumer en quelque sorte, et cette page militaire, à l'allure victorieuse, amène encore un prodigieux effet de sonorité lorsque les trombones, les ophicléides, les tubas, lancent à toute volée le choral qui servait d'exorde à l'œuvre entière, au milieu de cette marche triomphale enlevée avec rage par tout l'orchestre et soutenue par le tonnerre de l'orgue.
Il en allait de ce Te Deum comme du Requiem : c'était une composition religieuse à la façon de Berlioz, où l'idée religieuse était totalement subordonnée à l'idée théâtrale, où l'auteur, du moment qu'il y voit son avantage, modifie à sa façon le texte du Te Deum, de même qu'il avait introduit un verset du Credo dans la prose des Morts. Il ne cherchait donc, dans ces tableaux suprahumains, qu'un prétexte à réaliser, si faire se pouvait, de nouveaux effets de masses, un accroissement sans fin d'intensité sonore, et jamais son ambition ne se tenait pour satisfaite à cet égard ; il rêvait toujours de faire plus grandiose et plus bruyant. Mais il se heurtait à une double impossibilité : faire manœuvrer sans accroc de telles armées d'exécutants, et surtout trouver un local assez vaste, église ou salle de concert, où
ces compositions géantes pussent être entendues sans confusion pour l'oreille. Et c'est ce qui arriva pour le Te Deiim, dont l'exécution, pour être parfaite avec de telles masses, aurait demandé des études beaucoup plus longues; toutefois, les auditeurs furent vivement frappés par quelques phrases ou morceaux de contour très net, comme le chant du début : Te Deiim laudamus, le Tibi omnes, la prière : Te ergo quœsumiis, dite avec onction par le ténor grave Perrier, le Jiidex crederis et la Marche des drapeaux, où le timbre strident du petit saxhorn-soprano, joué par M. Arban, surprit et fit dresser toutes les oreilles... Quant à Berlioz, il était au septième ciel.
Ce n'était pas tout que d'avoir fait chanter le Te Deiun ; restait à le graver et il n'était pas facile de trouver un éditeur disposé à entreprendre la publication d'une œuvre destinée à être exécutée assez peu souvent.
Berlioz, de guerre lasse, résolut de le publier à frais communs avec l'éditeur Brandus, et il sollicita de tous côtés des souscriptions, auprès des grands de la terre comme auprès de son ami Auguste Morel, directeur du Conservatoire de Marseille :
le prix était de 40 fr. pour les adhérents et devait être élevé à 5o après la publication. Les rois de Hanovre, de Saxe, de Prusse, l'empereur de Russie,
le roi des Belges, la reine d'Angleterre, s'empressèrent de prendre part à cette souscription, et, à la fin de l'année, paraissait cette volumineuse partition, respectueusement dédiée au prince Albert'. Saint- Pétersbourg s'empressa de l'exécuter et M. Balakiref, un jeune compositeur et chef d'orchestre qui avait voué à Berlioz une admiration sans bornes, le fit entendre dans plusieurs concerts. Plus tard, en 1862, M. Vladimir Stassof, attaché à la bibliothèque impériale publique de Saint-Pétersbourg, étant venu à Paris, dépeignit à Berlioz l'enthou-
I. Ajoutons que le ministre d'État souscrivit pour dix exemplaires; que l'impératrice douairière de Russie, le roi de Wurtemberg, le grand-duc de Bade, le grand-duc de Hesse, la grande-duchesse Hélène Paulowna, le prince Youssoupoff, le comte Mathieu Wielhorski, etc., lui apportèrent aussi leur aide empressée. L'empereur d'Autriche n'avait pas souscrit; mais Berlioz lui adressa respectueusement le Te Deiim dès qu'il fut gravé, et reçut en retour une magnifique bague en diamants.
Quelle aurait dû être la composition de l'orchestre dirigé par M. Berlioz dans la salle de l'Exposition universelle.
