DE L'ESPRIT
L'UNITÉ de la natiue est en dehors d^elle^^délme^ et elle ne peut Tatteindre qnc par la négation de sa pro pre existence. L'anité idéale, non pins abstraite, mais positife» est V esprit y la pensée logiqae ayant conscience d'elle-même, après a voir traversé la nature. Nous avons déjà dit que le caractère fondamental qui distingue l'esprit de la matière y est la liberté. Les difTérentes phases de l'esprit ne sont pas juxta-posées^ en dehors les unes des autres; l'esprit est à lui-même son développement. En tant que libre» il n'est pas immédiatement, il n'est qu'à la condition de se faire lui-même; d'abord, en connexion intime avec la nature, il commence par être esprit individuel, pour s'élever successivement jusqu'à sa vraie substance : Tesprit universel , absolu.
L'esprit subjectif, on fdme, encore lié à la matière, et subissant son influence est l'objet de ïarUhf apologie.
La première chose à considérer, ce sont les qualités naturelles de l'esprit, résultant desînflaences cosmiques et sidérales , qui ont présidé à la naissance de l'humanité. La place qu'occupe la terre' dans le système planétaire, la rend surtout propre à être l'habitation de l'esprit, et cette dispp^tion a. été tavorisée encore par les grandes réVolntiofts géologiques qui ont précédé Tapparition de l'humanité sur le globe.
Le concept général de l'humanité, subit ensuite de déterminations particulières qui existent à l'état des formes distinctes, et constituent :
i^" Les sexes. Dans la femme, domine le sentiment (1) ; dans Fhomme, l'unité spirituelle sortie de la lutte de la pensée.
2'' Les différentes races d'hommes. Le Nègre est Fesprit naturel en tant que tel ; dans le Mongole se fait jour la lutte de l'esprit et de la nature; le CauûasieH représente l'esprit libre.
S"» Ces grandes classes se subdivisent ensuite suivant les différences contingentes du sol, du climat, des institutions.
L'unité absolue de toutes les déterminations naturelles est l'individu dans lequel les différences se ma-
(1) Le sentiment. est contingent, et dépendant à la fois de Torganisation et des objets extérieurs. La remmê représente donc plus spécialement, réiémént naturel
nifeslent comme talent, génie > tempérament, etc. , etc.
Le tempérament sanguin est encore dans nne étroite union avec la nature; la concentration passive de resprit est ie caractère dominant du tempérament mélancolique ; le tem^ra^tneni cholérique exprime au dehors son activité inquiète; enGn, le tempérament phlegmatique représente l'esprit libre et sûr de lui-même dans l'action et la cooception.
Comme l'individu est une totalité» il n'est lié à aucune de ces déterminations, et montre la première lueur de liberté en passant alternativement de Tune à l'autre : les changements naturels de Vâme.
La succession qui se produit une fois pour toutes est celle des différents âges de la vie ; au contraire , la succession qui revient sans cesse, et qui offre le spectacle de la vie naturelle luttant contre la vie spirituelle, est V alternative de la veille et du sommeil. Ënfln , ces deux états tendent à se pénétrer réciproquement, à s'identifier, dans ce que llégel nomme la vie magique de l'âme, Notre individualité tout entière n'est qu'un produit de notre connexion avec la nature ; ce complexus mystérieux des mille liens qui nous rattachent à elle, tendil à passer à l'état de conscience, nous avons alors les pressentiments, le magnétisme animai. Dans ce dernier état, la vie naturelle apparaît comme conscience d'un
autre personne, l'être se trouve doublé et divisé en
deux personna)îtés. Cette maladie de la conscience , ce déchirement poussé aax dernières limites» constitaela folie.
Le plus haut degré de l'antinomie est en même temps le retour à l'unité. L'esprit se rend maitre de la matière , le corps devient l'organe de Tâme. Les modifications du corps en tant qu'elles manifestent les manières d'être de l'âme sont décrites par la ph/ystognomie et la pathognomie ( Gall, Lavater» etc. ).
En triomphant du corps auquel il est lié , et en en fcsant le siège de son libre-arbitre , l'esprit s'est séparé de la nature qui acquiert aussi une existence indépendante ; ce rapport donne naissance à la première partie de la psychologie , la psychologie thèoriqm^ dans laquelle l'esprit a à reconquérir, à poser son identité avec la nature (1).
1. Dans la sensibilité ^ l'identification du moi et de la nature > apparaît comme produite par le monde extérieur. Dans la sensation, ces deux termes ne sont pas distincts; tout est absorbé dans la subjectivité^ et la qualité de la chose sentie n'est pour nous qu'une modi-
(1) C'est là ce qu'exprime le mot setzen , qui indique l'interventioD de la réfleiioo, la médiation. La première identité avec la nature est une identité sans conscience; la seconde, au contraire, est le résultat du développement de Tesprit, de Vidée. Pour nous servir de la langue de Hegel , cette union qui était en «ot est devenue pour soi.
'ficalioa de noire esprit. La totalité des phénomènes; de la matière répond à nos cniq sens, la Inmîère à Toeil , le son à Toaie , etc.
La perception est la conscience de ce qui eiistait en soi dans la sensation. Dans la perception » il y a distinction entre le siqet et Tobjet, entre le moi et le non^môi. Le moi est le général , la chose perçue , le particulier ; mais, entantque la multiplicité des sensations est localisée dans une totalité qui répond aussi ohjectiTeœent à la généralité du moi , la perception devient apperception {wakrnehmtmg, synthèse de perception).
% En acquérant ce caractère de généraiité , en devenant idéale comme le moi , la chose' devient aussi susceptible de passer dans le domaine de l'esprit {imagination).
Dans limagination , Tesprit n'a plus de rapport direct avec le monde extérieur, il n'a affaire qu'à lui-même » et peut diversement combiner et synthétiser les images sensibles évoquées par le souvenir.
Faire d'une image sensible le symbole d'une idée générale , c'est l'œuvre de la phantaisie (imagination poétique).
L'expression sensible cesse-t-elle d'être empruntée aux objets de la nature pour devenir abstraite , nous aurons le langage , qui n'est antre chose qu'un système complet de signes, correspondant à la totalité 4e nos concepts, et conservés par la mémùire.
