‹ Hector Berlioz, sa vie et ses œuvres;Chapitre 65 sur 85 · SECOND VOYAGE EN RUSSIE. — ■ MORT DE BERLIOZ · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE EN RUSSIE. — ■ MORT DE BERLIOZ

E fut le dernier déboire et le plus cruel pour Berlioz que la défaite des Troyens. En voyant l'œuvre chérie de ses vieux ans, délaissée par le public et dépecée par la critique, s'émietter de soirée en soirée, il se sentit atteint au plus profond de son être et perdit courage. Ils lui rendirent cependant la liberté, ces malheureux Troyens, et lui permirent de « rejeter ce boulet de la critique, qu'il traînait depuis trente années » ; grâce aux doubles droits d'auteur qu'il avait touchés pour le poème et pour la musique, augmentés du prix de vente de la partition pour la France et l'Angleterre, il put se constituer un revenu à peu près égal à ce que lui rapportaient ses feuilletons des Débats, et tout aussitôt, soit dès les premiers jours de 1864, il cédait définitivement son poste de critique à d'Ortigue. Ils lui valurent aussi, ces Troyens tant abîmés, la croix d'officier de la Légion d'honneur. Et, dans la joie que lui causa cette nouvelle, — en raison du plaisir qu'elle fera à ses amis, dit-il, et du déplaisir qu'elle causera aux autres, — comme il se départ vite de sa raideur, de son amertume et de sa défiance; avec quelle candeur il rapporte que, dans un dîner officiel chez le maréchal Vaillant, Samson chancelait sous le poids de sa joie et que Mérimée, « un grand écrivain », lui a dit : « Il y a longtemps que Ton aurait dû vous nommer officier ; et cela prouve bien que je n'ai pas encore été ministre » ! Pauvre Berlioz ! s'il avait su que Mérimée, au lendemain de Tannhœuser, se délectait si fort du cruel propos d'Auber : « C'est du Berlioz sans mélodie » !

Cependant, il trouvait quelque consolation à ses précédents insuccès du côté du Conservatoire, où la nomination de son ami George Hainl au poste de premier chef d'orchestre allait amener, pensait-il, un revirement en sa faveur. On y chantait la Fuite en Egypte, avec le ténor Warot comme soliste, et Berlioz, très heureux des bonnes dispositions de la Société, lui donnait en toute propriété la masse entière de sa musique, sauf les opéras ; les parties séparées d'orchestre et de chœurs, gravées et copiées, nécessaires à l'exécution de tous ses ouvrages : « Cette bibliothèque musicale, qui aura du prix plus tard,

disait-il, ne saurait être en de meilleures mains. » Mais ce qui lui déplaisait souverainement alors, c'était que, sous prétexte de Thonorer, on offrit au public quelques-unes de ses œuvres sans les avoir suffisamment répétées. S'il exigeait que la Société des conceits remît à plus tard divers fragments de Roméo et Juliette, c'est parce qu'on n'aurait pas eu le loisir de les bien apprendre ; et, dans le même temps, il s'irritait contre Pasdeloup qui avait fait chanter une scène des Troyens aux concerts de l'Hôtel de ville sans même l'en prévenir. Après l'insuccès des Troyens, disait-il, il tenait beaucoup à n'être pas exécuté à demi ; et lorsque Carvalho lui demandait de venir, à l'instar de David et de Gounod, diriger le septuor des Troyens dans un concert

spirituel qu'il organisait au Théâtre-Lyrique, en 1864 : a Non, répondait-il amèrement, je n'ai pas de robe rouge et ne puis fio-urer dans cette cérémonie du Malade

imaginaire. »

Tout le début de cette année avait été très pénible pour Berlioz, que ses douleurs de névralgie intestinale avaient repris OPINION DE j. i-KUbHOMME ^^qç. ^^q violcnce cxtrênie. Au milieu de

SUR«LESTROYENS». ,,,,., . -, , , .,

1 ete, il avait eu le bonheur de recevoir la

Bizarrerie des pre'visions humaines !

Vu les réchauds, j'aurais parié une visite de Louis, revenant du Mexique, et

prise de tabac contre une pichenette ^omme il le dit, lui, SOn fîls et Stephcn quelle se serait perie par le charbon... ' ' *

et la malheureuse avale un sabre de Hcller avaient mis, quinze jours durant, „, .. , , , leurs tristesses en commun: mais quand

(Greviii, Journal amusant, ' 1

28 novembre iS63.) \q marin fut reparti, il se trouva plus isolé

que jamais dans la capitale et fut saisi d'une irrésistible envie de quitter Paris, de se retremper dans l'air pur du pays natal. Il partit aussitôt pour Vienne, où son beau-frère et ses nièces le reçurent à bras ouverts ; mais quel saisissement lorsqu'en entrant dans le salon de famille il vit le portrait de sa sœur Adèle, morte seulement depuis quatre ans ! Après quinze jours délicieux passés à Estressin, dans une quasi-solitude, auprès de ses nièces qu'il aimait passionnément en souvenir de leur mère, il reprit le chemin de Lyon, non sans faire auparavant un pieux pèlerinage aux lieux où s'était déroulé son premier roman d'amour. Il savait qu'Estelle, autrement dit M""" Fornier, habitait Lyon ; vite, il court chez elle et se présente, une lettre brûlante à la main. La vieille dame le reçoit par politesse et répond avec une réserve inquiète à ses déclarations de moins en moins déguisées ; puis elle le congédie, et quand Berlioz, le lendemain, vient lui proposer une loge pour entendre Adelina Patti, au

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