HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
il D*esi pas de philosophie qui soit moins ÎDdividuelIc qoe celle de Hegel; on pourrait dire que son originalité consiste à n'en point avoir. Repoussant de toutes ses forces cette opinon qui fait sortir la science de l'inspiration d'un homme de génie, comme Minerve tout armée du cerveau* de Jupiter , Hegel ne voit dans la philosophie moderne , et notamment dans son propre système , que le résultat nécessaire des évolutions successives qui se sont accomplies au sein de Tesprit phi* losophique. a De tout temps, dit-il , il n'y a eu qu'une philosophie. Les différences qu'elle présente dans une
(1) Sans être infidèles à Tordre encyclopédique adopté par Hegel» nous pouvions assigner deux places différentes à l'histoire de la philosophie. Considérée comme le point le plus élevé du développement dialectique, la philosophie devait venir en dernier lieu; mais à un autre point de vue , la philosophie n'est qu'un des éléments de la vie concrète de l'humanité, et dès-lors, c'était à la philosophie de l'histoire à clore le système. Nous avons préféré ce dernier ordre , parce qu'il permet de comparer immédiatement , et les caté^ gorics logiques pures, et leur développement dans le temps.
^ 92 même période ne sont que les faces nécessaires d'un seul et même principe... Une philosophie dont la forme n'est pas absolue, identique avec le fond, doit passer, parce que sa forme n'est pas la vraie. La dernière philosophie ^ui concentre dans son setn tous les développements antérieurs, est aussi la conscience la plus élevée que Tesprit a de lui-môme (1). »
Chaque système de philosophie est invinciblement lié à nm époque déterminée, c'est une station, na point d'arrêt que l'esprit humain ne peut éviter; il ne saurait s*arrèler avant de l'avoir atteint , il ne saurait non plus passer par dessus, l'enjamber, pour ainsi dire, afin d'aller au-delà. 11 arrive inévitablemeot à cette station, s*y installe provisoirement^ développe, dans toutes les sphères de la vie, le principe quil a conquis , et ne Tabandonne au bout d*un certain (emp& que pour aller ao^là (2).
Cette identité de la philosophie ei de son histoire est un des points de vue les plus féconds de la doctrine de Hegel, mais, comme on l'a déjà remarqué, ce n'est
(1) Déjà, en 1789, Schiller avait dit : « L'esprit philosophique a toujours préféré la vérité à un système , et il échangera volontiers une forme vieillie et défectueuse contre une forme plus riche et plus nouvelle. Cest ainsi, qu'en donnant à ses pensées une forme de plus en plus belle, la philosophie va sans cesse se perfectionnant. ( Schiller, Discêurs sur l'histoire universelle, )
(-2) Hegel , 15'" vol. , p. 084. — Barchou, 2" vol. , p. 137.
pas ua principe nouteany ocst toujours le développe'* ment de l'idée apporté dans une nouvelle sphère, ear c*esl Impropre des grandes pensées que de s'épanouir en irne mulHtude infime de conséqnesceSy qui s'mfil-* trent dans le» dernières fibres de la science et de la tie. Nous aUbUsd^àbord exposer les pensées les plus saillantes de Wèget, sur rhistoire de lé philosophie; nous domefons ensuite une esquisse de Thistoire de la phi^ losphie ene^mèaie*
SI-
L'bistofre de la philosophie est thistoire du dévelofh pement étemel et absolu de la pensée philosophique sous la forme du temps.
On demande généralement qu'une histoire, quel que soit son objet, raconte Tes faits sans partialité et ne les fasse pas servir à un intérêt particulier. Cependant , en restant dans lès limites de cette exigence, on ne saurait afferbien^toin. L'histoire d'un objet est intimé^ ment liée à l'idée qu'on se fait de cet objet , et c'est en vertu de ce rapport qu'on sépare les faits importants de ceux qdi ne le sont pas, et qu'on les examine sous tel 0» tel point de vue. 11' peut très bien se faire, par exemple, qu'un lecteur ne trouve dans l'histoire poli^ tique d'un étatr rien de oc qu'il y cherche, et cda peut
arriver à plus forle raison pour l'hisCoirc de la philo- Sophie.
L*objet des autres histoires est bien détermine, du moins pour les points principaux ; mais la philosophie présente celte difTérence, ou si Ton veut ce désavantage, que, déjà, les opinions les plus divergentes, ont lien sur la nature de son objet et le but qu'elle se propose. A ce désavantage, externe pour ainsi dire, vient se joindre un inconvénient bien plus grave. Si on conçoit de difTérentes manières Tobjet de la philosophie, il suit, que ridée vraie, sera seule en état de comprendre les ouvra^ ges des philosophes qui otit écrit dans le sens de cette idée; car, lorsqu'il s'agit de spéculation, comprendre ce n'est pas saisir le sens grammatical des mots. On peut avoir connaissance des arguments, des raisonnements employés par un philosophe, s'être donné beaucoup de peine pour exposer son système, et cependant, malgré tous ces efforts, avoir laissé échapper la chose principale : l'intelligence de la doctrine elle-même. 11 ne manque pas d'histoires de la philosophie très étendues , très savantes si Ton veut, auxquelles manque complètement la connaissance de l'objet qu'elles devaient traiter. Les auteurs de ces histoires peuvent être comparés à des animaux qui entendent tous les sons d'une musique , mais qui ne peuvent apprécier l'unité, Tharmonie qui en résulte.
La philosophie a cela de particulier, que l'idée de
son objet n*est son point de départ qu'en apparence^ car en réalité le dé?eloppement entier de la philosophie n'est que la preuve et pour ainsi dire la découverte de son idée qui est essentiellement un résultat.
Dans rbistoirc politique, le caractère, les passions de l'individu acquièrent de l'importance , et ont souvent sur les événemenis une influence très marquée* Au contraire^ les faits dont s'occupe l'histoire de la philosophie, sont d'autant plus remarquables qu'ils se séparent davantage de l'individualité , pour n'être plus que l'acte du sujet pensant , et reproduire le caractère général de l'esprit humain.