- IW —
3. Dans la pensée pore , rioierne n'a plus besoin de chercher son eipressioa an dehors » il trouye an dedans de Ini-méme son être et sa forme.
Comme intelligence , la pensée est le pouvoir de faire rentrer dans les catégories , les concepts pars, les notions empruntées à la sensibilité; de ramener à des lois» les faits obtenus par iobsertation et rexpérimentatiun.
La perception de rapport entre le cas particulier et la loi générale y constitae le jtigement qui , ou bien, par mbsunUion (induction) , cherche la loi générale correspondant à on fait particulier donné , ou bien, sous forme d'exemple , déduit de la' loi générale , un fait particulier qui lui est adéquat. C^te identité du général et da particulier posée par la pensée , constitue la raison dont la forme est la spéculation.
La seconde pariie de la psychologie , la psychologie pratique^ a pour objet la pensée considérée comme la source de la réalité: la voionU.
1. Les choses sont avec Tesprit , dans un rapport de convenance ou de disconvenance > qui donne lieu à un plaisir ou à une peine. Le désir d'éviter Tan et de se procurer Tautrë provoque la volonté sensible. Un désir qui domine les autres , et les absorbe tous en lui, constitue la passiim.
% La volonté sensible qui , dans la passion, s'est âevée jusqu'à la généralité, devient volonté réfléchie; Télémcnt sensible du désir n'a pas disparu, mais la passion
peut le faire varier à son gré. Cette faculté de choisir entre des désirs différents , loin d'être la vraie liberté est bien plutôt l'esclavage de fhomne, <|«i se Uouve toujours sous le joug d'une affection. Essayer de classer nos désirs en les subordonnant les uns aux autres pour les satisfaire tous à la fois, c'est la généralité formelle qui est le dernier résultat de cette sphère : le bonheur.
3. Dans le désir y la volotUé vraiment libre veqt non réaliser le désir , mais se réaliser elle-mênie. La volonté qui se veut eUeHfnéme, est la personne, en regard de laquelle, la chose n'a pas d'existence indépendante. Cette théorie de la liberté , que nous exposerons tout à l'heure avec plus de détails, sert de fondeutent à la philosophie du droit, et Ton a dit avec raison . qu'un des grands nsérites de Hegel , c'^est d'avoir assigné au droit naturel une source dans une science qui le précède., en même temps qu'il lui donnait ane emboncbune dans une science qui le suit : la philosophie de rbistoîre.
PHILOSOPHIE Dtl DROITE*.
La Talent de la phihsophie du droit '■ est beaucoup moinsdans le prîoctpe , l'idée fondamentale sur laquelle > elle repose, et qui avait déjà été adoptée par Rousseau et Kant à la fin du dernier siècle , que dans la rigueur méthodique de Fexécution , dans cette logique de fer qui est la qualité par excellence de Hegel. La philosophie du droit est merveilleuse d'ordre et d'architectonique , et le professeur Ganz, dont rAUemagne déplore la perte récente encore , la compare à une de ces cathédrales du moyen-âge , qui , souvent bâties sur des places étroites et de peu d'apparence, se détachent cependant par leur élévation de tout ce qui les environne, et grandissent pour ainsi dire au niveau de leurs tours , l'âme qui les contemple.
A part cette supériorité de forme , cette organisation savante , la philosophie du droit se recommande encore par la vive lumière qu'elle jeté quelquefois sur de grandes questions sociales. Par exemple, la dialectique inflexible de Hegel fait bonne justice de cette différence.
(1) L'ouvrage de Hégel a pour titre : Esquisse de la philosophie du droit , ou éléments du droit naturel et de la science sociale.
ou plutôt de cette opposition, que le dix-septième siècle» notamment , avait établie entre le droit et la politique. Enfin, si Ton peut reprocher à Ganz d'avoir dépassé le but, en affirmant que le livre tout entier de Hegel est fondu du pur métal de la liberté , il faut bien convenir aussi, qu'en tenant compte du caractère circonspect de Hegel , et surtout des circonstances difficiles, dans les* quelles il se trouvait placé, il y avait du courage à réclamer, comme conforme à la raison, la publicité des tribunaux et des corps politiques, Tiostitution du jury, etc., etc.
' 11 y a deux espèces de lois, les lois de la nature et les loisdu droit. Les lois de la nature sont absolues , et il ne peut y être dérogé , bien qu*on puisse se méprendre sur quelques cas particuliers. Pour apprendre ce que sont les lois de la nature, nous devons Tétudier elle-même , car ces lois sont vraies, et c'est seulement Timage que nous nous en fesons qui peut être fausse. La mesure de ces lois est au dehors de nous , et la connaissance que nous en avons peut s'agrandir et devenir plus complète, mais, nous ne pouvons les modifier en aucune façon.
Au contraire , les lois du droit , sont des lois qui émanent de rhomme , et la conscience peut y adhérer , on entrer avec elles en collision. Lhomme ne s'en tient pas à ce qui est , mais il affirme avoir en lui la mesure de
ce qui est juste; il peut bien se courber sous le joag d'one autorité extérieure, mdis sa conscience lui dît toujours ce qui devrait être.
C'est précisément dans cette opposition entre le droit en soi et pour soi , et ce que Tarbitrairc voudrait donner pour tel y que ^\i la nécessité d'étudier le droit à fond. Etudier le droit dans ce qu'il a de rationnel, cest l objet de la philosophie du droit, par opposition à la jurisprudence positive, qui souvent a affaire à des contradictions. Le besoin de cette étude est surtout urgent pour notre époque , car dans les temps anciens il y avait encore respect et vénération pour la loi établie , mais aujourd'hui, la civilisation a pris une direction différente, et partout la théorie se place au-dessus du fait. Puisque la pensée s'est élevée à sa forme absolue , il faut bien aussi chercher à comprendre le droit sous cette forme. Cela parait ouvrir la porte aux opinions les plus erronées et les plus contradictoires, mais la pensée vraie, Tidée, n*est pas une opinion contingente , c'est l'essence même de l'objet , et cette connaissance substantielle ne nous est pas donnée immédiatement, elle est le résultat de la méthode scientifique.