(Cham, Charivari, 2b novembre i855.)
siasme de ses compatriotes pour cette œuvre qui leur paraissait être le summum de Tart musical ; il marquait aussi le désir de rapporter à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg un autographe de celui qu'avec beaucoup de musiciens russes, il considérait comme le premier compositeur de l'époque. Alors Berlioz, touché de ces marques d'admiration, lui promit de chercher dans ses manuscrits et lui adressa plus tard précisément la partition autographe du Te Deian, en lui disant par lettre jointe à l'envoi : « Quand j'écrivis cela, j'avais la foi et l'espérance ; aujourd'hui , il ne me reste pas d'autre vertu que la résignation. Je n'en éprouve pas moins cependant une vive gratitude pour la sympathie que me témoignent les vrais amis de l'art, tels que vous '. »
Berlioz, et cela devait arriver puisqu'il avait rempli les mêmes fonctions à Londres en i85i.
avait été nommé membre du jury pour la partie musicale de l'Exposition. Ces réunions du jury, ces examens, ces auditions l'occupèrent beaucoup et le contraignirent à abréger son séjour annuel à Londres ; il y arrivait seulement vers la mi-juin, pour le cinquième concert de la Netv- Philharnionic où les fragments de Roméo et Juliette, en particulier la Fête, étaient enlevés, dit-il, avec une verve extraordinaire par l'immense orchestre d'Exeter-Hall (46 violons, etc.), et bissés avec acclamations. A la séance suivante, il dirigeait une très belle exécution d'Harold, avec Ernst comme alto solo ; il donnait un concert particulier à Covent-Garden, où M"" Viardot chantait la Captive, et M'™ Nantier- Didiée l'air d'Ascanio, dans Benvenuto ; puis il partait dans les premiers jours de juillet pour venir reprendre à Paris son collier de misère. Durant ce court séjour en Angleterre, il avait renouvelé
I. Les Révolutionnaires de la musique, par Octave Fouque, page 23 1. — L'auteur fait remarquer à ce propos que le manuscrit du Te Deum renferme un morceau de plus que la partition gravée ; c'est un huitième morceau, place' au n° 3 et intitulé : Prélude, avec une annotation de la main même de Berlioz, marquant que « ce morceau devra être exécuté seulement lorsque le Te Deum sera chanté pour une victoire ou toute autre cérémonie se ralliant par quelque point aux idées militaires ». Ce fragment, inconnu en France, est souvent exécuté séparément dans les concerts, à Saint-Pétersbourg ; c'est, au dire de M. Stassof, une page superbe qui provoque toujours de grands applaudissements.
— Mon ami, pourquoi avoir acheté des boucles d'oreilles à ta fille, puisqu'elle n'a pas les oreilles percées ?
— Mais, ma chère, puisque nous la menons au concert Berlioz.
(Cham, Charivari, i8 novembre i855.)
connaissance avec Richard Wagner, engagé de son côté pour diriger Torchestre de l'ancienne Société Philharmonique, et, bien qu'ils fussent rivaux par la force des choses, puisqu'ils dirigeaient deux Sociétés rivales, ils avaient noué de bons rapports ; ils s'étaient promis, en se quittant, de bientôt se revoir, et marquaient tous les deux à Liszt,
leur ami commun, l'excellent souve cette rencontre. « Wagner est su leur de cœur, écrivait ami de Wennai , et ) avoue lences mêmes me ti ansquelque chose de smguheiepour moi, et si nous avons des les deux, au moins nos aspéiites A Pans même, il allait avoii d'amoui -piopie Le léon, piéstdent gêné
nir qui leur restait de perbe d'ardeur, de cha- Berliozàson
que ses vioportent. Il a ment attractif aspérités tous s'emboîtent '. »
une satisfaction \ prince Napolal de l'Expo-
Aubcr. AJ. Adam. Rossini.
Berlioz. Reycr. Félicien David. Halévy. Meyerhccr. Offenbach.