En tant qu'historiques, ces fails de la pensée paraissent appartenir au passé et non au présent; mais , dans la science et la philosophie comme dans tout le reste , ce que nous sommes, nous le devons à la tradition, et la tradition ne se borne pas à conserver fidèlement à la postérité ce qu'elle a reçu, maîs^ semblable à un fleuve , elle grandit à mesure qu'elle s'éloigne de la source. 11 peut se faire que, chez certaines nations, les Chinois, par exemple , la civilisation, l'art, la science , restent stationnaires, mais l'esprit de l'humanité n'est jamais en repos, son essence est l'activité. Cette activité ne se borne pas à augmenter les matériaux auxquels elle s'applique, mais elle les met en œuvre et leur donne une forme ; ils deviennent alors l'héritage de la génération suivante, pour laquelle ils sont une matièrCf
Un germe, qui doit ôlre de nouveau développé et mêlamorphosé, et c'est ainsi que la substance de la tradition est chargée et conservée en même temps.
Cette essence de l'activité, qui consiste à s'assimiler, en le transformant, un monde intellectuel préexistant , explique le rapport de filiation qui se trouve entre la philosophie actuelle et les philosophies antérieures.
Ce qui constitue Thomme, cest la pensée, mais elle peut avoir des objets bien divers. L'objet le plus noble de la pensée , c'est la pensée , et les différentes philosophies ne sont que les découvertes successives que la pensée a faitesi en elle-même depuis 3500 ans.
De sa nature, la pensée est éternelle, ce qui est vrai ne Test pas seulement aujourd'hui et demain , mais c'est vrai en dehors du temps et par conséquent dans tous les temps. Mais alors , dit Hegel , comment le monde intellectuel peut-il avoir une histoire?
Pour détruire cette objection , il suffit de distinguer, entre l'histoire des destinées extérieures d'une religion, d'une science, et l'histoire de Tobjet lui-même. Le christianisme, par exemple, a une histoire de sa propagation > des destinées de ses confesseurs , des hérésies qu'il a eu à combattre; pour ce quf est du dogme chrétfen considéré en lui-même , bien qu'il ne soit pas tout-à- fait dépourvu d^histoire, il a cependant bientôt atteint son développement , est devenu une doctrine arrêtée, et son ancien symbole s'est toujours donné et
se doDne encore aojoard'bai poar la vérité absolue. 11 en est de même de la philosophie ; elle aussi , a une histoire de son ori^ne , de sa piropagatfon , sa déca* dence> sa renaissance; une histoire de ses docteurs et de ses adversaires , cl, enta , une histoire de ses démêlés fréquents avec la religion, et quelquefois aussi avec Tétai.
Après avoir ainsi déterminé le sens qu'il faut attacher à rhistoire de la philosophie , examinons avec Hegel , les principales objections du scepticisme.
L'histoére ée la philosepkie n'est quun tecueil d'opi'' ni(ms diverses sur Dieu, la nature, l'esprit. Cest ainsi qu'on s'exprime, quand on veut mettre de la modéra-* tion daâs les termes , mais si l'on veut parler avec plus de franchise , on appelle cette bi^oire , un recueil des folies, des aberrations, dans lesquelles ont été entral-» nés les hommes qui ont tenté de sonder les abtmes de la pensée. Cependant on peut retirer qoelqu'avantage de cette étude des opinions d'autrui. Cela tient l'esprit en éveil et fait naître quelquefois de bonnes idées ; c^està-dire, qu'on est amené à avoir soi-même une opinion ; et ainsi la philosophie consiste à entasser opinions sur opinions.
Si la philosophie n'était que cela , ce serait une science aussi ennuyeuse que superflue. Une opinion est quelque chose de tout-à-fait subjectif, et qui peut varier d'individu à individu ; une opinion est à moi , elle n'a
ricD de général. La philosophie ne renferine pas d'opî-^ nions» il n'y a pas d opinions philosophiques; la philosophie est la science objective, nécessaire de la vérité,
(( Mais ce mot de vérité fait détourner la tête à hien des gens, et la philosophie est ici en bufte à un double antagonisme. D*un côté, il est au su de tout le monde, qu'une piété mal entendue, déclare la raison incapable d'arriver à la connaisance de la vérité ; et renonçant à la pensée pour éviter l'abime du doute» se livre pieds et poings liés à l'autorité. D'autre part , on sait aussi, qu'une prétendue raison a fait valoir ses droits, rejeté la foi en lautorité , rationnalisé le christianisme, et donné pour unique critérium de certitude, le témoignage delà conscience individuelle. Mais , chose étrange, cette déclaration des droits de la raison est aussi arrivée à ce résultat , que la raison ne pouvait atteindre la vérité (1). Cette pseudo-raison en même temps qu'elle combattait la croyance religieuse au nom de la pensée , se retournait contre la pensée elle-même , et lui opposait le sentiment , l'opinion. ))
Sans doute la conviction personnelle est une condition essentielle de la connaissance , mais la philosophie distingue si la conviction repose sur des sentiments ,
(1) Il est probable que Hegel a ici en vue, non- seulement la philosophie du 18« siècle en général, mais encore, la religion dans les bornes de la raison , de Kant, et les travaux d'Exégèse rationnaliste, de Pautus, Bretschneider, etc.^ etc.
des préjugés, en un mot sur une base purement subjec^ tive^ ou bien, sur Tidée , la nature même des choses.
(i Cette opposition entre l'opinion et la vérité > se montre déjà au temps de Socrate et de Platon , avec la décadence de la civilisation grecque (1) ; elle reparaît encore avec la corruption de la vie politique et sociale des Romains. Sous Auguste et après lui , Vépicuréismc , l'indifférence pour la philosophie était en honneur, et c'est dans ce sens, que Pilate répondait à Jésus-Christ , qui lui disait. (( Je suis venu pour annoncer la vérité. » Qu'est-ce que c'est donc que la vérité? C'est là parler le langage du beau monde, et cela revient à dire : ce mot de vérité est usé , nous n'en avons que faire. »
Le néant de la philosophie est démontré par Vhistoire de la philosophie elle-même.