Par rapport à la morale, au droit et aux devoirs en général , les vues superficielles conduisent à ces principes des sophistes que Platon nous a si bien fait connaître, principes qui ramenant le juste à des opinions subjectives, au sentiment, à la conviction personnelle,
détrinsent le droit privé , les rapports de loyauté et d'amour entre les particuKers , en même temps qu'ils sapent Tordre public , et tes lois de l'état.
Une opinion très répandue de notre temps, c'est que, par rapport à l'état , la pensée ne peut prouver sa liberté qu'en fesant dé l'opposition à tont ce qui est établi , en inventant une théorie nouveRe ; mais , par là, on semble dire que jusqu'à présent , il n'y a eu ni état, ni organisation sociale dans le monde, el que c'est seulement maintenant (et ce maintenant dure toujours) , que Von va commencer à les fonder. L'œuvre de la philosophie du droit, c'est de chercher Fétcrnelle harmonie, la loi immanente au sein du variable et du contingent ; elle doit étudier le monde tel qu'il est , et non lui enseigner ce qt!*!! doit être. D'âiHeurs , les théories sont nécessairement inrpuissantes, car elles ne sont que la conscience tfnne évolution déjà accomplie dans This^ toire, et cette conscience ne se fait jour que lorsqu'une forme de la vie est déjà sur son décHn , ce n'est qu'à la venue du crépuscule que l'oiseau de Minerve prend son vol (1).
La philosophie du droit a pour objet Vidée du droit et sa réalisation. Idée est pris ici dans le sens philosophique ; à l'idée seule appartient la vraie réalité , et tout
(1)11 semblerait suivre de là, que la philosophie n'a qu'une valeur exclusivement théorique, et qu'elle est sans action sur la société.
— 15V — ce qui n'est pas fondé, dans lidée , est une existence, transitoire , an. pur phénomène , nne illusion.
Le droit naturel ou philosophique. est différent da droit positif y mais ne.lui. est pas opposé; il est avec lui dans le rapport des instituées aux pandectes.
Le point de départ de la philosophie, du droit est la volonté libre» et le système du droit est le royaume de la liberté réalisé. , . .
La volonté renferme :!<> Le moment de rtnd^tenntna* tionpure, la po^ibililé absoluedo toute détermination : c est la liberté néjgqlive , * la liberté vide , subjective. 2'' Le moment de la. détermination du fini : la liberté positive. Mais ce moment est aussi négatif en tant qu'il est une abstraction par rapport au premier. Non-seulement je^veuxy mais je yeux quelque chose ; la volonté générale , abstraite ne veut rien , et par cela, nest pas volonté. En voulant un objet déterminé , la volonté se borne y mais elle n'existe qu'à la condition de se borner. Cette particularisation de la volonté est ce qu'ordinairement on nomme le fini. On tient en général le premier moment, celui de l'indétermination pour le plus élevé (1); et le second moment, au contraire, pour
(1) Dans la doctrine de Fichte, par exemple, le moi abstrait, sans détermination, est le vrai, le positif, et la détermination est la borne extérieure, la pierre d*acboppemeDi contre laquelle le moi vient se heurter.
une pure négation; mais, en réalité, Tun et l'autre sont impuissants et négatifs. 3<> La volonté libre est la synthèse de ces deux moments abstraits. La liberté consiste à /vouloir quelque chose de déterminé, mais en méme:tenips à ne pas sortir d*elle-méme, à rester dans le général.
La volonté dans sa détermination est. but et réalisation de ce but. Le but est d'abord posé en moi idéalement, subjectivement; mais il doit aussi s'obfectifier dans le monde extérieur.
Par la détermination , la volonté devient la volonté de tel ou tel individu. Dans la raison, je suis impersonnel, dans la volonté, au contraire, le général a le caractère d'être mien. Ceux-là comprennent peu la nature de la pensée et de la volonté , qui font l'homme inflni dans la volonté, et borné dans la raison; c'est plutôt le contraire qui serait vrai.
La possibilité de choisir, de se détenntner pour ceci ou pour cela , constitue la veliéitéitoillkury volonté subjective ). Dans la velléité, la volonté infinie dans sa forme, est finie dans sa matière , elle ne se possède pas véritablement elle-même dans aucun des objets particuliers qu'elle veut. La matière de la velléité n'est pas donnée par la nature même de la volonté» mais par le hasard. 11 y a donc dépendance par rapport à ces objets, et c'est là justement la contradiction qui gSt dans la velléité. Ordinairement Ihomme croit être libre
quand il peol agir arbitraireHieBt» mais, c'est précisément cet arbitraire, qui est la négation de la liberté. Quand je veax le rationnel , je n'agis pas comme indiyida, mais d'après une loi absolue , uni verselle. Dans une action morale, c'est Vidée de moralité et non moi que j'ai en vue. C'est surtout quand il fait quelque chose d'absurde, que l'homme met en relief son individualité (1). Le rationnel est la route où tout le monde marche, et où personne ne se distingue; quand de grands artistes accomplissent une œuvre, leur indifidualité disparaît complètement : Phidias n'a pas de manière.
§ I"^. — L« droit abstraU:
La volonté libre dans son idée abstraite, est la virtualité pure, l'activité se rapportant à elle-même et négative par rapport à la réalité; cette identité abstraite est ce qui constitue la persanne.
La personnalité commence là où le sujet n a pas seulement conscience de soi en tant que déterminé de telle ou telle manière, mais conscience de soi en tant que
(1) « Dur mensch, aber, indem eretwas verkehrtes thut, lasst seine partieularitat am meiêHn hervortreten. » Eo développant et poussant à leurs dernières limites les idées de Fichte , Schleiermâcher, Schlegel , Solger, ont fait, au contraire , de l'individualité, le principe de la science et de l'art ( la doctrine de l'ironie ).
moi absirak, dans lequel disparaît loule déterminaiion ou lioulation. Si^et et personne sont deux choses différentes; le snjet n'est qne la possibilité de la personne, car tout être vivant est un snjet.
La personnalité renferme la eapactté juridiqœ {reehtsfihi§keU ) , elle est l'idée et le fondement du droit abstrait, dont la masime fondamentale est : Sois une persaime, et respecte les autres comme des personnes.