LES COMPOSITEURS DE MUSIQUE DANS LE P A N T H ÉO N - N A D A R (l858).
sition, le désigna pour organiser la partie de la cérémonie des récom-
I. Cette lettre, qui se trouve accessoirement dans la correspondance entre Richard Wagner et Liszt (1841-1861), publie'e par la maison Breitkopf et Haertel, a été traduite et commentée par M. Maurice Kutïerath dans le Guide musical avec la lettre que Wagner écrivait à Liszt de Zurich (5, juillet i855), dans laquelle il se déclare très satisfait à tous égards de son voyage à Londres. « Je rapporte d'Angleterre un véritable gain : une amitié cordiale et sincère pour Berlioz. J'ai entendu un concert de la Nouvelle Philharmonie sous sa direction, et j'ai, il est vrai, été peu édifié de son exécution de la symphonie en sol mineur de Mozart, mais je l'ai plaint sincèrement de l'exécution très insuffisante de sa symphonie de Roméo et Juliette. Quelques jours plus tard, je le rencontrai chez Sainton, à diner ; il fut très vivant; grâce aux progrès en français que j'avais eu l'occasion de faire à Londres, nous avons pu dans cette réunion, qui a duré cinq heures, échanger sur bien des sujets d'art, de philosophie et d'humanité, nos idées dans une conversation très entraînante. J'ai emporté de là une vive et profonde sympathie pour mon nouvel ami : il m'est apparu tout autre que je ne l'avais vu auparavant ; nous avons reconnu tout à coup en nous des compagnons de misère, et c'est moi, en somme, qui me suis paru le plus heureux des deux. Après mon dernier concert, Berlioz est encore venu me voir avec quelques autres amis; sa femme était avec lui ; nous sommes demeurés ensemble jusqu'à trois heures du matin, et cette fois nous nous sommes séparés en nous embrassant cordialement. »
î38 HECTOR BERLIOZ
penses qui devait avoir lieu le i5 novembre, en présence de l'empereur et de rimpératrice. On lui avait d'abord proposé de donner au Palais de rindustrie une série de concerts; mais il avait refusé, ne voulant pas courir de risques pécuniaires, et avait simplement traité avec un entrepreneur intelligent et hardi, du nom de Ber. Dans cette énorme enceinte, Berlioz allait pouvoir organiser une de ces exécutions colossales dont il rêvait toujours : la Bénédiction des poignards, avec les parties des quatre moines chantées par quatre-vingts voix ; la prière de Moïse, accompagnée par quatre-vingts harpes ; X Ave verum, de Mozart ; la Marche des drapeaux du Te Deitm, etc. ; de plus, il composa, sur des paroles du capitaine Lafont, une cantate intitulée V Impériale, avec deux chœurs et deux orchestres, œuvre de circonstance et qui ne marque guère dans sa carrière. Pour le jour de la cérémonie, ses douze cents musiciens étaient si mal placés, dans une galerie derrière le trône, qu'on les entendit fort peu ; de plus, il leur fallut s'arrêter net au milieu de la cantate parce que le prince avait un discours à prononcer et trouvait la musique trop longue, mais le lendemain, pour le concert payant qui produisit soixante-quinze mille francs, l'orchestre avait été transporté dans le bas de la salle et la cantate alla jusqu'au bout, si bien qu'on la rejoua encore à deux des festivals qui marquèrent la clôture de l'Exposition universelle. Ils eurent un grand retentissement ces concerts monstres, dont le dernier fut donné le 7 décembre, et firent pleuvoir sur Berlioz un déluge de railleries et de caricatures ' ; mais ils lui rapportèrent net près de huit mille francs. Grâce à cette aubaine, il put faire graver sa cantate et la dédia à l'empereur qui s'en souciait médiocrement, mais qui lui fît tenir une médaille d'or à son effigie avec cette inscription au revers : L'Empereur Napoléon III à M. Hector Berlioi- Tel, Napoléon le Grand, dont son neveu semblait s'inspirer, avait autrefois gratifié Lesueur d'une tabatière en or portant cette légende gravée sur le couvercle : L'Empereur des Français à l'auteur des Bardes ; seulement, et Berlioz le savait bien, quand Lesueur avait ouvert la tabatière que le général Duroc venait de lui remettre, il y avait trouvé six mille francs en billets de banque et la croix de la Légion d'honneur.
