KART
Avant d'écrire les trois ouvrages qui ont immortalisé son nom : la Critique de la raison pure, de la raison pratique, et du jugement, Kant appartenait à Técole métaphysique de Wolf , comme ses premiers écrits en font foi (1). Il est curieux de lui entendre raconter comment le souvenir de David Hume interrompit son sommeil dogmatique, et changea complètement la direction de ses recherches dans lé champ de la philosophie spéculative. Le criticisme fut la fusion intime de ces deux éléments : la métaphysique dogmatique d^une part, et l'empirisme sceptique de Tautre.
Avant d'exposer et de développer son système, Kant se pose d'abord cette question préjudicielle : « Comment les jugements synthétiques à priori sont-ils possibles? ))
(1) Emmanuel Kani, collection complète de divers traités rangés par ordre de date (1767).
Un jagement synthétique se distingue d'un jugement analytique en ce que les jugements analytiques sont purement explicatifs , le sujet renfermant déjà, implicitement tout ce qu'exprime le prédicat. Les jugements synthétiques, au contraire, sont extensifs, parce que, à la notion du sujet, le prédicat ajoute toujours quelque chose.
Pour faire des jugements analytiques, on n'a pas besoin de Texpérience, puisqu'il suffit de décomposer dans ses éléments la notion complexe. Au contraire, tous les jugements empiriques sont synthétiques, parce que chaque expérience faite agrandit le cercle de la notion. Cependant il est aussi des jugements synthétiques qui ne reposent pas sur Vexpérience. Par exemple, dans cette proposition : tout ce qui arrive a une cause, on lie à un phénomène quelque chose qui en différé essentiellement, et de plus , cette liaison a un caractère de nécessité et d'universalité qui ne peut relever de rcxpérience. Cest sur les jugements de celte nature que repose toute notre connaissance spéculative à priori. Mais quelle est cette X sur laquelle s'appuie rinteliigence quand elle fait de pareilles synthèses 7 11 y a là un problème, de la solution duquel dépendent les progrès réels, positifs, que nous pouvons feire dans le domaine, de la connaissance rationnelle pure.
Si la métaphysique est restée dans un état d'incertitude et de contradition, c'est qu elle n'a pas vu claire-L
Dicni la différence qai existe entre les jugemwls «nalytiqae^ et sjntbétiqiies, et qu'elle ne t!m p«» même posée }^ qoestîon. Déçireose d'itiNiQdODiier te termin de rexpérieûce , ^le élevii aaaniôt que posrihkf TédiOce de la spécolatioQ^ saps rechereb^^ d'abord si ks fonde* menls étaient asseï $oMdes pour poa?oîr le sapporter , et les résultats auxquels elle arriva , furent sophistiques en ce que, soq vent elle regard» comme une comaisBance HQUTelle ce qui n'était que la pure analyse d*iine notion dé}^ e^islLante , et mit ainsi des définitions nominales à la place des progrès de la pensée. Par là, cedog[ma- Usme sans fondement prêta le flanc au scepticisme qui , après avoir renversé sans beaucoup de peine des propositions 4 pwri posées sans examen , alla même jusqu'à nier la possibilité de la métâHi^bysique, et attribua à une purç illusion de rhabitMde la nécesaité et Vqniversalilé qui forme le caractère propre des notions rationnelles. La mélbode critique doit nous protéger contre ces attaqties dq scepticisme. Une étude sérieuse, de notre propre esprit nous montrera, si nous pouvons avoir Fespéra^ce de con^ruire le syçtème des jugements synthétiques à prim, ou bien > si UQUS devons reeonnaître les bornes de notre raison et avouer notre impuissance. Mais, dana tous les cas , les difficultés que présente la méthode critique ne doivent ni ébranler notre courage ni lasser noire persévérance. « La métaphysique est une science dont Tesprit humain ne sau-
raie se passer; on peut , il est vnu , coaper toutes les liges qm ont poussé jusqu'à présent , mais on ne saurait arracher ia racine* L'homme n'abandonnera les recherches méiaphjsiqttes^ que le jour où il cessera de respirer pour ne pas respirer un air impur (1). »
Kant apprécie lui-même avec beaucQup de sagacité et de profondeur, ce que sa méthode a de ré^oluticm* naire en philosophie. Jusqu'à inrésent, dit-il, on a admis que toutes nos connaissances devaient se régler sur les objets... et on est arrivé au néant. Qu'on essaye donc si noua n'arriverions pas plus vite à la solution des problêmes métaphysiques , en admettant que les dBfets doivent se régler sur notre connaissatice« Tout c^ se réduH à la pensée de Copernic, qui ne pouvant mener à bonne fin ses explications des mouvements célestes, en adoptant que toutes les planètes tournaient autour du spectateur , prit le parti de laisser les astres en repos, et de fiiire tourner le spectateur autour d'eux (2).