Le droit abstrait n'étant , par rapport à Faction concrète ; aax rapports moraux et soctaax , qu*nne virtualité, ses dispositions sont uniquement négatives : ne pas léser la personnalité et ce qui en découle.
Placé en face d'une nature préexistante , et qui s'oppose à sa volonté, l'individu ne peut pas rester renfermé dans la subfectivité; la personne doit épancher
sa Uberté dans une autre sphère ; cette sphère est l'ex-
« tériorité en général, les choses, ce qui n'a ni droit, ni
personnalité , ni liberté.
La personne a le droit de placer sa volonté dans une chose quelconque qui , par là , devient sienne : — droit d'appropriation absolue de l'homme sur les choses (I) ( zueignungêrecht ).
Comme dans l'appropriation, c'est ma volonté indivi-
(1) Il D'esl ici queslioD que des choses qui sont iffloiédiatement , et non de celles qui peuvent devenir, par rintermédiaire de la volonté.
duelle qui s'objectifie, la propriété est propriété privée, et la propriété collectiTe.qui, de sa nature, peut se diviser, reçoit le caractère d'âne communauté dans laquelle je puis ou non laisser ma part (1).
£n tant que personne, je vis dans un organisme qae je possède comme les autres choses, seulement en tant que c'est ma volonté t Thomme peut se suicider et non ranimai (â).
La raison veut que je possède quelque chose, mais la nature et le quantum de la propriété tient à des circonstances purement subjectives : les besoins, Ténergie, le talent, etc., etc. (3).
La propriété a ses déterminations dans le rapport de la volonté à la chose : l"* rapport positif, prise de posseêsion ( besiixnahme ) ; â<> rapport négatif, usage , jouissance, consommation ( gébrauch) ; 3*" synthèse des deux aliénation ( verausserung).
(1) La répiibliqae de Plalon, et toates les utopies basées sur la communauté des biens , méconnaissent , en violant la personnalité, la véritable nature du droit, et la liberté de l'esprit.
(2) Ce passage a donné lieu à des malentendus; on a reproché à Hegel de vouloir justifier le suicide, tandis qu'il voulait montrer seulement que la personnalité était distincte de l'organisme, puisqu'elle pouvait se tourner contre lai ( voy. 1. 17, p. ICO );
(3) Lors même, que Tutopie qui veut l'égalité des biens ne serait pas fausse dans sa base, et irréalisable; comme l'accroissement des richesses a sa source dans l'énergie, l'aptitude, et autres inégalités naturelles qu'on ne peut niveler, il s'ensuit que Tégalité ne tarderait pas à être de nouveau détruite.
1. La prise de possession est : l*" roccapation immédiate; 2"" la forme donnée à la chose ( formirung, accession transfarmàiio); S^.Ia simple dénotation ( bezeichnung). • ■ '' • . .
L'ocQQpaUony en. tant qq'action immédiate, est la manière fca plus complète d'exprimer sa liberté; mais par cela même, elle est temporaire, et ne s'applique qu'à un nombre d'objets très restreints.
En donnant une forme à la chose, je lui donne eu même temps une existence propre; la possession nest plus bornée comme dans Toccapation , à un point déterminé de Feapace et de la durée. Bans ce mode de prise de possession , rentrent les modiflcations données aux matières premières , Tédncation des animaux , etc.
Enfin, la prise de possession par dénotation yU est pas réelle, mais idéale. C'est un signe donné à une chose, et servant à indiquer que ma volonté s'identifie avec elle. Exemple : prise de possession d'un territoire par Timposition dun nom, la plantation d'un drapeau, etc. , etc.
2. Dans l'usage, le rapport de la volonté à la chose est négatif; la réalisation du besoin est le changement, l'anéantissement, la négation de la chose. L'usage est une prise de possession sans cesse renouvelée.
Le rapport de l'usufruit à la propriété, est. celui de la substance à l'accident, de l'effet à la cause. Un champ n'a de valeur, que par ce qu'il produit, celui qui a l'usu-
fruii (absolu) d'ane chose en a la propriété , et c'est ane abstraction vide de sens que de séparer ces deux cho> ses. On ne peat distinguer de la propriété réelle , qu'âne nue propriété, ou un usufruit temporaires (1).
La chose a une qualité déterminée, et peut être comparée avec les choses servait au même usage; d'on autre côté le besoin particulier que la chose est destinée à satisfaire, peut être comparé aux autres besoins: il en résulte, qu'un objet peut être comparé aux autres objets servant à satisfaire des besoins divers. La généralité qui reste lorsqu'on a fait abstraction de la qualité spécifique , constitue la valeur de la chose.
Le signe , la forme donnée à la possession , ne sont que des circonstances extérieures , qui n'ont de valeur , qu'autant qu'elles manifestent la présence de la volonté ; si la volonté cesse de s'attacher à la chose , la chose n'est plus possédée. La propriété s'acquiert ou se perd par prescription {verjârung). La prescription repose sur la conjecture que j'ai cessé de regarder la chose comme
(1) A ce point de vue, Hegel fait la critique du tit. lY , liv. II des Institutes. <iUsusfructus est jus, alienis rébus utendi, fruendi, salvâ rerum substantiâ... Ne tamen muniversum inutiles essent proprietates, PLACUIT, certis modis eaUinguiusumfnuitum, et ad proprietatem reverti. » Leplacuit, dit Hegel, semble désigner une pure velléité, une mesure contingente; or, une propriété qui serait toujours séparée de l'usufruit, ne serait pas seulement inutile, mais ce ne serait plus une propriété.
mienne, car il faut que la continuité de ma Volonté s'exprime par l'usufruit ou la consérvdion.
3. Je pùfe me dépouiller de ma propriété , puisqu'elle n*est mienne qu'autant que je le veux. VaUènafion peut ôtre indirecte par abandon { là pi^scription] , ou directe par transmission à un autre ; tnais, disins tous les cas, rallénation ne peut avoir lien que pour une chose extérieure de sa nature.
Sont inaliénables et imprescriptibles , lés choses qui constituent ma personnalité ou qui en sont inséparables , telles que la liberté, la moralité, la religfion , etc.