A la fin de janvier i856, Berlioz faisait exécuter une fois encore, à la salle Herz et par les mêmes chanteurs, cette adorable Enfance du Christ, puis, comme l'année précédente à pareille époque, il partait
I. Une simple observation de Gustave Héqiiet dans l'Illustration en dit plus que toutes les plaisanteries : « Six cents voix, six cents instruments ! Quel bruit cela doit faire ! Il faudra se boucher les oreilles ! Ce sera magnifique. Et l'on accourt de tous les points de l'horizon. Et l'on est fort e'tonne' de voir que les cent vingt violons du monstrueux orchestre ne font pas autant d'effet que les quatre crincrin du Vaudeville. »
pour Gotha, pour Weimar. Dans la première de ces villes, il dirigeait l'Enfance du Christ et sa mélodie avec orchestre : le Spectre de la rose, chantée par M"^ Bochkoltz-Falconi ; puis il arrivait à Weimar le 8 février. Cette fois encore, il avait été convié par la grandeduchesse à la solennité musicale qu'elle organisait pour sa propre fête et elle s'était décidée pour une exécution intégrale de Bem>eniito, dirigée par Liszt, exécution d'autant plus importante aux yeux de l'auteur et de son ardent prosélyte qu'il s'agissait d'une double revanche à prendre, après la chute de l'ouvrage à Londres et les intrigues qui en avaient empêché la représentation à Dresde'. La réparation fut complète, et cependant, ce qui charma surtout Berlioz à Weimar, ce ne fut ni cette résurrection de Benvenuto, ni une exécution parfaite de la Damnation de Faust, mais bien certain esclandre survenu à propos de Lohengrin et qu'il signale avec ravissement dans une lettre à Auguste Morel : a II en est résulté, dit-il, des histoires interminables dans tous les journaux d'Allemagne. » Lohengrin en était-il moins un chef-d'œuvre et Richard Wagner un génie hors de pair ?
Lorsque Adolphe Adam avait reçu la visite de M. Alexandre lui demandant de voter pour Berlioz, à l'Institut : « Parlons sérieusement, avait-il répondu. Berlioz est un homme d'une grande valeur. Je vous donne l'assurance que, après Clapisson, auquel nous avons tous déjà promis, Berlioz aura le premier fauteuil vacant ». Et ce premier fauteuil vacant fut celui d'Adam, qui mourut subitement le 3 mai i856. Pour le coup, Berlioz avait des chances de succès très sérieuses ; mais il surgit de nombreux concurrents, tant l'occasion semblait favorable aux moindres compositeurs, de sorte qu'il n'y eut pas moins de dix candidats pour l'élection, fixée au 21 juin. Berlioz se multipliait, ne négligeait rien pour réussir, et en annonçant à M. Ber qu'il était le premier en ligne ~, il le priait d'intervenir auprès de la Reinie des Deux-Mondes afin que, dans le numéro du i5, « le rédacteur maniaque de cette revue le dispensât de ses aménités ordinaires et ne plaidât pas contre sa candidature à l'Institut ». Scudo, de force ou de gré, fit
1. C'était bien toujours son vieil opéra, mais remanié sur nouveaux frais après l'insuccès de Londres, éclairci dans certains passages, orné d'une nouvelle traduction de Peter Cornélius, et fixé sous cette forme et dans ces dimensions définitives (trois actes) par une édition allemande et française, publiée chez Mayer et LitoIfF, à Brunswick, et dédiée à Son Altesse impériale et royale Maria Paulowna, grande-duchesse de Saxe-Weimar.- — Benvenuto Cellhii, depuis cette époque, a gagné beaucoup de terrain en Allemagne. Durant ces trois ou quatre dernières années, il a été représenté à Leipzig, sous la direction de M. Nikisch; à Mannheim, sous celle de M. Pauer; enfin, à Carlsruhe et à Bade, en i885, sous la direction de M. Félix Mottl.
2. La section de musique avait classé les candidats dans cet ordre : Berlioz, Félicien David, Niedermeyer, M. Gounod, Leborne et Panseron, ex-cequo, puis Bazin. L'Académie, en veine de faire plaisir à tout le monde, ajouta à cette liste Elwart, M. Adolphe Vogel et Adrien Boieldieu, qui s'étaient également mis sur les rangs.
