HECTOR BERLIOZ, PAR CARJAT
{Le BoulemrJ. iSti3 )
triste. N'en parlons plus... » Décidément l'Allemagne était bien la patrie d'adoption de Berlioz, le pays où son génie et ses créations trouvaient le plus d'admirateurs. Non seulement, le duo nocturne de Béatrice et Bénédict, qu'on n'avait entendu qu'une seule fois à Paris, devenait rapidement classique en ces pays et se chantait fréquemment dans les concerts avec un succès invariable (on venait de l'entendre encore avec ravissement à Weimar, dans la séance organisée par la Société de musique pour fêter l'anniversaire de sa fondation par Liszt) ; mais l'ouvrage allait se jouer dans son entier sur divers théâtres, et la grande-duchesse de Weimar, fidèle à ses préférences, décidait de le faire exécuter le i3 novembre, en présence du prince Georges de Saxe : elle conciliait ainsi les honneurs dus à son hôte avec son propre plaisir'.
Cependant Berlioz, depuis la fin de l'été, qu'il courût en Allemagne ou qu'il fût à Paris, n'avait plus qu'une pensée : ses chers Troyens ; qu'un objectif : la représentation de cette tragédie antique. Elle allait voir le jour, c'était chose décidée, au Théâtre-Lyrique ; mais il s'en fallait bien que toutes les conditions rêvées par l'auteur pussent se réaliser dans ce cadre trop étroit, et de vives préoccupations commençaient à l'assiéger : allait-il se voir contraint, faute de temps et d'interprètes, à scinder son œuvre en deux parties, à mutiler son monument virgilien ?
I. Tout récemment encore, en 1887, Béatrice et Bénédict, dont il n'est jamais question à Paris, a été représenté avec grand succès à Carisruhe, sous la direction de M. Félix MottI, qui, non content de diriger l'exécution, recommandait encore l'ouvrage au public par un article enthousiaste inséré dans la Badische Landes^eifung. Cette preuve de tolérance et d'éclectisme est d'autant plus frappante qu'elle émane d'un wagnériste ardent, d'un des grands prêtres du temple de Bayreuth.
ORNEMENT DU PROGRAMME DE « BÉATRICE ET BÉNÉDICT », A BADE, dessiné par Edmond Morin {1862).