En présence d'opinions si nombreuses , de systèmes philosophiques si divers , on tombe dans un embarras inextricable. On voit que, sur ces grandes questions, vers lesquelles l'homme se trouve fatalement entraîné, et que la philosophie veut résoudre , les esprits les plus éminents se sont trompés, puisqu'ils ont été réfutés par d'autres. En pareil état de cause , comment oser prendre une décision ? En accordant même que la philosophie mérite le nom de science, et qu'il y a une^ vraie philosophie , reste encore à se demander laquelle ? A
(1) AôÇec. — tTiior-fi fin-
quel sîgnis ta reconnaître , chacane se dit eu possession de la Térité , et donne pour la reconnaître des critérium difTérents?
Qa'llyaitea^ et qu'il naisse encore tons les jours des philosophies différentes , c'est un fait évident et qu'on ne peut nier ; or , comme la vérité est une , et qu'il ue peut y avoir par conséquent qu'une seule philosophie qui soit la vraie , on en conclut que toutes les autres sont des erreurs. C'est là un raisonnement vulgaire , une opinion spécieuse du sens commun.
La réponse la plus simple qu'on pourrait faire d'abord , c'est que , quelque différentes que soient les philosophies , elles ont cependant cela de commun d'être philosophies. <( Ceux qui s'attachent aux différences, et ne savent ou ne veulent pas reconnaître le général dans lé particulier, ressemblent à ce malade, à qui le médecin avait ordonné de manger du fruit, et qui repoussai! les cerises, les prunes, les raisins qu'on lui offrait , sous prétexte que ce n'était pas du fruit, mais des prudes ^ des raisins , des cerises (1). ))
Nous avons à Aitrtlrer que, loin d'être un empêche^ ment, cette diversité des philosophies est absolument indispensable à l'existence de la science philosophique.
(1) Nous n'ignorons pas combien il est choquant , poar un lecteur français , de venir se heurter , au milieu de graves préoccupations, contre une anecdote d'almanach; mais nous l'avons accueillie à dessein, et pour servir de caractéristique au style de Hegel.
La proposition que nous avons citée tout à l'heure ^ savoir : que la vérité ne peut être qu'une , est encore abstraite et formelle ; dans un sens plus profond^ on peut dire que le seul but de la philosophie est de con* naître cette vérité une qui est en même temps la source d*oii découle tout le reste > et de considérer les lois de la nature , les m^pjjkstatîons de la vie et de la conscience comme son développement.
Ce mot de développement réveiUe dans Fesprit une image qui nous est familière ; majs c*est le propre de la philosophie d'étudié ce qiie d*ailleurs on tient pour connu. L'inconnu , popr nous, qi;iand nous n'avons pas reçu une éducation philosophique, cest ce qjoi nous entoure dans la vie, nos idées de tous les instants.
Pour comprendre ce que c'est que le développement, il iaut distinguer deux moments, deux termes. Le premier,c'esi la puissance, la virtualité ( potentia , ^d^w^ç ), ce que Hegel appelle être-en-soi ( ansichsein ]. Le se-> cond, c'est l'existence réelle ( actus, èvipygia, ), têtre-pourjot (fur-iich-sein ) dans la terminologie de Hegel. Nous disons, par exemple, que Thomme est raisonnable de sa nature, mais cette raison , il ne l'a d'abord qu'en germe, en virtualité, elle n'ex^te pas encore pour ii4t; c'est comme si elle n'était pas.
(( Ce qui est en-soi , doit devenir objet pour l'homme , se manifester à la conscience, et alors cela est pour l'homme. L'homme est doublé sans devenir un autre ;
sa substance ( inhalt ) reste la même, ma£s ce change^ ment de forme constitue un immense progrès, et c'est h seule différence qui se montre dans l'Iiistoire et la caractérise (1). »
Passer à l'état d'existence réelle, c'est changer, et en même temps, rester un et le même. La plante, par exemple, a une tendance à se développer; cette tendance se réalise au-dehors par la production de plusieurs choses qui étaient déjà fdéalement contenues dans le germe; enGn, ce développement a une conclusion , un but , et ce but déterminé d'avance , c'est le fruit , c'est-àdire la reproduction du germe, !e retour au premier état , à l'unité. Sans doute , pour les choses naturelles, le sujet qui se développe, et ce qui forme la conclusion de ce développement, le fruit, la semence, sont des individus distincts ; mais, pour l'esprit, c'est autrement : chez lui le commencement et la Gn ne sont pas seulement de même nature, mais absolument identiques, et c'est en cela que consiste la conscience et la liberté. Etre libre, c'est ne point se rapporter à un autre, nêtre pas dépendant d'un autre; or, cela n'a lieu que dans la pensée pure. Dans l'intention, le sentiment, je ne suis pas Kbre bien que j'aie la conscience de la modîGcation actuellement éprouvée ; dans la volonté, on a un intérêt, un but déterminé : je suis bien libre, il est vrai, en
(1) Voyez Philosophù de l'histoire , pass..
tant que ce but est le mieu ; mais il renferme pourtant quelque chose qui n*est pas moi , qui se rapporte à un autre que moi : des tendances, des inclinations , etc., etc. Dans la pensée seulement, l'esprit voit s'évanouir tout ce qui lui est hétérogène, et jouit d'une liberté absolue.
La conclusion du développement, en même temps qu'elle est le dernier degré d'une station , est le point de départ d'une évolution nouvelle, et on ne doit pas se représenter ce progrès comme s'étendant dans un infini abstrait, mais comme un système organique, une totalité qui renferme en soi une richesse inépuisable de moments , de phases.
Voilà donc la nature de la philosophie vraiment digne de ce nom. Dans toutes ses parties, règne l'unité de l'idée, de la même manière que, dans un être animé, il n'y a qu'une vie, un pouls qui bat dans tous les. membres.
L'histoire de la philosophie est système dans son développement comme la philosophie elle-même : ceci a besoin d'être éclairci.
