LA PRISE DE TROIE
ACTK m
Apparition d'Hector.
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)s de se ranger sur le devant du théâtre pour
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mieux imaginé théorique Berlioz a voulu Cassandre affolée au
au TUcàtre-Lyriquc, il en détacha ce c!i rologuc, tandis iiu'uii rhapsode décla!:!.!
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moment qui va décider du sort de Troie, il n'est pas moins patent que l'effet cherché n'est qu'à demi réalisé et qu'on serait bien en peine de le deviner sans avoir la partition sous les yeux.
Au début du troisième acte, l'apparition d'Hector à Enée et l'ordre qu'il lui donne de fuir ont été remarquablement rendus par Berlioz au moyen d'un récit vocal descendant lentement, par demi-tons, tandis que les sons bouchés du cor jettent sur la scène entière une teinte des plus sombres. Cette première partie n'est-elle pas sensiblement préférable à la deuxième, lorsque Énée et les chefs troyens courent se battre une dernière fois, avant de gagner la mer? Les supplications des Troyennes embrassant l'autel de Cybèle et les furieuses exhortations de Cassandre forment une scène déchirante, où les chœurs de femmes, écrits toujours à trois parties, ont une plénitude et une vigueur rares. Les violentes apostrophes de la divinatrice chassant les femmes lâches du temple sont admirablement soutenues par l'orchestre, et toutes ces héroïnes, succombant sous le nombre, lancent à la face de leurs vainqueurs ce dernier cri prophétique : Italie! Italie!
Cette pathétique partition est le seul de ses ouvrages que Berlioz n'ait jamais entendu, à part un ou deux morceaux exécutés dans les concerts de Bade. En France, on en put applaudir, pour la première fois, un fragment dans le festival à la mémoire de Berlioz, organisé par M. Reyer à l'Hippodrome, le 8 mars 1879, jour anniversaire de la mort du maître ; puis, au mois de décembre suivant, la Prise de Troie tout entière était simultanément exécutée aux Concerts populaires et aux Concerts du Châtelet'. Et rien qu'à voir l'ardeur avec laquelle deux chefs d'orchestre aussi dissemblables que MM. Colonne et Pasdeloup luttaient à qui pénétrerait davantage la pensée de Berlioz et dirigerait le mieux son œuvre, il était bien évident qu'ils avaient lu, qu'ils avaient compris l'avis sarcastique inscrit par Berlioz en tête de sa partition : « L'auteur croit devoir prévenir les chanteurs et les chefs d'orchestre qu'il n'a rien admis d'inexact dans sa manière d'écrire. Les premiers sont, en conséquence, priés de ne rien changer à leurs rôles et de ne pas introduire des hiatus dans les vers, de n'ajouter ni broderies ni appogiatures, dans les récitatifs, ni ailleurs, et de ne pas supprimer celles qui s'y trouvent. Les seconds sont avertis de frapper certains accords d'accompagnement dans les récitatifs tou-
I. Au Châtelet, c'était M"» Leslino qui tenait la partie de Cassandre avec intelligence et sentiment, mais d'une voix sans portée dans le médium et assez forte dans le haut ; chez Pasdeloup, c'était M""' Charton-Demeur, l'interprète préférée de Berlioz et la créatrice du rôle de Didon, qui n'avait plus qu'une voix bien affaiblie, hélas ! et dont les défaillances ne pouvaient plus être masquées par l'énergie de l'accentuation. M. Lauwers, le baryton en titre des concerts du Châtelet, interprétait convenablement le rôle de Corèbe, dont M. Piccaluga changeait le caractère, en ténorisant tant qu'il pouvait, au Cirque d'hiver.
jours sur les temps de la mesure où Fauteur les a placés, et non avant ni après. En un mot, cet ouvrage doit être exécuté tel qu'ilest. » Et voilà comment Berlioz, dix ans après sa mort, put obtenir ce qu'il avait vainement demandé toute sa vie : un opéra de lui exécuté sans observations, avec une obéissance aveugle aux volontés d'un maître absolu.
II n'en avait malheureusement pas été de même au Théâtre- Lyrique, au moment où l'on répétait les Troyeus à Cavthage. Le chef d'orchestre en titre, Adolphe Deloffre, était cependant un artiste expérimenté, mais mou, et qui n'était que médiocrement porté vers cette musique. Et puis, comme Berlioz l'a fort bien expliqué, dès qu'il ne
se sentait pas le maître - X-U^— absolu dans un théâtre,
^■'^^ comme il l'était de son
orchestre quand il faisait répéter une symphonie, son énergie s'usait contre les volontés qui croisaient la sienne, contre les opinions et les terreurs puériles dont on l'obsédait ; à cette lutte quotidienne, il sentait l'énervement le gagner, et « finissait par donner sa démission ».
Cette préparation des Troyeus à Carthage lui causa une grande fatigue morale et physique, d'autant plus qu'il se sentait mal soutenu par certaines gens, disait-il, par ses amis du Journal des Débats en particulier, qu'il trouvait très dédaigneux pour lui et qui ne parlaient presque jamais de ce qui l'intéressait le plus ; mais, en ce qui touche ces derniers, il y avait là quelque oubli, car d'Ortigue avait lancé un article très chaleureux, intitulé : Donnei-nous « les Troyeus » .' où il réclamait la mise à la scène immédiate de cet ouvrage, en s'appuyant sur l'âge du compositeur, sur les chefs-d'œuvre qu'il avait déjà produits, et sur l'importance capitale que cette partition était destinée à prendre dans son œuvre. Non seulement Berlioz suivait les répétitions au théâtre, mais il ne s'en remettait pas au répétiteur du soin d'apprendre leurs rôles aux solistes ; il les leur enseignait lui-même, il les faisait venir chez lui, l'un après l'autre, et leur inculquait patiem-
I. E DUO DE DIDON ET d'anNA SOROR. (Grévin, Journal amiisanl. 28 iiovemhi'e iR63,)
ment les moindres nuances, les moindres inflexions. Pour se délasser, il courait avec Carvalho consulter Flaubert sur des costumes carthaginois', et, quand il rentrait chez lui, il lui fallait retoucher encore en maint endroit son orchestration pour la mettre en rapport avec les
LE « TANNH.EUSER » DEMANDANT A VOIR SON PETIT FRERE. (Chatn, Chariv.iri. li novembre iSd3.)
ressources dont le théâtre disposait ; car si M. Carvalho avait fait des dépenses notables, Berlioz aussi avait payé de ses deniers quelques
I. Berlioz, en dehors de son estime pour le talent de Flaubert et de la commune animadversion qu'ils nourrissaient tous deux pour le public, — ces éternels, ces grossiers imbéciles, comme ils disent, — avait une admiration particulière pour Salammbô. Celte dernière évolution de l'école romantique, renouvelée de Chateaubriand, ces tableaux d'un pittoresque à outrance l'avaient tout ragaillardi; il se promettait même, à ce que racontait Flaubert, d'en tirer quelque ]0ur un opéra. Et le propos doit être vrai, car, même après que Cuvillier-Fleury eut fourni aux Débats deux grands articles sur le roman nouveau, Berlioz, au milieu d'une revue musicale où il célèbre les succès remp or-