Je puis aliéner, pour lîn temps limité, les productions de mes facultés physiques ou intellectuelles , parce que cette limite leur donne un rapport externe, par rapport à la géhéralitc , à la totalité; au cohtraire, par 1 aliénation absolue de mon activité générale, ma personnalité deviendrait là propriété d'un autre; c'est le m^me rapport, que nous avons signalé plus haut, entre la snbstanced'unechose et son usufruit. L'aliénation partielle ou totale des facultés , est ce qui distingue le serviteur de Tesclave. La tie n*est pas quelque chose d'extérieur à la personnalité , mais ne fait qu*un avec elle ; je n ai donc pas le droit de m'en dépouiller. Cela seul qui est au dessus de la personnalité, letat, une idée morale , peut en demander le sacrifice.
La transmission {vermittelung) de la propriété par le
concours de deux volontés qui n'en forment qu'une ,
constitue le contrat. L'objet du contrat ne peut être qu'une chose particulière extérieure ; on ne peut , par conséquent. Taire rentrer le mariage dans la catégorie de contrat; il en est de même de l'état, que l'on considère quelquefois comme un compromis de chacun avec tous, ou des gouTernants avec les gouvernés.
Le contrat est formel ou réel: il est formel, lorsqu'une partie se borne à donner et Tautre à recevoir : la donation {schenkungsvertrag) ; il est réel lorsque ces deux moments se trouvent réunis dans chacune des parties contractantes, qui tontes les deux abandonnent et acquièrent une propriété : l'échange (tawcchvertrag). Dans le contrat réel , les parties demeurent identiques , puisqu en abandonnant leur propriété , elles en conservent la valeur; elles ne se distinguent que par les qualités spécifiques des choses échangées. La disposition qui annule rengagement contracté, lorsque y a lœsio enormis , a donc sa source dans lessence même du contrat.
La différence qu'il y a entre une simple promesse et un contrat, c'est que la promesse dont la réalisation est renvoyée à l'avenir, n'est qu'une détermination subjective, contingente de ma volonté; au contraire, dans la stipulation du contrat , ma volonté est présente , objective; la chose a cessé de m'appartenir dès à présent , et dès à présent aussi , je la considère comme la propriété d'un autre.
Après avoir ainsi déterminé la nature du contrat , et
indiqué ses grandcsdivisions, Hegel en donne une classiflcation détaillée que nous ne reproduirons pas , vu qu'elle coïncide parfaitement avec celle donnée par Kant dans les principes métaphysiques du droU (p. 120 et suiv.)*
La velléité subjective de l'individu en opposition avec la volonté libre, substantielle, donne naissance au délit ( unrecht ).
1. Dans le délit par ignorance (unbefangenes unrecht , injustice civile) , le principe môme du droit est respecté, il s'agit seulement de savoir si tel ou tel fait particulier est ou n'est pas renfermé dans l'idée générale. Par exemple, le principe delà propriété restant intact, il s'agit seulement de savoir si cette maison appartient à Pierre ou a Paul (le procès civil).
2. Dans la fraude ou dol (betrug), au contraire, le droit est lésé dans son idée générale, tandis que la volonté particulière est respectée. £n effet, on ne peut tromper quelqu'un qu*à la condition de lui faire accroire qu'on agit avec lui selon les lois de l'équité.
3. Enfin dans la contrainte et la violence ( zwang verbrecken) , le droit est lésé à la fois objectivement et subjectivement, en lui-même, et dans la volonté de Tindividu.
L'acte de violence n'est pas quelque chose d'immédiat, de positif par rapport à la peine, au châtiment qui serait la négation ; mais la violence étant déjà la
négalioada droil qui, en Uni qu'absolu, est iudeslroclible , la peine est la négalîoQ de la négation. Le chàUment attaché à rînfraolion du droit , n'est pas seulement juste en soi , c'est eQOore un èr&iipowrle coupable ^ qui , en tant qu'être raisonnable , a posé par son action, un principe général', en ver tu duquel il veut être jugé. Les fnsprésaiUes qui dcttvent se trouyer arec le délit dans un rapport quantitatir, ne sont qu'une naanifestattoo de celte dialectique du dtiH lui-même. Mais comme ici , la volonté qui inflige le châtiment , n a encore ckez celui qui est lésé qu'une valeur subjective {la vengeance) , le jugement abandonaé à son arbitraire , est une injustice nouvelle, qui appelle à son tour la vengeance, et ainsi de suite à l'infini.
§ II. — La moralité.
Jusqu'à présent, le droit n'avait pas d'ejLJstence objective, il restait concentré dans le sujet; la sphère dans laquelle l'existence de la liberté devient adéquate à son idée est la sphère de la moralité. Hegel en distingue deux espèces : la moralité individuelle 8ubjeciit)e , qui se résume dans l'intention et a pour critérium le témoignage de la conscience {mofaUtâOj la moralité générale objective, qui est l'identification de la conscience indi-
vkluelle avec la movaliftè absolue ( tktUâhkeU ) (t). La moralUé est la sphère dé Fantîiioiitie; la vvkinié wià^ jectire qui domine dans la moralité, n'est infinie que dans sa forme , et la TolonCéobjeelivc, n'est pas encore identique atec die.
Les trois moiaents de la monilité sont : 1'' le droit dvL sujet , — riotention et rimputalîon ;3* ka valcÉr objeâti ve de Tacte par opposition an dessein particulier d«i snfet; S*" le contenu de l'acte généralisé* et posé comme ba4 absolu du sujets — le bien*.
Toute action supposeun objet sur teqael eHe s^esevce ; de plus, une notmi générale de eet objet et des conséqiiences pnnoiipaies auxquelles l'acte peut donner lieu. Il est cependant une foule de circcpostances, qui' sont un pur résultai de la nécessité «fsterne, et e^t ledroîl de la volonté de ne se reconnaître responsable^ que de ce' qui était sciemnenl venCsnnèdans l'esprit, sous ferme' ^vn,teni,ion (â) ( ïmipÊiabiliài des aciimB hummnes ).