La succession des différentes phases dans le développement progressif de la pensée, peut être accompagnée de la conscience delà nécessité qui les enchaîne les unes 2iux autres, ou bien elle peut avoir lieu sous la forme de faits contingens en apparence* Exposer le premier mode de développement, déduire logiquement
les fomes saccessires qâe rev%t Tidée philosophique» en recoQfiaissafil et montrant la nécessité de cette saccession, c'est raffafre de la philosophie; montrer, an contraire, les différentes phases de développement dans tel ou tel lieu , chez tel ou tel peuple , en an mot , soos une forme empirique, c*est le spectacle que nous offre Vhistoire de la philosophie. Ce point de Tue est le seul digne de cette science , et c'est à l'histoire de la philosophie elle-même à nous montrer qu'il est le seul vrai. « J'affirme donc, dit Hégél, que la succession des systèmes de philosophie dans l'histoire , est la même qai se montre dans la déduction logique des déterminations de l'idée; j'affirme, que si dans Thistolre delà philosopMe, on dégage le principe fondamental des systèmes de lecrr forme extérieure , leur application particulière , etc., <on obtiendra les moments de Tidée dans sa déterminatîon logique; et réciproquement , si Ton, prend la succession logique, on y trouvera les moments principaux de l'histoire de la philosophie.
11 ressort clairement de oe qui précède , qu'étudier l'histoire de la philosophie, c'est étudier la philosophie eUe-méme. Mais, pour veconnattre l'idée absolue sous la forme historiqifê, il faiit sans doute apporter arec soi^ette idée; de latoèmemanièpe, qu'un jugement porté sur les actions des lioniines, suppose les notions du bien et du juste.
Quand on est arrivé à une notion claire du dévelop-
pement et du concret , on en finit une fois poar toutes avec les objectioas tirées de la différence des phiiosopfaies , et la catégorie de diversité acquiert un tout autre sens. Cens qui tiennent la diversité pour une détermination fixe, aliaolue, ne connaissent ni sa nature, ni sa dialectique.
Dans le système logique de la pensée, chaque forme tire sa valeur de la place qu'elle occupe et devient un moment âidiordfMHiée par nqiport au développement «ibséquent : îl en est de même d'uoe philosophie par rapport à la totalité du développement philosophique. Aussi, pour rendre justice à un système, il ne faut pas le sqiarer de son époque et lui demander plus qu'il ne peut donner. Nous ne devons pas nous attendre à trouver chez les anciens, une réponse aux problèmes que se pose la conscience moderne. L'individu est fils de son peuple et de son siècle , il a beau faire , il ne peut pas sortir <de cet esprit général qui forme s<hi être et sa substance. La philosophie saisit par la pensée cet esprit général^ idde en est la consdence ; chaque philosophie est un anneau dans la chaîne totale du développement ii^€llec(uel,ieBe;ne»peut donc siaisfoire que les intérêts de son époque. Les systèmes d'Aristote, de Platon vivent encore, «ontaetuelsiqinant àJears principes, et cependant la philoeepàie ii'a pu s^arrèter au point où en étaient ces anciens systèmes, et conserver leur forme. Il ne saurait y avoir aujourd'hui, ni anV
totéliciens, ni platoniciens , ni stoïciens , ni épicuriens; ressusciter ces doctrines , ce serait vouloir faire rétrograder l'esprit, anéantir les progrès; ce serait aossi insensé, que si le vieillard s'efforçait de redevenir jeune-homme, et le jeune-homme enfant, quoique cependant le vieillard, le jeune-homme, l'enfant ne soient qu'un seul et même individu.
11 nous reste maintenant à considérer plus particulièrement le rapport de la philosophie avec son entourage historique , et à indiquer les caractères qui la séparent des sphères voisines.
On dit vulgairement qu'il faut tenir compte des circonstances politiques, de la religion, etc., parce quelles exercent une grande influence sur la philosophie et réciproquement. Se contenter d'une telle catégorie : (( grande influence^ » c'est considérer chaque chose comme ayant une existence indépendante, et admettre seulement entre elles un rapport extérieur. La catégorie à appliquer ici n'est pas celle d'action réciproque, mais bien d'unité de ces différentes formes au sein d'un même esprit.
La philosophie se montre chez un peuple, à l'époque où les besoins de la vie de nature étant satisfaits, les intérêts passionnés et égoïstes se sont calmés. L'esprit s'élève alors de la spontanéité, à la réflexion, au raisonnement. Mais, la conséquence de ce nouvel état de choses , c'est que le mode primitif d'existence, la mo-
ralité instinctive , la foi, se trouvent ébranlés, et alors arrive la période de corruption. Lorsqu'il y a scission entre les tendances internes et la réalité , que la forme religieuse qui a régné jusqu'alors ne suffit plus , qu'une organisation sociale se dissout, l'esprit se réfugie dans le domaine delà pensée, et s'y construit un monde qu'il oppose au monde réel. C'est là un fait important, démontré par l'histoire de la philosophie ellemême. C'est ainsi qu'on a vu la philosophie ionienne surgir des ruines des villes grecques de TAste mineure, naître à Athènes avec la corruption du peuple athénien^ et se répandre à Rome à l'époque où le despotisme des empereurs, ensevelit sous les ruines de la république, les institutions de la Rome antique. Avec la chute de l'empire romain , si grand , si riche , si brillant , mais pourri au cœur , est lié le dernier développement donné à la philosophie ancienne par l'école d'Alexandrie.
Non-seulement la conscience philosophique ne s'éveille que lorsque certaines conditions générales sont posées, mais encore la forme particulière d'une philosophie est synchronique à l'état déterminé du peuple au sein duquel elle vit; elle est liée à sa constitution, son industrie, ses progrès dans les arts et les sciences, sa civilisation en un mot. La philosophie est une des faces multiples de l'esprit d'un peuple, mais c'est la plus élevée : elle est l'idée de l'esprit dans sa totalité, le noyau
spirituel de toute une époque, le foyer vers lequel viennent converger tous les rayons épars.