^li ! î
J^^^Êf:
trêve et cependant, le jour du vote, il ne fallut pas moins de quatre tours de scrutin pour que Berlioz fût élu par 19 voix (ce qui était la majorité stricte sur 87 votants), contre 6 données à Niedermeyer, 6 à M. Gounod, 4 à Félicien David et 2 à Panseron. Il en faisait donc enfin partie de cet Institut, qui l'avait si longtemps repoussé comme élève, réprouvé comme compositeur, évincé comme candidat, et il n'avait pas eu à montrer une persistance égale à celle de Delacroix et d'Abel de Pujol qui, disait-il, s'était présenté dix fois ! ^
Au milieu de l'été, il fut appelé de nouveau dans cette hospitalière ville de Bade qui devait le consoler plusieurs années de suite, et de ses tracas et de ses déboires de Paris. Il s'agissait d'y organiser pour
le 16 août, d'y conduire un grand concert au profit des inondés de France, et deux illustres cantatrices françaises, M™^ Viardot et Vandenheuvel-Duprez, acceptèrent de se joindre aux artistes réunis de Bade et de Carlsruhe afin d'augmenter la recette destinée à leurs compatriotes^. A l'exception de V Imntation à la valse et du Repos de la Sainte Famille, avec solo par le ténor Greminger, le programme était composé presque exclusivement de morceaux de maîtres classiques : Vittoria, Gluck, Mozart, -Etoùa-t-eiiegagnétoutça? Beethovcn, etc. ; mais le succès personnel
— Dans les cotons, bile a eu 1 idée '
d'en vendre à la porte du concert de Berlioz fut assez vif pour le décider à monstre Berlioz. revenir dès l'été suivant. Ce fut cependant
(Nadar, Jonrnal pour rire. . , ,
5 janvier i856.) uuc tristc année pour lui que 1 année iSSy.
Il était vivement préoccupé de la position de son fils qui, par un caprice inexplicable, avait quitté la marine de l'Etat pour entrer dans la marine marchande, et ces inquiétudes l'avaient détourné de toute entreprise musicale. Un moment, il avait été question de monter à l'Odéon le Roméo et Juliette d'Emile Deschamps, accompagné par des fragments de sa musique ; mais ce projet s'en était allé en fumée ; et dans la même année, à huit mois de distance, il avait éprouvé un grave mécompte après une grande jouissance, avec deux ouvrages d'un de ses maîtres préférés : autant le succès à'Oberon
1. A cette même e'poque, il publiait une nouvelle e'dition de son Grand Traité d'instrumentation, et le terminait par un chapitre important sur l'Art du chef d'orchestre, qu'on lui avait demandé d'écrire à Londres lors de son dernier voyage, en vue de l'édition anglaise. Ce Traité considérable était, dès la première édition (1S44), dédié par reconnaissance au roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV.
2. La recette atteignit 4,690 francs, auxquels Bénazet ajouta 5, 000 francs et M"'" Viardot 5oo francs ; cela fit donc plus de 10,000 francs à distribuer aux inondés du Midi de la France.
au Théâtre-Lyrique lui avait causé de ravissement, autant la nonréussite ôJEiiryanthe au même théâtre l'avait consterné comme un échec personnel. Mais voilà qu'arrive à Paris un de ses amis, de ses auxiliaires d'Allemagne, le pianiste Henry LitolfF, et Berlioz, à son tour, l'aide à organiser deux grands concerts : il conduit même l'orchestre au second (2 mai), où M"" Bochkoltz-Falconi vint chanter la Captive, où la Fête, de Roméo, produisit un effet irrésistible.