La question de la connaissance ainsi posée^avec netteté et sans ses termes les plus généraux , nous allons essayer démontrer coramentelle est résolue parKant,cn donnant une analyse rapide de son système.
Il y a deux éléments de la connaissance : 1*" les im-
(1) Pfélégomène* dé touie mitaphytiqme à venir, — Critiqua de la raison pure, p. xv.
(2) Critique de la raison pure, préface de la seconde édilioa. — Michelct,Goschicle der Letzten, etc., etc.
pressions produites sur le moi par les objets : la matière^ de la conoaissance ; ^ sa forme qui est le résultat de facultés Inhérentes à la nature du moi. La matière de la connaissance est multiple, yariable ; au contraire, les formes dans lesquelles les impressions fournies par les objets viennent se synthétiser, sont nécessaires «tin variables. On peut ramener à trois les rapports do moi à Tobjet , et par conséquent la faculté cognitive sesubdivisera en trois autres facultés secondaires : la sensibilité , Tentendement et la raison.
La sensitnlUé synthétise les impressions qui lui sont immédiatement transmises par les objets , elle en fait des totalités appelées perceptions (anschaoung ); les for-* mes de la sensibilité, en vertu desquelles cette synthèse: s'opère , sont V espace et le temps.
Par l'intervention deFactivité, /'en^efu/emenl généralise à des degrés différents les perceptions qui ont été le dernier terme atteint par la sensibilité; et à son tour il imposera certaines formes à ces perceptions. Ces formes (catégories) sont au nombre de quatre: la quantité, la qualité, la relativité ei la modalité,
La raison continue l'œuvre de lentendement, et, de généralisation en généralisation , elle arrive à un principe qui nen suppose pas d'autre au-dessus de lui : c'est 1 inconditionnel , Tabsolu, qui par Tintermédiaire des catégories, des formes générales dont nous avons parlé, vivifie toutes les connaissances particulières.
L'absolu se révèle à nous sous (rois aspects : par rapport à Tensemble des phénomènes physiques , c est la nature; par rapport aux phénomènes qui ont pour
sujet Tétre sentant, cest rame; enfin, par rapport à la condition suprême de la possibilité des êtres, c'est Dieu (ly.
H est bon de remarquer que Kant ne sort pas du point de vue psychologique. La critique de la raison pure nous fait connaître, non les objets , mais la connaissance que nous croyons avoir des objets, et nous apprend à la coordonner. Les mots même d'absolu, de nécessaire , ont un sens tout-à-fait subjectif, et qui ne s'applique qu'à la constitution particulière de l'esprit hunoain. Si nous voulons sortir de nous-méme, si la raison veut s'élancer au-delà de l'observation , elle dcyient transcendante, et n'enfante plusque des chimères. Dans la connaissance , la raison est seulement régu-^ lative, ce n'est que dans la pratique qu'elle est constitutive. Nous sommes condamnés à ne connaître que des phénomènes, l'essence des choses (dos Ding an sicli) nous échappe, et ces trois grandes idées, la nature, l'âme, Dieu, sont elles-mêmes des postulats ^ qui ne trouveront leur légitimation que dans la raisoii pratique.
(1) Kaat, Cntique de la raison pure, 6' édition , poMtm. -r Mtchelet, op. cit. — BarchondePenhoen, JP^i7o5op/i»e allemande. — Hegel, Histoire de la philosophie.