La constitution poUtiqœ, l'art, la religioii, ne produisent pas plus la philosophie qu'ils ne sont produits par elle, mais ils ont une racine commune: l'esprit du temps. C'est une organisation dont toutes les parties concourent, et ne renferment rien d'hétérogène quelque contingentes qu'elles puissent paraître au premier aspect. Montrer comment toutes les tendances d'une époque portent Je cachet du principe déterminé qui l'anime, c'est l'objet de la philosophie de l'histoire.
Une philosophie ne renferme donc rien de plus que l'époque à laquelle elle appartient , seulement c'est chez elle à l'état de conscience. Mais, comme c est la conscience qui donne à Tesprit sa réalité, cette différence formelle devient une différence positive. Cette conscience d'une époqiie appelle un nouveaudéveloj^ment qui , lui-même , donne lieu à une philosophie nouvelle, et c'est ainsi, que h phiiofiNi|)ibie e$t l'atelier ^souterrain, où s'élaborent les formes 4e l'esprit, qui doivent se réaliser plus tard.
Sous le rapport de san.(]^JQt, l'histoire de la pUlgsipphie présente, a^ocrtûstiiûre des autres sciences et fàotamment avec l'histoire de la religion, des analogies frappantes qui peuvent jeter dans l'embarras cejni qui veut écrire l'histoire de la philosophie; car, s'il embrasse l'histoire de la civilisation en général , et de la culture-
^entifiîiaeen patUcuUer, les mythes des peuples et les radiments rationneb qu'ils peuvent renfermer, Tidée religieuse et la spéculation qui commence à s'y Taire jour, l'histoire de la philosophie ii*a pas de bornes. H est donc essentiel, dlndiquer d'une manière rigoureuse, la ligne de démarcation qui sépare la philosophie de ce qui n'est pas elle^ et c'est ce que nous allons faire sommairement pour les trois sphères qui présentent âyec elle le plus de rapport: 1^ la culture scientiâque en général ; 2° la mythologie et k reHgion; d"* la métaphysique subjective.
Les sciences particulières, ont, il est vrai, la pensée pour élément, mais elles s'occupent du fini. Lors même qu'elles ont une organisation systématique, et qu'elles s'appuient sur des lois, des principes généraux, le cercle de leur objet est toujours restreint. De plus, les principes qui forment leur point de départ, sont posés axiomatiquement(t7orau5(/estjsO> ^^ ^^^ leur méthode elles présupposent la logique, la loi de développement de la pensée abstraite (1).
(1) En AflemagBe, on confond rarement la philosophie et la culture scientîGque en fcénéral ; mais en Angleterre, le corn de philosophie est consacré pour les sciences naturelles. On appelle philosophique le journal de Thomson , qui traite de la chimie , de l'agriculture, etc. , et Newton est encore aujourd'hui le philosophe par excellence. Au commencement de la civilisation, on rencontre bien plus fréquemment encore cette confusion de la philosophie
I^ rapport de la philosophie à la religion, est (oui jasle le contrepied de celui qaelle présente avec les sciences particalières. Si les sciences particulières et la philosophie ont un objet difTérent, les unes s'occupant du contingent du fini, l'antre de Finâni de l'absolu (1) , elles ont une forme comàfiune, car pour elles la connaissance est le résultat de Tactivité libre de l'esprit; au contraire, la philosophie et la religion, indentiques dans leur objet , sont tout-à-fait différentes dans leur forme. La religion cherche dans le sentiment , l'intuition , le culte , le moyen de faire tomber les barrières qui nous séparent de l'intelligence inGnie, et la philosophie veut arriver au même résultat par l'activité de l'esprit, la pensée ayant conscience d'çlle-mème (2). Celte <lifTérence de forme explique les démêlés fréquents de la religion et de la philosophie.
Pour la religion comme pour la philosophie , il y a
avec les aulres sphères de la connaissance. Ainsi , au début de la période grecque , nous trouvons les sept sag«s et les philosophes ioniens , auxquels on attribue une foule de découvertes , qui viennent prendre place à côté de leurs principes philosophiques. C'est Thaïes qui trouve la cause des éclipses, c'est Pythagore qui découvre le principe des accords et de rharmonie, etc.; alors on appelait *ela un philosophême. ( Voy. Hegel , Histoire de la philosophie, .1.1, p. 67-70.)
(1) Ou, si la philosophie s'occupe des objets finis, c'est comme le «dit Spinosa : sub specie œtemi,
(2) Voy. Philosophie de la religion.
deux moments distincts ; dans le premier^ elles font rente commune. La contemplation religieuse {andacht)^ et Fintuition immédiate, absorbent la conscience indi- TÎduelle dans l'objet. Mais, dans le second moment, celui de Tobjectiflcation, la philosophie et la religion se séparent. Ce que la religion présente sous la forme d'une création de l'imagination , ou d'une existence historique y en un mot, sous une image plus ou moins sensible , la philosophie le montre sous la forme de pensée pure. Ce sont ces deux formes qui entrent en lutte, et il est naturel que la philosophie et la religion, n^ayant d abord conscience que de la différence formelle qui les sépare , soient hostiles Tune à l'autre. Ce n'est que plus tard , que lesprit se comprend d'une manière plus concrète et qu*il voit la même essence sous des phénomènes qui lui paraissaient inconciliables. Ainsi , nous voyons d'abord la philosophie captive au sein du polythéisme grec ; ensuite, reconnaissant en elle-même son fondement , elle prend une attitude hostile à la religion populaire , jusqu'à ce qu'elle se soit reconnue en elle, et lui ait rendu justice. Les plus anciens philosophes grecs rendaient hommage à la religion de l'état; mais déjà, avec Xénophanes, on les voit attaquer avec acharnement les croyances populaires, et alors se montrent beaucoup de prétendus athées. Lorsque la philosophie grecque est plus avancée, la tradition religieuse • et la pensée abstraite, subsistent tranquillement à côté
Tune de l'autre, et Ton voit les philosophes de cette époque, associer loyalement, sans hypocrisie à leurs recherches spéculatives, Texercice du culte, les sacri* fices, etc. Platon recommença la lutte par ses attaques contre les poètes et leurs dieux , et ce n'est que très tard, et avec la dernière période de la philosq[)hîe grecque, que les néoplatoniciens surent apprécier ce qu'il y avait de vrai, de substantiel, dans cette mythologie qu'on avait d'abord rejetée, et s'en servirent comme d'une langue symbolique pour traduire leurs spéculations philosophiques.