Hélas ! c'est vers ce temps que les névralgies auxquelles il avait toujours été sujet se fixèrent sur les intestins et commencèrent à le faire horriblement souffrir. A Bade, en i858, elles faillirent l'empêcher de diriger le festival annuel où l'on devait chanter les quatre premières parties de Roméo, avec M""" Charton-Demeur pour les strophes du prologue'. Ces douleurs, quand elles le prenaient, duraient plusieurs jours de suite ; et cependant il ne cessait pas de courir, de voyager. « Je me force à vaincre ma faiblesse, écrivait-il à Morel en iSSg, pour organiser un concert spirituel à l'Opéra- Comique, le samedi saint. Il faut gagner de l'argent et, ce jour-là, je suis à peu près sûr de remplir la salle. » 11 y faisait en- ., , n- 1 * .-,
^ r J Ah ! mon Dieu ! est-ce qu il est
tendre le sommeil de Faust, la scène des devenu sourd, votre mari?
c^ 1 1 i>TT • 7 J-" L /' r^ ^- — Comme vous voyez! Il s'est
Sylphes, l Hymne a la trance Qt l Enjance ^^^^,^. , ^„^^ ^^ ^J^^^^ ^^„^^,,^
du Christ, avec Belval, dont la voix donnait Berlioz
un relief extraordinaire à l'air d'Hérode : (Nadar, jo«rM//w nre,
' 5 janvier iS55.)
ensuite il se rendait à Bordeaux pour diriger
le Corsaire et des fragments de Roméo, de l'Enfance du Christ, dans un festival organisé par la Société de Sainte-Cécile ; puis revenait préparer son grand concert annuel de Bade, où il donnait, le 2g août, la première audition de deux fragments de ses Troyens : le duo de Corèbe avec Cassandre et celui d'Énée et Didon, chantés par M™' Viardot et Jules Lefort. Sur toute la ligne, ovations et bravos.
Mais Berlioz n'était pas au bout de ses labeurs. Il avait encore
I. A la lin de l'année i858, pour re'colter un peu d'argent qui permit à son fils de pre'parer et de passer l'examen de capitaine au long cours, Berlioz autorisait le Monde illustré à publier quelques fragments, judicieusement choisis par lui-même, de ses prétendus Mémoires ; c'étaient les chapitres du début, ceux qui racontaient son enfance à la Côte et ses premières années à Paris, tous récits déjà publiés pour la plupart par la Galette musicale, de 1834 à 1842. Il les faisait adresser à Humbert Ferrand, et comme celui-ci y relevait quelques inexactitudes ou méprises, il lui répondait « qu'il n'avait rien oublié de cet heureux temps, mais que tout cela avait été rédigé de 1848 à i85o et qu'il n'écrivait plus ses souvenirs ». — Ensuite, et toujours dans le même dessein, il publiait chez Michel Lévy (janvier iSSg) un nouveau recueil d'études ou fragments d'articles : les Grotesques de la musique.
accepté de diriger les études (ïOrphée au Théâtre-Lyrique, de faire tout un travail de révision sur la partition afin de la restituer dans sa pureté première, et il poursuivait avec passion cette besogne très ardue, en dépit des crises de larmes et des convulsions de cœur qui lui faisaient souvent tomber la plume des mains. Le chef-d'œuvre, ainsi remis en ordre, apparut le i8 novembre i85g, aux yeux des Parisiens ébahis, et le succès ■ prolongé qu'il obtint renversa pour un temps toutes les idées de Berlioz sur Tinintelligence absolue du public français en matière musicale : « Orphée commence à avoir une vogue inquiétante, écrivait-il avec une aigreur joyeuse. 11 faut espérer pourtant que Gluck ne deviendra pas à la mode. » Cette victoire inespérée était due en partie au grand style, au jeu pathétique de M"" Viardot ; mais celle-ci n'avait-elle pas ajouté des roulades dans un récitatif, ne faisait-elle pas à la fin de l'air : J'ai perdu mon Eurydice, un changement déplorable qui suspendait l'orchestre, modifiait l'harmonie et détruisait l'effet dramatique indiqué par Gluck ? Certes, Berlioz n'était pas homme à passer condamnation sur de semblables fantaisies : il les réprouva publiquement et, si grands éloges qu'il eût tout d'abord accordés à la tragédienne lyrique, elle ne voulut retenir de son feuilleton que la restriction finale. Et de ce jour leurs relations se refroidirent : elle n'admettait pas de blâme, et lui ne voulait plus pour sa Didon d'une artiste qui se permettait de corriger Gluck.
M. Berlioz protîtant de son bâton électrique pour diriger un orchestre qui aura ses exe'cutants dans toutes les réaions du alobe.
((;iiam, Cliar
décembre i855.)