Ne reconnallre coaunc j]uste que ce qui me pantllr rationnel, est le droit leplus élevé ënsujel, mais par
(1) Comme' noiiâ d'àtôns pus d'équivalent pourries moU de mt^ ralitaù et de iittlicMt, nous appellerons l'une de ces a|pbèfte&, morale individuelle, ou moralité, et l'autre, morale sociale, ou sociabilité.
(2) Œdipe , qui a assassiné son père sans le savoir, ne peut étrt' taxé de parricide; mais, dans les législations antiques, on n'a pas donné au moment subjectif de l'acte, à l'intention, une aussi grande valeur que nous lui donnons aujourd'hui.
cela seul qu'elle est sobjectîve , cette détermination est en même temps formeUe. L'opinion peut être vraie ou fausse, et la raison objective conserve toujours sa valeur indépendante de la conviction individuelle. L'état qui n'est que Tobjectification de la raison, ne peut s'arrêter à l'opinion des individus sur ce qui est légal ou illégal , bon on mauvais; d'ailleurs , par la promulgation des lois, et les mœurs générales» l'état fait disparaltre l'opposition entre le droit substantiel et le droit formel. L'impossibilité d'apprécier ce que l'acte a de conforme ou de non conforme au bien , à la légalité , diminue ou même détruit complètement l'imputabiliié chez les enfans, les fous, les idiots, sans que cependant, même dans ces cas, il soit possible de tracer une limite rigoureuse. Faire de l'entraînement de la passion , de la violence des appétits, la mesure du délit et de la pénalité , c*est mettre à néant le droit et la dignité de l'homme. La nature humaine est quelque chose d'essentiellement général, ce n'est pas un moment abstrait de fureur ou de vengeance, car alors le criminel ne serait qu'un animal féroce dont il serait légitime de se délivrer; c'est dans une autre sphère que celle du droit (celle de la grâce , de la clémence), que ces considérations sur l'influence des passions peuvent trouver leur place.
Ce en vue de quoi lactc humain est accompli, est l'intpution matérielle de cet acte. L'activité veut se
satisfaire elle-même, et celte satisraction a pour fio ie bien-être de riodiyida; mais en tant qu'être rationnel participant au général, à la volonté objective, Tindividu en poursuivant son but particulier , concourt au bienêtre de tous.
Ici se présente la contradiction. Le caractère d'universalité qui appartient au droit, manque au bien-être, et réciproquement, le droit n'a pas le but déterminé, donné dans le bien-être quelquefois lésé par la loi rigoureuse du droit : ces deux termes contradictoires doivent être absorbés dans une unité plus élevée : le bien.
Le bien est la réalisation de la liberté, le but flual du monde ; mais Tidée du bien est d*abord abstraite , en dehors du sujet, qui doit le connaître pour s'y conformer.
Le bien étant l'essence même de la volonté, est pour la volonté particulière le devoir. Mais le devoir en soi , n'est que la généralité vide , l'abstraction absolue , et l'acte demande un but déterminé ; le bien en tant que général ne saurait être réalisé , il Tant qu'il renferme l'élément de la particularisation , qu'il descende dans la sphère de la subjectivité.
La subjectivité qui , l'identifiant avec le bien absolu , le détermine et le réalise dans l'acte , est la conscience morale.
L'acte n'est en soi , ni bon ni mauvais , et c'est à la
conscience do sujet de décider , dans, q^e1 cas , il peu! ou ne peut pas être mis en barmonie avec 1^ bien ; mais , comme cette harmpnie doit ^tre une création de la lijberté , elle présupp^e une UjAte , un combat , qui implique la nécessité du mal.
S 111. — La sociabilité.
Les deux principes que nous avons examinés jusqu'à présent , le bien en soi , et la conscience , soni, deux abstractions qui ne peuvent avoir de vérité absolue (voj. logique et inirod. gén.). Le bien abstrait devient une sorte d'enveloppe dans UM|uelle on peut faire entrer tout ce qu'on veut , et la conscience n'est pas moins vide, dépouillée qu'elle est de toute valeur objective; aucun de ces deux termes n'a de réalité parce qu'il manque de son contraire ; et ce n'est que l'idée infinie » la MOEALE SOCIALE {siUKchkeit), qui a une existence absolue. Objective comme le drok , la loi morale, ce lien commun des hommes , est en même temps l'essence des individus» qui, dépouillant leur personnalité exclusive» ont conscience de leur identité s^)tet^ntielle avec les autres esprits ; c'est ainsi que la subjectivité n'est que la forme de l'idée morale. A ce point de vue > les.devoirs et les droits sont identiques.
Le concept de moralité qu^ constijiuc un peuple , ne
se réalise» ^aen déweloppaDl les momenis qmll cwi tient en lnL Ces moments sont : !<" la bmiUe , 2'' la société civile, SMétat.
Encore liée à la «aliMre dans laquelle elle a sa sonvce, la première Mpité est la f^u^ilie.
Le ma,ri^ge est )a volonté de deiix personnes, s'idcntiûant dans i^n même bul, c'est une eommonauté qui embrasse la vie tout entière. L'identité des p^rso/inesi nest d'abord d'iypie part que mfitôrieU<( , cxtei;ne d^n&te rapport des sexes, et d'antie part iaterne el subjective dans le sentiment de TamiPui: (1).
Comme toute unité coï^iCK^te, le mariage est la ftt$ioa de deui^ term^es contraires. L'homme représente l'énergie el Faction, la femme, la passivité et la subjectivité; l'homme a sa vie réelle, substantielle, dans, l'état, la science , dans la lutte avec le monde ej^lériçm: et av^M^ lui-même; la desUnatipu essentielle de b femme , cest la piété de iamille (2).
(1^ C'est enlever au mariage sa valeur esseotiellemenl morale, que de le considérer comme un rapport uniquement physique, de le ranger, comme Kant, dans la cal^orie des cpntrats, ou enfin, de le baser sur un sentiment, une inclination contingente et variable.
