ACTE I
Nocturne.
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HECTOR BERLIOZ 25i
lopper un peu la partie musicale du deuxième acte en y insérant un trio et un chœur; mais cela n'entrait pas dans les vues de Perrin, qui dirigeait alors TOpéra-Comique, et tous les remaniements que Berlioz avait faits en vue de la représentation à Paris ne servirent que pour rimpression, car, ne pouvant faire jouer son ouvrage, il le fit graver : « Je me hâte, disait-il, de couper ou de dénouer tous les liens qui m'attachent à Fart, pour pouvoir dire à la Mort : « Quand tu voudras. » Mais, en sus de cette victoire artistique, il avait emporté d'autres succès à Bade : lui qui était veuf depuis deux mois à peine et qui venait de verser tant de pleurs en réunissant ses deux femmes dans le même tombeau, il éprouva une nouvelle crise amoureuse à soixante ans. Après trente années de vie de ménage, il avait ressenti pour la première fois, dit-il, (c cet affreux duo chanté à son oreille pendant l'activité des jours et le silence des nuits par l'isolement et l'ennui » , et s'était laissé doucement aimer pendant les six ou huit mois que dura cette liaison consolante ; mais quels déchirements ! comme il se sentit le cœur arraché par lambeaux quand il fallut rompre ! Et quel étrange amoureux ce devait faire, s'il était vraiment tel qu'il se dépeignait à son ami Legouvé ! Celui-ci, qui venait de lui dédier son roman de Béatrice ou la Madone de l'art, le rencontre un jour errant dans les environs du vieux château de Bade et froissant convulsivement une lettre. « Elle est jolie, elle est jeune et elle vous aime ; elle vous le prouve ; alors de quoi vous plaignez-vous ? » lui dit philosophiquement son confident habituel, auquel il venait de montrer cette lettre toute pleine de passion. « 11 y a que j'ai soixante ans, s'écrie avec désespoir Berlioz. - — Qu'importe, si elle ne vous en voit que trente? — Mais regardez-moi donc ! Voyez ces joues creuses, ces cheveux gris, ce front ridé... Parfois, tout à coup, sans cause, je tombe assis sur un siège en sanglotant. C'est cette affreuse pensée qui m'assaille ! Elle le devine ! Et alors, avec une angélique tendresse, elle me dit : a Mais, malheureux ingrat, que puis-je faire pour vous convaincre? « Voyons ? Est-ce que j'ai aucun intérêt à vous dire que je vous ce aime ? Est-ce que je n'ai pas tout oublié pour vous ? Est-ce que je « ne m'expose pas à mille périls pour vous? » Et elle me prend la tète entre ses mains ; et je sens ses larmes qui tombent dans mon cou. Et pourtant, malgré cela, toujours retentit au fond de mon cœur cet affreux mot : « J'ai soixante ans ! Elle ne peut pas m'aimer ! Elle ne m'aime pas ! » Ah ! mon ami, quel supplice ! Se créer un enfer avec un paradis ! »
La délicieuse fantaisie, inspirée à Shakespeare par l'Arioste, avec les deux intrigues qui se déroulent parallèlement entre Héro et Claudio,
entre Béatrice et Bénédict, était assez riche en incidents dramatiques pour fournir le sujet de deux pièces musicales tout à fait dissembl-ables : l'une sombre, violente et pathétique ; l'autre aimable, gaie, souriante. La première, qui n'est autre que le célèbre opéra de Berton, Montano et Stéphanie, avait été découpée par Dejaure dans la sombre histoire des amours d'Héro et de Claudio ; la seconde est le joyeux conte de deux amants qui se détestent, se poursuivent de railleries, se harcèlent de sarcasmes et finissent par s'épouser lorsque leurs amis communs leur ont fait découvrir qu'ils s'adorent '. Dans le livret de Berlioz, les divers personnages de Shakespeare : Claudio, Héro, Léonato, Don
Pedro, sont réduits à l'emploi de simples comparses gravitant autour des deux héros et leur donnant la réplique ; mais pour toutes les scènes destinées à relier, à amener ses morceaux de musique, il a conservé mot pour mot le dialogue de Shakespeare. Il a supprimé seulement les épisodes burlesques , ,, et les a remplacés par d'autres de son
/\ invention, pour ridiculiser une fois de
j \ ' plus ses ennemis et donner cours à ses