Le moyen-âge nous offre le même spectacle. D'abord la pensée, qui n a pas encore d'existence propre, a pour fondement le dogme chrétien, et se renferme dans celle forme religieuse; plus tard, la pensée a senti croître ses ailes, et alors se formule l'opposition de la raison et de la foi; le jeune aigle prend son vol vers le soleil de la vérité, m»s en même temps il se retourne contre la religion, et la déchire de ses serres. Ce qui doit arriver en dernier lieu , c'est que , parvenue à l'idée spéculative , la philosophie rende justice à la religion, devant le tribunal de la pensée elle-même. La philosophie moderne est née au sein du christianisme, et ne peut avoir d'autre contenu que l'esprit de son époque. Si cet esprit se comprend dans la philosophie, qui eslunede ses manifestations , il doit aussi ^e reconnaître dans toutes les ^autres.
Noos a? OUI exdn la religion en général de l'histoire de la philosophie > mais cette exclusion deyra-t-dle aussi s'étendre à la mythologie?
Avec un fond rationnel, sans doute, la mythologie ti'a encore d*autre organe que Timagination, la représentation sensible. 11 faudrait que, sans s'arrêter à l'enyeloppe, Fesprit philosophique creusât jusqu'à la pensée qu'elle renferme. Cette manière de traiter la mythologie, qui était celle des néoplatoniciens, et qui, dans les temps modernes, a produit la symbolique de Rreuzer» compte beaucoup d'adversaires. On doit , dit-on , procéder historiquement , et rien n'est moins historique, que de mettre sous un mythe, une idée à laquelle les anciens n'ont jamais songé , et qui sert ensuite à l'expliquer. Sous un point de vue, cela est parfaitement vrai ; il est certain que les anciens n'ont pas compris leurs mythes comme Kreuzer ou les alexandrins; mais, il est absurde de prétendre, que la pensée, arrivée chez ces derniers à l'état de conscience , ne se trouve pas implicitement renfermée sous le symbole; car, quelque naïves, quelque puériles quelles puissent paraître, les mythologies ont pour fondement une raison Instinctive. Il est vrai aussi de dire, qu'il peut se glisser une foule d'erreurs dans ce mode d'interprétation , sartont quand CD descend aux détails. Dans l'idée exprimée par des syiDboles, il y a toujours disproportion entre le fond
et la forme, et l'imagination incapable de traduire
rigoareasemenl la pensée, y mêle ane foule d'élémeiiU arbitraires.
La mythologie doit être exclue de Ihistoire de la philosophie, car la philosophie n*a pas à s'occuper des pensées qui sont enveloppées, déguisées sous un voile quelconque 9 mais seulement des pensées qui sont à découvert, neltement formulées. On pourrait objecter que des philosophes même ont adopté la forme symbolique pour mettre leurs idées à la portée de l'imagination; ainsi, Platon a emprunté de beaux mythes au polythéisme grec, et c'est en cela, dit-on , qu'il a montré beaucoup plus de génie que tous les philosophes. On ne peut nier que cette forme ait, chez Platon , une très grande beauté artistique , mais quand on y regarde de près, on s'aperçoit qu'elle prend sa source dans l'impuissance de s'exprimer sous la forme abstraite : la valeur de Platon n est pas dans ses mythes. Dès que la pensée est assez forte pour trouver son expression dans son propre élément, le mythe devient une parure superflue, qui ne fait qu'embarrasser la philosophie dans sa marche.
Enfin, nous éliminerons encore de l'histoire de la philosophie l'art et la religion positive. On peut trouver dans la dogmatique , dans la poésie , des pensées grandes, profondes et nettement exprimées, mais elles ne se présentent qu'accidenlellement. Il n'existe de phî-
losophie réelle que là où la pensée est considérée comme le fondement absolu > la racine de tout le reste.
Des deux sphères, qui présentaient avec la philosophie les plus grandes ressemblances > Tune , bien qu'elle eût de commun avec la philosophie le moment subjectif ( la réflexion, le libre examen ), se séparait d'elle parla nature unie de son objet; Vautre qui» au contraire» s'identifiait avec la philosophie au point de vue objectif, en a été retranchée, parce qu elle n'admet pas la réflexion comme moment intégrant, essentiel» et que son objet revêt toujours la forme mythique, historique. La philosophie demande Tunité, la pénétration réciproque de ces deux moments» et cette condition semble» au premier abord» être réalisée par ce que nous appellerons volontiers métaphysique subjective (1). En effet » d'une part» elle s'occupe d'objets généraux » Dieu » le monde; et d'autre part» sa méthode est celle de l'in-- \esligalion. Cependant, nous retrancherons encore de ridée qu'on doit se faire de la philosophie» cette philosophie prétendue. B)n effet » le dernier mot de cette doctrine» sa réponse à toutes les questions, c'est que ceci ou cela est inné à l'homme» que c'est un fait de conscience; Cicéron est très libéral sur ce point, et on ne
(1) Hegel désigne, par ce nom de métaphysique subjective ou de philosophie populaire , la doctrine du savoir immédiat de Jacobi , et la philosophie écossaise du sens commun.
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Vesi pas moins dans les temps modernes ; on ne parle qné d*insUncl moral, de sentiment moral , et le sentiment pris ainsi pour base» on élève un échafaudage de raisonnements> qui toujours, en dernière analyse, en appellent à quelque chose d*immédiat. Sans doute, tout nous est donné dans le sentiment , comme nous pouvons trouver tout dans une mythologie, mais cette forme n'est pas la vraie , et à Tor pur de Fabsolu, se trouve encore mêlé le vil plomb des opinions individuelles.