(2) Les femmea peuvent avoir du goût , de la déUcates^e , de rimagin^tion , mais, comme lesen&de l'idéal leur manque com plèterocDt , les sciences élevées , la phOosophie, et certaines productions de Tact , qui demandenl une vue synthétique , ne sont pas de leur ressort Quand les femmes se trouvent à la tète du gouver-
L'existence objective dcrooitéde famille (i) , la fusion noD plus idéale mais réelle des deax personnalités, est VenfanU Absorbé dans la personnalité des parents , Icnfant n*est pas lui-même une personne (fondement de la puissance paternelle). Le développement dialectique de la famille, consiste à nier cette négation, et à former Tenfant à la liberté, par Védueatùm. A ce résultat se trouve liée la dissolution de la famille. Dans la famille ainsi dissoute, le rapport de fratemUè n'est pas un empêchement à l'indépendance des personnes. Grâceàc«tte indépendance , les personnes deviennent susceptibles de former de nouvelles familles qui , représentées par les pères, se trouvent dans un rapport externe: la société cwile.
2. La société civile est le moyen terme qui vient se placer entre la famille et Tètat. Dans la société civile» chacun est à lui-même sa fin , et se préoccupe exclusivement de son existence; cependant, comme ce n'est que par ses rapports avec les autres hommes, que Tin-
nement, TEtat est en danger, parce que leurs actes sont dirigés, non par des principes généraux , mais par des inclinations et des opinions.
(l)La famille, en tant que personne, a sa réalité extérieure daiis la propriété; et comme c'est une personne durable, permanente, il faut aussi que la propriété soit sûre et permanente ( le patrimoine ). Dans les antiques traditions qui ont pour objet la fondation des Etats , l'institution du patrimoine se trouve liée à celle du mariage.
dividu peut alleindresonbot, il les fait eotrer comme moyens daos sa sphère d'action. Le particulier ayant ainsi pour condition le général y le bien-être de chacun est lié au bien-être de tous, et c'est ainsi que Tégoïsme tourne au profit de la sociabilité. La société civile est la sphère de la médiation ; en elle, se font jour tous les hasards de la naissance et de la fortune» en elle toutes les passions entrent en jeu, et sont dirigées à leur insu par une raison latente.
Les trois moments de la société civile sont : le système des besoins, le droit positif, la police et les corporations.
La particularité a son expression dans un besoin subjectif) qui doit trouver sa satisfaction dans des objets extérieurs; mais, comme ces objets eux-mêmes sont la propriété d'un autre individu, ce n'est que par l'activité, le travail, que le besoin peut arriver à se satisfaire. Les besoins et les moyens de les satisfaire se subdivisent à rinfini; cependant, il est certains besoins généraux, tels que le boire, le manger, etc., et leur satisfaction parait dépendre de circonstances purement contingentes. Le sol est plus ou moins fertile, l'année plus ou moins productive, tel individu est laborieux , tel autre ne Test pas , etc. ; tous ces faits , sans connexion apparente, sont cependant soumis à des lois invariables, qui sont Tobjet de l économie politiqtte. Cet élément do généralité se montre aussi dans la division du travail
qui répond au système des besoins et coustiluela différeuce des étals.
L'aicqaùitioii des produits bruts de la oature est rolyet du Irayail des Qgfi€uU0ms. La mise ea œuvre de ces produits» leur traDsformalion et leur échange » est le fait des induHfieli^ quA se subdiviseul en une multitude de classes ; eafin» fékLt fifnéraf ( profassioos lîbécales) pourvoit, non aui besoins du corpA, maïs à ceax de l'esprit.
Maintenant, à quelle classe d^it appartenir tel ou tel individu? Cela dépend du* cavactàte, de la naissance, des circonstances extérieures; mais la détermination dernière et essentielle, glt dans ropinion subjeetive, la voloaté individuelle. Cette liberté laissée à l!indivi4<i, est un des caractères fondamentaux qui distinguent la vie pditi<iuede rOrient de celle de TOcoident; le monde antique du monde raoderufi.
La conscience du lien commun qui unit les hommes, mis en saillie au sein de la limitation réciproque des différentes classes et de leur hiérarchie ,,constitiic le droit positif, ladfliimstration de la justice, dont la garantie est la publicité, et le complément, rinstitAlioA du jur j.
Une des conditions essentielles de la loi , c est d e(rc connue. Le droit po»tif implique la codification. Placer les lois si haut que nul citoyen ne puisse lès lire, comme le voulait Dcnys-lc-1>ran , ou les entourer d'an
«- 173 — appareil d'éruditîoii , les enterrer sous une langue étrangère , de manière à ce qu'elles ne soient acceissiUes qu'aux savants, c'est une seule et même injustice. Ceux qui , comme Justioiên , ont codifié les lois de leurs pays, n'ont pas été seulement les bienfaiteurs de leurs peuples, ils ont encore accompli un grand acte de justice. La force publique ne doit pas se borner à agir négativement, en punissant les infractions à la loi ( ce qui d'ailleurs est parfois impossible ) , mais elle doit autant qu'il est en elle, prévenir ces infractions, et veiller au bien-être des individus , en allant au-devant des dangers qu'ils peuvent courir, soit dans leurs personnes, soit dans leurs propriétés : c'est la tâche qui est dévolue à la police. Les rapports des tiommes et des choses s*enchaînant dans une progression indéflnie, il est impossible de déterminer, d'une manière absolue, ce qui est dommageable ou suspect. Par exemple, un acte indifférent en temps de paix, peut être regardé comme coupable en temps de guerre, etc., etc. Ce caractère d'arbitraire donne à la police quelque chose d'odieux, et d'un autre côté, un esprit, même cultivé, peut être entraîné à tout faire rentrer dans son domaine, car, à toute chose, on petit trouver un côté dangereux pour Tordre public. Arrivée à cette exagération, là police peut entraver la liberté individuelle; mais, quelque grave que soit cet inconvénient, il est cependant impossible de tracer des limites rigoureuses.
La police n'est qa'an ordre général exlcrieur, une instilalion destinée à protéger les intérêts individaels. Cet ordre général, non plus externe» mais immanent aux individus, constitue la corporaUtan. '
Les agriculteurs trouvent dans le sol , dans la vie de famille, l'élément général qui les réunit; le général lui-même est l'objet de l'activité des professions libérales; mais l'industrie est le moment de la particularité par excellence , et c'est à elle surtout qu'appartient la corporation. La corporation est une unité dont les individus sont les membres ; c'est une famille agrandie , la seconde racine morale de Tétat. Mais, comme le but de la corporation est encore particulier, il doit se résoudre dans le but général par excellence.
