‹ Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres;Chapitre 60 sur 85 · LE FAMEUX DUO DE DIDON ET DENEE · texte numérisé non relu

LE FAMEUX DUO DE DIDON ET DENEE

Les paroles chantées par Didon et Ene'e dans ce duo ne donnent pas une excellente idée de la pureté' de leurs intentions... Heureusement qu'une dépêche électrique venant d'Italie ramène Énee à des sentiments sérieux et moins inconvenants.

(Grévin, Journal amusant^ 28 novembre iS6j.)

manquait votre main'. » Le fait est que la première représentation, un peu plus agitée cependant que Berlioz ne le dit, ne fut pas signalée par des manifestations trop accentuées, si bien qu il put se flatter un

I. A coté de M"" Charton-Demeur (Didon) et de Monjauze (Énée), se groupaient M"" Dubois et Estagel (Anna et Ascagne) ; MM. Petit (Narbal), Péront (Panthée), Dequercy (lopas), Cabel (Hylas), Guyot et Teste (deux soldats troyens). M. Jouanni, de la Comédie-Française, déclamait les strophes du rhapsode, dans le prologue.

instant d'avoir obtenu presque un succès : il semblait que la conviction du maître eût, pour un soir, imposé le respect à tous ses auditeurs.

Bien plus, la lecture des journaux vint confirmer cette impression première : il les étudie, écrit-il à Ferrand, et presque tous donnent à l'auteur d'enivrants éloges. La presse, alors, dans son ensemble, à part quelques détracteurs obstinés dans les grands journaux et les plaisantins de la petite presse, était assez bien disposée envers Berlioz, ou, pour mieux dire, elle était indécise. Au fond, elle goûtait peu sa musique sévère et s'égayait de son culte insolite pour le grand art; mais elle n'osait se prononcer en bien ni en mal sur un compositeur dont la haute situation lui imposait : il était bien clair qu'il n'avait pas de génie et l'on raillait ceux qui pouvaient soutenir un paradoxe aussi criant ; mais n'avait-il pas quelque talent, depuis qu'il était membre de l'Institut, et n'avait-il pas rencontré de ci de là, dans cet ouvrage, quelques élans d'inspiration mélodique ? La critique, au commencement, demeura donc sur ses gardes : ne voulant pas marquer une admiration qui était loin de son cœur, n'osant plus déverser sur lui tous les vieux quolibets, au moins tant que le public n'aurait pas indiqué dans quel sens il penchait, elle s'en tira par des lieux communs sur la hauteur de vues de l'artiste, sur son élévation de pensée et son culte de l'antiquité ; elle rendit hommage à ses convictions, à sa persévérance, à sa science orchestrale ; unanimement, elle admira, vanta le septuor « qui tranchait si heureusement sur le reste de l'ouvrage », et se jugea fort aise d'être débarrassée à peu de frais d'un compte rendu délicat, après une soirée qui avait paru généralement fort ennuyeuse. Et c'est ainsi que le fils de Berlioz, qui suivait toutes les représentations et qui les relatait à son père quand celui-ci était trop souffrant pour aller au théâtre, put recueillir a soixante-quatre articles admirables eu favorables ». Le jeune marin n'était guère au courant des choses de la presse et l'on peut avancer, sans crainte de se tromper, qu'il n'y eut pas, dans le nombre, plus de huit ou dix articles exprimant une admiration sincère et désintéressée, ceux de Gasperini, de d'Ortigue, de Léon Kreutzer, de Damcke, etc., que l'auteur nomme avec reconnaissance : encore faut-il retirer de la liste qu'il dresse un ou deux noms, Fiorentino par exemple, dont l'article pouvait être laudatif, mais n'avait aucune valeur musicale ni autre, Berlioz devait bien le savoir'.

I. Louis Berlioz ctait en eflet à Paris au moment des Troyens, et ce fut une grande joie pour Berlioz que son fils, qui n'avait jamais entendu de lui que le Requiem, à six ans, et l'Enfance du Christ, à vingt-cinq, pût connaitre enfin son dernier ouvrage. Il était tellement ravi de l'avoir à ses côtés, après un voyage à la \'era-Cruz, qu'il en oubliait ses anciens griefs contre lui : « C'est un brave garçon, dont l'esprit et le cœur se développent tard, mais richement », écrivait-il vers cette époque à Ferrand.

Ces articles, dit-il, le remplissaient d'une joie qu'il n'avait pas éprouvée depuis longtemps ; il reçut en outre un grand nombre de lettres, les unes éloquentes, les autres naïves, toutes émues, qui le touchèrent profondément ; il en cite une en particulier de la comtesse Callimaki qui fit couler ses larmes; à plusieurs représentations, il vit des spectateurs pleurer comme lui-même ; il assure avoir été arrêté dans la rue, à diverses reprises, par des gens qui lui serraient la main et le remerciaient d'avoir produit un si bel ouvrage et il ajoute : « N'étaient-ce pas là des compensations aux insultes de mes ennemis, ennemis que je me suis faits, moins encore par mes critiques que par mes tendances musicales ; dont la haine ressemble ïj^v-^^^-^^-N à celle des filles publiques pour les femmes honlêtes et dont on doit se trouver honoré ? » Voilà

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