Nous avons déjà dît que la philosophie ne commence, à proprement parler, que lorsque labsolu n'existe pas seulçment à l'état dlmage, d allégorie, mais à l'état de pensée; lorsqi^e l'homme a rompu avec la vie de nature et qu'il est arrivé à la conscience de sa personnalité, de sa libertç. Maintenant la question historique est de savoir dans, quel temps et dans quel lieu ces conditions ont été rçalifées. Ce ne sera pas dans l'Orient , le pays du symbole en religion , du despotisme et de resclava|;e en politique. Les premières lueurs de la pensée se montrent sans doute dans l'Inde , mais c'est dans la Grèce que la philosophie se lève dans tout son éclat. Pour la philosophie comme pour Fart, il n'y a en réalité que deux époques bien distinctes, la philo-
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lophie grecque et la philosophie germantqQe , entre lesquelles vient se placer une époque de fermentation ou la philosophie est absorbée dans là théologie. La phf^ losophie geraianique est née du chl*istianisinc, et les peuples chrétiens dé l'Europe, en tant qu'ils appartieniient au monde de la science , participent à une civilisation qui leur est commune; car, c'est parles nations germaniques, que l'Italie, l'Espagne^ la Franctà et l'Angleterre, ont reçu avec le christianisme une nouvelle fbrtne.
La civilisation grecque s'étend dans le monde romain, mais les Romains n'ont ddnné naissance à aucune philosophie originale, pas plnà qu'ils n*ônt de poètes originaux, lis se sont bornés à recevoir, à imiter, et il faut avouer qu'ils l'ont fait quelquefois avec un rare talent.
L'histoire de la philosophie se divise donc en tihois. grandes époques :
La philosophie grecque et romaine.
La philosophie du moyen-âge.
La philosophie germanique ou moderne.
A son tour, la philosophie grecque et romaine se subdivise en trois périodes. La première commence à Thaïes et finit à Anaxagore ; la deuxième comprend les sophistes, Socrale et ses disciples immédiats; la troisième, Platon , Aristote et les alexandrins.
Bans la philosophie du moyen-âge, nous aurons aussi trois moments distincts: l*" la philosophie juive et arabe ; 2^ la philosophie scolastique ; S^" la renaissance.
-^ as -.
EnOn la philosophie moderne nous offrira aussi une triple division: 1"^ Bacon et B»hme; 2<' la période de Ventendement pensant {versiandes métaphyM) : Descartes; Malebranche, Spinosa,le sensualisme français, Leibnilz et Wolf ; 3f* la philosophie moderne de l'Allemagne.
A. 1. Thaïes et l'école ionienne s^effovcent de déterminer TabsolQ y l'essence de tontes choses., mais ib lui donnent nne forme immédiate» sensible. Cependant le principe matériel va s'épurant sans cesse , et Anaximène , en fiesant de l'absolu un fluide subtil qu'il assimile à l'âme, forme la transition à l'école pylhago* ricienne, qui donne à l'absolu la forme idéale du nombre.
Mais, chez les pythagoriciens, cette forme n'est pas encore complètement dégagée de lelément sensible;. Avec l'école d'Ëlée^ l'absolu devient la généralité pure ; Il n'y a que tun qui existe; la multiplicité, le mouvement , ne sont que des apparences sans valeur. La dialectique prend naissance chez les éléates , mais elle est encore subjective, et ne donne lieu qu'à des résultats sceptiques ; ce n'est qu'avec Heraclite , qu'elle devient objective , immanente à l'être.
Tout ce qni.précède Anaxagore, n!est encore que le crépuscule de la philosophie; avec lui la lumière commence à paraître. Pour Anaxagore , la pensée pure , le voOç est la substance inGnie qui comprend tout en soL
Ce principe est de la plas grande importance, mai» ik raste encore à l'état d'abstraction ; Ânaxagore n'a pas. su tirer le particnlier du général , déduire de son principe idéal le monde réel (1).
Le voOç d'Anaxagore est la négation pure , dans laquelle Tiennent se dissoudre tous les êtres particuliers ; l'absolu sans prédicat , en regard duquel tout devient changeant et mobile, croyances, lois, mœurs, institutions. Ce point de Tue négatif est celui des sophistes. On • a dit beaucoup de mal des sophistes, et leur nom même est devenu une injure ; cependant , ils ont rendu de grands services. En vulgarisant la science, et en déve ]oppant le côté subjectif de l'esprit humain , ils ont préparé laffranchissement de la conscience individuelle, et lavènement de Socrate.
2. Socrate n'est pas seulement un philosophe , c'est un des héros de l'histoire de Thumanité, et sa grande figure domine à la fois et le monde antique et le monde moderne. En opposant la subjectivité à Tobjectivilé, les sophistes les avaient détruites Tune par Tautre; le principe de Socrate , c'est que le vrai , l'objectif , est l'essence même de la subjectivité , et que l'homme n'a qu'à se replier sur lui-même pour entrer en possession de l'absolu {fv&xi orsaurov). Socrate n'a pas développée
(1) Voyez plus loin Philosophie de V histoire.
sysfématiqaeiiienl son principe , il s'est borné à en dé<^ daire les conséquences morales et à les appliquer.
Les écoles qai se rattachent immédiatement à Socrate^ ont une direction prcsqa'cxclusivefflrnt morale ; elles clierchent à déterminer exac(emen( le principe du bien.
Pour Técole de Mcgare, le bien esl Yua^. le général y et elle applique à ses recherches , la dialectique des éléàtes.
L'école cyrénaYque fait consister le bien dans le plaisir; cette doctrine Tut développée plus tard par Epicure et ses disciples.
Pour les cyniques, le bien gtt dans la satisfaciion des^ besoins immédiats. L'homme doit sen tenir à la nature sll veut conserver sa liberté.
3. Avec Platon et Aristotc, la philosophie revêt la forme scientifique» et le principe de Socrate est systématiquement organisé.
