o HECTOR BERLIOZ
suis Gluck; tu m'admires, tu as parle de mon Alccstc avec une rare éloquence et tu déshonores aujourd'hui mon récitatif, si mâle dans sa sobriété, si grand dans sa simplicité. — Le deuxième : Je suis Spontini. Tu as aimé ma Vestale plus que na fait Licinius ; tu te dis mon disciple et tu éteins avec l'eau bourbeuse de tes mélopées traînantes le rythme enflammé : Arrachei ces bandeaux, que j'ai légué à mon compatriote Rossini. — Le troisième : Je suis Beethoven, l'auteur de tant d'immortelles symphonies, arraché brusquement par ta symphonie de la Chasse royale à ces rêves de la tombe que font les illustres morts sur le chevet de leur gloire. — Le quatrième : Je suis Carl-Maria de Weber. Après avoir appris à mon école le coloris instrumental, tu me voles ma palette et mes pinceaux pour barbouiller des images dignes d'un peintre d'auberges. 5) Que voilà une œuvre musicale étudiée avec fruit, jugée avec compétence, et qu'il aurait été plaisant de savoir comment Jouvin aurait apprécié Gluck, Spontini, Beethoven et Weber, s'il avait eu à parler d'eux de leur vivant et dès l'apparition de leurs chefs-d'œuvre ! Il les aurait traités exactement comme il a fait "Wagner et Berlioz qui, pour lui^ n'étaient que de pauvres sires auprès d'Auber et d'Adam.
Le second acte des Troyens, l'intermède orchestral de la Chasse royale, avec danses et jeux mimés sur la scène, avait été la pierre d'achoppement de l'œuvre ; elle avait irrité les uns, réjoui les autres et soulevé de nombreux quolibets; bref, Berlioz en avait toléré la coupure dès la seconde représentation. 11 avait repoussé le biais imaginé par des amis de jouer sa musique avec le rideau baissé, jugeant qu'elle était inséparable des mouvements réglés sur le théâtre, et en cela il avait bien fait ; mais il aurait fait mieux encore de ne céder ni devant les rires du public, ni devant les colères de la critique : en faiblissant, il n'était plus Berlioz. Il fallait rire au nez des rieurs et laisser l'écrivain cité plus haut s'écrier avec des airs d'oracle : « Si les violentes et horribles dissonances qui se poursuivent à travers les voix de l'orchestre sont de la musique; si ce charivari, qui dépasse en mystification la pitoyable et vaniteuse déconvenue de Jean-Jacques au concert de Genève, est de l'art, je suis un barbare ! et j'en suis fier ! et je m'en vante ' ! » Aujourd'hui, quel est le barbare, unanimement reconnu, du critique ou du compositeur ? Et cependant Berlioz, avec son humour et son amertume habituels, avait bien inscrit les réflexions suivantes sur le manuscrit de ce morceau capital à ses yeux : « Dans le cas où le théâtre ne serait pas assez vaste pour permettre une mise en
I. Le savant critique était brouillé, parait-il, avec les Confessions, qu'il se piquait de connaître, aussi bien qu'avec la musique de Berlioz, car ce mémorable « concert de Genève » eut lieu à Lausanne.
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