Dans la rakioo théorique , Tobjet de la connaissauc^ est en dehors da moi » et ne se révèle à lai que doublement transformé par les organes et |lar les formes Inhérentes à la nature dé l'esprit hâmain, AU point de vue de la raison pure, la vérité ne peut donc exister pour le moi» ou , ce qui revient au même , il ne peut àavc^ si elle existe^ puisqde pour le vérifier, il faudrait se mettreen dehors de l'humanité. Aucontraire» la raison pra-^ tique nous élève complètement au^4eastis <ta mofide, des sens et des causes naturelles* Les vdlilidbs du moi constituent uhe sphère qui lui appartient en propre. La liberté notis est donnée à prioH ( par l'observation interne ). La loi morale est absolue et indépendante de toute expérience, car la volonté est autottomiqué. Mais qu'est-ce que c'est que le devoir qui ne t^nfe^ttie que la notion abstraite du devoit*, la volonté qui est identique avec elle-même parce qu'elle ne veut rien encore? Si nous en t'estions là , une critique de la raison pratique serait inutile ou même impossible , car la volonté ne pourrait jamais s'égarer, devenir transcendante. Mais il ne saurait en êti^e ainsi. Comme les actes de la volonté réagissent sur la sensibilité, il doit y avoir dàn» la volonté même , un côté par lequel elle se rattache à la sensibilité ; ce sont les inclinations, les appétits (Tfiebe), De même que l'espace, le temps, et les catégories de rintelligencê étaient vides sans les impressions, ainsi la loi générale du devoir serait vide sans la volonté empi-
ri(|ae* Mais comme la volonté empirique puise au dehors dette^roèBie les molîfs des aes dôterminaiious, elle est en opposition avec la volonté rationnelle; elle est hélinmo' miqm (i). Il y a donc combat , tulte eoutiiuieile , entre la loi du devoir, imperionnelle» ahsoloe, et les i nolinations easentieUement contingentes et individuelles , entre le principe aulonooiiqtte, et le principe héiérononik|ue de la volonté, entre la voix de la conecience qui nioas dit : « Soie verlneux , » et la voix de l'intérêt indifidoet qui nouadH: ce Sois heureux. )> CoawM t'assymfÉole, ees deux directiofts.se rapprochent saus jamais parvenir à se confiondre, du moins dans cette vie« Aussi la loi de moraKtè ne penl être exprimée que $pm la fomse d'an tmpànil^ eatéçùfiqMe ; Dégage le phis pos&iUe la volonté de tout motif sensible , particulier ; agis de telle s(H?te , qm la volonté puisse devenir une règle untvtrsdle dans la legialaiioii des èlres raisonnablt&
Cependant Talliance de la vertu et du bonheur qui eonstitoele seaverain bien, doit existof un jour; un nnoment itrri yera, où ces deux tenim eu apparence contradîrlQAreSy vieudroot se confondre et s*idenliier. C'est sur la nécessité d'une véalisaliou inale de la moralité que repose l'imm0ft4MH ék fdm^tcwomt (exmlenee de IHeu
(1) La contradiction que noas avons signalée dans la critique de la raison pure, entre le phénomène et la substance, se reproduit ici entre la liberté a^liraitA ei Fa^tei déterwoé^ entre la loi générale du drvoiff ti W deitoii! pariicalMi.
découle de la nécessité d'une autre Tic, dans laquelle la somme de bonheur sera proportionnelle à la somme de vertu.
Les deux facultés de Tesprit humain que nous avons examinées jusqu'ici, sont la faculté de connaître et celle de vouloir. Nous avons vu qu'elles sont régies par des lois différentes, puisque dans l'une c*esl rinielligence» dans l'autre la raison qui est constitutive; il s'agit de savoir maintenant, s'il n'y a pas de transition possible entre la nature et la liberté , le sensible et le rationnel , ou s'il faut encore renvoyer la s<rintion de ce problème dans un progrès, un avenir indéfini. Kant croit avoir trouvé dans \e jugement qu'il considère comme une fa^ culte spéciale, le médiateur souhaité» entre l'intelligence et la raison.
Le jugement est la faculté de concevoir le particulier comme renfermé dans le général. Cette unité du géné^ rai et du particulier se révèle à nous dans deux espèces de produits: les œuvres de l'art et celles de la nature. La critique du jugement se divisera donc en deux par^ ties; l'une aura pour objet les jugements es^A^^t^m^s, l'autre s'occupera des jugements téléologiques.
Dans les jugements esthétiques, l'objet est ou n'est pas pour nous ce qu'il doit être (i) , si à son idée se lie
(1) La traduction exacte de TexpressioD employée par Kant (Zweckmœssig) serait : conforme à son hut. Mais nous n'avons pas
îromédiatemeot un senlfment de plaisir on de peine.
Ce qui caractérise les jogements esthétiques, c'est: 1« de donner lieu à un sentiment agréable ou désagréa^ ble; â" d'être complètement désintéressés, et par con^séquent les mêmes chez tous les hommes; S"" de ne procurer aucune connaissance de Tobjet ; k"" d'être indépendants de l'idée d'un but.
