‹ Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres;Chapitre 6 sur 85 · XIV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XIV AVANT-PROPOS

faire pour orner ses morceaux de rnusique, et, partant de là, de donner la série absolument complète de ces illustrations musicales dont plusieurs sont déjà presque introuvables ; qui, toutes, deviendront très rares, même celles qu'on peut voir encore en tête de deux ou trois partitions et qui disparaîtront subitement un beau jour, si la planche est usée ou que l'éditeur ne la trouve plus à son goût : n'est-ce pas là ce qui vient d'arriver pour la composition, d'ailleurs asse{ médiocre, qui servait de frontispice au Recueil de 33 mélodies et qui ne figure plus dans les exemplaires nouvellement tirés ? De ce côté, j'ai encore été servi par les événements au delà de mes souhaits. Non seulement les éditeurs de Berlio{, ses éditeurs musicaux, MM. Richault, Brandus et Choudens, aussi bien que M. Calmann Lévy, son éditeur littéraire, mettaient à ma disposition tout ce qu'ils avaient entre les mains : affiches, titres et gravures ; non seulement il m'était possible de retrouver de droite et de gauche des frontispices entièrement oubliés, mais un collectionneur passé maître en fait de trouvailles romantiques, M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, me communiquait une pièce absolument unique et sauvée comme par miracle d'un autodafé général. Bien mieux, nies investigations dans ce sens m'amenaient à découvrir un filon précieux, toute une suite de lithographies de Boulanger et de Devéria sur les représentations de miss Smithson au plus beau moment de sa carrière, et ces pièces rares, jointes aux portraits que j'avais déjà recueillis de l'illustre tragédienne, allaient donner à mon ouvrage tout le lustre romantique désirable.

Ma tâche était terminée et les dernières feuilles de ce livre allaient être mises sous presse lorsqu'un renseignement digne de foi me lança sur une nouvelle piste. Il y a déjà dou^e ou quin{e ans, M. Hugo de Senger, directeur des concerts de l'orchestre de la ville de Genève, achetait che^ un marchand de curiosités de cette ville deux précieuses reliques de Berlioi : un petit portrait en couleur et l'exemplaire de la partition des Troyens que le maître avait donné à son fils, avec dédicace appropriée au caractère du jeune marin. Je connaissais déjà le portrait, dont M. Hugo de Senger avait fait cadeau à M. Ernest Redon et que celui-ci m'avait communiqué dès le premier appel ; mais qu'était-il advenu de cette partition unique ? Elle était également sortie des mains de M. de Senger, qui l'avait offerte à M. Alexis Rostand, de Marseille ;

AVANT-PROPOS xv

et ce dernier, malgré le prix qu'il attache justement à cet exemplaire, a bien voulu me l'expédier : grâces lui soient rendues pour son obligeance empressée qui jne permet de reproduire ici cette triste et fièrc dédicace, où le grand artiste a laissé percer son découragement, où le père a mis toute sa tendresse. Maintenant, comment ces épaves du maître sont-elles allées, après la mort de son fils et la sienne, échouer che{ un brocanteur de Genève? C'est ce qu'il serait malaisé de raconter de façon positive et ce qu'on peut soupçonner pourtant, quand on connaît la fin de la vie de Berlioi' .

Et voilà que j'ai fini. Sans y prendre garde, en laissant courir ma plume avec la seule idée de payer à chacun ma dette de reconnaissance, il se trouve que j'ai raconté de quelle façon il m'était devenu presque impossible de ne pas composer ce nouvel ouvrage et comment ce gros volume avait pris corps. L'auteur, à présent qu'il en est quitte, aurait mauvaise grâce à ne pas remercier tous ceux qui, par leur aimable insistance, l'ont décidé à entreprendre ce travail, tous ceux qui, par leur obligeance et leur bon vouloir, l'ont mis à même de le faire aussi exact, aussi complet qu'il était en son pouvoir. Mais, il doit bien l'avouer, ces demandes si flatteuses, ces promesses si encourageantes seraient demeurées j'aines s'il n'avait dû retrouver le concours fidèle et précieux d'im ami tel que M. Faiitin- Latour, s'il n'avait été sur qu'une égale admiration pour les deux maîtres de la musique en cette fin de siècle échauffait l'imagination de l'artiste, et le ferait s'employer d'aussi grand cœur à l'exaltation de Berlioi qu'à la glorification de Richard Wagner.

I. Cette partition, en plus de la dédicace, est également intéressante et par s.j date et par sa disposition. En 1862, Berlio^ était encore persuadé qu'on exécuterait son « opéra » tel quel, en une seule soirée. Aussi, cette partition pour piano et chant, gravée à l'avance cl tirée uniquement pour Vauteur, forme-t-elle un gros volume de 4S0 pages, marqué du prix de i'5/r. nel, mais sans indication d'éditeur, n'ayant qu'un seul titre : les Troyens, et divisé en 5 actes (le 1" comprend les deux premiers de la Prise de Troie et le 2° équivaut au 3° du même ouvrage; le 3' est le même que le 1" des Troyens à Cartilage; le 4' comprend les 2° (Citasse royale) et 3' du même ouvrage; enfin, le 5° correspond aux deux derniers des Troyens à Carthage). — A la fin se trouve aussi l'avis imprime qu'on peut lire à la dernière page des Troyens à Carthage ; seulement il est plus long dans sa forme première et se termine ainsi : « Si les mouvements sont bien pris et tien soutenus, la durée de chaque acte sera la suivante : i" acte, 52 minutes; 2°, :;i; .?% 40 ; 4°, 4-; 5", 4?. Total, 206 minutes. Avec quatre entr'actes de i5 minutes chacun, la représentation devra durer 4 heures et 26 minutes ; commencée à 7 h 1/2, elle devra finir un peu avant minuit. » — Enfin, ce qui fait le grand intérêt de cette partition au point de vue musical, c'est qu'on y trouve l'air de Narbal et la cavatine d'.inna qui doivent précéder les airs de ballet dans les Troyens à Carthage et qui n'ont jamais paru dans aucune partition mise en vente.

Page 1