La doctrine de Platon est la philosophie de Tidéal. Et ici, idéal ne doit pas être pris dans le sens de pensée subjective^ opposée au monde réel ; Tidéal, pour Platon ». est ridcntificalion de la pensée et de la réalité. Par sa doctrine des idées» Platon nous a ouvert les portes du monde suprascnsible, et sa philosophie a eu la plus grande influence sur le christianisme et le monde moderne. Platon est le premier qui ait su s'approprier et fondre ensemble les principes des systèmes antérieurs.
D'après une opinion généralement répandue» Aristoto^
et PldtoQ seraient deux pôles opposés; Tua représentant ridéalisme > et Taatre le réalisme, dans le sens le plus trivial du mot. II n'en <^t rien cependant ; la spécula* tion d*Arîslo(e surpasse encore en profondeur colle de Platon, et les principes métaphysiques ne Tabandonnent jamais au milieu de ses recherches expérimentales (1).
La période qui sépare la philosophie péripatéticienne de l'école d'Alexandrie, est remplie par le dogmatisme et le scepticisme.
On était arrivé à reconnaître un principe général; il s'agissait maintenant de déterminer ce principe et de montrer comment on pouvait en déduire le particulier ( question du critérium de certitude ). De ce point de v ue sortirent trois doctrines, le stoïcisme, répicqréisme» et le scepticisme.
Les doctrines stoïciennes et épicuriennes sont également fausses, parce qu'elles sont également exclus! ve& Pour Tune, le critérium de la certitude est la raison abstraite; pour Fautre, cest la perception immédiate. La même opposition se manifeste dans la morale des deux écoles. Pour les stoïciens^ le critérium du bien est la négation de tout ce qui n*est pas la loi morale absolue; pour les épicuriens, c'est le contingent, l'individuel : la sensation.
(1) Pour les principes de la philosophie d*Àristote, voy. Logique,. paff.
Le scepticisme sortit de la latte de ces deax principes formels. Pour le scepticisme, il n'y a pas de vérité objective; toat se réduit pour l'homme, à des vraisemblances, à des probabilités. 11 ne faut pas confondre le scepticisme ancien et le scepticisme moderne; le scepticisme ancien est encore du dogmatisme, car il ne doute pas, il afBrme que Tobjecti vite n'est qu'une illusion.
Le scepticisme était le retour de la conscience sur cUc-môme, la subjectivité iuGnie sans objectivité, la négation absolue, dans laquelle les contradictoires n'avaient plus d existence réelle, et devenaient des moments de la subjectivité. Le besoin de Tesprit est de remplacer le monde intérieur qu'il a perdu par un univers, à la fois objectif et interne, et c'est ce que réalise la philosophie alexandrine. Les rudiments de cette philosophie existent déjà dans la kabbale et le gnosticisme, mais p'est avec les néoplatoniciens qu'elle atteint son développement complet.
Ainsi, en résumé, la philosophie grecque a commencé par l'absolu abstrait, et après avoir traversé une série de transformations, qui trouvent leurs analogues dans la logique, elle est arrivée, avec le néoplatonisme qui la termine et la couronne, à une totalité concrète. Mais, ce monde intellectuel est tout-à-fait en dehors de la réalité, parce que, n'ayant ses racines que dans le général, il ne tient pas compte de la subjectivité qui est un moment essentiel de l'idée.
C'est au inonde germaDÎqae qa'il appartient de corn-» hier ce \ide,en restituant à la subjectivité sa valeur absolue. Ce principe est dé(à proclamé par le christiaïiisme, qui destine Tbomme à une félicité éternelle, et le fait l'objet de la protection spéciale de Dieu. L'cMivre de la philosophie est de donner une valeur scientifique^ à ce qui est surtout , pour la religion , un pressentiment » une croyance, et de réaliser dans le présent, et pour Ihunoanité tout entière, le dogme de runité de la nature divine et de la nature humaine, révélée aux hommes dans le Christ.
B (1). Le moyen âge est une époque de halte. Les progrès de la philosophie durent cesser, jusqu'à ce que la révolution religieuse, commencée par le christianisme,, fut accomplie.
1. Les travaux des Juifs et des Arabes n'enrichirent la philosophie d'aucun principe nouveau; ils se bornèrent à commenter Aristote, et à reproduire le mysticisme des péoplatonicieos.
2. Le mot scolasUque ne désigne pas une doctrine parliculière, c'est un nom commun donné aux éléments les plus hétérogènes; cependant, il est un fait général qui domine la période scolastique, c'est l'asservissement
(1) Dans les trois énormes volumes de son Histoire d$ la philosophie , Hegel consacre à peine quelques pages à la philosophie du moyen-âge. Bès-lors, on comprend que notre analyse devait se borner à bien peu de chose.
de la philosophie aux dogmes de l'église. La vraie philosophie est la vraie religion , et la vi^ie religion est la vraie philosophie, dit Scott Erigëne. La pensée cessaùt d*ètre libre, tonte son activité se borne à créer la dogmatique chrétienne, en appliquant aux principes da christianisme la logique formelle d'Arislote.
Les dilTérentes directions particulières à la philosophie scolastique, peuvent se réduire aut suivaales:
!<" Tendance à fonder le dogme chrétien sur des principes métaphysiques ( Anselme, Abailard ).
S"» Systématisation de la doctrine de leglise ( Pierre Lombard, Thomas d'Aquin, Dunns Scott).
3"" Influence dominante d'Aristote ( Alexandre de Haies, Albertle-Grand ).
ï"* Lutte du nominalisme et du réalisme ( Roscelin , Yalther de Montagne , etc. , etc. ).
5° Dialectique formelle ( Julien de Tolède, Paschase Radbert ).
6° Mysticisme ( Jean de Charlier, Raymond de Sabonde, Roger Bacon, Raymond Lulle).
La philosophie du moyen-âge ne peut présenter aujourd'hui aucun intérêt. CVst nnc forme vide, un assemblage incohérent de principe^ et de catégories. Parmi les scolastiques , il est sans doute des hommes doués d'un esprit noble et profond, mais, en somme, cette philosophie est grossière et barbare au dernier degré.