Dans les jugements téléologiques , nous considérons ]es objets par rapport à telle ou telle fin. L'idée tcléologique la moins élevée est celle qui envisage le but et le moyen comme deux terndes séparés. Ces deux termes viennent se confondre dans l'organisme. Là, toutes les parties sont ordonnées par rapport à Tensemble, et l'en* semble lai-même par rapport aux détails. Sons la forme la plus élevée, le jugement téléologiqne regarde la nature comme un vaste organisme dans lequel l'idée et la réalité sont identiques.
Ici nous pourrions croire que nous avons décidément abandonné le terrain de la psychologie, pour entrer dans le domaine de là spéculation , de la vérité absolue ; mais c'est une illusion que Kant ne veut pas nous laisser. (( Surtout gardons-nous d'oublier, dit-il en terminant , que les jugements, soit esthétiques, soit téléo*
cru devoir employer celle ezpresBion, parce qae nous disons un peu plus bas, avec Kanl, que i*un des caractères des jugements esthétiques, c'est d'être indépendants de l'idée du but Cohne VorêteUung eineê Zweeks).
logiques, ne peuvent porter sur une beauté, une harmonie objectives. Ce sanê de$ pures ecncepiUms de notre espriê, » Ainsi , en réaKté, la critique do jogencaC, bien qu'elle soit le dernier mol do criticisme, ne nous fait pas faire un pas de plus que la critique de la raison pure. C'est toufours le môme travail de Pénélope ; et, après beaucoup d'efforts poor rèsoodre les anliiHimies , et flottir du dualisme ^ la cmdusion est ewore le dualisme et lea antinomies.
Le grand mérite de Kant , le service essentiel qoll a rendu à la science, c*est d'aroir reconquis le point de Yue de Socrale. Après avoir nettement posé la grande question de la conoalssaiice , et proclamé les droits dé k coDscifloee individodie , tl a mis an service de sa polémique^ contre fancienne métaphysique, une sagacité et une prefScmdear d'analyse qoe nul pevt-étre n'a pos^ sédées à un degré aussi éminent. Pour les résultafs po* sitif» de sa philosophie , ils sont nuls o» à^peo^rès.
Avec cet eiposé> incomplet sans doute, é^ ta phHeso^ pbie de Kant , mai» sulisa^t povr le but qi^eneos nous sommes piroposé , le pomi de départ de la' dernière période de la phAosaphie aUeaaode se tponve déter« miné. Noos n'aoron&plus, mainleoanê» qu'à indiqueren quelques mots, le caractère sailhmt des phtlosophtes sor^ttps du Kantianisme, et dent le progrès, le défieleppement successif, a pour dernier résultat la doctrine de Hôgel.
JAGOBI.
Nous avons déjà vu, que le crilicismes'appuyail surtout sur la philosophie anglaise» représentée par le scepticisme de Hume ; au contraire, le système du satoit immédiat a son origine dans la philosophie française et la métaphysique allemande. Jacobi s'élève avec force, contre le formalisme abstrait du philosophe de Kœnigsberg, et cependant, bien que son point de départ soit opposé , il arrive aux mêmes résultats, tour Jacobi , comprendre , c'est donner à l'objet de la connaissance la forme du médiat et du contingent; vouloir connaître l'absolu, c'est en changer la nature, en faire quelque chose de flni. Tout ce que la raison peut connaître par l'analyse, la synthèse, le raisonnement , en un mot, par son activité , sont des choses finies , et la raison ellenrôme rentre dans la catégorie dos choses finies, a L'intelligence isolée est matérialiste, elle nie l'esprit et Dieu; la raison isolée est idéaliste, elle se déifie elle même. » Dieu ne saurait être l'objet d'une connaissance médiate, il peut seulement être cru, être accepté comme une donnée, comme un fait. On voit que la foi de Rant et de Jacobi sont différentes. Pour l'un Dieu n'est qu'un postulat, le Deus ex machina , qui doit ré'
coudre les antinomies de la raison , concilier la nature
et l'esprit, la vertu et le bonheur : pour l'aulre, c'est l'objet d'une intuition immédiate» d'une révélation qui ne diffère de la révélation dans le sens théologique, qu'en ce qu elle est donnée directement à chaque individu , dans le témoignage de sa conscience. De celte manière , la réalité objective est restituée, aux idées du monde suprasensibie , et l'organe qui la perçoit étant l'intuition jmmédiate, une grande importance est acquise dès-lors aux faits primitifs de la conscience. Chez Kant , la connaissance est le résultat de la réflexion subjective ; chez Jacobi, au contraire, elle est révélée ; pour l'un c'est l'intelligence abstraite , pour l'autre la raisim abstraite qui est le principe fondamental. Cependant l'esprit tend à l'unité de conscience, et ce besoin de l'esprit donne lieu à des recherches plus profondes.