3. La société civile qui , du morcellement des familles et des corporations, s'est élevée à la conscience du but moral absolu, est l'état.
L'état est la substance du peuple, la réalisation de la liberté, la manifestation de l'idée morale, la volonté substantielle qui se pense , se sait et se réalise en tant qu'elle se sait.
La catégorie logique de vie ,. qui dominait dans l'organisme physique, est aussi le fondement de Torganisme de l'état. C'est un complexus de fonctions qui , dans la constitution la plus parfaite : le gouvernement représentatif, sont à la fois distinctes les unes des autres, et en parfaite harmonie.
L'idée de l'état peut être considérée : 1*" dans sa réalisation immédiate : —consti talion d'un étal, droit public interne; ^ dans le rapport des états entre eux: — droit des gens; 3^ dans ie rapport de respccc au genre, d'un état particulier à l'esprit de Thumanilé : — philosophie de l'histoire.
L'état est Fidentification de la volonté générale et de la volonté individuelle; les individus réalisent l'idée absolue de Télat, et trouvent en même temps dans cette réalisation 9 la satisfaction de leurs intérêts particuliers.
Le côté subjectif de l'idée de l'état est le sentiment national , le patriotisme; le côté objectif est la constitution politique,
La constitution politique renferme l'organisation intérieure ^ et l'organisation s'exprimant au dehors : - la force militaire.
Les moments de l'organisation interne de Tétat sont : l"» le pouvoir législatif, 2"* le pouvoir administratif ( regierungs gewalt ) , 3° le pouvoir royal ( furstliche gewalt).
1. Nous commençons par \o pouvoir royal, parce qu'il résume en lui les trois moments de la constitution. Le moi , l'individu, est à la fois ce qu'il y a de plus particulier et de plus général ; le monarque concentre en un seul point les institutions de l'état , et en même temps, il est le principe de la détermination, l'essence de la volonté, car il n'y a que l'individu qui puisse
Yooloir. Ce n'esl pas à dire poor cehi , qae le Motiarqae puisse agir arMtmlretnei^ , une fois la constltotion étâttie, il n'a souvent qa*è ^ifpiet ^n bom ; litais ee nom est Important , Il est la clef de Toûte de tout Fédifioe. Le monarque est donc essentiellement Indlvidn , ou plutôt rindividualilc elle-même dégagée de tout cléimeAt particulier. Les arguments contre Tordre naturel de succession par droit de naissance, n'ont aucune portée, car, dans un état bien organisé, te rOle du monarque se borne à dîre ùui , a mettre le point sur Tt.
2. Le pouvoir administratif , qui comprend le pouvoir judiciaire et la police, a pour objet la mise en pratique des décisions du monarque. Les corporations ont bien leur hiérarchie, leur administration particulière, mais comme elles doivent être subordonnées à Tétat, il faut aussi une administration générale, qui relève du souverain. Le fondement de toute bonne administration , osl une sage division du travail entre les fonctionnaires publics, et une harmonie si intime entre le centre et la circonférence, que le mouvement puisse se transmettre facilement et avec rapidité de Tun à rantre.
3. Le pouvoir législatif est un élément de la constitution que cependant il suppose, et qu'il ne fait que développer et pcrfecliouner. Il a pour objet de régler les obligations réciproques de Tétat et des particuliers, surtout pour ce qui regarde Timpôt. Le pouvoir légis-
latif représenté par ]es Hais, sert 'dé tù&féû terme entre le {leqple et le fnooârqae; Les états sèdfVlsent en émt chambres; Fane qtdi refurésiente ta pt^pHét^ fbnciènre, réYément immobile de la société'; réutt<ec[crî. représente Findàsirie , les corporations , le» eapladtés : l'élément moblle.> Comme kifs délibérailofis des ehëm'btes sont Fexpmsiioii' de la volonté des Inas^^ ell^s dirent être publif|ae8, et cette {mbliciCédobfielihî^sahce à ^opinion pubUque dont t'orgâfte est là pf^^e. Les 'excès de la presse sont neutralisés pat" de» destnres de police, et surtout par le^néprls qnî s'attache toujours à un langage ridicale ou odieux. ' *
< C'est se faire une: idée fausse des trois pouvoirs, que de leur donner nne valeur piirement^ né^ëtSvc^'de les considértr. comme destinés seulement à se Imiter le^ uaslesautves; co n'es! p«s à an éqtr}fibfri> général de forces opfméeisaluqael ils doivent doûliei* lieu ; mais à une unité vivahte, no organisme dâli$ lequel tous les membres concourent à une même fln.
La monarchie constitutionnelle, conquête. des temps modernes, est la forme la plus élevée d'organisation politique; la monarchie pure, l'aristocratie, la démocratie, sont des formes exclusives, abstraites, qui, dans le gouvernement représentatif, deviennent autant d'éléments partiels de lunité concrète.
En tant qu'individu, l'état est en rapport avec les
autres états ( le droit international ). I.es étals doivent
réciproquement respecter leur lîberlé g^éoérale ( principe de la non^nierventim)* Leurs droits particuliers sont l'objet de traités, et comme ils ne reconnaissent pas de pouvoir au dessus d'eux, lorsqu'ils croient leurs droits lésés, ils n'ont d'autre moyen de vider leurs différents que la guerre. Cependant comme les états se reconnaissent mutuellement» la guerre ne brise pas entre eux toute espèce de liens, ei cette situation violente est considérée comme quelque chose de passager; de là, le droit de gens, le respect pour les ambassadeurs et la propriété privée, etc., etc.
L'intérêt élevé qu'a l'esprit du monde dans la guerre , c'est la dissolution des peuples dont les institutions sociales ne sont pas fondées sur la raison , ou n'ont pas développé et réalisé le principe rationnel. Cette dialec* tique de Tesprit des peuples qui met en relief l'idée de l'état, est l'histoire de l'humanité, le tribunal où l'esprit du monde prononce ses arrêts suprêmes (1).
(1) Voyez Philosophie de l'histoire.