FIGHTI!.
Fichte réalise au sein de la subjectivité cette unité de conscience, en développant et amenant à sa maturité Tidéalisme subjectif.
Nous avons vu que, chez Kant, ïunité transcendantale du moi était restée à l'état d'abstraction, et que tousses efforts, pour concilier la matière et la forme de la pensée, étaient restés impuissants. Fichte a vu Tablme et il essaie de le combler. Or , cela pouvait avoir lieu de
doux manières : l"" on admet (ant que le moi n'es( qu'une manifesUtion d'une force universelle; S"" on con^td^rint l'univers comme un produit» une forme de l'esprit humain. Flchte s'arrête à cette dernière hypothèse. Pour lui , le mol est la pensée de soi-même , la conscience pure , moi -= moi. La connaissance e)lo»mème n'est pas autre choseque le moi, et tous les efforts de la philosophie tendent à savoir ce savoir. Elle est donc la science de la science, la doctrine de la science ( wissenschatlohrc). î.e moi est à lui-même sa cause , son commencement et sa Gn. 11 est donc absolu et libre, il est la seule et vraie réalité.
Sans sortir de son identité , le moi se pose à la fois come sujet et comme objet , comme mot et comme non moi, EnOn, outre le moi et le non moi sous leurs for* mes propres, il y a encore un troisième principe, là limitation, dans lequel coexistent le positif ot le négatif, le moi et le non moi. De cette limitation ou réciprocifé d'action du moi sur le non moi, résulte h consciencov la connaissance.
Dans le moi, les choses ( le rton moi), sont posées idéalement. r.e moi est l'identité de l'idéal et du réel. Borné par le non moi il est fini, et le non moi ou l'univers infini; au contraire, t;â tatat que le non moi est déterminé par h moi, lé moi est infini, et le non mol ou le monde fini.
Le non moi, le tnondo objectif est une barrière qui
h'existe que pour è(re progressiiement rea versée. Appliqjuânt sa théorie à l'Ëtat, Ficfale ne voit dans le développement des institutions sociales» qu*ane restriction toujours croissante de Ja liberté individuelle : la prison devient sans cesse plus étroite et les fers plus lourds. L'opposition du moi et du non moi est donc considérée comme irréductible. La contradiction qui se trouve entre la liberté du moi et la nécessité du non moi revient sans cesse sous toutes les formes, et ne trouve enfin sa solution que dans la foi en un ordre moral (fe runiver». Un jour viendra enfin où ce qui ievaii être sera ( inoh pératif cat^orique de Kant ), où la raison établira sa domination sur Tirrationnel , la force aveugle delà nature. Ainsi>en dernière analyse, on arrive à Fefforê, au désir dans toute sa plénitude , désir qui trouve sa satisfaction dans 1 amour infini, la religion. Dans la philosophie de Fichte, le monde du fini est considéré comme un fantôme irompeur, une niasse inerte, un obstacle pour la vie spirituelle. La destination unique du monde, c'est de succomber sous le moi pour conserver à la conscience son unité qui est le divin. Mais, quoiqu'il ait tout sacrifié à lactivité du moi, Fichte n'a pas pu réussir à en faire quelque chose de libre, de spontané, puisque cette activité n'est excitée que par un choc venu du dehors, et que ce n'est que dans la réaction que le moi arrive à la conscience de lui-même. La nature de ce choc, de cette limitation , que Fichlo
admet a priori, est d'ailleurs un mystère impénétrable. Çesl sous un autre nom le substrat mystérieux ( das ding an sick) de Rant. Eq6n, nous nous contenterons d'indiquer la contradiction qui consiste» d'une part, à assigner comme but final de Taclivité du moi Tanéantisseroent progressif du non moi , tandis que» d'un autre c6té, le non moi est considéré comme la condition tine qua non de la conscience et de la liberté. Si la philosophie de Spinosa qui abtme le fini, Flndividuel, dans la substance divine, inspire une sorte d^3 terreur mêlée d'ad- |inration,la philosophie de Fichte, au contraire, repousse par cet égoïsme dédaigneux, qui, déifiant le moi, on fait la vérité absolue qui doit imprimer son caractère à tout l'univers. La forme subjective est arrivée à son apogée dans ce système,, et le dualisme s'y montre dans toute sa crudité. Le premier besoin de la philosophie était de recouvrer l'objectivité qu'elle avait perdue, et c'est vers ce but que Schelling dirigea ses c^fforts.